CONTUSION DES BOURSES SÉREUSES
Nous venons d'étudier les plaies contuses.
La contusion sous-cutanée des bourses séreuses est un accident fréquent, surtout en certaines régions, au coude, au genou, au niveau de tous les points saillants du squelette. Il faut distinguer deux variétés de contusion, la contusion accidentelle et la contusion chronique, maintes fois répétée, souvent professionnelle et qui devient la cause ordinaire de l'hygroma chronique (voy. Hygroma clironiqiie).
Le choc est susceptible de rompre la bourse séreuse par un double mécanisme, par écrasement, s'il est direct, et s'il comprime violemment les feuillets séreux contre le plan osseux sous-jacent; par déchirure, s'il agit obliquement, et s'il entraîne la peau et la séreuse sous-jacente, les étire et les rompt. Du sang s'épanche toujours, en quantité variable, et des accidents phlegmoneux ne sont pas très rares.
C'est surtout lorsqu'il intéresse une poche distendue, que le choc provoque la rupture, nous y reviendrons plus loin.
La contusion peut encore, même en dehors de toute lésion cutanée, déterminer l'hygroma aigu : un certain degré d'épanchement sanguin, l'attrition des parois, et aussi l'état morbide antérieur de la bourse séreuse l'expliquent suffisamment.
Enfin, il est un troisième type de la contusion des bourses séreuses : c'est Vliématome. Il succède parfois à des heurts d'intensité minime, ce qui suppose un état d'inflammation chronique et une friabilité morbide de la paroi séreuse; le même fait ne serait pas rare chez les hémophiles (Fischer). La bourse est, dès le début, distendue par le sang, sa consistance est plus ferme que dans l'hygroma séreux, sa fluctuation moins franche; il n'est pas rare qu'une plaque d'ecchymose cutanée témoigne du traumatisme originel. Plus tard, lorsque le liquide sanguin s'est coagulé en partie, on retrouve, sous la main, cette crépitation amidonnée, passagère, qui caractérise, à cette période, tous les hématomes sous-cutanés. — Que devient cet épanchement? Il disparaît, dans certains
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cas : la partie liquide se résorl>e, il reste des iVag^inents de caillots, sous forme de placjues ou de noyaux, puis ce reliquat d'hématome seilace à son tour. — On a vu la masse rd)rineuse {i^arder long^lemps les apparences d'une sorte de liimeur; ailhnirs, elle avait cédé la première, et la sérosité de l'épanchemcnt, mêlée à l'exsudation de la paroi, avait lait naître un hy^roma kystique.
L'hématome des bourses séreuses est exposé à une autre complication plus i,M-ave, la suppuration. Reste-t-elle localisée, c'est un abcès hématique, qui laisse écouler, une ibis ouvert, un pus foncé, nièié de sang- et de caillots. Il peut rester fisluleux. Mais la suppuration ilifluse est aussi à craindre.
Le diagnostic est simple : le traumatisme, la forme de la tumeur, son siège suffisent à l'établir. La collection sanguine est plus dure, moins fluctuante que l'hygroma séreux, et le gonflement s'est constitué d'emblée.
Mais l'hématome est susceptible de masquer des lésions sous-jaccntes plus graves : celui de la bourse olécrànienne, par exemple, empêche parfois de constater la fracture de l'olécrâne; il en serait de même de l'hématome prérotulien, pour certaines fractures de la rotule, à écart fort minime. Ici, comme au crâne, on n'attiibucra pas à l'os sous-jacent la dépression qui se creuse sous le doigt au centre de la collection sanguine.
Le repos, une légère compression, des applications résolutives, préviennent en général les accidents. Lors d'hématome, si la compression prolongée ne réduit pas la tumeur, on aura recours à la ponction aspii-atrice, ou même à l'incision antiseptique. Enfin, il faut être prêt à intervenir de bonne heure, et à inciser largement, si la suppuration se produit.
HYGROWA
Avant la lin du xvni*^ siècle, l'anatomie des bourses séreuses était encore inconnue, et l'hygroma n'avait pas été distrait du groupe confus des kystes séreux, des abcès enkystés, des loupes, etc.
Ce fut Camper (1784) qui, le premier, déci-ivit les bourses séreuses du genou et du coude, et parla de leur hydropisie; Fourcroy (1786), Alexandre Monro (1788), Hertwig (1795), élargirent ces premières données, et les thèses successives d'Asselin (1805), de Mosnier (1803), de Padieu (18i29), de Huberson (4847), de Massot (1854), de Fineau (1800) marquent l'extension progressive de cette branche nouvelle de la pathologie : l'hygroma et ses diverses variétés la constituaient encore presque tout entière.
