ABCÈS CHAUDS
Historique. — Gomme les inflammations dont ils dérivent, les abcès chauds sont connus depuis qu'il existe une médecine écrite ou même traditionnelle, mais on en pourrait faire dater la description didactique du mémoire de David à l'Académie royale de chirurgie. Nous signalerons les articles de Heurteloup, de Roux, de Dupuytren, de Roux et Dérard, de Denonvilliers et de Laugier
[P. RECLUS
22 LIMI.AMMATION ET SES CONSÉOUEiNCES.
(laiiïi les pfrands diclionnaircs i\c médecine publiés en France depuis lo commenccnienl du siècle: parmi une loule d'autres travaux nous citerons :
Vklpeai-, Abcès. In Arrh. ijcn. de mcd., l. XII, p. i'.tt, ISJC). cl l. XIII, ]>. IKl. 1S27, cl Abcès folidc!?. In Clin, rliir., t. III, p. 3"1, 1841. — DELPEcn, Mènioiial dos liùp. du Midi, l. I, p. 1881. Monlpcllier, I8'2«.). — Cm.vssaion.vc, Trailé de la su|ti)uralion cl du drainat^^e cbirurgical, 1851». — Ogston, Lcbcr Abccssc. In Arch. fiir klin. Cliir.. l. XXV, p. ô88. IJcriin, 1X80. — Monod, Pcrforalion des ailères a»i conlacl du foyer puiulciil. In IJull. de la Sor. de rltir., p. GOG et 757, I8S2. — Nf.pvec. Palliouénie des abcès féli<los. In Itcvue de rhirun/ie, j). jG2, 1885. — Maurice Letille, Pus et suppuration. In linn/rlopcdie des Aides-Mémoire de Lénulc, 1894.
Anatomie pathologique. — Daprès noire définition même, l'abcès est constitué par une collection purulente et par une cavité de formation nouvelle tnii limite celte collection. Nous allons, dans notre description anatomique, suivre celte division et, à l'exemple des classiques, étudier d'abord le contenu de l'abcès, le pus, puis son contenant, la pocbe ou les parois (pie l'on nommait jadis « la membrane pyogénique ».
Nous connaissons déjà l'origine du pu-'^ : la pénétration des microbes pyogènes dans les tissus a provoqué l'issue hors des vaisseaux de globules blancs et de (juelcpies globules rouges, puis de matières albumineuses et fibrineuses que cède le plasma sanguin; d'autre part, les cellules fixes du foyer phlegmasié prolifèrent. Celle néoplasie inllammaloire comprime bientôt le réseau capillaire oblitéré, les éléments anatomiques, faisceaux et fd^rilles qui régressent et se résolvent en granulations plus ou moins volumineuses : l'exsudat, d'abord solide, se ramollit, puis devient tout à fait liquide, et le 'pus proprement dit se trouve constitué.
Le pus des inflammations franches, le « pus louable », est un liquide opaque, jaunAlre, crémeux, gras au toucher, d'une odeur « animale » particulière, d'une .saveur fade et douceâtre et d'une réaction alcaline. Mais chacun de ces caractères peut se modifier : la consistance n'est pas toujours la même; le pus est parfois très épais, à peine fluide, presque caséeux lorsqu'une partie du liquide qui le compose a été résorbée: parfois, au contraire, il est séreux, presque transparent, bien que troublé par des flocons albumineux chargés de leucocytes. Sa couleur, d'ordinaire jaune pâle, peut être grise comme celle du mastic, rougeûtre ou verdâlre. La variété du micro-organisme pathogène exerce son influence sur la nuance du pus, jaune avec le staphylocoque doré et blanc avec le staphylocoque blanc, mais la quantité d'hématies extravasées dans le foyer inflammatoire joue aussi un rôle capital par la transformation de leurs matières colorantes qui donnent à la collection des teintes rouges, vineuses, rouillées ou même noires. La texture des organes même est à considérer : le pus du foie est ordinairement d'im jaune rouge et celui du cerveau d'un jaune vert presque caractéristique; celui des os, grisâtre et mélangé de graisse.
Dans quelques cas, bien étudiés maintenant, le pus prend une remarquable coloration bleue qui se manifeste, il est vrai, non au moment de sa formation et lorsqu'il s'échappe de l'abcès, mais sur les linges du pansement. On savait ([ue cette teinte particulière est due à la présence d'un micro-organisme : Robin l'avait affirmé dès 1855 et, en 1868, nous avons assisté aux cultures qu'en faisait Broca sur l'albumine de l'œuf. Mais les recherches de Charrin (') ont, en quelque sorte, un caractère définitif. Cet auteur a isolé un microcoque rond,
(') CiiAFîRiN. Ih'Uelin de la Soc. nnalom., 2G décembre 1884.
[P. RECLVS-\