‹ Traité de chirurgieChapitre 137 sur 199 · RUPTURES DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

RUPTURES DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES

Sans parler des ruptures du canal thoracique, il faut faire une place aux ruptures sous-cutanées des lymphatiques, qui, d'après Gûssenbauer et Kôhler, donnent naissance à ce que Morel-Lavallée a décrit sous le nom d'épanchements traumatiques de sérosité {voy. ce mot). Heussner a fourni tout récemment deux nouvelles observations de ces « kystes lymphatiques traumatiques », et la ponction a donné, dans les deux cas, un liquide d'aspect et de composition identiques à ceux de la lymphe.

LYMPHANGITE AIGUË

L'inflammation des vaisseaux lymphatiques a été dénommée lymphangite par Bouillaud, et cnujioleuàte par Velpeau, ou encore lymphite, lymphatite, etc.

Velpeau, Mémoire sur les maladies du système.lymphalique. Arcli. de médecine, 1835, t. VIII, p. 319. — Observations d'angiolcucile. Gaz. des hôp., \U1, p. 551. — Art. Angioleucite. Loc. cit. — Thèses de Daret, ISSSfTurrel, 1844; Delay, 1852; Escornc, 1866. — Luc.vs-CHAMPio>f- NiÈRE, Lymphatiques utérins et lymphangite utérine. Thèse de doct.,1870. — Chassaignac, Traité de la suppuration. — Société de chirurgie, discussion de 1872 (Lymphangite et érysi-

(•) Leudesdorf. Heihing einer Lymplujefassftstel durch Fingerdruck. Archiv f. klin. Chir., Bd. III, 1862, p. 417.

[F LEJARSI

640 VAISSEAIX I.VMI'IIATIOUES.

pèle). — Le Dentu' cl Longvet, ml. l.YMriiANOiTB. Dirt. de méd. cl de rhlr. pr-al., 1875. — Bradley. Injuries and disca^^cs of llio lyniphalic sysleni. Londres. IST'.t. — Chevalet, Des lihlcunions ana:ioleucili*iuos du nienduo suix'iieur. Tlit'se de doct., 187'). — Fioupe, Tlit-sc de doct.. IS7l>. — Behlin. l>e la lymplKiriagie coiisécnlive aux adénites el aux lymphangites suppurées. Thèse de doct.. IS78. — Xkuneiil. Des arihiiles |iuiulenles conséculives aux lymphangites. Oitz. des hi'ip.. 187S. p. 00. — Nicaise. Lynii»hangite à taches purpuriqucs, artlirilc et hygroma consécutifs. Revue de luéd. et de eliir., 1S7S. — Thkrre, Des alTections articulaires du genou, consécutives aux lymphangites du mend)re inférieur. Thèse de doctorat, 1879. — •Ialagiier. De la lymitliangite gangreneuse. Thèse de doct., 1880. — Roland, Des complications lymphatiques dans les alTections eczémateuses. Thèse de doct., 1882. — Lacoste, De la suppuration des bourses séreuses et de ses rapports avec la lymphangite. Thèse de docl., 1885. — Favrel. Des lymphangites dans les maladies de la peau. Thèse de doct., 1884. — .loiET, Des lymi>hangiles et atlénites tardives. Thèse de doct., 1887. — Verneiil cl Clado, De l'identité de l'érysipèle cl de la lymphangite. Bull, de l'Arad. des sr., 8 avril 1889. — Gars, Jd. Thèse de doct., 1889. — Morel-Lavallée. Types cliniques des lymphangites; la lynil>hangile ampullaire: persistance de la perméabilité des voies lymi>haliques dans certaines variétés de lymphopathies. Bull, de lu Sor. franc, de derm. el de sijph.. 1891, l. 11, p. 152-158. — Froelich (de Nancy). Lymphangites et suppuration des bourses séreuses. Revue méd. de l'Est. 1891, p. G 55. — F. Fischer, Leber die pathologische Analomie und die Bakleriologic der Lymphangilis der E.xtreniitaten. Deutsche Zeilschrifl fur Cliir., 1895, Bd. XXXVI, p. 621.

Étiologie. — L'angioloucile esl le type dos maladies d'inoculation, elle n'csl que la réaction de la paroi lymj>hatique au contact des irritants absorbés, ce qui suppose trois termes au problème étiologique: l'agent irritant et son mode d'absorption {la ble.ssiire), la réceptivité organique créée par l'état général {l.ç blessé), enfin les influences du milieu.

