SYPHILIS DES MUSCLES
Lr» syphilis détermine dans les muscles deux ordres de lésions : les unes, passagères, superficielles en (|uel({ue sorte, et qui sont contemporaines des accidents secondaires: les autres, qui altèrent la substance charnue dans sa structure même, ce sont les lésions tertiaires, myosite sclércuse et myosite gommeuse.
BoLMSsoN", Mémoire sur les liinicnrs syphilitirjucs des muscles cl do leurs annexes, fia-, méd. de Paris, I84(j. — Notta (île Lisicux), Arrlt. de méd. et Monileur des hûpUaux, iSÔ"». — MoNGiNOT, Des tumeurs sypliilitiques îles muscles et des tendons. Thèse de doct., 18M. — Nki. KTON, Gaz. des Iclp., 18.')S. — S \iNT-Anno.MAN, Des tumeurs gommcuses du tissu celluljiirc et des muscles. Thèse de doct.. 1S08. — Rollkt, art. Mcscles. D'u-t. enryrL, t. XI, 1^ i)ait., p. 119. — De Siry, Progrès méd., 1875, p. 242. — Mauriac, Myopathies syidiilitiques. Ann. de derinat., 1870, t. VU. — Traisnel, Gommes du stcrno-masloïdien. Thèse de doct., 187(5. —
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SYPHILIS DDS MLSCLKS. 793
IVvLi.iVKT, Sur les lumcius sy|)liilili(|U('s du sloino-masloïdioii «•! sur la mvosite dos noiivoauiiés. Tlièse de Lyon, IS"S. — Lkciyki!, (loinincs du sleiiKt-inasIoïdiiMi. 'liièse de doet., IXSI. — Ji'LLiKN. Tiailé «les niala<lies véiiéiieiuies. — Nkl'mann, Conliiiiutioii à l'i-tude de la inyosile sy|)lulili(|ue. l'inidjnlircsscliri/'l /'tir Deinml. und Sijplt., IKXX, p. |S. — (Hiisi.iNf;, Induralio musc. sleiiHi-eléido-iuasloïdei noonaloruin (myosilis sl.-cl.-iiiasl. iicdnal.). Arrli. fin- Kiii<li'rlteill{t(iidi\ IS'IO, \ll, \t. ô'il. — I'host, Myopalliics sypliilili(iues (coiiliaelure du Mreps). Tlu'^se de lUxl., ISSU. — Lkwin, Myosilis sypliiiilica <lilTusa seu inleislilialis. Charitr Amtdlci, IS'.U, XVI, p. 7ri5. — K«JiiLi:n, Muskel-Sypliilis. ncrl. Idin. WorI,., lW»i, n° 8.
1" Syphilis sECONDAiiui. — Myosalgies. — l^^llos sont surtout iVéquenlcs à <-otle période, bien qu'elles se voient aussi aux autres ûges de la syphilis.
('e sont parfois des douleurs dilïusos, |>res(pie généralisées, et relte sorte de «•ourbalure réi)rile, que Bassereau a décrite dans les premiers temps de Tinfection syphilitique.
Plus souvent, elles se localisent et alTectent dilTérentes formes ; le lumbago syj)hiliti(pie, le torticolis dû à la myosalgie du slerno-mastoïdien et du trapèze et des muscles postérieurs du cou; la céphalée elle-même, attribuable dans quehpies cas à Toccipito-frontal (Rollet) et, au membre inférieur, le psoas douloureux et enraidi, qui aurait fait croire parfois à une psoïtis.
La douleur est surtout nocturne; la pression et les mouvements l'accroissent; elle coexiste avec un léger affaiblissement contractile. Intermittente, elle cesse au bout de quelques jours, ou se prolonge des semaines.
Elle obéit au traitement spécifique.
Contracture. — Dès le xvi*" siècle, elle est indiquée par Ulrich de Putten (1559), et Theodosius (1555), qui signale l'un des premiers l'action de la syphilis sur les muscles, semble aussi connaître déjà la rétraction musculaire tVorifjine syphilitique. Petit-Radel (1812) parle à son tour d'une contracture qu'il rattache à la syphilis, et Lagneau en donne des exemples.
