‹ Traité de chirurgieChapitre 162 sur 199 · CONTUSION DES MUSCLES · texte numérisé non relu

CONTUSION DES MUSCLES

Les lésions de la conlusi<jn musculaire ('j relèvent d'un double mécanisme :

I" Le plus fréquemment, des chocs extéi-ieurs, des coups de bâton, de pied, de corne, etc.. le passage d'une roue de voiluic les tamponnements, le boulet ou la balle à la fin de sa course, etc. : telles en sont les causes: elles agissent à travers la peau. (\m cède sans se rompic. grâce à l'élasticité plus complète de son tissu.

2" Ailleurs, c'est de dedans en dehors que les muscles sont contus. par les fragments déplacés d'une fracture, les extrémités luxées d'une articulation, ou encore dans l'entorse, etc.

Aussi les muscles péri-articulaires (épaule, hanche, coudej. les muscles du dos et de la fesse, le grand pectoral el les muscles de la paroi antérieure de l'abdomen

(*) La contusion musculaire n'a élé l'objet ijuc de rares Iravaux, el à ]>av[ un iiiénioii-c d'Alli«on qui «laie «le lXi2 (Ouzelle médimle, p. «%). el les articles (lidarti(|ues. la pc'miuie de «loeumenls est à peu près compli'le (Voy. Téuknas, Conlusion des muscles. In Mnnl])cllier médical, 181«-2, p. ÎKw). Ce sont pourtant des faits d'ohfiervalion courante en clini<iue. et. dans les grands Iraumalismes, on a souvent l'occasion d'en faire l'analoniie iiatholoyiqiie.

[r LEJABS-i

CONTUSION i»i;s Ml SCI.KS. 7i:.

sdiil-ils Ir siri;»' le plus IVrcuiciil des (•((illusions. Il faiil Jijoiilcr (|ii(^ le niiisclc y |»ivl(' (raiil.iiil plus (pi'il csl de Icxliii'c plus linc. (pi'il s'.mIossc |>;m" sa l'ace pro- I'oikIc à un plan diu'. osseux, cnlin. (pi il ('<! en ('lai de conliaclion. (lonlraclt*, il se itrisc comnic une corde Iciiduc. Ajoulons (pic les (l(''}^(''ii(''resceiices de la suhslaiice cliaciuie la l'cndenl encore |)lus \ uliK'ialde à la coni iisioii. Parmi ces It'sions. on peul rccoimafl re i dci^ivs principaux : I" L'iii/i'llraliiut snnifiiitic tirer rKjthirr^ /ihrilhiirrx. — ("/esl reccliyniose des muscles: le san^- iidiilré sélend en stries routes entre les libres charnues, et les ni|)lures lihiillaires, tr('s restreintes ([ni semblent toujours coexislor, ne sulïisenl. pas à ciéer des, lu'matomes pi'oprement dits. Le vaisseau rompu est-il de (piekpie impoi-lance. le saiii^ se dilluse an loin, et le muscle tout entier j)eul en être imbibe''.

La vascularisation si développée de la substance cliarnue'expli([ne la conslance des liémorraiiies intra-inusculaires dans les contusions : le choc lait éclater aisément les artérioles et surtout les veinules interstitielles, que le muscle ambiant soutient et comprime, et l'épanchement est en rapport avec la richesse; du réseau sani^iiin inli-a-muscnlaire : ainsi en est-il, par exemple, dans les muscles du mollet, dans les jumeaux, sillonnés (;hez l'adulte d'énormes plexus veineux. 'J" f.d ruplurr jHirtii'lIc et ïliéinatonie. — Nous avons vu que l'hématome nécessite la iu})turc partielle, c/est-à-dire une cavité creusée par le choc dans la masse charnue; il se présente ici avec les caractères et l'évolution qui ont été décrits ailleurs (voy. Conlin^ion).

