LI.CKHKS. r
inadréi)ore ou une lino éponjj^e. Ciioz un individu unijtulé pour un ulcère vieux de six années el rebelle h tout traitenienl, les parties molles de la jambe send)l('nl Caire délaul; le tibia, démesurément {j^rossi est fusionné avec le péroné, et lorstiu'on examine la coupe transversale au niveau du trait d'amputation, on aperçoit des canaux (jui logent les vaisseaux, les nerfs, les tendons et les muscles: les aponévroses, les ligaments interosseux, les g-aines des vaisseaux et des nerfs, les lames intermusculaires incrustées de sels calcaires convergent et vont se confondre avec le massif osseux central.
Symptômes. — Le début des ulcères varie selon la cause qui provoque leur apparition : une écorchure banale qui ne guérit pas, une varice qui s'enllamme, un abcès qui s'ouvre, une éruption cutanée, une phlyctène, une pustule d'ecthyma qui soulève et détruit lépideime. Astley Cooper signale un mode d'invasion difl'érent et qui est loin d'être rare : sur les téguments blafards et œdémateux, ou, plus souvent, rougis, violacés, ecchymotiques et modifiés par des éruptions eczémateuses successives ou des troubles circulatoires anciens, on voit de petites taches rougeâtres, parfois nombreuses et séparées à peine par une bande de peau moins altérée. Ces taches deviennent livides, puis noires; ce sont de minimes eschares qui s'éliminent; la première poussée inflammatoire, une lymphangite, un érysipèle détruit les téguments intermédiaires et réunit toutes ces petites plaies gangreneuses. Mais qu'il s'agisse à l'origine d'un traumatisme, d'une phlegmasie ou de ces plaques gangreneuses disséminées, la perte de substance s'agrandit et prend un aspect caractéristique.
Le fond de l'ulcère est alors gris, terne, pâle, tapissé de bourgeons charnus: tantôt grêles, tantôt volumineux et mous, ils sont parfois ecchymotiques el leur coloration vineuse contraste avec l'aspect lardacé des parties avoisinantes; leur exubérance inégale crée des anfractuosités, des dépressions remplies d'une matière pultacée et diplitéroïde. Mais elles peuvent se déterger sous l'influence du repos et d'un traitement approprié; les fongosités se détruisent et au-dessous se forme une membrane veloutée et papillaire; parfois celle-ci s'enflamme, devient aride et sèche, puis laisse suinter une substance ichoreuse, sanguinolente, putride et d'une odeur nauséabonde. Rien n'est plus variable que cette surface ulcérée, soumise à toutes les fluctuations que lui impriment la marche, la station verticale longtemps continuée ou même l'état de santé et de maladie; sous l'influence d'un simple embarras gastrique, on voit le fond tomenteux devenir sec et livide. Les bords qui circonscrivent l'ulcère se montrent en général réguliers, peu découpés, sans indentations; ils sont saillants, épaissis en forme de bourrelet et surplombent le fond de la perte de substance. Il est rare de les trouver minces et décollés, du moins dans les ulcères variqueux et trophiques dont il a été question, car la minceur et le décollement sont de règle dans les ulcères tuberculeux. Lorsque survient une poussée inflammatoire, les bords se boursouflent, se soulèvent et la perte de substance semble plus profonde qu'elle ne lest en réalité. Que cette turgescence œdémateuse se dissipe sous l'influence du repos, les bords s'affaissent, et l'ulcère, au premier aspect, si fortement accusé, se trouve presque à fleur de tégument.
Au delà des bords, les tissus sont altérés et la peau qui limite l'ulcère est épaissie; sa trame conjonctive sclérosée a étouffé les glandes sudoripares et l'appareil pilo-sébacé. Aussi, sa surface est glabre dans une zone assez étendue; plus loin, les poils sont souvent hypertrophiés et les ongles des orteils exubé-
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U I. INFLAMMATION ET SKS C.ONSKOLENCES.
ranls et déformés. \\\cn n'osl plus variable (luc la coloration dos téguments, modifiés pivstjuo toujours i)ar des éruptions eczémateuses ; ils sont blancs l>arrois, mais dortlinaire bruns, pigmentés, parsemés de ces taches jaunes, fauves ou rouges décrites par Verneuil. L'adhérence et la rigidité des téguments sont telles que le membre semble enveloppé « d'une gaine de cuir ». Les séreuses doublées de néo-mendjranes ne laissent ipiun jeu limité à leurs tendons. Il n'est pas jusfju'aux articulations voisines qui ne soient atteintes: la jointure libiotarsienne peut voir sa synoviale indurée et fongueuse et son cartilage diarlhrodial se résorber.