Avec Velpeau, et ses Rcrherr/ies anatomiquen et pathoIogifjKes sur les cavités closes (1845), la question s'était agrandie; plus tard, l'anatomie des bourses séreuses s'est complétée par les travaux de Gruber (de Saint-Pétersbourg), de Linhard, de Heineke, et leur pathologie, par ceux de Chassaignac, de Volkmann, de Yerneuil, etc.
Ce terme d'hygroma a été appliqué pour la première fois par Heister aux kystes séreux du cou (1759) : il signifie collection séreuse enkystée. C'est donc bien à tort qu'il sert à désigner toutes les variétés de l'inflammation des bourses séreuses, et il est regrettable que l'usage ne permette pas d'introduire dans la
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nonionclainro, avoc (iiiohiiu' cliancc de succès, lo loimo «le liiusile {hitysiti^i^ (Mnpiovc dans la pluitarl des liaih's clraii^-ors), qui conospondrait à celui de synovite.
Nous décrirons Vlnjijiomd «ikjh et Vln/i/rniita rlironK/uc
Padiec, Dos l»onrsos sons-cnlanocs et de leurs maladies. Thèse de docl., IS'J'J. — Massot, Des kystes séi-eiix ([iii <()mi>li(|iienl les luineiirs. Thèse de doel., 1X54. — Mettemikimkr, Leber lihnise Pra'palellariierseluvidsle. Duhoia nnd lieirherCf Anli., ISGti, \}. W. — Koeberlk, art. BoiitsEs séheises. Dict. de mcd. cl de rltir. pntt., ISGli. — Pineac, Élude sur les épancheincnts des bourses séreuses sous-eulanées. Thèse de dort., I8()(5. — Cuassaignac, art. HoL'RSES sÉiiEi SES. Dicl. eiirijcL, W){). — Raice. Traitement <ic lliytcroma prérolulien. Thèse de doct. IS77. — \'olkmanx. Die Krankheilen der Schleindjeuleln. Handfmrh der alhj. nnd spec. Cliit: (P'Uha-lîillrolh, i8S'2). — Charles-B. Nancrhide, Pathologie des bourses séreuses. Encyclop. intern. de. cUir., 1S84. — Scimcuardt, Die Lntstehunsj: der subkutanen Ilygrome. Arch. /". ptilh. AiiitL nnd Pliy^iiol., t. CXXI. p. 2. — J.-lî. Petit, De l'hygroma Irochantéricn. Thèse dedoet., ISltl. — Dlrville, Hygroma de la bourse séreuse du Psoas. Thèse de doct., 1896,
1» HYGROMA AIGU
C'est rinflammation aiguë des bourses séreuses.
Comme les synovites, l'hygroma comprend trois variétés : lliyijvoma sec, llnjgroma séreux, V hygroma purulent.
Étiologie. — L'hygroma aigu est d'origine traumatique ou secondaire.
Traumatique, il succède aux chocs, aux contusions de toute variété, aux plaies pénétrantes, et cela, surtout quand le traumatisme porte sur des bourses séreuses déjà enflammées, les bourses professionnelles (voy. Hggroma chronique). On cite partout cette observation rapportée par Chassaignac, d'un saltimbanque bossu, qui se faisait donner, au cours de ses exercices, de grands coups sur sa gibbosité : un hygroma suppuré ne tarda pas à s'y développer. — Peut-être fautil rapporter encore au froissement prolongé de la séreuse le fait de Padieu, qui vit apparaître, chez une jeune fille, à la suite de courses répétées pendant plusieurs jours, une inflammation aiguë de la bourse prérotulienne gauche.
Seco)i(hi.ircin(')it, la bourse séreuse s'enflamme par l'extension d'un processus inflammatoire voisin : tel est l'hygroma furonculeux, indiqué par Chassaignac, et qui se développe au-dessous d'un furoncle; l'hygroma lymphangitique, dont il a été longuement parlé dans un autre chapitre (voy. Lymphangite aiguë, complications séreuse.^); l'hygroma érysipélateux, qui se produit sous la nappe cutanée de l'érysipèlc. Enfin, au pourtour des arthrites suppurées, on trouve souvent les bourses séreuses remplies elles-mêmes de pus, sans qu'une communication des cavités puisse faire admettre un transport direct; mais les agents pyogènes, qui se difl'usent autour de l'article dans les espaces conjonctifs et dans les lymphatiques, n'ont pas besoin d'une large voie pour pénétrer dans les séreuses. Des faits du même genre se voient autour des arthrites tuberculeuses (voy. plus loin : Tuberculose des boursei< séreuses).