C'est encore sous ce nom que Ph. Boyer en consigne deux observations dans son Traité pratic/ue de la syphilis (185G), et que Ricord, en 18412, en publie trois autres.
Le mémoire de Notta (de Lisicux), un autre fait qu'il relate dans le Moniteur (les hôpitaux (1855), une leçon de Gosselin à l'hôpital de la Charité, enfin l'étude très complète de Mauriac sur V affection sijpliilitique du biceps, représentent les principaux documents de l'histoire de celte atfection.
C'est sur le biceps brachial ('), en elfet, que porte, avec une prédilection encore inexpliquée, la contracture sy[)hilitique : elle y i-evèt sa forme typique. On l'a vue pourtant sur d'autres muscles, le biceps fémoral et le demi-tendineux qui, raccourcis, tiennent le genou en flexion; le sterno-mastoïdien et le trapèze, les muscles maslicateui-s, la masse sacro-lombaire et même, dit-on, les muscles de l'œil; on a été plus loin, et Bouisson et Davasse ont voulu attribuer certains phénomènes passagers de rétrécissement du rectum et de l'œsophage à un spasme de leurs fibres lisses, d'origine syphilitique.
La contracture est précoce, d'après Mauriac, et, bien qu'elle puisse être contemporaine des gommes, elle appartient, en règle, aux accidents secondaires, et paraît au sixième, septième, dixième mois, à la fin de la première année. Sa fréquence ne semble nullement régie par le degré de gravité initiale de la syphilis; on ne lui connaît pas de causes occasionnelles; ce qu'on a remarqué, c'est
(') Et plus fréquemment sur le biceps droit.
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l'.n MISC.I.KS.
iluClIt' coexislo soin (Mil ;i\t'c l(>s ConiK's doiiloureusos de la vérole*, crllos (jui s'accusent (l»'s Unirdéltul jtar dcsnévralj>ies, dcsarlhralgics, cl enfin des myosaltrics; c'est la /'or)iH' ini/u-ncrrDpfifliiijuc de Mauriac.
La contracture s'installe lentement et sans ;Vcouiis; c'est une raideur, un poids, une gOnc dans les mouvements, une léi^ère llexion de Tavant-bras qui devient permaiuMite, et dont le malade ne s'aiierçoit souvent pas; mais l'angle de llexion se ferme de plus en plus; il variait chez les malades de Notta, de KiO à t'Odetrrés: il dépasse même 1 angle droit, et les deux segments se rapprochent encore c^ ani(le aisfu
Le l)iceps est plus ti^ros, « roulé en boule » (Mauriac), plus dur et plus tendu, sans avoir la rig:idité du muscle en contraction; son tendon, rétracté, saillant, se détache, sous forme de corde, au })li du coude. Gherche-l-on à étendre l'avantbras, on éprouve une résistance très marquée et l'on provoque une douleur ai£?uë: g-raduellement. sans ressaut, il revient à sa position première; cherchct-on à le lléchir davantage, même résistance, mêmes difficultés : le membre semble fixé dans sa situation, c'est une sorte d'ankylose musculaire. Et, de fait, le triceps est lui-même plus épais, plus dur (pie celui de l'autre bras; au choc et à l'électricité, il réagit comme le biceps. Au choc, sur les muscles contractures, le bourrelet de m^■xœdème se dessine beaucoup mieux; l'électricité est à peine sentie et n'éveille cpi'une contraction fort atténuée.
Le corps même du muscle est rarement douloureux; s'il se contracte spontanément pour exagérer la flexion de l'avant-bras, il le fait sans souffrance; il ne soulTre que par la distension forcée que lui imprime l'extension de l'avant-bras; c'est surtout aux extrémités du muscle, près de ses tendons, que la douleur s'accuse. La pression permet du reste de la localiser.
L'articulation elle-même est intacte, et l'exploration de son pourtour ne révèle rien d'anormal.
