‹ Traité de chirurgieChapitre 116 sur 199 · BOUTON D'ORIENT · texte numérisé non relu

BOUTON D'ORIENT

On appelle boulon (TOnent une lésion cutanée ulcéreuse, produite par un micro-organisme spécial, et observée dans les pays chauds, en Orient surtout, où elle est désignée par des appellations populaires diverses : boulon (fiDi an, en raison de sa durée; maladie des dattes, disent les Arabes; et c'est, pour les Égyptiens, V herpès du Nil ou le gros ulcère.

Les premières notions quasi scientifiques que nous ayons eues sur ce sujet sont dues à des voyageurs, à Russel en 1750, à Volney en 1787 sur le boulon d\ih'p. L'étude médicale commence en 18129, avec Alibert, à propos d'un malade observé à Paris; et la même année un élève d'Alibert allait à Alep examiner sur place celte dermatose, dont il s'occupait en 1835 dans sa thèse inaugurale.

Peu après, les médecins du corps expéditionnaire d'Algérie nous firent con-

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iiaîlro un bouton fie Biskni, spécial, pciisaitMil-ih, à celle région, ol dans sa thèse, en I8i7, Pogg'ioli établit un diafi^nostie dillérenliel entre le houlon de Hiskra et le houlon d'Alep. A celle époque il y avait, outre ces Iravaux français, des des(rii)li()ns ani^lalses de lésions analog-ues observées en Asie; à ces boulons de Delhi, de H()nd)ay, on ajoulait ceux du Nil, du Caire, des Zibans, etc. Plus lécennuent les Russes ont observé dans le Turkestan, dans l'Affi^hanislan, la maladie des Sarihes et l'ulcère de Pendjeh. Enfin, le boulon d'Orienl existerait en (lolondtie. N'illeniin esl un des premiers, en 1804, à avoir réuni toutes ces variétés sous le nom unique de bouton d'Orient, et peu à peu les médecins ayant observé successivement dans les diverses régions qui viennent d'être nommées ont allirmé l'idenlilé de ces ulcères, qu'on avait d'abord crus spéciaux à chaque |)ays. Ce lut là l'œuvre de Berlherand, Alix, Armand, Barallier, Hamel, pour ne citer ([ue les Français, tandis que les Anglais arrivaient à la même conclusion. Celle identité, il est vrai, est un peu mise en doute par Poucet (de Cluny); mais, malgré cette note discordante, l'accord est à peu près parfait et la bactériologie a prouvé que c'est à bon droit.

Des observations ont été recueillies en Europe, dans ces dernières années surtout, mais toujours sur des sujets venus d'Orient. A l'hôpital Saint-Louis, elles sont dues à Brocci, Fournier, Vidal; au camp de Sathonay, Boinet et Deperel ont vu le clou de Gafsa; en 1886, Riehl a examiné un malade à Vienne; (^Jiantemesse a entrepris des recherches bactériologiques sur un de nos confrères, arrivant du Caire.

Bahallikh, ai'l. Bouton d'Alep du Noiiv. Dirt. de méd. et de rhir. prat., IStiti. — Le Roy de MÉiticouiîT, ail. Bouton d'Alep du Dirt. enryrl. des sr. mcd., 18G9. — V.\ni>yke Cahteh, Note 011 Ihe Dellii Boil. Med. rhir. Transartinns, 1877, t. LX, p. 205. — E. Geiîeiî, Erfahrungen aus ineiner Orientreise. Viertelj. /'. Der)nnt., 1874, p. 445. — A. L.vvErtAN, ConlribuLion à l'état du bouton de Biskra. Ann. de dermal., 1880, p. 173. — Duclaux, Étude d'un microbe rencontré sur un malade atteint de clou de Biskra. Ann. de dermat., 1884, p. 377. — Duclaux et Heyden- HEicn, Avril, de jjIiijs., 1884, t. II. ]». lOC). — Riehl, Zur Anat. und .Etioloifie der Orientbeule. Viertelj. f. Dennat. n. Si/pli. 188t), p. 805. — L. Thomas, L'ulcère de Pendjé. Gaz. hebd., 1880, p. 555. — Hickmann, Delhi Boil. Tlie Practitioner, 1880, t. XXXVI, p. 18. — Bouquet, Du clou de Biskra. Thèse de Paris, 188<)-1887, n" 227. — Chantemesse, Noie sur le boulon du Nil. Bull, de la Sar. anat., 1887, p. 5()7, et Ann. de finst. Past., t. I, p. 470. — Poncet (de Cluny), Note sur le clou de Gafsa. Ibidem, p. 518, et Ihill. de ta Sor. de biol., 1887, p. 585. — Rietsch, Les ulcères de l'Yémen. Congrès cies .Sor. Sao., 1889, d'après Gaz. helid., p. 402. — Moty, Reniar(iues sur l'évolution, la palhofjénie et le trait, du clou de Biskra. Ann. de deriaatol., 18',»5, 1). 371.

