‹ Traité de chirurgieChapitre 140 sur 199 · I.NMI'II WCITI-: AIGUË · texte numérisé non relu

I.NMI'II WCITI-: AIGUË

(VcnuMiil), oïl lu' s;mi;»il nier t|ii(', (l.nis s;i ronnc lypiciuc, lu pljKjiic riysipéla- Icusc se (lillV'i'ciic'ic |t;ir un ciiscinhlc de cai-arlôrcs moridioloi^iciucs (juc Cliassjiig-uac avjiil IV>riiuilrs.

La plaque d'érvsipèle rsl onlourée d'un bord toujours leslonné, qui se dessine en hourrelel à la surface de la peau: le limbe de la placpic lymphanj^ilique est deiilelé, déohi(iuelé, il ressenil)le aux « contours géo<j^raphi(iues des îles », il est, de niveau avec la surface cutîuiée d'alentour. La teinte de l'érysipèlc est d'un rouge plus fonci^, et Vidal (') a signalé un autre signe encore : si l'on comprime avec le doigt celte peau rougie, l'empreinte est blancbe dans la lymphangite, elle est jaune dans l'érysipèle. C'est une rougeur en nappe uniforme, tout d'une pièce dans l'érysipèle; l'angioleucite réticulaire est diaprée, marbrée, semée de petits îlots blanchâtres, qui s'interposent entre les fines mailles colorées. L'extension n'obéit pas non plus aux mêmes lois; l'inflammation lymphangitique suit pas à pas le trajet des troncs, elle remonte presque toujours, elle redescend quelquefois; les plaques érysipélateuses naissent à dislance, isolées, sans ordre apparent : c'est le saltus érijsipélateux. Rappelons encore qu'il n'y a là que des nuances morphologiques.

La lymphangite tronculaire n'a guère d'analogies qu'avec la phlébite superficielle, dont les traînées rouges sont plus larges, plus droites, et suivent le trajet connu des veines; un cordon dur, noueux, marque sous le doigt la veine Ihrombosée; « l'angioleucite se voit et ne se sent pas, la phlébite se sent plutôt <pi'elle ne se voit », disait Velpeau.

Mais c'est souvent l'angioleucite profonde qu'on a peine à distinguer de la phlébite ou du phlegmon profond; l'engorgement précoce des ganglions, l'œdème peu prononcé, l'apparition ultérieure des plaques ou des traînées lymphangitiques superficielles, serviront à la reconnaître; en présence de ces suppurations profondes, de ces phlegmons difïus secondaires dont nous avons parlé, il est bien difficile, en général, de démêler le rôle pathogénique de langioleucitc.

La lymphangite gangreneuse, à sa période de mortification, n'est pas sans rappeler aussi le phlegmon difïus, qui du reste lui succède parfois; le gonflement est plus considérable, la rougeur plus sombre et plus diffuse, les eschares plus épaisses dans le phlegmon ditTus proprement dit; elles comprennent toute la peau et mettent à nu les espaces conjonctifs sous-cutanés pleins de pus et de débris sphacélés.

La gangrène foudroyante gazeuse, avec sa tuméfaction énorme, son envahissement rapide, et les gaz qui boursouflent les tissus, ne ressemble guère non |)lus à la forme gangreneuse de la lymphangite.

Enfin, à ses débuts, alors qu'elle est encore très circonscrite, une première eschare pourrait éveiller l'idée de la pustule maligne, n'étaient la couronne vésiculaire qui encercle l'eschare charbonneuse, l'absence de suppuration et la marche tout autre de la pustule.

Enfin le diagnostic n'est pas complet, s'il ne sait prévoir les complications, complications séreuses, suppuration, qui s'annonce par la teinte vineuse et une élevure arrondie de la peau, gangrène, qu'une poussée précoce de phlyctènes doit souvent faire craindre, surtout chez un sujet débilité.

(•) Cilé dans la thèse de Coculet, 18(SG. Du lupus élépltanliasique.

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668 VAISSEAUX LYMI'IIATIOLES.

Il l'aul oncoro rotrouvor les liens qui unissenl cerlains abcès lointains ou profonds à la lyniphanj^ile.

Traitement. — Avant t(uit. le traitement prophylacticiue.

C.oniplicalion infectieuse îles plaies an même litre cpie le phleii:nion, l'érysipèle. etc., c'est seulement j)ar l'application de la méthode antiseptique ou aseptique (pie la lymphangite peut disparaître des statistiques opératoires.

Il en est de même des traumatismes accidentels : le pansement soigné des plaies, de celles surtout ([ue leur sièfi^e prédispose à la complication angioleucitique, des piqûres anatomiques (voy. ce mol), etc., sera donc de rigueur.

Mais la lymphangite existe: que faire?

\'elj)eau avait déjà bien formulé les indications : il faut traiter et la plaie il' inoculation et la lijnipJianijite elle-même.

La désinfection minutieuse de la plaie, l'ablation des corps étrangers, l'incision et le lavage des petites collections purulentes, etc., et surtout l'application d'un pansement large, antiseptique et non irritant: tel doit être le premier soin du chirurgien.