(Test avec les mêmes caractères que la contracture se retrouve au genou ou dans d'autres régions. H. Zeissl (') a présenté à la Société de médecine de Vienne un malade atteint d'une contracture syphilitique du biceps fémoral qui maintenait la jambe en flexion à peu près à angle droit, et l'obligeait à marcher avec <les béquilles. Plusieurs mois de traitement spécifique firent tout disparaître.
De lente allure, la contracture syphilitique se prolonge plusieurs mois, quelques-uns disent même plusieurs années; elle cesse peu à peu, après des intermittences d'atténuation cl de rechutes; le traitement spécifique en a très rapidement raison.
Ce dernier trait permettrait, à lui seul, d'en reconnaître la nature; on ne pourrait la confondre qu'avec les contractures que provoque autour d'elle une arthropathie syphilitique, mais de telles contractures affectent, en général, tous les muscles péri-articulaires; elles sont plus serrées, et l'exploration de la jointure n'est pas sans révéler quelque atteinte morbide.
Mais quelle est, en réalité, la nature de cette étrange affection?
Rollet admet qu'un certain nombre de faits relèvent d'une myosite syphilitique, d'une gomme en voie d'évolution et encore dissimulée, mais l'action si rapide du traitement spécifique ne permet pas d'étendre cette hypothèse à la majorité des faits. Il s'agit d'une contracture, et qui porte à la fois sur les fléchisseurs et les extenseurs : contracture réflexe, qui, au bras, serait consécu-
(•) Cité iiar Neuinann.
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SVI'IIII.IS I»i;s MCSC.I.KS. 79J
livo h la synovilo do la hourso séreuse sous-hicipilale, d'après quelques auleurs; eonlraelure essenlielle, due à l'aelioii de la syphilis sur la substance charnue ou sur les nerl's inlra-uiuseulaires, d'après Mauriac. Un examen hisl<)l()^i(|ue apporlerail à la solution du prohlènie rélénu-nl [)récis (pii lui niaïupie.
Nous ne ferons (jue si{i;naler ici le Ireinblenienl syphilili<pie décrit par le professeur Fournier (') et Aparicio (*); raffaiblissemenl et l'amaipi^rissenient musculaires, ({uchpu^fois précoces: eidin, les atrophies de certains groupes musculaires, d'origine syphilitique, telles que Rodet p), Austin (*), liarély ('■), en ont sii^nalé des cas,
'2" Syi'iui.is Ti:iiiiAUu:. — L'histoire de la sy[>hilis lerliaii-e des muscles dalc de très loin; Asiruc (1777) send)le avoir été le premier à déci'ire les gommes musculaires.
Ph. Boyer, Uicord, Sidney Jones, inaugurent une élude plus précise de la myosite syphilitique, et le mémoii-e de Bouisson, en IHiO, marcjue une étape <lans cette histoire.
Depuis, l'anatomie pathologi(jue des « tubercules syphilitiques » a été faite par Ricord, Lebert, Robin, Virchow, Lancereaux. Les thèses de Monginot, de Thévenet (") et de Saint-Arromand résument les données cliniques.
Enfin la thèse d'agrégation de Desprès, les thèses de Traisnel, Ballivet, Lécuyer, sur les gommes du sterno-mastoïdien, les travaux didactiques de Rollel et de Jullien, les leçons de INIauriac et celles de Fournier, d'autres mémoires de détail qui seront indiqués à leur place, constituent à la syphilis musculaire une série de documents.
Étiologie. — Ce n'est pourtant pas une localisation fréquente de la vérole : sur 214 cas de syphilis tertiaire, Jullien n'a relevé que G fois la syphilis des muscles, soit un terme de fréquence de 12,8 pour 100; les gommes sont plus rares que la myosite scléreuse, plus rares aussi que la contracture étudiée plus haut.
Exceptionnelles chez les très jeunes sujets (Nélaton), on les rencontre ordinairement de vingt à cinquante ans au plus tard, mais elles peuvent être congénitales et relever de la syphilis héréditaire; Lécuyer donne deux faits de gommes du sterno-mastoïdien, d'origine congénitale, et Fournier publie une autre observation qu'il rapporte à la syphilis héréditaiie tardive.
