‹ Traité de chirurgieChapitre 28 sur 199 · I. INFLAMMATION ET SES CONSÉOUENCES · texte numérisé non relu

I. INFLAMMATION ET SES CONSÉOUENCES

soumis ;i la mrme alimentation malsaine, pliisienrs pinivenl échapixT à leigotisme.

Les expériences tentées depuis plus de deux siècles pour éclairer ces cpiestions de pathoprénie n'ont donné aucun résultat: nous ne savons même pas si la pénétration de l'erijot de sei^jfle dans le sanji: produit une altération de la membrane interne des vaisseaux. On a voulu l'aire de la gangrène dans Tergolisme une mortification analogue à celle de la gangrène sénile, et une artérite la provo«pu^rait. Aucune observation anatoini([ue ne vient appuyer cette assertion: Ihypollièse île Holmes est aussi précaire : l'ergot de seigle amènerait la contraction des petits vaisseaux: le calibre des artères est presque oblitéré, les réseaux péripliériipies sont comme tétanisés; si cette ischémie persiste pendant des semaines et des mois, — et c'est le cas lorsque chaipie jour on mange du pain ergoté. — la mortification survient pour cause de sang vicié et arrivant en quantité insuffisante.

La mortification ne se manileste pas d'emblée et comme premier phénomène de l'ergotisme. D'habitude, le malade éprouve une ivresse légère, puis un trouble des organes des sens, de la sensibilité de la rétine, des bourdonnements d'oreilles, de l'hyperesthésie cutanée et parfois des ci'ampes, des contractions involontaires partielles ou généralisées, car la forme convulsive de l'ergotisme précède souvent la forme gangreneuse et se mêle à ses accidents. Courhaut ('), dans sa description, montre qu'avant l'apparition des plaques de sphacèle, le malade éprouve des fourmillements, des contractions, des douleurs vives, une sensation intolérable de brûlure, ce qui valut à l'ei'gotisme le nom de « mal des ardents ». Puis la température i)lus élevée s'abaisse, la sensibilité exagérée s'émousse jusqu'à s'éteindre: les battements artériels ne sont plus perceptibles et des modifications de la peau se montrent, qui viennent déceler l'existence de la gangrène.

Au niveau du pied, car. dans l'immense majorité des cas, c'est au membre inférieur que frappe la mortification, la peau devient violette et livide: elle jaunit, brunit, se rétracte et prend les allures de la gangrène sèche; les orteils, puis le pied se momifient : le sphacèle gagne et la jambe, la cuisse, peuvent être prises jusqu'à la hanche. La partie morte ne se détache qu'avec lenteur des tissus vivants: Gruveilhier a publié le cas d'un jeune paysan recueilli à l'hôpital de Limoges et qui, pendant deux ans, marcha sur sa jambe séchée, et d'un pas délibéré, comme il l'eût fait avec une jambe de bois. Lorsque la momification est confirmée, les douleurs cessent, l'état général est bon et, si l'intoxication s'arrête, le malade guérit, conservant, comme souvenir de cette aventure, des mutilations dont les moindres sont la perte de quelque orteil.

L'étendue des désordres est variable; tout se borne parfois à l'élimination d'un ongle ou d'une phalange, mais la mortification des pieds, des jambes, n'est pas exceptionnelle, et nous avons rappelé le cas de Salerne où les deux cuisses se séparèrent au ras de la hanche. Les observations de gangrène du membre supérieur sont rares: pourtant il en existe, et Conrad Bruner, cité par Maurice Raynaud, « a vu, à Augsbourg, en 1055, un individu qui, de la sorte, perdit successivement tous les doigts de la main ». Le mort se sépare du vif, le plus souvent au niveau de la jointure, et la chute de l'eschare se fait sans hémorragie: les artères du moignon sont oblitérées, du moins dans la gangrène

(•) CouRH.\LT, Traité de l'errjot de seifjle. Clialon-sur-Saône, 1827.

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sèche, la loiiiic la plus liahiliicllc mais non la seule, cai' la f^aiif^rèiic Imniidc a été observée (iiiehiuefois. Le pronoslic esl alors j>liis ^lave el des accidents seplicéniiques peuvent enipoilei- le malade.

Nous ne saurions insister sur le Irailemenl d'une nudadie (pii n'existe |tlus. Du moment (pie Ton connaît les propriétés nociNcs du seii^le ergoté, il Inul sahsteidr d'en faire usa^e;en toid cas on changerait d'alinientalion au pi-emiei- accident : sensation d'ivresse, hypcresthésic, photophobie, l'ourmillements, contractures ou eonvidsions. Lorscpie la mortification est imminente, les frictions sèches pour rétablir la circulation, les linimenls })our apaiser les douleurs, sont indiqués. En Sologne, pays où les épidémies ont été fréquentes et meurtrières, on préconise le café à haute dose (jui, outre ses propriétés toniques, provoque la dilatation artérielle et serait un antagoniste de l'ergot de seigle. Lorsque la gangrène est confirmée, on attend la limitation spontanée du mort et du vif; rinterv(>ntion chirurgicale sera discrète.

Le doctevu- Edward Ehlers, de Copenhague, vient de publier dans les Aide- Mémoire de ï Encyclopédie Léauté, un très remarquable travail sur l'Ergotisme; nous ne saurions mieux faire que d'en donner les conclusions intégrales :

« L La maladie appelée au moyen âge ignis sacer correspond à ce que nous nommons actuellement : la gangrène. La dénomination ignis sacer, feu sacré, s'applique autant à la gangrène causée par l'intoxication par les ergots, qu'à celle occasionnée par l'embolie artérielle ou l'artério-sclérose oblitérante, c'est-àdire que celte dénomination ne correspond pas à une étiologie déterminée. — IL h'ignis sacer apparaissant sous une forme d'épidémie est appelé plus spécialement : ignis Sancti Antonii, feu Saint-Antoine, et alors il est toujours consécutif à l'intoxication par le seigle ergoté (ergotisme). ■ — IIL L'ergotisme n'est nullement une maladie disparue et nous tenons à faire observer que, dans le siècle actuel, on ne paraît pas avoir assez prêté d'attention à l'importance de l'ergotisme sporadique dans l'étiologic de certaines maladies, notamment de l'acrodynie, de la gangrène symétrique des extrémités ou maladie de Raynaud, et de l'Érythromélalgie. »

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