On doit faire aujourd'hui table rase d'une série d'anciens procédés thérapeutitjues qui ont eu leur vogue : l'irrigation continue, les onctions d'onguent napolitain belladone, ([ue Velpeau préconisait beaucoup, la compression (Velpeau), le massage (Bradley) : ces deux derniers procédés ne pourraient être de mise qu'à la phase terminale de certaines lymphangites oedémateuses, alors que le gonflement larde à disparaître.

C'est aux bains, aux pulvérisations, aux larges enveloppements antiseptiques que l'on doit avoir recours.

Le bain et la pulvérisation antiseptiques, mis en honneur par Verneuil pour l'érysipèle, le furoncle, l'anthrax, les plaies infectées, trouvent ici toutes leurs indications. Au membre supérieur, le bain est d'un emploi facile : deux fois par jour, la main, lavant-bras, et. s'il le faut, la plus grande partie du bras sont plongés pendant une demi-heure ou une heure, dans un bain tiède phéniqué. Au membre inférieur, au tronc, au cou, à la tète, la pulvérisation s'applique mieux. La séance terminée, la région est enveloppée dans un large pansement au sublimé(') en solution à Ipour !2000ou, plus simplement, dans des compresses de tarlatane, imbibées d'eau bouillie.

Cette méthode oiï're le double avantage d'agir sur la douleur qu'elle atténue et sur le processus inflammatoire qu'elle arrête ou circonscrit.

Hofmokl (de Vienne) (-), en 1880. avait exposé un mode de traitement de la lymphangite et de l'érysipèle qu'il appliquait heureusement depuis plusieurs années. Sur toute la zone envahie par la lymphangite, la peau est soigneusement lavée à l'eau et au savon, puis à l'alcool; une large compresse de toile ou de tarlatane, imprégnée de solution phéniquée à 5 ou 5 pour 100 et bien exprimée, est appliquée sur la région malade et la plaie, s'il en existe, qu'elle dépasse d'un travers de main ; une seconde, une troisième couche sont superposées; par-dessus, une grande plaque d'imperméable et plusieurs lames d'ouate sèche; quelques tours de bande, qui compriment un peu, maintiennent le tout. Le pansement reste en place de vingt-quatre à quarante-luiil heures, il est sec alors et doit être renouvelé. Sur une peau fine et chez les enfants, une solution

(') Skinner, Lymphangite et sublimé. Progrès mnliral, 188G, p. 651. (*) Hofmokl, Wiener med. Presse, 1886, p. 337-340.

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lymphangite: aigle. am

phéni<[m'e à 2 ou ."> pour HKI sullil: du icslc, on en aufi^inenle le litre lors des pansements suecessils. S'il existait une plaie un peu grande, il faudrait la couvrir dun morceau de prolective. Assez souvent, les urines sont noires au deuxième ou troisième j(nir, mais lanteur n'avait jamais observé d'accidents : les tiainées lympiian^ititiues superticielles sellacent vile, la lym[)hangite profonde s'arrête, les abcès en série persistent seuls s'ils étaient déjà collectés, mais ne sètendent |)as. C'est par une sorte de macération phéniquée de la peau que le pansement semble agir, et l'antiseptique pénètre ainsi jusqu'aux réseaux lymphatiques superficiels où semblent contenus les germes infectieux. Chez certains malades à peau très fine, un lavage prolongé de quatre à cinq minutes avec la solution phéniquée à 5 pour 100 aurait suffi. Nous ne pensons pas que ce contact prolongé de grandes surfaces cutanées avec les solutions fortes d'acide phénique soit absolument sans danger, ni qu'il soit de nature à assurer une guérison plus rapide que les bains, les pulvérisations et les enveloppements (') humides, simplement aseptiques, dont nous venons de parler.

Ilueter (-) avait proposé déjà de faire intervenir d'une façon plus directe encore les antiseptiques. Il faisait le long des vaisseaux lymphatiques enflammés une série d'injections sous-cutanées avec la solution phéniquée à 2 1/2 pour 100, et cette méthode, qui s'applique à d'autres atïections microbiennes, pourrait être utile dans les lymphangites septiques qui succèdent aux piqûres anatomiques, par exemple.

En effet, la thérapeutique doit se modifier, suivant les formes de la lymphangite.

Est-elle suppurée?Il faut ouvrir ces petits abcès, ces ampoules purulentes qui s'échelonnent le long des traînées, et ne pas compter sur l'éventualité rare d'une « résorption ». Quant au phlegmon diffus d'origine angioleucitique, c'est du thermo-cautère qu'il relève surtout, comme la lymphangite gangreneuse.