L'âge de la vérole où paraît la myosite gommeuse ou scléreuse varie un peu : elle peut être précoce, et Mauriac a vu des gommes musculaires au 5^ mois, au ()r)« jour, au 100"-' jour; dans un mémoire récemment présenté à la Société de médecine de Berlin, Karewski (') insiste à son tour sur le développement des tumeurs gommeuses des muscles « à une période qui n'est pas très éloignée de l'infection syphilitique primaire ». Plus souvent, la gomme musculaire paraît au stade moyen de la syphilis tertiaire, de la 7)'^ à la 5"= année. Est-elle la marque d'une syphilis maligne, comme le professait Nélaton et comme l'admet encore
(') Fournier, Leçons sur la syphilis.
(*) Aparicio, Éludes sur le tremblement syphilitique. Tlièsc de docl., 1872. (') RoDET, Union méd., 1859.
('*) Austin, Trans. of the pathol. Sor., 187j. (•'') Barétv, Ann. de derm., 1874.
(") Thévenet, Thèse de docl., 18.'.8.
(■') Karewski, Bulletin de In Société de méd. de Berlin. 20 fcvrior 1889. et .'Semaine médicale, 27 février 1889.
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7% Ml SC.I.KS.
liallivrl: ou d'uno syphilis non liaiiro. coninio lo rroit Lôcuyor? On no saurait formuler à re point tlo \ ur (juc di's ]trol>aliiliU''s.
Pout-t^trc l'aclivilé de ceilains nius<l('s esl-elle pour la vérole une cause dappel et do looalisalion? Toujours osl-il quo jj^ommos cl sclérose alToclcnt surtout les muscles longes des membres (N'irchow), surtout ceux du membre inférieur, de la nuque et du cou, le sterno-masioïdien, le biceps brachial, le jjrand jiecloral, le triceps crural, le fi^rand lessier, le deltoïde, l'extenseur commun des doitrts, le trapèze, le masséler, le buccinaleur, le biceps fémoral, les jumeaux, le jambier postérieur, le couturier, le demi-membraneux. Neumann (de A'ienne) a montré qu'il fallait compter aussi le sphincter externe de Tanus au nombi-e des muscles (pie la syphilis attaque le plus fré(piemnieiit . Il faut ajouter la langue, les lèvres, le voile du palais, le rectum, le cœur (voy. Chirurgie des réffion^).
La myosite tertiaire est scléreuse ou j;ommeuse. Dans Tune et l'autre forme, le tissu interstitiel s'épaissit, s'infiltre de noyaux emliryonnaires, mais la néoformation s'étend en nappe, ou se rassemble en tumeur. Ce qui caractérise la myosite scléreuse. ce sont des travées fibreuses, blanches ou grisâtres, (jui sillonnent le corps charnu, le g-onflent d'abord, puis lindurent et le rétractent : la fibre contractile s'atrophie i)ar compression.
Les gommes constituent des noyaux du volume d'une noisette, d'une noix, d'une orange, entourés d'une co(pie de myosite scléreuse, qui s'épaissit avec le temps : leur coupe est blanche, grisrdre ou jaune, ou encore rose pale; elle est ferme d'abord, et la structure, étudiée par Ilaldane (d'Edimbourg), ne difî'ère pas de celle des autres gommes.
Myosite et gomme peuvent aboutir à un même terme, à la sclérose, et même plus loin encore, à la calcification et à l'ossification. Bouisson n'attribue-t-il pas à une telle origine une pièce osseuse d'un volume énorme, occupant le triceps crural, qu'il avait vue au musée de la racullé do Strasbourg?
Symptômes. — Il faut séparer, on clinique, la unjoxilc >irlcrc)(!^e et la gomme.