Blessure. — La nature des agents irritants se résume d'un mot : la septicité, et nous verrons plus loin qu'un certain nombre de microbes ont été découverts dans les vaisseaux lymphatiques enflammés (voy. Anatomie pathologique). Or tout ce qui vient au contact d'une plaie peut servir de véhicule à l'infection : l'instrument vulnérant lui-même, la main du chirurgien, le pansement, etc. Quant au mode d'absorption, une double éventualité se présente : a. // ny a pas de solution de continuité. Une contusion sans plaie peut être suivie de lymphangite: on la vue succéder à une arthrite purulente (Le Dentu), à des tumeurs, celles du sein par exemple, qui commencent à envahir la peau par ses couches profondes, à l'imprégnation cutanée par des liquides cadavériques, etc. C'est ainsi encore qu'elle figure, à titre d'élément presque constant dans les phlegmons, l'érysipèle, l'anthrax, le furoncle, etc., et cela, avant toute solution de continuité de la peau.

De tels faits n'étonnent plus aujourd'hui que l'on sait l'importance des « micro-traumas » et le rôle de l'auto-inoculation interstitielle (Verneuil) : l'érosion la plus minime et qui ne laisse pas de traces, en tel milieu, au contact de tels virus, suffit à ouvrir la voie à l'empoisonnement organique.

Ainsi s'expliquent encore les lymphangites, et elles ne sont pas rares, qui éclatent longtemps après la cicatrisation de la plaie, porte d'entrée de l'infection, les lymphangites tardives, que Jouet a bien étudiées dans sa thèse. La petite plaie s'est cicatrisée et la réaction primitive, s'il en fut, s'est éteinte; une ou plusieurs semaines plus tard, l'angioleucite renaît, s'étend, engorge les ganglions et peut suppurer. C'est à l'occasion d'une irritation locale portant sur la cicatrice ou les ganglions, ou encore sous une influence générale, que semble se faire ce réveil inflammatoire. En réalité, il y a eu une longue période d'incubation.

b. 7/ existe une solution de continuité. — Son siège, sa nature lui créent autant de prédispositions aux complications lymphangitiques.

[F LEJARS'i

l.^Ml'll.\.^(;m; .\i<ii i;. (547

Il faul (lislinguor les ])i(|ùri's, — les plaios accidcnlcllcs ou cliinif^irales, — les ulcères el les érosions dues aux alTeclions culauées.

Les |)i(|Cires se|)li(|ues pro\i)(|uc'iil les l'onnes les j»lus p^raves île la Ivniphaii- ^ite. pi(|ùres de laueelte nial|)ropre ou de Irocail uuil nand)é, j)i(pM-es de vaccin ou de saignée, jiiip'u-es <le sangsues mal pansées, mais, inani loni, j)i(iûres anatomiques.

Ce ne sont pas seulemenl les piqûres avec la poinle du sc;dj)el, une aig-uille osseuse ou le crochet de l'érig-ne qui font naître la lynq)hangile analomicpie; les écorchures, les érosions du pourtour des ongles, les envies, etc., en sont très souvent l'origine, et nous verrons plus loin qu'il est une forme spéciale d'angioleucite réticulaire (jue Chassaignac avait décrite, et qui succède à cette imprégnation prolongée des mains ('). Il y a deux variétés de piqûres très difîérentes dans leurs dangers, les piqûres d'autopsie, les piqûres d'amj)hilhéâtre. Les autopsies de sujets morts de maladies infectieuses, de septicémie, de fièvre puerpérale, sont les plus à craindre, mais le pouvoir toxique semble s'atténuer avec la putréfaction avancée. Dans nos amphithéâtres de dissection, grâce aux procédés d'injection et de conservation des cadavres, les accidents anatomiques se font rares et bénins. I\I. le professeur Farabeuf, dans le cours de sa longue carrière à l'Ecole pratique, n'a vu se produire que deux fois des lymphangites graves, mais qui guérirent.

Nous ne ferons que signaler le tatouage, qui se pratique, lui aussi, par piqûres ; Berchon ('^), dans des cas de ce genre, a été témoin d'angioleucites à forme gangreneuse et d'accidents phlegmoneux diffus.

Les simples mouchetures, sur un membre gonflé d'œdème, exposent aux complications angioleucitiques : les voies lymphatiques du derme, élargies par le liquide épanché, sont autant de canaux béants à l'absorption (Renaut).

La richesse d'une région en réseaux lymphatiques multiplie pour elle les chances d'infection : c'est ainsi que les extrémités, les doigts et les orteils, les régions articulaires, les orifices, sont autant de lieux d'élection. C'est encore pour cela que les plaies superficielles, qui intéressent les riches réseaux absorbants sous-épidermiques et dermiques, sont celles qui provoquent le plus volontiers l'angioleucite; elle survient encore souvent à la période de terminaison des plaies, alors que, la cicatrisation étant presque complète, il ne reste plus qu'une mince pellicule épidermique à former (^).

