CHAPITRE V PARASITES NON MICROBIENS
Je signalerai les accidents produits par certaines larves d' Œ s tridées. A\h. Robin a publié l'histoire d'un malade qui, piqué à Rio-de-Janeiro, eut à la cuisse un bouton ressemblant à un furoncle et fort douloureux. Une fistule s'établit par laquelle, au bout de trois mois, le parasite sortit et la lésion guérit. A ce propos, Mégnin {Société de biologie, 1884, p. 145) a fait connaître un cas analogue, où le faux furoncle, large de 6 centimètres, était moins douloureux. Le malade venait du Guatemala. Cette simple mention suffira pour cette lésion exotique, peu décrite en France.
Parmi les helminthes, je n'insisterai pas sur les kystes hydatiques du tissu sous-cutané, sur les cysticerques et la ladrerie. Je rappellerai la filaire du sang et l'éléphantiasis qu'elle accompagne (^), et je vais décrire les accidents produits par la filaire de Médine.
(*) Roser, Das cntzilndliche Hautpapillom. Arch. der Heilk., 18CG, p. 87. — C Weil, Ueber rfrts, etr. Viertelj. f. Dermat. u. Syph., 1874, p. 37. (*) Voy. p. 204.
[A. BROCit]
cm PARASITES NON MICROBIENS DU TISSU CONJONCTIF.
PILAIRE DE MÉDINE(')
La filaire de Mcilinc, encore appelée dragonneau, ver de Guinée, est un helminthe qui, en zoologie, a été nommé Dracunculus Medinensis, Gordius Medîneniiis, mais porte actuellement le nom de Filavia Medinensis.
Cet helminthe habite le tissu cellulaire sous-cutané, parfois les interstices musculaires, et y cause des accidents qui nécessitent des soins chirurgicaux.
L'antiquité admettait sans conteste l'existence de ce parasite. N'en trouvet-on pas même trace dans l'Écriture, sous forme de ces « serpents ardents » qui, sur les bords de la mer Rouge, se fixaient au corps des Hébreux, en leur voyage de la montagne de Ilor au pays d'Edom? Plutarque, dans ses j^ropos de table, relate un récit d'Agatarchidès (de Cnide). Puis viennent des mentions de Soranus, de Léonidas (d'Alexandrie), de dalien. Ces descriptions anciennes sont, il est vrai, appuyées presque exclusivement sur des relations de voyageurs, et elles sont, dès lors, un peu poussées au merveilleux. Néanmoins, ces indices historiques sont intéressants, et cela d'autant plus qu'au moyen âge, avec Ambroise Paré, le dragonneau a été relégué parmi les animaux fabuleux. Les négations allaient encore leur train au début de notre siècle, avec Larrey, Richerand : ce prétendu parasite ne serait qu'un tendon mortifié, ou un nerf, ou une concrétion inlra-veineuse. On le prouvait en montrant que des dragonneaux de cette espèce existaient sur des malades de nos pays.
Mais peu à peu la pathologie exotique a été fondée sur des observations recueillies par des médecins, et les relations de Kœmpfer, Lind, Chapotin, Bruce, etc., avaient démontré que le dragonneau existait, lorsque Maisonneuve fit voir à la Société de chirurgie un spécimen recueilli à Paris sur un sujet venant des pays chauds. Depuis celte époque les travaux ont été nombreux et, dans ces dernières années, on a élucidé des points intéressants de palhogénie.
Étiologie et pathogénie. — Les conditions géograpfdqiies dominent Tétiologie. En Asie, l'Arabie Pétrée est atteinte et c'est là c|ue le mal a été tout d'abord observé. Mais celle région n'est pas la seule et le ver dit de Médina existe dans le Turkeslan et a\ix bords du Gange, sans préjudice, probablement, d'autres pays encore. En Afrique, on l'a trouvé au Sénégal, au Congo, sur la côte d'Angola, en Abyssinie, dans la Haute-Egypte. Dans l'Amérique du Sud et dans les Antilles, il paraît avoir été importé par les esclaves nègres, tout comme dans l'Amérique du Nord où, dans lEtat de Caroline du Sud, il a été vu par Mitcliell.
Plusieurs observations ont été recueillies en Europe, toutes sur des sujets venant des pays précédents. On a bien parlé de larves de ce genre qui rendraient dangereux, à Saint-Pétersbourg, de se baigner dans les canaux de la Neva; mais ces faits, anciens déjà, n'ont pas été confirmés.