L'ulcère ainsi constitué peut siéger en un point (pudcon(pie de la jambe, mais on le trouve le plus .souvent dans la moitié inférieure et vers la face intei-ne; son étendue varie de quelques millimètres de diamètre à ces énormes pertes de substance «pii dénudent une partie de l'organe; lors([u"il entoure le membre, formant autour de lui une sorte de bracelet, saignant et fongueux, lorsqu'il est « annulaire » ou « circonférentiel », sa gravité devient exlième, car en pareil cas on ne doit guère compter sur la cicatrisation : cette surface suintante, ichoreuse, sur huiuelle peuvent s'abattre tant de complications, nécessite trop souvent une intervention radicale, l'amputation. Heureusement de telles dimensions sont rares; en général, les ulcères sont arrondis, elliptiques, à grand diamètre vertical.
La température au niveau de l'ulcère a été étudiée par Auzilhon('), qui aurait constaté une élévation de 1/2 degré pendant la période inflammatoire et un abaissement, par rapport au membre du côté opposé, lorsque l'ulcère est à la période d'état. Mais les recherches poursuivies depuis par Schreider n'ont donné que des résultats contradictoires. Il n'en est pas de même des troubles sensitifs étudiés par Terrier (*) et par ses élèves Séjournet (^) et Schreider (^). L'exploration de la surface ulcérée est difficile et ne donne que des renseignements incomplets : quelquefois, dit Terrier, la piqûre ne détermine pas de douleur, tandis que la pression avec le doigt ou la tête d'une épingle éveille une soutîrance nette. Autour de la perte de substance, la sensibilité est émoussée ou abolie; quelquefois les perceptions sont retardées et les jiialades se trompent sur le point de départ de la sensation : une piqûre peut être rapportée à 10 ou 15 centimètres de son siège réel.
Mais si la sensibilité à la douleur est peu troublée ou même ne Test pas du tout, il n'en est point ainsi pour les sensations thermiques dont les variations sont constantes. Les corps chauds provoquent bien une sensation de brûlure, mais avec un relard dans la perception; les corps froids paraissent chauds dans une zone d'étendue variable autour de l'ulcère. La sensibilité tactile est souvent altérée. « Pour l'explorer, il faut toucher légèrement avec un objet de petit volume et, cela, sans exercer aucune pression, car on réveillerait la sensibilité profonde qui est presque toujours normale ». D'après Terrier, la cicatrice qui succède à la perte de substance est le siège de phénomènes identiques, et l'on observe les mêmes troubles de sensibilité, à un degré moindre, il est vrai. De même, on en a constaté l'existence sur la peau prête à s'entamer : non seulement ils accompagnent le processus ulcératif, mais ils le précèdent et lui survivent.
(') AcziLHON. Iiitrodurtion à l'élude de l'ulcère simple. Paris et Montpellier, 1808.
(*) Tehrier, Éléments de pathologie chirurgicale générale, p. 650.
(') Skjournet, Thèse de Paris, 1877.
(*) Michel Schreider, Pathogénie des ulcères iodopathvjues de la jninhe. Thèse de Paris, 1883.
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Lanalysc prouve « (pic la s(Misil)ilil('' laclile est raromciil nK)difi<^'e, la sonsihililé à la (loiilt'iir lesl déjà j)lus soiivcnl cl la sensibilité therniiqiie j)lus iVé- (piemmeiil encore. En ellel. ces trois ordres de troubles sensilifs représentent les degrés snccessils d'alléi'alion de la sensibililé : les troubles de la sensibilité therinitpie consliluent le premier et, ceux de la sensibilité tactile, le dernier degré cpii traduit une altération profonde des nerfs. Sur un même ulcère, on peut (pu'Npu'fois obser'ver trois zones dont l'une, centrale, ne dépassant f?uére le voisinage des bords, a perdu sa sensibilité tactile; une autre placée immédiatement en dehors, mais déjà moins profondément altérée, présente de l'analg:ésie; enfin une troisième, plus extérieure et plus étendue, n'offre que des troubles de la sensibililé tliernii(pie. »
Les ulcères ont une marche irrég^ulière. En général, ils évoluent sans douleur et ne gênent les malades que par une certaine lourdeur du membre, des saignements au moindre traumatisme et surtout par un suintement ichoreux et fétide. Ils persistent avec des alternatives d'amélioration et d'aggravation : sur les bords, un liséré cicatriciel dont l'extension rétrécit la perte de substance, s'agrandit et gagne vers le centre lorsque la santé générale du sujet s'affermit
FiG. 15. — Ulcère de la jambe en voie de cicatrisation, et rétréci déjà par la progression du liséré épidermique. La jambe est déformée par une énorme hyperostose.