C'est dans cette forme si grave que s'impose surtout l'urgence d'une intervention active. Les grandes incisions au bistouri, telles qu'on les pratique dans le phlegmon diffus, nuiraient plutôt ici : elles n'arrêtent pas le processus sphacélique, les lèvres de la plaie ne tardent pas à se gangrener elles-mêmes et de plus, le bistouri ouvre aux produits septiques les larges espaces sous-cutanés (Piorry, Verneuil). Ce qu'il faut, c'est le fer rouge appliqué à temps et avec énergie. Il faut attendre que les eschares se soient constituées ; si la fièvre ne tombe pas, si la marche extensive continue, il faut agir. Les eschares sont fendues au thermo-cautère, le fond et les bords des brèches ainsi ouvertes cautérisés profondément, ou bien encore la pointe du cautère est plongée au centre de l'eschare et pénètre jusque dans le tissu cellulaire sous-cutané; puis au delà, des raies de feu sont dessinées le long des traînées lymphangitiques; on repasse à plusieurs reprises dans le même sillon, et l'on termine par une série de pointes de feu profondes, aux confins de la zone envahie. La pulvéri-

(*) Les mêmes réflexions s'appliquent au procédé indiqué par Marloy (de Bordeaux) qui avait préconisé, en 1887 (Tlièse de Bordeaux), les badigeonnages de perchlorure de fer, déjà employés par Valette dans le traitement de l'érysipèle. La solution est à 50 pour 100; avec un pinceau de charpie, on imprègne le membre d'une couche uniforme jusqu'à ce qu'il ait pris une belle couleur jaunâtre; on laisse sécher, on panse avec les compresses humides de sublimé à 1 pour 1000. On fait un nouveau badigeonnage le lendemain, et ainsi pendant trois ou quatre jours s'il le faut. Généralement, dès le second jour, la fièvre était tombée et l'angioleucite s'arrêtait, d'après l'auteur.

(*) Cité par Fischer, Lehrbuch der allg. Chirurgie, 1887.

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670 VAISSEAUX I.VMIMIATIOUES.

salion ou lo li.iin aiilisopUquos soiil loul iiifliq\u''s à lasuilo de ces délaltrcmonls. Ajoiilons quo le ehlororonne esl souvent néeessaire, à moins (pie le patient, trop atVaibli, ne soit dans rot état deini-conialeux (pii supprime une grande partie do la douleur.

C'est là le traitement liénVitpie. pourrait-on dire, do la lymphangite gangreneuse; et. des observations (pu- .lalaguier relate dans sa thèse, une seule s'est terminée par la guérison : ce fut à la suite du traitement par le fer rouge.

Dans ces Ivmphangites graves, gangreneuses, sepliques, suppurées, le traitement général doit marcher de pair avec les moyens locaux. C'est aux toniques, à l'alcool, etc., qu'on aura recours, aux antithermiques (luelqucfols, mais darus une mesure restreinte et sous la réserve de cette idée, qu'on n'agit utilement sur la fièvre qu'en supprimant son foyer local.

Enfin nous signalerons seulement que les lymphangites palustres cèdent au sulfate de quinine, non que le traitement quinique triomphe toujours de leurs formes malignes, mais au moins est-il le seul qui donne des succès.

LYMPHANGITES VÉNÉRIENNES

RoLLET. arl. Bidon et art. Syphilis du Dirl. cnryrinp. — FoinMEn, art. BLENNOPRiiAfiiE du Dirt. de méd. et de dur. pral. — Jclliex, Traité dos maladies vénériennes. — Arthuiî van Harlingen. art. Syphilis. Encyclop. inlern. de chirurgie — Homolle, art. Syphilis du Diel. de méd. et de rhier. pra<. — IIorteloup, De l'adénopatliie et des lympliangites sypliilitiqucs; du pseudo-cliancre. Ann. de dermatol., 1877-1878. — Pacl Salle, Essai sur quelques altérations des vaisseaux lym[)hatiques dans la syphilis; lymi»hopathies syphilitiques. Thèse de doct., 1883-1884. — Verdier. Des ahcès lyniphana:ifiques ohancrcux. Thèse de doct., 1884.

Les lymphangites vénériennes sont de deux variétés : simples ou spécifiques.

LYMPHANGITES SIMPLES

Dans le chancre ou la chancrelle, la lymphangite simple succède à toutes les causes d'irritation, la malpropreté, les cautérisations mal faites, etc. ; elle est beaucoup plus rare dans le chancre. C'est à la verge qu'on l'observe surtout, et il est inutile d'insister ici sur les traînées rouges, souvent indurées, sur l'œdème préputial, et le gonflement des ganglions inguinaux; elle suppure quelquefois.

Il existe, selon toute vraisemblance, une lymphangite blennorragique, due au gonocoque (voy. Bubon hlennorragique). Toujours est-il qu'on trouve, au cours de la blennorragie, la lymphangite tronculairc ou la lymphangite réticulaire diffuse. Sa localisation constante doit la faire ranger dans la pathologie des organes génito-urinaires; nous signalerons seulement une lésion qui survit parfois à l'une ou l'autre de ses formes : c'est l'état variqueux des lymphatiques, l'aspect rugueux, mamelonné, peau d'orange, des téguments semés de phlyctènes et de vésicules, ou bien, si les troncs ont été intéressés, leur apparence tortueuse, moniliforme et leurs bosselures transparentes; il peut en résulter des fistules lymphatiques.

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