Myosite scléreuse. — Des douleuis, surtout nocturnes, des contractures, une tuméfaction dilfuse du corps charnu, des attitudes vicieuses : tels sont les caractères de la myosite, d'allure aiguë et presque inflammatoire. Ailleurs elle est, dès le début, lente et silencieuse: si le traitement n'intervient pas, la sclérose naît fatalement: le muscle ne forme plus qu'une lamelle ou un cordon aminci et dur, et la déformation est définitive. Mauriac cite un jeune homme de vingt-cinq ans (jui, à la suite d'un lumbago syphilitique, conserva une flexion en avant de la colonne vertébrale, et ne se redressa jamais. Tel est encore le torticolis syphilitique. Guyot (') a attiré l'attention sur le resserrement des mâchoires par myosite syphilitique du masséter. Ph. Hoyer l'avait déjà observé, et Deville (*), Bornet (5), Blavette ('), Bouilly, en ont rapporté d'autres faits : c'est là une variété de constriction des mâchoires qui ne doit pas être oubliée, et le traitement spécifique suffit alors à éviter une intervention sanglante.
El, en otTel, la myosite syphilitique reste longtemps curable, et. sur les trois
(') GcYOT, Myoxile sypliilitii/ue du ma^iAétc)-. (Inz. des hop.. 187."», p. 798. (*) riull. delà Sor. anat., \Hi:>, p. '270. (') IJtill. de la Sor. de eliir., 2'i janvier 18.M.
(*) Blavette, Du resserrement des ni'hhoires. Thèse de doct., 1800 "> olji^ervat. de myosite sy|)liililiquc de» muscles masticateurs).
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SYlMIir.IS DES MUSCLKS.
cas rappelles par (îuyol, deux l'ois riodmc de polassium fuL encore efficace, sur une rélraclion sypliililiciue du niMs^^t'-lcr, (|ui datait de tiois ans.
Gomme. — Son début est celui de la luyosile, ou plus souvent elle naît et j^rossil sans réaction el sans soulVrancc. Plus lard, par compression, elle provoque parfois des névralf^ies, et Zandjaco cite une gomme (jui avait englobé \r. nerf cubital : il y avait de la rélraclion et de l'engourdissement du membre, et les deux derniers doigts étaient à demi paralysés.
En certaines régions, l'élément douleur devient prédominant, au sphincter externe de l'anus, par exemple: Neumann signale des douleurs aiguës et du ténesmc, pendant et après la défécation, et ({ui peuvent durer des heures ou des journées.
Au palper, on sent d'abord un empAlement, mal circonscrit, en un point du muscle, et cela, le |>lus souvent, vers ses extrémités, dans la région musculo-lendineuse; puis l'empalement se rassemble, se soulève, se dessine en relief sous la peau. ^
Sa forme est arrondie ou ovoïde, ou bien il s'étale au long du corps charnu, bridé par sa gaine fibreuse; il peut envahir le muscle en entier et le tripler de volume. Quelquefois le muscle est parsemé de noyaux gommeux, et la langue « rembourrée de noiselles » est devenue classique, depuis les descriptions de Clarke et du professeur Fournier. Enfin la
lumeur gommcuse porte quelquefois sur deux j^
muscles symétriques : Bouisson relate un cas où l'extrémité inférieure des deux sterno-mastoïdiens et la poignée du sternum, affectés simultanément, figuraient une sorte de croissant à sinus supérieur.
La gomme reproduit tous les signes des tumeurs intra-musculaires {voy. plus loin). Elle est dure au début, et longtemps elle peut fjg. 17-2. persister à l'état scléreux, sclérosée, durcie, et à jamais rebelle au traitement.
Mais le ramollissement et l'ulcéralion sont une terminaison plus fréquente encore; d'après Ballivet, un tiers des gommes musculaires s'ulcéreraient, et Virchow avait signalé depuis longtemps qu'un certain nombre de prétendus abcès des muscles ne sont, en réalité, que des gommes ramollies. Ulcérée, la gomme laisse un cratère profond, anfractueux, que l'extension de la lésion tertiaire à la peau, au tissu conjonctif, aux aponévroses, agrandit encore; à sa suite, une cicatrice fibreuse affaiblira plus ou moins l'organe contractile, ou rendra permanentes des rétractions ou des attitudes vicieuses.