et que sa jambe est maintenue dans le repos horizontal, tandis que ce même liséré se détruit au moindre prétexte, au plus léger accès de fièvre ou si le patient se livre à un exercice plus fatigant. Cependant la réparation totale peut se faire : il se forme une cicatrice blanche, lisse, glabre, sèche, unie à l'os sous-jacent et dont la pâleur contraste avec la pigmentation de la peau voisine, épaisse, brune ou noire, souvent eczémateuse et recouverte de croûtes et d'amas épidermiques. Parfois la guérison spontanée a été le fait d'un érysipèle et, parmi vingt autres observations, nous citerons celle de Nicholls qui vit un ulcère vieux de quinze ans se cicatriser à la suite d'un érysipèle phlegmoneux.
Variétés et complications. — Les ulcères ont de nombreuses variétés : ceux que nous venons de décrire sont, en définitive, les ulcères variqueux de la jambe que A. Broca subdivise en ulcères variqueux simples « dus à la seule alliance des actions extérieures et des troubles nutritifs du membre », et les ulcères variqueux liyhrklcs où intervient l'état général du sujet. « Les premiers siègent ordinairement en bas et en dedans; leur forme est elliptique, à grand axe vertical ; leurs bords indurés et soulevés se continuent par une pente douce avec un fond gris et sanieux ; enfin, ils sont le plus souvent uniques.
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tli i;iMLAMMATlUX KT SKS C.O.NSKOUENCES.
Les ulcères hvliriiles sont inulliples. à hords iiels el arrondis, (|iic](|ii('rois acconipairnés de cicaliices lisses, régulières, pif^uieulées, (jui ne sont [)as localisées à la face iuléro-inlerne de la jaud»e. Ces aspects sont dus à ce que la perle de substance a pour origine les éléments éruptils, eczéma, ecthyma, syphilis tertiaire, lésions initiales qu'on disting-uera les unes des autres en trouvant, sur le reste tlu corps, d'auti-es svnii)l()uies cutanés dont Tensemble sera caractéristique. »
Les ulcères purement trophiijHt's, ceux dont la lésion nerveuse originelle n'est ni compliquée ni produite par des dilatations variqueuses des veines el des dégénérescences athéromaleuses des artères, ont aussi des caractères spéciaux. Nepveu a décrit ceux tiui naissent sur les membres frappés de paralysie infantile : ces ulcérations atteignent aussi bien le pied que la jambe; elles sont en «général multiples et débutent souvent par une petite vésicule qui crève en laissant écouler un peu de sérosité sanguinolente; à sa place, on voit une perte de substance circulaire, une exulcération plutôt (piun ulcère, à bords nets, précis, non décollés, à fond rouge, violacé, peu profond, sans fongosités, prestjue sans papilles, lisse et régulier. Elles sont indolentes, mais le moindre contact éveille une souffrance vive. Leur marche est chronique; cependant, elles peuvent se fermer, el les cicatrices cpii les recouvrent ressemblent à celles des brûlures superficielles.
D'autres variétés tiennent à des complications qui impriment à l'ulcère un aspect particulier ou une évolution spéciale. Ainsi, la perte de substance est parfois cnflaininée : sous l'influence d'un traumatisme, d'un écart de régime, les bords deviennent rouges, chauds, douloureux, tuméfiés; la peau qui les limite est tendue, luisante, parcourue de stries lyinphangiliques; le fond est violacé; les bourgeons charnus sont livides, turgescents, ecchymotiques et ilonnent du sang et du pus. De petits ulcères apparaissent hors des limites du premier, dont les bords reculent. Quand l'orage est calmé, l'ulcère s'est étendu. Cependant cette inflammation a parfois une heureuse influence; elle peut modifiei' la vitalité des tissus qui se cicatrisent lorsque le processus phlegmasique est tombé; on cite des faits oii un érysipèle, un phlegmon ditï'us a débarrassé d'ulcères rebelles de la jambe.
