VERRUES
Ces (lonnccs éliologiiiucs expliiiuent pourquoi, malgré l'usage, je n'ai pas rangé parmi les verrues certaines excroissances telles (|ue la « verrue cicéronienne » ayant, dit Ba/in, le volume d'un pois chiche et olTrant des poils à la surface. J'ignore de quelle nature était la tumeur qui agrémentait le nez du grand orateur, mais ce n'était pas une verrue au sens propre du mot.
h\''voli((i(ni est caractéristique. Le plus souvent, en cH'ct, ai)rcs avoir formé une éruption abondante, les verrues disparaissent sans qu'on sache pourquoi et ne laissent aucune trace. On dit qu'elles peuvent, si elles persistent chez des gens Agés, dégénérer en éj)ithélioma; il est probable que l'on a fait confusion avec les verrues séniles.
Le pro)iOfilic est donc bénin, et le principal inconvénient des verrues est d'être disgracieuses; la face, le dos des mains sont, en efl'et, des parties difficiles à dissimuler toujours. Dans ces conditions, chez les jeunes filles surtout, on sera parfois appelé à intervenir, et il va sans dire qu'une des premières règles du traitement sera d'éviter la formation d'une cicatrice quelque peu visible.
Traitement. — Le traitement médical a été employé avec succès et surtout certains auteurs ont vanté les bons effets de la magnésie ('), de l'arsenic (*) à l'intérieur, contre les verrues multiples. La dose de magnésie recommandée varie, suivant les auteurs, de 70 centigrammes à 6 grammes par jour.
Les applications externes les plus diverses ont été préconisées, et je n'énumérerai même pas tous les topiques populaires. Le suc de certaines plantes, de la grande chélidoine, de quelques Euphorbiacées, semble avoir de l'efficacité. Rôsen ('') a récemment préconisé les applications d'acide salicylique, employées par son maître Nussbaum.
Le chirurgien peut détruire les verrues par les caustiques ou les enlever à l'instrument tranchant. Les meilleurs caustiques sont les acides nitrique ou acétique, appliqués comme je l'ai dit à propos des cors, de façon à imbiber la masse morbide sans la dépasser. L'excision se pratique parfois au bistouri, mais presque toujours d'un coup de ciseaux courbes; on cautérise au nitrate d'argent la surface saignante, sans quoi les récidives sont fréquentes.
IL Verrues séniles. — On voit souvent sur la peau des vieillards des plaques un peu saillantes, irrégulièrement arrondies, de dimensions variant entre celle d'une pièce de 50 centimes et celle d'une pièce de 2 francs, rarement d'une pièce de 5 francs. Leur couleur se nuance, suivant les cas, du jaune brun au noir, et c'est à elle qu'elles doivent leur nom de « crasses des vieillards ». La surface est assez lisse, de consistance un peu grasse. Si de l'ongle on gratte vers les bords, on détache une carapace sous laquelle apparaissent des papilles hypertrophiées, de dimensions et de forme assez variables, de couleur rose tendre. Les symptômes subjectifs sont nuls, à part quelquefois un peu de prurit.
Les crasses des vieillards atteignent surtout les individus malpropres. Elles peuvent occuper toutes les régions du corps. Elles ont pour siège de prédilection la face et le dos des mains. La multiplicité y est assez fréquente.
Lorsque le malade se gratte, irrite souvent la surface malade, il s'y produit parfois des excoriations, du suintement. Il faut alors surveiller attentivement la
(') CoLRAT, Soc. des se. méd. de Lyon, 1880, d'après Lyon médical, t. LUI, p. 45. (*) PuLLiN, Brislol med. and surg. Journal, 1887, d'après France méd., 1888, t. Il, p. 1270. (*) RôsEN, Zur Dehandlung abnormer Gebilde der Epidennis. Mùnch. med, Wochenschr., 1888, n° 9, p. 147.
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région, examiner avec soin si aucune indiiralion ne survient au-dessous et autour d'elle. Dans ces conditions, en elVel, il est fréquent qu'un épilliélioma culané(') se développe en ce poinl, et c'est probablement à cet état que correspond ce que Follin appelait « ulcère cutané papillaire ».
La nature anatomi((ue de ces productions est assez bien déterminée. L'hypertrophie papillaire est évidente; l'écaillé qui la recouvre est constituée par des cellules épidermiques et un peu de matière sébacée (*). Malgré la présence de celte substance grasse, il ne semble pas qu'il faille adopter l'opinion ancienne et ranger les crasses des vieillards parmi les séborrhées sèches, l'écaillé étant formée par un amas de matière sébacée anormalement abondante et concrescible. Il est bien plus probable qu'il s'agit d'une irritation dermique d'ordre parasitaire et que l'hypertrophie papillaire est le fait anatomique primordial. Tout comme lépithélioma cutané qui en dérive n'est pas un épithélioma glandulaire, mais bien un épithélioma à début interpapillaire.