L'animal adulte est un helminthe nématode, long de 15 à 20 centimètres. Toutefois, chez un négrillon de douze ans, Peré affirme avoir extrait de la paroi abdominale une filaire longue de 2 mètres. Le diamètre atteint rarement celui d'une plume de corbeau. Régulièrement cylindrique, légèrement ridé transversalement, de couleur blanche opaque avec deux lignes demi-transparentes,
(♦) Ch. t. St.\mbolski, Du ver de Médine, 2* édit. Sofia, 1896.
rii.AiRr: on: mi^dine. eoi
dianuMralomenl opposc'cs, ranimai a une tôle effilée, munie d'une bouche oibii'ulaire. A l'élal adulte, ce n'est ^uère qu'une ^ainc à œufs, car la femelle seule est connue et, en labsence de toute notion sur le mâle, le mode exact de reproduction reste ignoré.
Les opinions les plus diverses oui eu cours sur le mode d'introduction de la fîlaire, mais les hypothèses sérieuses se réduisent à deux : l'animal pénètre directement sous la peau, ou bien, véhiculé par les boissons, il s'introduit par le tube digestif.
La première doctrine avait pour elle quelques arguments puissants. La larve habite les flaques d'eau, et voilà pourquoi les pieds sont le siège le plus fréquent de la fdaire; pourquoi les indigènes qui marchent pieds nus sont nettement prédisposés. Tout comme, d'après la relation de Bruce, les porteurs d'eau hindous, qui portent l'eau sur le dos, dans des sacs de cuir, ont précisément la filaire au niveau des épaules. Celle théorie, malgré sa vraisemblance, paraît aujourd'hui inexacte. La larve habile bien les flaques d'eau, mais elle ne saurait arriver à son complet développement que si elle a subi dans le corps d'un petit crustacé aquatique, le cyclope, une de ces métamorphoses avec lesquelles les helminthes nous ont familiarisés. L'eau ingérée contient ces cyclopes, et la filaire est enfin mise en liberté dans le tube digestif.
Tels sont les faits démontrés par Fedschenko (') sur la filaire du Turkestan et vérifiés par Forbes (^). Pourquoi maintenant la filaire a-t-elle des sièges de prédilection? Ici on ne peut que constater le fait. Sur 181 cas, Grégor a trouvé la filaire 124 fois aux pieds, 55 fois aux jambes, il fois aux cuisses. Puis viennent des localisations rares : scrotum, mains, orbite, nez, langue, mamelle, aine.
Reste encore une question assez obscure, celle des relations de la filaire de Médine avec d'autres parasites analogues. On appelle filaria coa (d'un nom populaire à Maribon Saint-Domingue) un nématode qui se loge dans l'œil, sous la conjonctive. Cette filaire est-elle, ou non, la filaire de Médine? Les opinions sont partagées sur ce point. De même pour filaria labialis extraite par Pane de la lèvre d'un Napolitain, étudiant en médecine; de môme encore pour cette filaria hominis oris trouvée par Leidy (de Philadelphie) sous la muqueuse buccale d'un enfant. Si l'on se souvient que chez les autres animaux, chez le chien en particulier, plusieurs filaires se développent, qui causent des accidents variés, on reconnaîtra que la ou les filaires humaines sont dignes de nouvelles recherches — abstraction faite de la filaire du sang, dont l'histoire zoologique et clinique est aujourd'hui bien avancée.
Symptômes. — Pendant une période de durée fort variable — jusqu'à trois ans, dit-on, — la filaire est latente. Puis le sujet ressent en un point une sensation prurigineuse, une douleur même, et constate en cet endroit l'existence d'une élevure. Là, le chirurgien voit une saillie tantôt allongée, d'apparence variqueuse (et l'on a parlé d'une veine de Médine), tantôt plus ou moins globuleuse, bombée. Dans cette saillie, l'animal, superficiel, est senti au palper, sous forme d'une petite corde sinueuse, plus ou moins enroulée. Parfois même on le voit se mouvoir, et Guyon relate l'histoire d'une négresse, venant de la côte d'Afrique, chez laquelle une filaire passait avec une rapidité surprenante d'une conjonctive à l'autre, par un tunnel sous-cutané creusé à la racine du nez.