La (jnrif/rène est une complication plus rare; elle frappe les ulcères négligés de malheureux affaiblis par la misère ou sous le coup d'une dyscrasie, albuminurie ou diabète; linflammation se déclare et mortifie des plaques cutanées que soulève une sécrétion ichoreuse d'odeur nauséabonde; ces lambeaux sphacélés s'éliminent, au milieu de douleurs vives. D'autres fois, la gangrène prend une forme différente : des masses pultacées, des fausses membranes épaisses recouvrent les fongosités; celles-ci se désagrègent pour devenir un putrilage sanguinolent qui creuse l'ulcère et en mine les bords; ils se décollent et reculent. Le phayédénkme est une sorte de gangrène : en quelques jours, parfois en quelques heures, l'ulcère gagne de proche en proche; il détruit tous les tissus qu'il rencontre; sa marche est si rapide que les vaisseaux cutanés sont ouverts avant qu'un caillot en ait oblitéré la lumière, et des hémorragies en sont la conséquence.
Dans les vieilles nosographies, on insiste sur les ulcères atones, ceux dont le fond est lisse, blafard, pulpeux, grisâtre, sans bourgeons charnus et dont le liséré reste stalionuaire; sur les ulcères calleux que caractérisent les bords saillants, durs, infiltrés : une prolifération abondante des cellules épithéliales et des
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t^lémcnls du dcriiio a di'i se faire (jiii siuvlôvo les Irvcos au-dessus du fond (lo la perlodo sul)slanco ; collo-ci se lai)isse do phufues eicalriciollos cuire lestiuelles s'ouviHMit des crevasses d'où s'écoule uu liquide incolore; sur les ulcères vei'^mineux, (HMix daus lescjuels des insectes oui déposé leurs (cufs el où des larves se dévelopi)eid. .Mais ces complicalions sont devenues rares dans nos villes où la misère el l'incurie sonl grandes, mais où Thospilalisalion plus large recueille les nudlieurcux alleinls d'ulcères avant que les altérations soient devenues si profondes .
Les ulcères irritables se caractérisent par leur hypereslhésic ; le moindre frottement, le simple contact y réveille des douleurs vives; la peau avoisinante est le siège d'une sensibilité exquise. On les rencontre chez les femmes impressionnables et nerveuses, et peut-être faut-il appliquer à ces ulcères ce que Broca disait des mamelles : « Ce n'est pas l'ulcère, c'est la femme qui est irritable. » Ajoutons que les ulcères sonl appelés fongueux lorsque, de leur fond, s'élèvent des bourgeons charnus volumineux, mous et pâles; hémorragiques lorsque la surface saigne facilement. Chez tous, quelle qu'en soit la variété, des traînées de lymphangite naissent souvent autour de la perte de substance et provoquent des engorgements ganglionnaires dans la région inguinale et crurale. La stase lymphatique et l'œdème veineux amènent aussi un épaississement, une hypertrophie qui s'étend à tout le membre, atteint d'une véritable éléphantiasis.
Diagnostic. — Le diagnostic de l'ulcère s'impose, et on ne saurait confondre avec aucune autre affection les pertes de substance fongueuses, sans tendance à la cicatrisation et que l'on observe au membre inférieur. Tout au plus la difficulté commence-t-elle lorsqu'on veut établir leur origine et distinguer l'ulcère simple des ulcères symptomatiques. Encore un examen rapide permet-il souvent de déterminer la lésion profonde dont les ulcères sgrnptomatiques traduisent l'existence : l'exploration avec le stylet révélera un séquestre adhérent ou mobile, une carie, un corps étranger qui s'oppose à la réparation des tissus et entretient la suppuration; aussi bien que les foyers osseux nécrosés, on saura reconnaître les altérations articulaires de la tumeur blanche.