Diagnostic. — La -juyosile syphilitique subaiguë pourrait faire penser au rhumatisme musculaire, ou à d'autres variétés de myosite : le gonflement et l'induration de la substance charnue n'existent pas dans le rhumatisme simple; la localisation de la lésion aux extrémités du muscle, sa marche lente, sa ten-
— Gomrne de la portion stcrnale du sterno-mastoïdien.
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ihince seléi'osanle, lui coii^liliRMil jiiilaiil de Irails spéciaux. Knliu, le phk'guion lie la gaine, tlans quelques muscles, tel que le phlegmon large du cou (Dupuy- Iren), ou encore la phléitile inlra-niusculaire, chez les variqueux, ont des allures en général troj) nellemeni inllaunualoiies pour tenir longtemps en erreur.
Nous avons esquissé ailleurs le diagnostic ditTérenliel des gommes et des luuieurs des muscles (voy. ycoplasmes f/cs tiiKsrU's).
Enfin, dans les ulcérations gommeuses à cratères mullij)h's. à base irrégulière, et qui envahissent souvent jusqu'aux os voisins (poignée du siernum), on pourrait croire à la tuherculosi'. ('/est la longue durée <lc rall'ection, c'est l'aspect <les surfaces ulcérées et la situation piofondc des tumeurs qui servent alors «lélémenls dilVérentiels.
11 faut sadresser enfin au critérium suprême : le traitement spécifique; il n'est pourlaul pas infaillible, el, nous lavons vu. telle gomme, ancienne et sclérosée, lui résiste souvent.
Peut-on faire la part exacte du muscle el de l'aponévrose, dans une tumeur gonimeusc? Distinction fort difficile et sans utilité pratique, puisque l'un et l'autre sont presque toujours intéressés ensemble. Peut-on diflerencier une gomme cutanée ou sous-cutanée de la gomme musculo-aponévrolique? Ici il en est tout autrement, et les signes de tumeur musculaire, qui sont le propre de la «lernière forme, suffisent ri la caractériser.
Pronostic. — I^e pronostic serait donc grave sans la ressource du traitement, gi-ave par la localisation des lésions quelquefois, et aussi par les désordres qu'elles laissent après elles.
Traitement. — Le traitement spécifique doit être institué d'emblée et à haute dose: 1 à 2 grammes diodure de potassium au début, pour s'élever progressivement jusfpi'à 5, 0 grammes et plus.
Localement, l'intervention est très bornée. A la période tardive, en présence de rétractions et de déformations constituées, le traitement orthopédique, redressements, sections sous-cutanées, etc., serait quelquefois de mise (voy. liégioits).
KYSTES HYDATiaUES DES MUSCLES
La première observation de kyste hydatique musculaire remonte à 101)9 : elle est due à Godfroy Bidloo (de Rotterdam) ; c'était un kyste hydatique suppuré du muscle trapèze, qui fut incisé et contenait plus de 50 vésicules secondaires.
Un siècle plus tard, en 1805, Jannin, chirurgien à ValUères, rapporte un nouveau fait pratique concernant un dépôt d'hydatides à la région lombaire droite.
D'autres cas sont publiés successivement par Dupuytren. Baird, .1. Baron, Méfier, Grœfe, Andral, etc.
En 1851, une discussion a lieu à la Société de chirurgie, à l'occasion d'un malade présenté par Marjolin. En 1805, dans un rapport à la Société analomique sur une présentation de M. Sanné, M. Fernel rassemble 14 observations
KVSTFS HYDATiniT-S DES Ml'SCI.FS. T'.Hi
d'Iiydalidos inuscMilaircs, (Uml il laiil «IrlaNiiuM- "1 fails de cyslicci-ciiics, cl (duMolie à (Ml lV»niiult'r les Irails cliiiiciiics |)riiHi|>aii.v. Dfs|)ivs, l'aiiiKM' siiivanle, dans sa llirsc (ragri''<^ali(>n, ajoiilc (i anlrcs cas. cl en lail l'oltjcl d un 1res inlcrcssaid <dia|)ilrc.
l.a thèse d'OriJlard, la pieniière (jni soil cxclusivcnicnl consacrée anx kysics hydaliqncs nuiscnlaires; nn mémoire de Borgmann, sur le diagnostic cl le Irailemenl des kystes hydaliiines exiernes, doivent èlre signalés encoiv au cours de celle période.