Les néoplasmes ulcérés peuvent déterminer autour d'eux une angioleucite simple, analogue à l'adénite simple qui se voit dans les mêmes conditions. Ainsi en est-il encore des ulcères spécifiques. Mais c'est au cours de l'ulcère variqueux (pie les poussées lymphangitiques sont surtout fréquentes : signalées par Bell (1805), les auteurs du Coinpendiiim, Jamieson, Gilson, leur rôle a été bien étudié par Schreider ('), A. Broca ("*) et Jeanselrae(^). Liées aux éruptions eczémateuses

(') Nous verrons plus loin que la pitiùre anatoniique sert souvent à linocuiation, non seulement des agents de la suppuration, mais du bacille tuberculeux (voy. Lymphangite tuberculeuse).

(*) Bercuon, Recherches sur le tatouac/e. Gaz. méd., 18C1.

(') P. Bertuod, Note sur quelques observations de lymphangites du membre supérieur. Gaz. méd. de Paris, 18S4, p. 545.

(♦) Schreider, Thèse de docl., 1885.

(^) A. Broca, Élude clinique sur quelques lésions cutanées des membres variqueux. Thèse de doct., 1886.

(6) Jeanselme, Des dermites et de l'éléphantiasis consécutifs aux ulcérations et à l'eczéma des membres variq^/e ir. Thèse de doct., 1884.

[F. LE JARS

tViS VAISSEAl X l.VMl'HATIôLKS.

et à ['(edèinc des inombrcs vari(iucux. elles accroissent encore, par leur répétition. limperinéaMIité des ^ang'lions. la dilalalion des vaisseaux lynipliaticiues cutanés et la d(M-inite calleuse.

Enliu. la Ivmphan^'ile n'est i)as rare dans les maladies de la peau: Roland et surtout Favrel en ont exposé Ihistoire. Sur ItJS observations, la complication anii-ioleucitiipu^ a été observée. i)ar ordre de fréquence, dans les afleclions suivantes: eczéma. ii:ale. traumatismes (surtout morsures), dermite, ulcères variqueux, ecthyma: elle est très rare dans le psoriasis, le pemphigus et le lupus ('). En résumé. « elle s'observe surtout dans les dermatoses caractérisées par une dermite avec production de vésicules et de pustules, suivies ou non d'ulcération. Les dermatoses sèches, squameuses, ne paraissent avoir aucune influence sur le développement de la lymphite. » Ajoutons que la lymphangite revêt souvent ici une forme spéciale (voy. Lynij)hfnif/ite ot jilnrjues).

Lœdème, à lui seul, est susceptible de produire Tangioleucite, d'après Renaul, et cela, de deux façons : au moment où se crée brusquement un œdème tle la peau, ou encore quand un œdème considérable vient rapidement à se résorber. C'est surtout dans la pJtlecjmatia alho ilolens que ces faits ont été observés, et cette lymphangite, ordinairement noueuse, se mêle souvent aux plaques et aux traînées de l'angioleucite ordinaire.

Blessé. — Lélat général du blessé, les conditions de terrain, créent non seulement la prédisposition à la lymphangite, mais surtout la fréquence des formes graves, gangreneuses, suppurées, etc.

L'alcoolisme est le premier à incriminer: après lui, le surmenage, la misère physiologique.

L'influence du diabète est de notion courante : Gironde (-) a même cherché à étal)lir l'existence d'une forme primitive : chez ses deux malades, diabétiques avancés, la rougeur angioleucitique parut sur le dos du pied, sans écorchure, sans traumatisme, elle se dilTusa rapidement, en plaques et en traînées, sur tout le membre, se couvrit de phlyctènes, puis d'eschares dermiques superficielles. La mort survint rapidement. L'indolence toute spéciale de ces lymphangites et leurs tendances gangreneuses sont deux caractères frappants.

On a aussi accusé la scrofule, mais en termes très vagues. Une distinction s'impose. Loin d'être prédisposées aux complications lymphangitiques, les plaies scrofuleuses sont d'une tolérance remarquable. Mais, d'autre part, ce qui a été décrit sous le nom d'érysipèle des strumeux, ces rougeurs fixes qui naissent autour dune croûte d'impétigo, d'une ulcération des narines, etc., ne sont en réalité que des angioleucites faciales (Maurice Raynaud(^), Le Dentu) longuement stationnaires, et qui laissent à leur suite cette tuméfaction blafarde du nez et de la lèvre supérieure, si caractéristiqvu' chez les strumeux.

Milieu. — L'angioleucite, comme toutes les maladies du système lymphatique, est très fréquente dans les pays chauds : il faut distinguer une triple série de faits : t" les lymphangites filariennes; ce sont ces poussées à répétition qui

(•] En revanclio. la lymphansrite tubei-riileuse la complique quclrjuefois (voy. plus loin). (*) GiKONDE, De In h/mpliaityite rhez les diabétiques. Thèse de Lyon. 18S1.

(^) M. Raynacd. De la nature de l'érysijièle et de ses relations aver les maladies infectieuses. Soc. méd. des liopil.. 1875.

[F LEJARS ]

Page 1