T)" La rujitiire totale et fatti-ition, le broienient. — Il y a deux all(>rnatives : 1° le choc a été violent, brusque, il a poi-lé siu- une surface étroite : la rupture est nette et franche, (l'est ce (juon apj)elle les ruptures Iraiimatiques. Leur fréquence est, du reste, assez rare, relativement aux ru|)tures vraies; sur 17)2 faits. Régeard n'en a relevé que Lî : ils avaient trait aux muscles abdominaux, pour la plus o-randepart (chute d'unétag-e élevé, coup de j)ied de cheval); ou encore aux muscles de la masse sacro-lombaire, au f>ran(l pectoral ('), au delto'ide, au vaste externe, au sterno-masto'idien, (pie le forceps déchire aussi parfois dans les accouchements laborieux, chez le nouveau-né; '2" la contusion a porté sur une large surface: c'est un écrasement, un broiement, étendu souvent à toute réi)aisseur d'un segment de mend»i-e : les muscles, arrachés, rompus, ne forment |)lus (pi'une l)Ouillie, sous une peau encore intacte, au moins eu apparence.

Toutes ces variétés de contusions restent sous-cutanées; mais, ailleurs, la peau est déchirée, la gaine aponévrotique a résisté, et seule elle empêche la contusion de devenir une |)laie confuse; ou encore l'aponévrose s'est rompue aussi sous la pe.au intacte, et le sang s'y épanche en créant une ecchymose ou une bosse sanguine.

Symptômes. — Dans la forme la plus bénigne, on trouve la stupeur musculaire (-), comparée par Allison à la commotion cérébrale. L'expérience permet d'en reproduire la phq>arl des phénomènes. Sous le choc, le muscle se contracte d'abord, puis il est le siège d'une série de tressaillements Hbrillaires, auxc[uels

(') \it\. nr:vi:i;\v. Hupturc dt( r/mnd perforai par le p<iSf«itie d'itiie mue de voiture. Tlù'sc i\o (loct.. 1878.

(*) C.o sont l(^s mômes plituiomèncs (jne Cliassaifïna(^ (iécril sous le nom de torpeur ntu.'^ru luire, oi .1. Simon {(ix:-. des liôpit., 1874) sous celui de paralysie éphémère.

[F. LEJARS

TJlî MUSCLES.

surci'dc ]o rolAcluMiUMil : il lolc ;ili>rs coinmo oni;our»li, la conli-nclion osl inroinplrle. vWc s"ji«T()iii|»ai;in' de \i\t's donlciirs. (K> li'cinbhMiicnls cl <lo saci-a<lt's. cllr osl iiicapaMc <Im iiioiiiilif clVoil. Cri le iiiipiiissanccdii muscle conliis, colU' <l(Mni-|>art''si(' ne (liiir ipu' t|ii("l(HH's jdiirs. en i^t'iicral. mais elle pciil se |M"()l<)niiVi".

Si! y a nipimc parlicIN- cl t'panchcmciil saiiiiiiiii. co »|iic I on coiislalc a\anl loiil, c'csl la (hndi'iir : doiilcur sourde, itrolonde. conlusive. c|ui s"exas|)ère par la pression el les niouvemenis. C/esl d'elle (pie relève, pour la i)lus i>iande j)ail, liinpolenee du muselé, el souveni elle esl 1res Ionique à dis|)arailre. (<Vsl elle <'neoi-e (pii l'ail prendre au nuMuhi'e des alliludes spéciales, celles (pii soulatfciil le muscle endolori, qui prc\iennenl sa dislension, el permcllenl de le suppléer en |»arlie. lors des mou\cmenls.

La peau esl normale, ou eccliymosée. si la conlusion a porlé sur elle, ou (pie la j^aine apom''vroli(pie ail ('U'" rom|)ue: sur une loui^ucur (pii varie, le mus(de est gonllt'". (rdiMiialeux. de consislauce pàleuse: ou encore un relief arrondi se dessine au point Messt'' : c'csl la saillie des (ihres rompues et rc'tractc^es et de la colleclion saniiuiue: ou Irouve alors une tumeur llucluanle, arrondie, (^'uoi-nie parfois. (>l tpii. axcc le lcm|)s. devieni |)lus dure, plus encapsuK'C, plus nelle. Nous verrons plus loin (pu' cerlains ('iKinclicmcnts sanguins du pli du coude, jtien (K''crits par Cliarvot. sont susceptihles (rac([iK'rir une consistance v(''ritalilement osseuse el d'eu inij^oser pour des osl(''onu's (voy. Rujiturcfi ntusnilnircs el MyOKiti' os:sii/ia)iti).

