‹ Traité de chirurgie (volume 5)Chapitre 94 sur 235 · LÉSIONS TRAUMATIQNKS DE L'ABDOMEN · texte numérisé non relu

LÉSIONS TRAUMATIQNKS DE L'ABDOMEN

lonne; la respiration devient gênée, très superficielle; le pouls est fréquent, petit, bientôt dépressiblc et difficile à compter; les urines sont supprimées; le faciès se grippe, l'angoisse est extrême. La température s'élève quelquefois ; plus souvent, elle reste voisine de la normale, ou môme un peu abaissée.

Ces symptômes se montrent dans des conditions très dilTérentes, suivant les cas: parfois, ils débutent à l'improviste, au bout de quelques heures, chez un blessé qui n'avait présenté, après la blessure, aucun phénomène général ni local. D'autres fois, après des symptômes immédiats assez inquiétants, une détente survient qui peut durer plusieurs heures ; puis, les symptômes péritonéaux se déclarent, soit brusquement soit insidieusement, sourdement : un ou deux vomissements, douleur sourde, température peu élevée, constipation, ballonnement modéré, pouls fréquent, langue sèche, aspect typhoïde; les choses vont ainsi en s'aggravant, jusqu'à la mort qui peut n'arriver qu'après plusieurs jours, comme dans un cas célèbre observe par Verchère (') et par Brouardel.

Dans quelques circonstances, les symptômes de la péritonite septique succèdent, sans transition, aux phénomènes de collapsus du début; les deux ordres de phénomènes se confondent. On dit alors que le shock est prolongé. En réalité, c'est la péritonite qui éclate avant que les symptômes de shock aient eu le temps de se dissiper.

Il est aussi des cas de plaies pénétrantes de l'abdomen, avec lésions viscérales, dans lesquels la péritonite évolue, sans revêtir ce caractère de gravité : la réaction péritonéale se manifeste avec une certaine intensité, puis, au bout de quelques jours, les phénomènes s'atténuent et la guérison peut survenir. Tillaux, Berger, et d'autres, ont cité des faits de ce genre. Il peut en être ainsi, lorsqu'un épanchement peu abondant se trouve rapidement circonscrit par des adhérences résultant d'une péritonite localisée. Dans ces conditions, on peut voir les matières stercorales s'écouler par la plaie extérieure, les adhérences leur ayant créé, pour ainsi dire, une voie d'échappement, entre la plaie intestinale et la plaie pariétale.

Enfin, il est tout un groupe de lésions intestinales qui évoluent vers la guérison, sans s'accompagner d'aucun symptôme, ou en donnant lieu seulement à un peu de douleur, et à un peu de tension abdominale. Ce sont les cas, plus fréquents qu'on ne croit, d'après Reclus, dans lesquels l'oblitération spontanée de la perforation est assurée par un bouchon muqueux, par une adhérence rapide avec une anse voisine, avec l'épiploon ou tout autre organe abdominal; l'inflammation péritonéale, très légère, suffit à la formation des adhérences protectrices, mais elle ne provoque qu'une réaction insignifiante, et la guérison survient par les seuls efforts de la nature.

Pronostic. — D'une façon générale, le pronostic des plaies pénétrantes de l'abdomen est très grave. Cependant, cette gravité est différente suivant la nature de l'agent vulnérant, et suivant le siège et le degré de la lésion.

{') Obs. 7)ubliéc dans la Ihc'sc do Doucet : Conlrib. à l'étude de la septicémie intestînalepéritonéale, [ih. de Paris, 1888-89, n» 106, p. 54.— Voyez aussi : F. Verchère. De la septicémie intestino-péritonéale.lRevue de chir., juillet, 1888, t. Vlil, p. 559.

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