Depuis, le mémoire de Boyron, les leçons de Gosselin, les thèses de Brassarl et de Martinet, sur les kysics hydatiques externes, le mémoire de Tavel, enfin la thèse de Bourel-Roncière, les observations éparses, et en nombre déjà imposant, constituaient les éléments encore isolés de l'histoire des kystes hydaliques des muscles volontaires.
C'est à les réunir tous dans un travail (rensemble que E. Marguet a consacré son excellente thèse inaugurale, dont les conclusions se basent sur \7A) observations, dont I2y inédites et 24 personnelles, et sur l'analyse de 75 autres laits douteux. Il faut aujourd'hui grossir ces chiffres d'un certain nombre de laits publiés depuis 1888.
AcDiAT, Des kysics hyilaliques des muscles. Thèse de docL, 1888. — Marguet, Kystes liydaliciucs des muscles volontaires. Thèse de docl., 1888 (donne loulc la bibliographie et l'eproduit toutes les observations). — Lannelongue, Kyste hydatique des muscles de la cuisse. Bull, de la Soc. de chirurgie, [S»», t. XIV, 117-11!). — Ball, Ilydalid cyst of delloïd muscle. Brilish med. Journal, 1888, I, p. 537. — Tédenat, Kyste hydatiiiue des muscles de la masse commune. A''o(u'ertu .1/oa/pe//t>r /H«/., 18'J2, p. 0. — j. IIeye, Ein Beitrag zur Lehrc von Muskel-Echinococcus. Inaug. Diss. Berlin, 181)4. — Reboul, Sur (juelques cas de kystes hydati(iues des muscles. Congrès fr. de chir.. 189i.
Étiologie. — L'étiologie générale des kystes hydaliques ne fera pas ici l'objet d'une longue étude : elle se résume dans l'ingestion des œufs du tœiiin l'riiinococcux.
L'intestin du chien domestique servant de principal habitat au cestode, c'est à rechercher les modes de passage du chien à l'homme que le problème se ramène, en dernière analyse ; la transmission a lieu, soit par voie directe (caresses, privautés accordées au chien, dont la cavité buccale, les lèvres, le museau et ses longs poils peuvent être imprégnés d'oeufs), soit par l'intermédiaire des aliments ou de l'eau. Et ce dernier mode de transmission serait de beaucOTip le plus fréquent : sur les 150 observations de Marguet, quatre fois seulement la promiscuité de l'homme et du chien était avérée (').
Il semble que les kystes hydaliques musculaires obéissent à peu près aux mêmes variations régionales que l'ensemble des kystes hydaliques : d'après les )-clevés de Marguet, leur nombre, par rapport à celui des kystes hydaliques en général, serait d'environ 2 pour 100. Sur une statistique de 7156 cas, résultant d'une série de tableaux publiés par Thomas (kystes hydaliques observés dans les hôpitaux d'Australie) et totalisés par Marguet, on trouve : kystes du foie,
(') Mais le ténia échinocoque n'existe lui-même chez le cliien qu'avec un degré de fréquence liés variable : en Islande, d'après Krabbe, les chiens sont infestés dans la proportion de 28 jiour 100; en Danemark, ils ne le sont que dans celle de 0,G pour 100; en Auslralie, le chilTre est plus élevé encore qu'en Islande, et 40 pour 100 des chiens seraient lénifères (.I.-D. Thomas). Il est donc aisé de comprendre que l'Australie et l'Islande soient en quehpie sorte les terres classiques du kyste à échinocoques ; le nombre des chiens, leur degré d'infestation, créent pour l'homme lui-même un danger tout spécial de contamination.
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