CORPS ÉTRANGERS DE L'ESTOMAC
HÉviN, Mémoires de l'Acad. de chirurgie, édit. 1819, t. I, p. 458. — Poulet, Traité des corps étrangers en chirurgie. Paris, 1879, p. 180. — Labbé, Comptes rendus de V Académie des sciences, 24 avril 187G. — Hashimoto, Arch. filr klin. Chir., t. XXXVHl, p. 169. — Koenk;, Traité de pathologie chirurgicale spéciale, Irad. franc, de J.-R. Comte. Paris, 1889, t. II, p. 280. — Le Dentu, Bulletin de VAcad. de méd., 8 janvier 1889. — Heydenreich, Semaine médicale^ 7 janvier 1891.
Les corps élrangers de restomac peuvent avoir été introduits par une blessure de la paroi stomacale; ce sont alors des projectiles ou des fragments d'instruments piquants; mais la grande majorité de ces corps étrangers ont été avalés.
Leur nature est très variée, et je n'ajouterai rien à ce qui a été dit à cet égard à propos des corps étrangers de l'œsophage. Toutefois, les plus fréquemment observés sont des fragments d'os ou de verre ; des pièces de monnaie; des dentiers; des couteaux, des cuillers, des fourchettes; des morceaux de bois; des lames de sabre, etc. Les uns sont lisses et réguliers; les autres, irréguliers et couverts d'aspérités.
Lorsque, après des péripéties diverses, ils ont parcouru l'œsophage, ils tombent dans l'estomac qui se trouve tout disposé pour les recevoir et les conserver dans sa cavité, que le cardia et le pylore isolent du reste du tube digestif. Les corps lourds se placent, en général, dans la grosse tubérosité; les corps allongés, comme les fourchettes, s'orientent plus ou moins obliquement, du cardia au pylore, dans le sens du grand axe, et ils appuient sur les parois stomacales par chacune de leurs extrémités.
Symptomatologie. — Parmi les corps étrangers, les uns ne font que traverser l'estomac, pour s'engager dans l'intestin, les autres s'arrêtent et séjournent plus ou moins longtemps.
Les premiers ne traduisent souvent leur présence par aucun symptôme appréciable. Ce sont, d'ordinaire, des corps assez peu volumineux pour pouvoir franchir le pylore. On cite cependant des exemples de corps très gros, ou très longs, comme des couteaux et des fourchettes, ayant pu traverser le détroit pylorique. Il semble que ce passage soit plus facile, lorsque l'estomac se trouvait rempli d'aliments et en pleine digestion, au moment de l'ingestion du corps étranger, et cela surtout pour les corps irréguliers, comme les frag-
CORPS ÉTRANGERS 1>K l/KSTOMAn. 411
incnls dos el de verre, qui se trouvent alors enrobés par la masse alimentaire et, par suite, peu disposés à s'accrocher. Parfois, au moment où le corps étrang-er franchit le pylore, les malades accusent une douleur assez vive ; mais le plus souvent ils n'en ont pas conscience.
Lorsque les corj^s étrangers sont arrêtés dans l'estomac, pour peu qu'ils soient volumineux et irréguliers, ils se manifestent par des symptômes fonctionnels provo(iués par liriitation gastrique ou j)ar les pressions exercées sur les parois stomacales : les malades se plaignent de gène à l'épigastre, de malaise, dangoisse, pouvant aller jusqu'à la syncope, et, d'autres fois, jusqu'à un état convulsif; dans certaines circonstances, c'est une douleur aiguë, en particulier lorsqu'il s'agit d'un corps étranger terminé par des extrémités pointues, et la douleur diminue souvent au moment où des aliments sont introduits dans l'estomac; par contre, les souffrances sont vives pendant le travail de la digestion ; quelques malades prennent à ce moment une attitude caractéristique : immobiles, repliés en avant, ils osent à peine respirer, par crainte des douleurs occasionnées par l'abaissement du diaphragme. L'opéré célèbre de Labbé restait assis, dans une immobilité absolue, durant plusieurs heures, après chaque repas.
Les vomissements sont très fréquents : ils sont alimentaires, muqueux ou bilieux, parfois sanguinolents, et dans quelques cas ils sont constitués par du sang pur, ou par du sang noir. Les vomissements sanglants impliquent une lésion de la muqueuse parles extrémités pointues ou parles aspérités des corps étrangers. Dans quelques cas, on a noté des vomissements noirâtres semblant tenir à une altération de la substance du corps étranger par les sucs gastriques, par exemple lorsque le corps étranger est en fer. L'époque d'apparition des vomissements n'est pas fixe : tantôt, c'est presque immédiatement après l'ingestion du corps étranger; tantôt, c'est beaucoup plus tard. Ces différences paraissent dues à des susceptibilités individuelles, aussi bien qu'à la variété des corps étrangers et à la condition dans laquelle se trouvait l'estomac, au moment de l'introduction; c'est ainsi que le vomissement est en général précoce, quand le corps étranger est volumineux, irrégulier, piquant, et quand l'estomac se trouve vide.
Quelquefois, même avec un corps étranger très volumineux, plusieurs jours se passent sans que le malade éprouve d'accidents sérieux; celui de Labbé, qui avait avalé une fourchette, ne ressentit que des troubles insignifiants, pendant dix-neuf jours.
Les renseignements fournis par la palpation de l'épigastre varient, naturellement, beaucoup, suivant les dimensions, la forme et la position du corps étranger. Presque toujours, cependant, la pression est douloureuse. Lorsque le corps étranger est volumineux et allongé, il est souvent possible de sentir à l'épigastre ou sous le rebord costal, une saillie dure, au niveau de laquelle la pression détermine de la douleur. Cette exploration doit être faite avec beaucoup de ménagements, pour ne pas s'exposer à rendre complète une perforation déjà commencée.
Les troubles apportés aux fonctions intestinales par la présence d'un corps étranger dans l'estomac, peuvent être très légers. Dans un certain nombre de cas, cependant, on observe de la constipation qui tient, sans doute, à une