Enfin l'hygroma est susceptible de naître à titre de localisation d'une maladie générale : Bail a signalé, en 1865, un hygroma aigu de la bourse prérotulienne, au cours d'une attaque de rhumatisme articulaire aigu, et d'assez nombreux faits analogues ont été enregistrés par Peter et Boillereault (') ; d'après Boille-
(') Boillereault, Essai sur le rhumatisme non blennorrhacjiquc des synoviales tendineuses et des bourses séreuses. Thèse de doct., 1874.
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88S lîOL'HSES SÉREUSES.
roaull. les bourses fréqueniiiuMil alloinlos dans le rlniniatisme sont colles de la tèle du |)éroné. de la patte iloie, la])Oiii-se létro-calcanéenne. rétro-olécranienne, j)iéioluliemu\ acromiale: et rintlaininali(»n de la séreuse se présente souvent isolée, sans (|ue larticulalion voisine soi! elle-même atteinte.
La i?outte est susceptible de provo<|uer les mêmes accidents, et nous verrons plus loin des tophus uricpies dans les hygromas clironiques des g'outteux, mais ces liygromas à topbus peuvent aussi s'enllammer et s'ouvrir.
Il sultit de rappeler la blennorrbaj^ie : la douleur du talon (Swediaur), l'inilamnuition des bourses sous et rétro-calcanéennes sont de notion vulgaire; on voit encore cet hygroma blennorrhagiijue, aigu ou subaigu, à la bourse prérolulienne, à celle de lacromion, du grand trocbanler. de l'ischion, sous le premier et le cinquième métatarsiens (').
Enfin linlection purulente l'ait naître des synovites et des hygromas suppures, souvent multiples et disséminés (Lebert).
Anatomie pathologique. — Elle a été en somme très peu faite, et la plupart des auteurs passent ce chapitre sous silence. Ce qu'on connaît le mieux, c'est le liquide qui remplit ces hygromas, liquide tantôt clair, visqueux, mêlé de grumeaux fibrineux, ou encore teinté de sang, ailleurs purulent ou séro-purulent. — Quant à la paroi, elle est épaissie, vascularisée, desquamée à sa face interne, mais ce n'est guère que par induction qu'on applique à l'inflammation des bourses séreuses ce qui a été constaté dans les synoviales.
Symptômes. — L'hygroma sec. n'a, en général, qu'une durée éphémère : une légère rougeur au niveau de la bourse séreuse, une douleur que la pression réveille, et, sous le doigt, une crépitation fine, un froissement neigeux, tels sont les signes de cette forme, plus rare que la synovite sèche, et qui cède vite ou fait place à l'épanchement.
Plus souvent, l'hygroma aigu s'entoure, à ses débuts, de phénomènes inflammatoires de grave apparence. C'est une rougeur foncée, érysipélateuse, qui se dilluse bien au delà des limites de la bourse séreuse; un gonflement et un œdème qui s'étendent à toute la nappe érythémateuse, mais dont le relief s'accuse toujours plus nettement à son centre; là, une tumeur arrondie, bien détachée en général, révèle par sa forme même la nature de la collection enkystée. Cette tumeur est fluctuante, mais souvent très étendue, et le palper circonscrit aisément ses contours ; elleproémine assez, dans nombre de cas, pour que la transparence puisse être constatée, mais le liquide est souvent trouble, la paroi trop épaisse, et le tissu sous-cutané trop infiltré (-)•
De la fièvre, des frissons, des douleurs vives qui s'irradient dans tout le membre, marquent assez souvent ce bruyant début ; très vite, en vingt-quatre heures (pielquefois, la tumeur est déjà constituée.
En dépit de ces alhu^^s, l'épanchement peut rester séreux : au bout de six à
(') Il iiesl pas jusqu'à la i)neumonie qui, d'aitrès Duval (1854), ne i)uisse réagir au loin sur les bourses séreuses : dans la convalescence de la pneumonie, il aurait observé une douleur assez constante à la région bypogaslrique, douleur qu'il localise dans une séreuse anne.'cée au tendon du grand droit : le lait mériterait vérification. Ouoi qu'il en soit, il n'est jtas rare, chez le cheval, de trouver des hydartluoses à la suite de la pneumonie.
(*) L'angioleucite n'est pas rare, dans ces hygromas aigus, et cela en dehors de toute érosion cutanée : Follin la signale, et, récemment, Fischer insiste sur ce fait, que la lymphangite et l'adénite manquent rarement. Leur signification est d'un réel intérêt (voy. Ly^nphingite, romptications aéreugeii).
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