CORS
Le cor est une excroissance épidermique qui diffère du durillon par la présence d'un prolongement central qui fait saillie à sa face profonde et s'enfonce plus ou moins dans le derme. Ce noyau central, plus dur que le reste, ce clou est la caractéristique anatomique du cor et, comprimant le derme, il est la cause des douleurs si vives dont le cor est le siège habituel. Il peut y avoir plusieurs de ces prolongements, encore appelés racines.
Le cor est une lésion des pieds. Il y occupe les orteils, le cinquième surtout, à la partie moyenne de son bord externe. Il surmonte l'articulation phalangophalangeltienne des orteils en marteau. Il existe souvent (sous le nom d'œil-deperdrix) dans les espaces interdigitaux. On le voit, mais plus rarement, aux points de pression de la plante, du talon.
Ces localisations s'expliquent par Tétiologie. Le cor est produit par les chaussures soit trop serrées, soit mal ajustées, soit en cuir trop dur. Le cor interdigilal a la même cause; mais la chaussure trop étroite, au lieu d'agir directement sur la peau malade, comprime les deux orteils l'un contre l'autre. C'est donc bien souvent à vouloir faire petit pied que l'on gagne cette infirmité. Mais il ne faut pas exagérer et dire avec le peintre Eugène Delacroix : « Tant que j'ai eu un cordonnier j'ai aussi eu des cors ». Les chaussures larges et mal ajustées sont tout aussi nuisibles que les chaussures trop étroites.
Le cor est formé de deux parties : une périphérique, de largeur variable, simple durillon à lames épidermiques parallèles; un noyau central, bien plus
(') \V. Dubreuilh, Ann. de dermat. el syph. Paris, 1895, p. 441. (*) Gillette, art. Cor du Dict. encyrl. des se. méd. Paris, 1877.
lA. BROC A J
r,il LÉSIONS TRAUMATIOUES DE LA 1>EAU.
dur. autour chuiuel sonihoviMieul les lamos, bien plus lassées. Sous relie racine saillante, le derme est atrophié, ses papilles ont perdu de leur hauteur. Elles finissent par disparaître, et le degré extrême est un petit trou, formé par usure dans le derme.
L'aspect extérieur dun cor est à peu près celui d'un durillon. La saillie est cependant plus haute, à bords plus limités. Les cors plantaires sont larges, rutrueux, peu saillants. Les œils-de-perdrix, constamment macérés dans la sueur inlerdigilale. sont plats, ramollis, dun Itlanc opaque. Leur centre est déprimé et on y voit, grisAtre, la tète du noyau central.
La douleur est le principal inconvénient des cors. Nulle au repos, provoquée par les pressions, parfois vive au point d'entraver la marche, elle est surtout intense pour les cors inlerdigitaux et plantaires. Elle est due à la compression exercée parle cône central sur le corps papillaire : le cor, en cfl'et, est insensible par lui-même. Elle dépend pour beaucoup de la sensibilité individuelle du sujet Elle est plus marquée par les temps humides.
Le cor peut, comme le durillon, se compliquer d'une bourse séreuse et d'un hygroma.
Traitement. — On a beaucoup écrit sur le traitement des cors, ce qui tient à l'inelticacilé fréquente de la plupart des moyens.
Avant tout, le malade portera des chaussures faites avec soin, fabriquées exactement sur le moule même du pied, disait Thierry. Quelquefois, le cor disparaît alors. Le fait est rare cependant, et par la réforme de la chaussure on se borne presque toujours à faire cesser les douleurs.
Des appareils divers ont été inventés pour éviter les pressions. Ils se réduisent, en somme, à un anneau qu'on dispose de façon que la tète du cor réponde au vide du centre.
Les topirjKcs les plus variés, pris surtout parmi les sucs végétaux, ont été employés empiriquement. Leur efficacité est, pour la plupart, médiocre.
Le moyen le plus vulgaire est le grattage après ramollissement par un pédiluve. Il faut le renouveler souvent, car il n'atteint pas le sommet de la racine. Mais, sauf très grande intensité des douleurs, c'est un excellent palliatif.
La guérison radicale s'obtient par les caustiques ou par l'extirpation.
Les caustiques ont parfois été appliqués avec trop d'énergie : A. Thierry a vu une femme à laquelle il dut amputer l'orteil; Fabrice de Hilden cite même une mort. Maniés avec prudence, les caustiques sont toutefois utiles. Les meilleurs sont l'acide nitrique et l'acide acétique; on trempe dans l'acide le bout d'une allumette, et on en frotte la surface du cor, en ayant soin de ne pas dépasser la région malade. Le cor imbibé tombe au bout de quelques jours. On ne traitera pas de la sorte les œil-de-perdrix, car on produit alors très souvent des brûlures interdigitales très pénibles.
A côté des caustiques, il faut signaler l'acide salicylique, dont l'action dékératinisante a été utilisée depuis quelques années. On badigeonne le cor avec une solution d'acide salicylique dans le collodion ou on applique sur lui, pendant quelques jours, un emplâtre salicylé.
Vextirpjatio)i donne de très bons résultats à condition que l'on enlève bien la ou les racines. Elle se fait soit avec un bistouri, soit à l'aide d'aiguilles spéciales qui constituent l'outillage des pédicures. C'est, en effet, à ces artistes spéciaux qu'on s'adresse presque toujours. Ce qui n'est pas un motif pour que le chirur-
lA BROC A-}
PLAIES. — TATOUAGES. 5i5
gien luôpriso trop ces oprcalioiis iiisi^iiiliMulcs : Casper pailc duii liomiiic ({ui, s'élanl liii-iiuMno curé un cor, inoui'ul du Ictanos; A. Tliicrry l'clate un l'ail de gangrène niorUdle, due à un garçon de bains.
Après al)lation du cor, la récidive est conslanle si la région est de nouveau soumise à la compression.