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LINFLAMMATION ET SES CONSÉQUENCES

Disparaissanl avec rinflammation même, elle laisse souvent derrière elle r\ pendant un assez lonp: temps, des taches livides ou cuivrées qui s'accentuent lorsijue la circulation sactive, après les repas, les exercices violents, une vive émotion. La rouureur est causée par Ihypérémie des tissus: les réseaux capillaires se dilatent et livrent passage à une quantité beaucoup plus considérable de sang. Nous avons trop insisté sur ce premier stade de la phlogose pour nous y arrêter encore. Parfois la rupture des petits vaisseaux et lextravasation des hématies contribuent à colorer la peau qui, dans ce cas, ne blanchit plus sous le doigt.

La tuméfaction, constante comme la rougeur, est, comme elle, variable suivant les tissus et l'acuité de la phlogose: aux paupières, au scrotum, à la lèvre, à la langue, au cou. aux membres inférieurs, elle atteint parfois des ju'oportions énormes. La tuméfaction dépend de causes multiples : la distension des vaisseaux, l'hyperplasie des éléments fixes du tissu enflammé, enfin Tcxtravasation du plasma hors des réseaux sanguins et l'immigration des leucocytes. Aussi, les premiers jours, augmente-t-elle lorsque à l'hypérémie succèdent la stase, les exsudats séro-fibrineux et la diapédèse. Elle reste stationnaire et même diminue quand la suppuration s'établit, puis tombe et disparaît peu à peu avec les autres signes de la phlegmasie: mais il n'est pas rare de constater ensuite, dans un foyer vraiment éteint, une induration notable, très lente à se résoudre.

Comme la rougeur et comme la tuméfaction, la douleur n'est pas la même dans toutes les régions, dans toutes les phlegmasies et chez tous les individus. Les caractères en sont très variables; on la dit gravative, lancinante, brûlante, pongitive. pulsative, excruciante; cette liste de qualificatifs pourrait s'allonger, et les homœopathes, qui se piquent, on le sait, de l'analyse minutieuse des symptômes, ne comptent pas moins de soixante espèces de douleur. Elle dilTère, en efTet, pour la peau et pour le tissu cellulaire, pour les os et pour les articulations; elle prend une acuité particulière dans les tissus à trame serrée : qui ne connaît les atroces souffrances provoquées par le panaris? dans chaque diastole artérielle, le sang qui afflue comprime les terminaisons nerveuses et exaspère la douleur. Elle s'apaise un peu lorsque l'abcès est formé, pour ne disparaître qu'après l'évacuation spontanée ou opératoire du pus.

La chaleur est un signe constant : en appliquant la main sur la région enflammée, on perçoit une élévation de température très nette: le malade accuse luimême, au niveau du foyer, une sensation de brûlure qu'il s'exagère d'ailleurs, car elle ne correspond guère aux indications précises fournies par le thermomètre, et si, aux extrémités surtout, la chaleur des parties phlogosées est supérieure à celle des points correspondants du membre sain, elle ne dépasse pourtant pas la température normale des organes centraux. Dans une série dexpériences mémorables, Hunter aAait déjà établi ce fait et conclu que l'excès de chaleur du foyer est dû à une circulation plus abondante et plus rapide. Cette assertion trouva des contradicteurs, et, pour Zimmermann, le sang, s'échaufl'ant au contact des parties enflammées qu'il traverse, élève bientôt la température du corps entier : telle serait l'origine de la fièvre traumatique.

Becquerel obtint par l'exploration thermo-électrique des résultats qui semblent confirmer cette opinion: pour 0. Weber aussi, la température du sang est plus élevée à la sortie qu'à l'entrée du foyer inflammatoire. Donc, il fut admis quelque temps que, du fait même de la phlegmasie, les échanges nutritifs plus

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INFLAMMATION. ly

ahondaiils, les comhiistions phis aciivos y sont la causo d'iino rlialour plus ^naiulc. Jacohson oppose des oxpriicncos conlradicloiros, Ijionlùt haltues en brèche à leur lour. En I88G, Roser soulienl oncorc cpio le loyer plilepi-niasique est une source de chaleur pour Torj'anisuie: Maxinione, au contraire, « a toujours trouvé la tempérai ure des parties enllannnées inférieure à celle du sang ». De ces affirmations en sens inverse ne peut-on inférer que, si les coml>ustions locales |)rovoquent un excès de chaleur, il est si faible (pi'on doit le négliger en praticjue?