Le pronostic n'est à réserver qu'en raison de la transformation cancroïdale possible. Le diagnostic est évident, sauf avec le hqnis acnéique. D'autant plus que ce lupus, lui aussi, a de la tendance à dégénérer en épithélioma. Le seul point vraiment important est de déterminer s'il y a ou non évolution épithéliomateuse. On y parviendra en examinant bien, après avoir fait tomber les croûtes, quels sont les caractères de l'ulcération, et surtout si sa base et ses bords .sont indurés.
Le traitement consiste en soins de propreté réguliers. On a préconisé les lotions savonneuses fréquentes, ou bien les lotions phéniquées. A la face, on évitera en général les cautérisations, l'excision, qui laissent des cicatrices, mais on n'hésitera pas dès la première menace de transformation cancroïdale. Dans les régions non apparentes, il est même indiqué, peut-être, d'enlever sans tarder la production morbide. L'extirpation au bistouri est préférable à la destruction par le thermocautère.
III. Papilloraes dits simples ('') . — Ces papillomes s'observent surtout sur les adultes du sexe masculin. La plupart occupent soit le dos de la main ou des doigts, soit Tavant-bras. Dans leur étiologie, les irritations locales ont une grande importance.
Anatomiquement, il n'y a que peu de particularités à noter. Les papilles hypertrophiées sont très vascularisées. Elles sont recouvertes d'un épidémie corné épaissi, ayant conservé ses trois couches normales. Le tissu conjonctif des couches superficielles du derme est chroniquement enflammé, tend à la sclérose et étouffe les bulbes pileux, d'où la chute des poils.
Le débnt est en apparence insignifiant : c'est une petite excroissance, que le malade néglige. Puis d'autres s'élèvent à côté, l'épiderme s'épaissit, des croûtelles se forment, la région prend une teinte rouge, infiammatoire, et peu à peu le mal s'étend, lentement mais sans cesse, en sorte qu'il peut arriver à constituer de larges plaques. A la période d'état, on voit une surface croûteuse, noirâtre, fendillée; au fond des sillons, le derme apparaît à nu, fissuré; entre eux il est hérissé de saillies papillaires rosées que l'on aperçoit bien après avoir fait tomber
{') Ai:dou.\rd, De l'acné sébacée partielle et de sa transformation en cancroïde. Thèse de Paris, 1879, n- 454.
(*) Barthélémy, Des verrues séborrhéiques ou verrues plates de la vieillesse. Ann. de dermat. et de syph., 1881, p. 555.
(î) NoTiN, Étude sur les papillomes simples. Thèse de Paris, 1884-1885, n" 351.
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les croules sous un pnuseuicnl luiuiidc. Les troubles fonctionnels sont souvent nuls. La rrg-ion est cependant un peu sensible, les froissements, les pressions répékV's y éveillenl de la douleur; de même le contact avec des liquides irritants. De là une ^êne pour travailler.
Roser, \\'eil (') ont décrit un papillome cutané inpammatoh-c qui se caractérise surtout par l'existence de petits abcès dermiques entre les papilles hypertrophiées et souvent soudées en arcades par leurs sommets. Peut-être est-ce une lésion analogue à la précédente, mais où l'inflammation a atteint un degré plus intense. Peul-ètre aussi une partie des cas étudiés par ces auteurs seraient-ils rapportés aujourd'hui à la tuberculose verruqueuse.
Le (lia(p)ostic du papillome simple et de la tuberculose verruqueuse est en effet parfois obscur, et si Richl et Pallauf ont individualisé une forme assez nette, la question se pose encore pour les tubercules anatomiques. Il est démontré que certains d'entre eux sont de nature tuberculeuse; mais quelques auteurs contestent qu'ils le soient tous et admettent histologiquement le papillome simple. La différenciation clinique est encore à établir.
Le traitement a pour but de détruire le mal. Les pommades, les lotions diverses échouent. Les caustiques sont douloureux, difficiles à manier. L'étendue du mal en surface rend souvent impossible l'extirpation au bistouri. Les deux méthodes de choix sont le grattage et la cautérisation au fer rouge; fréquemment on les associe. La cautérisation se fait au thermocautère ou au galvano-cautère et on l'applique à la fois en surface et en profondeur, en promenant la lame rougie sur les papilles malades et en enfonçant dans la masse morbide des pointes de feu interstitielles.