Les ulcères diathésiques réclament parfois des recherches minutieuses : cependant ceux que provoque la syphilis, et qui résultent de la fonte des gommes ont des caractères particuliers : ils sont multiples, profonds, à bords taillés à pic; leur fond jaunâtre est dû à une substance dont l'aspect bourbillonneux est caractéristique; la peau et le tissu cellulaire, les muscles sont entamés. En d'autres points du corps, des signes non douteux de vérole viennent ajouter leur attestation. L'application d'un traitement approprié, des lotions au sublimé corrosif, des emplâtres de Vigo, l'iodure de potassium à dose quotidienne de 5 à 8 grammes, et au besoin les frictions mercurielles, prouveront l'origine syphilitique de l'ulcère par la détersion rapide de sa surface et sa prompte guérison.
Les .ulcères scrofuleux ou tuberculeux ont aussi leur aspect particulier; ils sont atones, mal bourgeonnants, à bords décollés et bleuâtres ; presque toujours ils coexistent avec quelque lésion actuelle ou ancienne, stigmate irrécusable de la strume. Les ulcères scorbutiques se caractérisent par des taches de purpura, les hémorragies, l'état des gencives. En dehors de leur caractère gangreneux et de leur apparition à la suite d'un phlegmon ou d'un anthrax, ceux dont le diabète est la cause ont, comme signe pathognomonique, la pré-
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4X l.lMl. ANIMATION ET SKS CONSKOUENCES.
soncc lin sucre dans Inrinc. Nous pourrions si^naliM' ccrlinns ulcères profes.si()>nu'l.<. u\;i\< leur desciiplion sera mieux à sa place lors de lélude des maladies de la peau.
Une conrusion esl possible : t)M sait ipie la surface honri^connanle de Tulcèro est pai'l'ois soulevée par des saillies osseuses, de véi'itables exostoses de rormo et de volume variables. Nous en avons montré des exemples dans notre description anatomo-pathologi(iue. Or \ ernenil (') a signalé des lésions syphilitiques bizarres (pi'il a nommées iilrux clcvatiim tertiaire. Comme nos exostoses Vulciis eh'Viituiii apparaît sur les ulcères de la jambe; comme elles, il est recouvert dune surface bourgeonnante, mais il s'en distingue « en ce (pie le mal débute par des ulcérati(uis de petite étendue dont (jnehiues-unes se ferment et dont les autres se réunissent en plaies plus ou moins larges. Le fond de la solution de continuité s'élargit, végète; alors prend naissance une tumeur indolente à surface recouverte de bourgeons d'assez bonne apparence, à base adhérente aux parties sous-jacentes, ferme, élastique, mais non point de consistance osseuse ». Ce caractère, joint à l'action du traitement spécifique, suffira pour établir le diagnostic.
Nous avons vu (jue nos ulcères <s. simples », catégorie disparate et arbitraire, comprennent les ulcères variqueux simples, les ulcères variqueux hybrides, les ulcères trophiques proprement dits, ceux qui apparaissent sur les cicatrices étendues et compliquent les cals vicieux^ des fractures de jambe mal consolidées : on devra distinguer chacune de ces variétés, car le traitement n'est pas identique pour tous et le pronostic difîèrc quelque peu. L'absence ou la présence de dilatations veineuses, l'intégrité des artères ou leur dégénérescence athéromatheuse, l'exploration de la sensibilité et l'état des nerfs qu'elle révèle, l'examen minutieux des tissus, l'aspect même de la perte de substance seront autant d'indications pour guider dans ce diagnostic.
Traitement. — S'il est vrai que l'ulcère simple est le plus souvent un produit de la diathèse arthritique, il paraîtrait raisonnable de s'adresser d'abord à l'état général. Mais lorsqu'on songe d'autre part que, pour amener la perte de substance, celui-ci a dû provoquer de graves lésions, des varices, de la sclérose des cordons nerveux, de l'athérome des artères, on doute de l'efficacité des médicaments; de fait, l'opium conseillé par Fayrer (^), la térébenthine, l'iodure de potassium à la dose de o à 6 grammes n'ont donné de résultats qu'à leurs promoteurs. A cette heure, on laisse de côté ce genre de thérapeutique, et nous n'avons plus recours qu'au traitement local.