{*) Van Beneden, art. Filaire du Dict. des se. méd., 1878. (*) Forbes, Lancet. London, 1894, t. I, p. 471.
lA. BROCA]
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Cotte jKMiode diiulolence a une durée variable; mais des accidents phlegmoneux lui font suite. La fièvre éclate pendant qu'un abcès se forme. Dans les cas les plus favorables. Tanimal est éliminé avec le pus. A Tordinaire une fistule persiste, par lacpiellc il passe volontiers la tète, mais pour la rentrer au moindre contact, phénomène déjà mentionné par Agatarchidès (de Cnide). Ouelquefois, au bout de deux ou trois abcès le parasite est rejeté. Mais daulres sujets ne survivraient pas à ces poussées phleg-masiques. Ciuénot, Clôt Bey, Hemmersan, citent des cas de mort, contestés il est vrai par Cézilly. Il semble pourtant démontré que certains malades aient succombé, soit à un affaiblissement général, dans le marasme, soit au milieu de phénomènes locaux graves, d'inflammation dilîuse, gangreneuse même. Quelques auteurs, parmi lesquels Benoît (de Montpellier), Davaine, admettent que celte inflammation serait due à la rupture de l'animal, les embryons mis en liberté ayant une action irritante pour les tissus dans lesquels ils se répandent. Il est probable toutefois qu'il y a une infection pyogène surajoutée.
Diagnostic. — • Le diagnostic est presque toujours évident. Dans les pays infestés, un songe sans plus tarder au parasite; dans les pays indemnes, il suffit de s'informer si le sujet ne vient pas d'une zone où règne la filaire. Aux membres inférieurs, on ne s'y trompera guère. Mais pour les localisations plus rares, on se croira quelquefois en présence d'un furoncle, d'un bubon inguinal, d'une gomme de la langue, etc. Autant d'erreurs spéciales à des cas particuliers qu'il est impossible d'envisager ici. La seule chose à dire, c'est que tous les aspects sont possibles. On raconte qu'un matelot, ayant été pendant vingt mois sur les côtes de Guinée sans descendre à terre, portait au pied une lésion telle que l'amputation de la jamJje allait être pratiquée, lorsque, une fois à Rotterdam, il fut pris dabcès périmalléolaires par lesquels la filaire fit issue. Là est, en eflet, le seul critérium pour les lésions mal caractérisées.
Le diagnostic une fois posé, le pronostic est bénin, car le traitement est efficace.
Traitement. — Le traitement préventif a été recommandé; on a prescrit des applications diverses, plus ou moins odorantes, sur les membres inférieurs. Lail, l'aloès. le camphre, le poivre, le tabac, ont été administrés à l'intérieur et l'on a prétendu que l'habitude d'assaisonner leurs aliments à Vasa fœtida, mettait les brahmines à l'abri du mal. On ajoute peu créance en général à ces préservatifs dont quelques-uns, pourtant, ne sont peut-être pas déraisonnables, puisque nous savons maintenant que l'eau des boissons est le véhicule du parasite. Forbes conseille, en particulier, de prendre tous les trois jours un peu de .soufre. Surtout on évitera de boire une eau suspecte avant de l'avoir purifiée par le filtrage et l'ébullition. Lorsqu'on croyait à la pénétration directe à travers la peau, on attribuait beaucoup d'importance à ne jamais marcher pieds nus, à éviter les bains dans les eaux infestées.
Le traitement ruratif conf>h[e dans l'extraction de la filaire. Si la tumeur n'est pas encore ouverte, on peut l'inciser. Si elle est ouverte, on a conseillé d'aller, par la fistule, saisir l'animal dans une anse de fil de soie et, en évitant avec grand soin toute traction brusque, d'enrouler peu à peu le fil, puis le ver autour d'un rouleau de diachylon. On arrive à peu près toujours au résultat, mais il faut s'armer de patience. On réussit parfois en une seule séance, longue de quelques heures, mais souvent il en faut plusieurs, et l'on parle même de filaires
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TUMEURS DES APPAREILS PIEO-SÉRACE.S. 603
que l'on aurail mis un mois, six semaines h enrouler <le la sorte. Tontes les lois {[uc ce sera possible, le mieux sera l'extirpation au bistouri après clilorol'cjrmisalion (Forbes).
S'il éclate des accidents phlei>moneux, il est indicpui de dcbrider largement la région et de la soumettre à des lavages ou à des bains antiseptiques.