Ces signes locaux s'accompagnent, le plus souvent, de phénomènes généraux dont le plus important est la fièvre. Nous ne la décrirons pas ici, car les phénomènes en varient selon la phlegmasic qui la provoque, et le tableau serait bien <liiïérent de la courbe thermique à cycle régulier de Térysipèle et de la pneumonie, ou de quelques ascensions que donne un petit furoncle, une tourniole légère, un phlegmon circonscrit. N'en est-il pas de même des altérations du sang qui oiï're presque toujours un excès de fibrine et des leucocytes plus abondants, et où, par contre, falbumine serait diminuée? Toutes ces modifications, celles qu'on observe encore du côté du cœur, des organes respiratoires et du système nerveux ne nous attarderont pas; elles sont plutôt du domaine de la médecine, et c'est avec « la fièvre » qu'on les étudie d'ordinaire.

La rnarcJie et la terminaison des phlegmasies ne sauraient non plus nous arrêter, tant elles diffèrent suivant la variété de l'inflammation et les tissus ou les organes atteints. Disons toutefois qu'elles sont aiguës, suhaÏQuës ou cltroniqices, selon l'intensité des phénomènes locaux et généraux et la rapidité de leur évolution. Disons encore qu'elles peuvent se terminer par d/'Htescence, lorsque la phlegmasic ne parcourt pas ses phases habituelles, mais s'éteint d'une manière rapide et complète; ])ar résolution, lorsque, après cessation, dans les délais ordinaires, des symptômes généraux et locaux, les exsudais se résolvent et les parties enflammées font retour à l'état normal; par induration ou hypertropJtie, lorsque, après disparition de la rougeur, de la chaleur et de la douleur, le foyer reste tuméfié et conserve une résistance particulière; par atropliie, quand le tissu cicatriciel néoformé, revenant sur lui-même, étouffe les éléments nouveaux de l'organe malade; enfin, par suppuration, ulcération et ganQrène, trois processus d'une haute importance et qui feront chacun le sujet d'une description spéciale.

Traitement. — La prophylaxie des phlegmasies chirurgicales a été fondée le jour même où l'on en découvrait l'étiologie. Puisque l'inflammation est provoquée par les microparasites, il faut, de toute nécessité, s'opposer à leur pénétration dans nos tissus et les y poursuivre si, par malheur, ils n'ont pu s'y cantonner. La méthode en est aujourd'hui bien connue : elle se résume dans l'antisepsie, dont l'idéal est d'atteindre une asepsie parfaite. Quand une solution de continuité accidentelle ou opératoire du tégument externe ou des muqueuses ouvre une porte à l'inoculation, on oblitère la plaie, après l'avoir lavée avec des substances parasiticides à formules innombrables. Si les tissus s'entlamment, lorsque le chirurgien a fait lui-même et surveillé la diérèse, il est alors le seul coupable : il a péché contre quelque règle de technique antiseptique.

Le jour où l'on a su que les germes de la suppuration se trouvent en abondance sur nos mains et sous nos ongles, dans notre barbe et sur notre peau, qu'ils s'y cultivent et y prospèrent, qu'ils s'accumulent dans les anfractuosités

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1) LINFLAMMATION KT SES CONSÉOUENCKS.

lie nos instrum-Mils, sur nos vi^lements. sur les draps el les couvertures, les murs mt'me de nos hôpitaux, on a imaginé une série de manœuvres poulies délruire partout où ils sont un daui^er: le lavage répété des mains, le passage des instruments à Tétuve, la désinfection des vêtements, de la literie et des salles, une propreté minutieuse, tatillonne, absolue du champ opératoire, la protection de la plaie par un pansement antisepticpu^ ont eu le résultat immédiat de supprimer rinllammation. Nous n'insisterons pas; toute chirurgie repose à celte heure sur lasepsie, qui doit être enseignée et apprise non dans un livre, mais à Ihôpital.

Mais rinflammation existe: le chirurgien ou le malade a laissé s'introduire les germes...: à ipielle thérapeutique devons-nous recourir? Il ne peut être ici ipiestion que de règles générales, car nous nous proposons, pour chaque phlegmasie, d'insister sur les modifications particulières ([n'impriment au traitement le tissu, la région, la variété de la phlogose. Les émissions sanguines, les sangsues, les onctions d'onguent mercuriei ont vécu: à peine si, de l'ancien arsenal thérapeuti(pie, on a conservé les mouchetures dans les inflammations œdémateuses des membres inférieurs, l'élévation selon la méthode de Gerdy et la compression. Encore celle-ci néccssite-t-elle les soins les plus étroits; elle doit être peu intense, régulière, progressive, car, mal dirigée, elle pourrait aggraver le processus et provoquer la gangrène. Si on voulait la tenter, une lame d'ouate maintenue par les tours imbriqués d'une longue bande de caoutchouc non pas serrée, mais déroulée, pour ainsi dire, autour du membre, serait de bonne praticpie. mais encore une fois, à la condition d'une surveillance rigoureuse.

