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GANGRÈNES DANS LES FIÈVRES

Ces gangrènes devraient, comme les variétés précédentes, rentrer dans la classe des mortifications par altération artérielle; elles dérivent, en efï'et, de l'artério-sclérose, comme les sphacèles de la vieillesse, de l'alcoolisme, de la syphilis, du rhumatisme, du paludisme et de la goutte. Mais il faut distinguer : tandis que ces dernières maladies, chroniques d'allure, engendrent une endartérile elle-même chronique, les fièvres infectieuses, — fièvre typhoïde, variole, scarlatine, diphtérie, — dont l'évolution est aiguë, donnent naissance à une endartérile aiguë.

Ces gangrènes sont connues depuis longtemps. Fabrice de Hilden, Morgagni, de la Motte avaient cité des sphacèles apparus au déclin des fièvres graves; mais ces faits étaient oubliés, malgré de frappants exemples donnés par Laroque cl par Adrien Fabre, lorsque, en 1857, Bourgeois, d'Étampes ('), lut, à la Société médicale des hôpitaux, un mémoire où il exposait deux cas de mortification des membres survenus au cours d'une fièvre typhoïde ; en 1861, Gigon, d'Angoulème, publie 4 observations nouvelles; Trousseau reprend ce sujet dans les cliniques de l'Hôtel-Dieu. Aussi le fait n'était plus nié lorsque, en 1869, Hayem s'occupa de la pathogénie de cette gangrène et montra qu'elle est sous la dépendance d'une endartérite aiguë; le poison typhique exerce son action sur la membrane interne de l'artère et en provoque l'inflammation; Potain, Heubner, Yulpian, Bernheim (^), Abel Legendre (') reprennent cette question, et, à cette heure, l'origine artérielle de la gangrène, du moins dans la fièvre typhoïde, n'est plus niée par personne.

La gangrène dans le typhus, est admise au môme titre, et les observations abondent. Nous ne parlons pas ici seulement de ces eschares du sacrum, du grand trochanter et des malléoles, fréquentes aussi bien dans la fièvre typhoïde que dans le typhus et qui tiennent à des causes nombreuses, à la pression exercée par le poids du corps sur des tissus mal nourris, affaiblis par le poison typhique, irrités par l'urine ou les matières fécales dont le malade est souillé; nous avons aussi en vue la gangrène des extrémités. Hildenbrand avait noté des mortifications du nez, des pieds et des mains provoquées par le typhus. Griesenger, Gutberletz, Trousseau signalent des faits semblables; Estlander apporte à lui seul un relevé de oO observations personnelles de gangrène des extrémités, et recueillies pendant une épidémie de typhus qui régna en Finlande pendant les années 1866, 1867 et 1868.

L'influence des fièvres éruptives, rougeole, scarlatine, variole, est admise sans

(') BouRiiEois (d'Étampes), De la ganr/râne en masse des membres. In Bull, de la Soc. méd. des hopit., 18,î7.

(*) Bernheim, Gangrène et artérite dans la fièvre typhoïde. Congrès de Grenoble, 1885. (^) Abel Legendre, Thèse de Paris, 1887.

[P. RECtVSi

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