Étiologie. — Il est démontré aujourd'hui qu'un microbe est la cause efficiente. On ne peut cependant pas dénier toute influence aux causes qui naguère encore étaient seules invoquées. Non point qu'il faille ressusciter l'action des ùif/esta, qu'il s'agisse des dattes ou de l'eau. Mais il semble bien, affirme Moty, que dans tous les pays infestés existe le dattier. D'autre part, il est certain (pie la aoiso)} a de l'importance. La plupart des cas débutent de septembre à décembre; passé janvier, ils sont rares, et presque tous sont guéris en mars ou avril. Puis l'endémie, plus ou moins forte suivant les années, se calme jusqu'à l'automne. Elle est parfois 1res intense, et, sur un bataillon de 375 hommes, à Biskra, Weber a constaté la lésion sur plus de 50 pour 100 de l'etrectif.

La COI) ta (/ion joue \iu rôle mis en relief par Weber, Laveran, Boinet et Depéret. 11 y a longtemps déjà que Desgeneltes avait, sans succès, tenté des inoculation^^ à Alep. Mais plus lard Villemin avait obtenu des résultats positifs, confirmés par Weber, Boinet et Depéret, Chantemesse, Moty, etc.

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592 l'AlîASITES MICROniKNS niVKHS Di: I,A PEAU.

Linoculalion iclôvo, m cliiiiiiMc, de causes variées. En temps delidémie, loulo plaie leiitl à déyénérei-. v\ Lnveiaii insiste sur le rôle des vésicatoires, des érosions li'auuialit[ues diverses, d»' la vaccination, des pustules d'acné, d'impétii^o. Les pitiùres de cousin propagent aussi le mal, d'autant plus qu'elles entraînent des lésions concomitantes de ^ratlai>•e.

Cette étioloi^ie e\pli(pn» pourquoi l'j^^e, le sexe, la nationalité ne comptent iiuère: t ependanl. au dire de Castaino;, les nègres seraient relativement épargnés.

('ette notion de l'inoculation directe rend coni|)le du sièya Je jtréililection sur les parties découvertes. D'après les relevés de \'illeniin, Weber, Boinet, en première ligne viennent les mains et les avant-hras. les pieds et les jambes; puis la l"a<"e et le cou. Les autres localisations sont rares.

Il est un autre caractère, enlin, qui cadre bien avec ce que nous savons aujourd'hui des maladies infectieuses : sur un sujet une l'ois guéri, la rrcidive serait rare, et, (puind elle se manifeste, elle serait plus bénigne ([ue l'atteinte |)remière. Le mal aurait une évolution plus rapide, et on appelle à Alep « bouton neutre » une alleclion (pii serait, d'après Villemin, une récidive atténuée.

La b((Ctri'iolo(/ic n'a d'ailleurs pas tardé à découvrir l'agent contagieux. 'Vandyke Carter (IS77), Weber ont d'abord parlé de spores. Puis Laveran a vu de nombreux microbes dans le ])us. Il n'en a, il est vrai, isolé aucun. Boinet et Depéret ont cru, un peu plus tard, avoir cultivé l'organisme spécifique : mais Chantemesse ne souscrit pas à leurs expériences quelque peu contradictoires. Les résultats obtenus par Duclaux et Heydenreich en 1884 semblent i)lus probants et ils ont été confirmés j^ar Chantemesse en majeure partie. Ce dernier auteur n'a cependant pas trouvé le microbe dans le sang, malgré l'assertion de ses deux prédécesseurs. On peut, jusqu'à nouvel ordre, faire abstraction du bacille signalé par Poncet (de Cluny), du microcoque capsulé vu par Riehl, et admettre que le microbe pathogène est un microcoque qui ressemble un peu au Stapliylococcu!< pijoycnes aurcu><, mais en dilTère toutefois par des propriétés de culture essentielles. En inoculant cette culture, on obtient un bouton caractéristique, dont le pus est fertile. Ce microbe est remarquable par l'atténuation rapide, avec le temps, de la virulence des cultures, virulence appréciée par les accidents généraux, souvent mortels, que détermine l'injection intra-veineuse. II est à noter cependant que, dans un travail récent, Auché et Le Dantec (*) décrivent un microbe qui ressemblerait à un streptocoque. Peut-être faut-il tenir compte du polymorphisme de ce micro-organisme.

Tels sont les faits prouvés qui nous permettent de n'attribuer à certaines hypothèses — à la nature syphilitique du mal par exemple — qu'un intérêt purement historique, pas plus qu'il n'est de mise de se demander encore si c'est ou non un impétigo (Duteuil) ou un ecthyma (Seriziat).

Lorsque le parasite n'est pas inoculé à la faveur d'une excoriation accidentelle, il est probable (ju'il pénètre par les orifices glandulaires et engendre une folliculite, puis une périfolliculite spécifique, lésion constatée au microscope, autour des glandes sudoripares surtout, par Kelsch, Laveran; autour des appareils pilo-sébacés par Riehl.

Symptômes. — Il faut décrire : I" l'élément du début; !2" l'ulcère; o*» la cicatrice.

Cj AcciiÉ et I.E iJ.vNTEc, Arrli. rliii. de Bordeaux, 1X<)4, \). itiS.

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