L'ancien cataplasme, si longtemps le topique obligé de toute inflammation, est maintenant regardé "comme « l'opprobre », la « peste » de la chirurgie. Dans la moite température de son milieu organique, les germes qui irritent et enflamment la plaie se développent et pullulent. Par contre, grâce à ses réserves de chaleur humide, et c'est cela surtout qui en faisait la vogue, il calmait la douloureuse tension des tissus phlegmasiés. Or, au moyen de compresses de tarlatane, trempées dans une solution chaude dont le type sera la liqueur de ^'an Swieten, et recouvertes d'une toile imperméable — tafîetas gommé ou gutta-percha laminée — enveloppée d'une couche épaisse d'ouate maintenue par quelques tours de bande, on obtient un cataplasme qui, à toutes les propriétés du premier, ajoute l'immense mérite de ne pas se dessécher et d'être antiseptique.

La région enflammée est ainsi placée sous une buée chaude olTrant presque tous les avantages de la balnéation continue. Celle-ci, du reste, est devenue d'usage courant, et, depuis leur vulgarisation par Verneuil, les bains antiseptiques prolongés ou permanents rendent des services inappréciables. Lorsque la phlegmasie siège au membre supérieur, main, avant-bras, coude, partie inférieure du bras, on plonge la région malade dans un vase rappelant par sa forme l'ustensile de cuisine appelé poissonnière. Il est rempli d'une solution antiseptique faible d'acide borique, de bichlorure de mercure ou d'acide phénique: nous l'employons dhaljilude à une température de 40 à 45 degrés. Presque aussitôt, les douleurs lancinantes ou pulsatiles s'apaisent, la sensation de brûlure et de tension s'atténue, la tuméfaction diminue, l'inflammation cesse d'être envahissante: elle se limite et, là où l'on craignait une suppuration abondante, un petit abcès se collecte dont on pratique l'ouverture suivant les règles que nous aurons bientôt à tracer.

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ABCI-IS. 21

Sur h's p(iinls où l;i luiluraliou |)r()l()nfi«''(* n'est j»as aj»j)licnl)l(', à la figure ol à la UMo, au cou, sur le Irouc, au niveau des orgauos génitaux ou des niombres inleriours, Vornouil a proposé Teniploi de la |)ulvérisalion anlisoplique à Taide de la niaruiile de Chauipionnière, col instrument (|ui, dans le pansement primitif de Listel-, seivait à praticpiei- le « spray ». On on charj^e le récipient d'une solution antiseptiipu» faible, acide phéni(pu^ à 'i pour 100, acide borique à 4 j)oiu- KM), li(pu'ur de ^'an Swieten dédoul)lée, |)uis, a))rès avoir protégée les autres régions d'une toile imperméable, talVetas gommé, gutta-percha laminée ne laissant à découvert que la partie alTeclée, on met la marmite en position, à 25 centimètres environ du foyer nuilade sur lequel on dirige le jet de vapeur, (-haque séance peut durer une demi-heure, une heure, deux heures; on la lenouvellc trois fois par jour. Lorsque la phlcgmasic est limitée, que la collection purulente est ouverte et gi-anulée, on suspend les pulvérisations, sauf à les rei)ren<lre à la moindre alerte.

Mais dans Tintervalle des bains prolongés ou des pulvérisations, le foyer sera protégé sous des compresses de tarlatane humides, antiseptiques et chaudes, recouvertes d'une toile imperméable et entourée d'ouate, dont nous avons parlé j)lus haut. Ou peut-être mieux, car la question est toujours à l'étude, serait-il bon d'avoir recours, après les séances de balnéation, non à un pansement humide, mais à un pansement sec moins propice à la pullulation des germes pathogènes. Nous suivons depuis peu cette pratique et nous n'avons qu'à nous en louer. — Depuis que ces modes de traitement si simple sont appliqués d'une manière systématique, le pronostic des phlegmasies superficielles a changé : panaris, phlegmons dilîus, érysipèles, furoncles et anthrax sont aujourd'hui des atïections bénignes et les nouveaux venus dans nos hôpitaux ignorent les dangers formidables auxquels l'inflammation exposait jadis les malades.

ABCES

On nomme abcès toute collection purulente qui se creuse une cavité aux dépens des tissus qu'elle détruit ou refoule. — On en distingue deux grandes espèces, les abcès chauds qui succèdent aux inflammations franches et les abcès froids dus à la liquéfaction de masses tuberculeuses. Mais il en est d'autres ({ue nous appellerons systémati({uemenl « chronicjues » pour les distinguer des abcès froids tubei'culeux et qui méritent une description particulière.

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