‹ Traité de chirurgie (volume 5)Chapitre 79 sur 235 · FIBROMES DES PAROIS ABDOMINALES · texte numérisé non relu

FIBROMES DES PAROIS ABDOMINALES

clic est dure au toucher, légèrement élastique comme les filiromes; elle est mate à la percussion, mobile sous la peau, en connexion étroite avec les muscles qui se tendent quand on les soulève.

Si elle n'est pas éloignée du squelette, dit Labbé, on voit les tendons et les

fibres musculaires former une corde qu'on a si souvent prise pour un pédicule.

L'étude des connexions de la tumeur et des muscles conduit à des constatalions plus importantes encore. Si le ventre est flasque, comme après une grossesse, on peut palper la tumeur, la saisir pour ainsi dire entre les doigts; si la paroi musculaire est un peu distendue, elle s'oppose à cette palpation complète et le diagnostic devient plus difficile.

Cependant il est un signe, pour ainsi (lire pathognomonique des tumeurs de la paroi antérieure de l'abdomen, c'est leur immobilisation quand on fait contracter la paroi abdominale. Dites au malade de « serrer le ventre » et vous verrez sous vos doigts la tumeur se fixer, s'immobiliser, pour reprendre toute sa mobilité dès que l'eiïort musculaire aura pris fin sur votre commandement.

Les (jros. fibromca sont plus inégaux, les connexions de leur face profonde sont plus difficiles à préciser; parfois la tumeur devient sensible, douloureuse; la peau du ventre se laisse distendre, le ventre devient pendant, comme dans les cas de Rokitansky et de Labbé.

A la longue, les téguments s'oedématient, la peau s'ulcère au contact des vêtements ; on a môme vu les malades maigrir et se cachexier.

Marche et terminaison. — Les fibromes de la paroi abdominale présentent souvent dans leur évolution deux périodes distinctes : une première, lente, où la tumeur reste longtemps stationnaire; on l'a vue se prolonger pendant quatorze ans. Dans la seconde phase, l'évolution est plus rapide, l'indication opératoire plus urgente. Les tumeurs s'infiltrent, grossissent parfois sous l'influence d'une nouvelle grossesse. On n'a pas observé de généralisation ni de récidive dans les cas où l'ablation a été complète.

Pronostic. — Le pronostic est des plus favorables. Les tumeurs fibreuses de labdomen sont des tumeurs essentiellement bénignes, qui ne sont jamais inopérables.

Si les désordres péritonéaux qu'entraîne parfois leur extirpation ont fait

Fie. 13. — Fibrome de la paroi abdoiaiiiale. Ventre pendant. (D'après Thèse de Cornils.)

FIliUOMKS DKS l'ARolS AIÎl)(iMIXA[,KS. 333

faire des réserves à des (•hiriir<»-iens de la valeur de Trélal (Th. Dainalix), il est cependant permis d'espérer (jne les progrès de lantisepsif; ari-ivcront à faire disparaître des statistiques ces cas de morts cpii les enladient encore de loin en loin malfj;ré loufes les précautions j^rises.

Diagnostic. — La rareté relative des tumeurs (jui nous occupent cxpli(pic le nombre considérable d'erreurs ([ui ont été commises à leur propos. On a vu des chirurgiens convaincus qu'ils avaient alTaire à des kystes ovariques énucléer péniblement toutes les enveloppes celluleuses du lii)ronie comme s'ils décollaient des adhérences péri tonéales ; Terreur est ordinairement reconnue plus tôt.

Les alTections avec lesquelles on peut confondre les fdjromes de la paroi antérieure de labdomen sont :

1" Des tumeurs de la paroi elle-môme ;

2" Des tumeurs de la cavité de l'abdomen.

Parmi les tumeurs de la paroi, nous citerons ([uehjues tumeurs herniaires de consistance anormale, des hématomes, des hernies musculaires, des lipomes profonds, des tumeurs maliii^nes du ligament rond, des bord du bassin, enfin les tumeurs syphilitiques tertiaires.

Ce diagnostic est en général facile : les autres tumeurs de la paroi, à part les tumeurs malignes, ont rarement la même consistance, la même évolution lente, les mêmes limites nettes. Les tumeurs malignes sont aussi dures, elles sont plus ditïuses; leur marche est plus rapide, il y a des douleurs généralement vives. Quant aux gommes, à défaut d'antécédents et de caractères locaux, on a encore pour juger la question les résultats d'un traitement spécifique.

Les tumeurs de la cavité abdominale, notamment les kystes de l'ovaire, les tumeurs de l'épiploon, du foie et surtout les corps fibreux de la matrice sont en général d'un diagnostic plus difficile.

Mais si Ion songe à explorer les connexions de la tumeur avec les muscles, il n'y a plus d'erreur possible. Le fibrome de la paroi s'immobilise par la contraction musculaire, il devient plus saillant ; jamais le fibrome utérin ne présente la môme immobilisation. Ajoutons encore tous les caractères particuliers des myomes, et surtout les métrorrhagies.

Traitement. — Il est grand temps de vouer à l'oubli (ju'ils méritent le xétoit, la liijutiirc et la section, sous-ciittoiée du pédirule, l'extirpation i)ico)nplèlc, préconisés en France il y a vingt ou trente ans.

Il n'y a pas d'autre traitement à proposer actuellement à ces tumeurs que l'extirpation faite avec toutes les précautions d'asepsie ou d'antisepsie qui sont aujourd'hui d'un usage courant.

Cette extirpation doit être faite le plus tôt possible ; suivant la juste expression de Labbé, c'est une opération de prévoyanci' pour les petites tumeurs, d'unjenre pour les grosses.

A ceux qui voudraient trop attendre, on ne saurait trop rappeler les dangers incontestables des grosses opérations et les énormes désordres péritonéaux qu'elles nécessitent parfois. Quant aux craintes et aux réserves formulées par Trélat relativement aux fibromes moyens, nous ne croyons pas devoir nous

334 TUMKURS RARES DES PAROIS ARDOMINALES.

y associer, à la condilion qu'on évite à laide de sutures et de drainage les cavités où les liquides sepliques peuvent être retenus.

Pour faire une bonne extirpation, il importe :

i° De savoir qu'il faut serrer de très près la tumeur pour éviter de se perdre dans les feuillets celluleux qui l'enveloppent ;

'i" D'èlre armé pour combattre l'hémorrhagic veineuse considérable qui résulte de la blessure des grosses veines qui rampent à la surface des tumeurs volumineuses ;

o° Il faut surtout bien connaître toutes les difficultés que présentent les adhérences secondaires de la tumeur avec le péritoine.

Pour ce qui est de ces adhérences, les uns ont conseillé de réséquer largement le péritoine (Billroth, Esmarch, Sklifossouski, Sanger), les autres demandent qu'on fasse le décollement aussi loin que possible.

Avec M. Labbé, nous nous rangeons à cette dernière opinion, nous conseillons de pousser le décollement aussi loin que possible et de n'en venir à la résection péritonéale que lorsqu'on ne pourra pas faire autrement.

La question du traitement de ces pertes de substance péritonéales et musculaires n'a plus tout l'intérêt qu'elle avait il y a cinq ans. La rétention des liquides n'est plus autant à craindre et, grâce à la suture par étages, il sera presque toujours possible de fermer et de suturer une paroi dont on aura ménagé toutes les parties susceptibles de servir à cette restauration.

Ces sutures auront encore un autre avantage, elles s'opposeront à une éventration ultérieure.

Page 1