Une des premières indications est le repos du membre et le repos de l'ulcère. Le repos du membre ne s'obtient qu'au lit, avec le décubitus horizontal. Gerdy insiste pour que la jambe malade soit plus haute que le tronc et soulevée par des coussins ou par un mode de suspension quelconque. Le sang artériel arrive j)lus difficilement jusqu'au pied, le sang veineux regagne plus facilement le cœur; on évite la stase si fréquente dans les réseaux vasculaires altérés, et l'œdème fjui en est la consé(|uence. Lorsque la perte de substance esl limitée, lorsque la nutrition des tissus n'est pas trop compromise, le repos du membre et son élévation suffisent pour amener la guérison. Mais il faut éviter d'irriter
(') Vernecil, Sur YulniK clcvatum tci-linire. In Unz. Iiebd. de inéd. et de chir.. \). 51, 1877. (*) K.WREi!, Mcd. Tiines and Gaz., 1807.
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la i>(mI(' (le siil)slanf(' cl, pour no pas Iroiihicr roi^aiiisalioii de la iiumiihraiio ^raniilousi', « on iio tlésliahillcia pas trop someiil riilcèi'c », coinmi; «lisait Ainhroise Paré.
Los applications locales varieront suivant la variété de l'ulcère, ses complicalions et son clcn<luc. Lorsque les malades ai-rivcnt à riiopital, la peite de substance est pres«iue toujours ennanimcc : le repos et rélévalion du niendjre sont <léjà elticaces pour combattre cette phlogose, mais la marmite de Chanipionniéie et ses pulvérisations phéniquées rendent alors les plus g-rands services : (iilles de la Tourette (') a insisté sur leur heureuse influence et, pour notre part, dans notre service, nous commençons par elles le traitement des ulcères de jambe : l'inflammation tombe, la surface se déterge, les sécrétions fétides s'an-ètent, les bords s'aflaissenl, les substances concrétées sur la peau avoisinante se détachent et la perte de substance est plus apte à bénéficier des applications qu'on peut faire à sa surface.
Celles-ci dépendent de la vitalité de la membrane granuleuse : lorsque les bourgeons sont rares, mous, blafards, lorsque l'ulcère est « atonique », il faut l'exciter par des pansements appropriés; l'ancienne pharmacopée se servait de drogues, l'onguent styrax, par exemple, qui n'étaient pas sans valeur: le baume du Commandeur, l'essence de térébenthine ont eu leurs partisans. Mais, à cette heure, lorsque l'ulcère est petit, à surface peu anfractueuse, c'est au nitrate d'argent qu'on a le plus souvent recours ; si, au contraire, il est étendu, anfractueux, à couche lardacée épaisse, la lame rougie du thermocautère légèment appliquée sur les points les plus saillants a la plus heureuse influence : une eschare superficielle se forme, qui tombe au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, et montre, au-dessous, une membrane plus vivante. Ces cautérisations devront être répétées plusieurs fois.
Lorsque l'ulcère est recouvert de masses fongueuses exubérantes, on peut recourir au thermocautère pour détruire les bourgeons blafards qui n'ont aucune tendance à l'organisation. Le sulfate de cuivre et l'acide chromique, le permanganate de potasse, le tartrate ferrico-potassique donneraient alors d'excellents résultats. Nous ne saurions trop recommander les lotions d'eau chaude : deux ou trois fois par jour, le membre où siège l'ulcère sera plongé dans un bain dont on élèvera la température jusqu'à ce qu'elle atteigne 50 et 55 degrés, suivant la tolérance du malade; dans les régions où les bains locaux sont difficilement applicables, on mettra sur la surface fongueuse des compresses de tarlatane imbibées d'eau, toujours à la température de 50 et 55 degrés; les séances devront durer de dix minutes à un quart d'heure.
Ces lotions chaudes modifient la surface de l'ulcère; il prend une coloration rosée et son liséré cicatriciel s'accroît. Lorsque le branle est donné à l'épidermisation, nous insistons sur la compression. Autrefois, pour la pratiquer, on avait recours au pansement de Baynton : des bandelettes de diachylon ou d'emplâtre de Vigo sont imbriquées sur la perte de substance; elles ont la double fonction d'exciter la couche granuleuse et d'exercer une compression méthodique. Ce procédé, importé d'Angleterre par Roux en 1814 et vulgarisé par Philippe Boyer, est classique dans les consultations de nos hôpitaux. Mais il perd du terrain, car les cautérisations, l'eau chaude, le sulfate de cuivre, le
(') Gilles de la Tourette, De la guérison des grands ulcères de jambe par les pulvérisations phéniquées. In Revue de chirurgie, p. 568, 1886.
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