Reverdin a sifi^nalé une l('*siou l'orl cui'ieuse. sous le nom de st'jxirnlioii .<ni(>i-ri(t<mi'(' iIh hircin jHir InniiiKilixiite ('). Une malle, en tombant sur la l'ace antérieure du hras, avait détaché, rorlr en quelque sorte, les filjivs musculaires, au-devant de rajionévrose interstitielle inférieure du biceps: l'ecchymose élail considérable, le muscle, ramassé en haut, plus court en apparence que celui duc(')té sain. Unissait parmi bord abi'upl: au-dessous, le bras était comme aplati, et l'on sentait un corps ovoïde. élasti(pu% gros comme un jiruneau. (pii glissait sous le doigt el (pi'on pouvail l'aii'e descendre jus(prau pli du coude. L n bandage le maintint au conlacl du l'cbord abrupt du coi'ps charnu, mais il ne parut pas se souder d(''(iniliM'mciil. cl. un an plus lard, le muscle conser\ail sa déformation.

Dans la luplurc lolale par conlusion, les signes sont ceux de la ruptui'c totale par contraction (voy. Riiptun'.^).

Entin, dans les broiements, on ne Irouve plus qu'une bouillie informe, encore enveloppée du sac culané. il send)le (pie 1(^ doigt s'enfonce dans le vide (Volkmann). ('es lails apparlieuncnl aux degrés les plus graves de la conlusion fvoy. ce iiiol).

Lors de lésions moins profondes, la contusion musculaire guérit ordinairement sans fracas : le sang se résorbe très vite, au sein du muscle, les fibres désoi'ganisées s'éliminent, les ruplurcs se cicatrisent, et, la douleur cessant, la puissance fonctionnelle (inil pai- reparaître loul entière. Mais des accidents |)euvent survenir.

1" (le sont d'abord les complications inllanunatoiiH's, la myosite, la suj)})uralion: '2-' des désoidres |)lus lointains, dus au tiraillement du muscle, que l'agent conlondani eniraine et distend, des infill râlions sanguines tout le longdu corps

(') lierv.c iiK-iliriilc do la Siûx.-si' niiiKniilc. •!') iii.-ics ISS'.I.

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I'l.\li:s DRS MUSCLES. 747

cliariui décolk' do sa {Ji'aiin* (■clliilo-Nasciilaiic. des ari"acli(Mnciils londiiicux, clc.. It'sioMs à ili^hiuce, lorrain loiil prôpaiô |»i)iir lo phlo^mon diiVus iJi-oloiid ; .> cnliii des dt'soidros IbiK-tioiinols : les conlrachiros, rares, du roslo (N'olkinann), la paralysie cl lalrophio <'oiisôciili\(*s. Mais le plus souvoni, s'il y a paraKsic xraic cl airoplii»'. c'csl (pic la conlusion a poric aussi sur les nerfs.

Diagnostic. Lo diai>noslie ne soullVe pas de diffieuliés on général. La conlusion ncr\tMise se caraclcrise par des douleurs j)lus aiguës, irradiées sur lo Irajel des ium'Is, des i'ouruiilleuienls cl des IrouMcs plus accuses de la sonsihililé ol du niouvcnuMil.

La gène cl la doidcur plusinlenses au uiouienl du ronclionnenienl du niuscK', le gontlcnuMil du corps charnu, elc. ne laissent pas croire à une sirn|de «^onlusion de la peau.

Dans les hroienienls, le problème devienl plus grave : il l'aut recounaili-c si les masses musculaires, dilacéréos ol conluses, sont suscopliblos do prêter encore à un Iravail de réparation, ou si le sphacèle osl imminent, ('eci rentre dans riiisloire générale de la contusion.

Traitement. — C'est aussi à ce chapitre qu'on trouvera les indications de linlervention chirurgicale, dans ces grands traumalismos.

Dans les autres degrés (\o contusion musculaire, le repos, la compression, la laradisation sont les principaux moyens à mettre en œuvre.

Un bandage ouaté, légèrement comprossif, suffit très souvoni : si lépanchement sanguin osl plus étendu, une bande élastique sera roulée de l'extrémité du membre jusqu'au-dessus du foyer Iraumaliquo, ou encore, si la peau a soutTert et menace de se sphacélor aussi, le membre sera enveloppé dans un appareil ouaté d'Alph. (luérin (Jeannol).

La suppuration, la myosite exigeront un traitement spécial.

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