‹ Traité de chirurgieChapitre 36 sur 199 · LÉSIONS TRAUMATIOUES · texte numérisé non relu

LÉSIONS TRAUMATIOUES

compteraient le plus grand nombre tl accidents. On va même plus li)in, et la piqûre augmenterait de gravité selon l'organe qui fournirait la matière putride; la substance cérébrale, le parenchyme hépatique, les anses intestinales posséderaient un poison plus actif, surtout chez les herbivores; aussi les élèves des écoles vétérinaires seraient-ils plus atteints que les étudiants de nos facultés. Mais ces hypothèses manquent de sanction. L'origine de la substance putride et sa qualité n'influeraient pas sur la nature de l'accident : la maladie qui a provoqué la mort du sujet ne se transmet pas par la piqûre à l'individu blessé. Du moins, la démonstration de ce fait n'a été tentée que pour la tuberculose.

L'inoculation n'est suivie d'accidents que lorsque l'état général du blessé s'y prête. Tous les auteurs insistent sur ce point, et l'expérience de tous les analomistes Tappuie; chacun de nous a pu se faire impunément des piqûres multipliées sans jamais avoir la moindre manifestation locale ou générale ; mais si l'organisme se débilite, il devient apte à l'invasion du mal qui se déclare à la première occasion. Les fatigues, le véritable surmenage qu'entraînent, à la Faculté de Paris, les épreuves de l'ancien prosectorat, avaient sous ce rapport une réputation désastreuse; il n'était guère de concours où l'un au moins des candidats ne fût atteint de quelqu'un des accidents graves dus aux piqûres anatomiques. Paget, qui insiste sur les déchéances organiques capables de rendre nos tissus plus susceptibles à l'empoisonnement, dit qu'il doit exister chez le blessé « un engrais propre au développement du virus ».

On a prétendu qu'une première inoculation peut, comme la vaccine, conférer l'immunité; cette opinion est insoutenable; mais celle de Rochard, pour qui la réceptivité augmente avec le nombre des infections, n'est pas plus exacte. On admettait que la fréquentation des salles d'autopsie et de dissection crée une accoutumance, et que les préparateurs d'anatomie et les garçons d'amphithéâtre sont moins atteints; ils s'habitueraient, dit Paget, au contact du poison comme la peau aux piqûres des insectes. Symes Thompson affirme que cette résistance se perd vite et, qu'au bout de peu de temps, reparaît la susceptibilité à l'infection. Le nombre des observations que chaque auteur apporte à la défense de sa thèse est trop restreint pour permettre de conclure.

On est plus ignorant encore sur le mécanisme de l'empoisonnement, et plusieurs théories sont en présence : les substances putrides peuvent agir à la manière des poisons ou à la manière des virus. La première opinion, la plus ancienne, avait été à peu près abandonnée lors de la vulgarisation des découvertes bactériologiques; les recherches du professeur Gautier sont venues lui prêter quelque appui. On a isolé, dans les tissus du cadavre, des alcaloïdes, des ptomaïnes d'une toxicité redoutable, et dont l'inoculation peut produire de graves accidents. L'organisme vivant, même à l'état sain, mais surtout lorsqu'il est en proie à quelque perturbation violente, fabrique aussi des alcaloïdes, les leucomaïnes douées de propriétés analogues. Ne seraient-ce pas elles dont l'absorption provoquerait les accidents des piqûres anatomiques?

D'après la théorie du virus, des micro-organismes sont introduits sous les téguments, et leur pullulation y provoque des accidents. La piqûre anatomique ne mériterait plus sa place parmi les plaies empoisonnées, et c'est avec les plaies virulentes qu'il faudrait l'étudier. Cette théorie paraît plausible; elle s'accorde mieux avec la clinique que celle de l'empoisonnement par les ptomaïnes ; il est exceptionnel, en effet, qu'après la piqûre, les accidents soient soudains comme ils devraient lêtre après la pénétration d'un alcaloïde. Tout au plus pourrait-on

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<lire(ni(\ panui les affections si diverses groiii)ées sous un même litre, la plupaiL proviendraient de la pénétration dans l'organisme des bactéries produits de la pulrélaetion cadavérique, tandis que quehpies-unes seraient le résultat d'un empoisonnement par les ptomaïnes.

Symptômes. — Les accidents engendrés par les piciùres anatomiques peuvent être divisés en trois groupes : au premier correspond une manifestation locale, à marche chronique, le tubercule anatomiciue; dans le deuxième, on range des désordres aigus parfois locaux, mais qui peuvent se propager aux parties voisines et s'accompagner de symptômes généraux inquiétants; dans le troisième enfin, nous trouvons les intoxications générales d'emblée, sans phénomènes marqués au point d'inoculation.

a. Le tubercule anatomique se présente sous forme d'une nodosité saillante, rugueuse, grisâtre et recouverte d'une couche cornée; elle rappelle une verrue de la face dorsale des doigts et du poignet où on la rencontre d'habitude; au centre de la tumeur, du volume d'un pois et qui ne dépasse guère une noisette, on trouve, en écartant les papilles, un petit foyer de suppuration qui se vide et qui se remplit h intervalles irréguliers. Cornil et Ranvier ont observé, dans l'épaisseur du derme, une infiltration de microcoques, de diplocoques et de chaînettes, mais jamais les bacilles de Koch ; Verchère, Merklen y en auraient rencontré, et Verneuil, Besnier et Vidal ont publié des observations qui plaident en faveur de la nature tuberculeuse de la nodosité. A la suite d'une inoculation dans une pyo-salpingite tuberculeuse, nous avons vu apparaître sur l'index droit une tumeur développée, au point d'inoculation; opérée au bout de six mois, elle était constituée par un noyau caséeux du volume d'un pois.

Le tubercule anatomique se développe à la suite d'une piqûre; une pustule se forme, puis crève et laisse une ulcération rouge bientôt recouverte d'une croûte épidermique; les cellules cornées s'amassent et englobent les papilles hypertrophiées; autour de la nodosité principale se forment de petites saillies secondaires, et ces satellites s'agglomèrent à la première tumeur. Elle s'accroît lentement, sans douleur, et reste stalionnaire lorsqu'elle atteint la grosseur d'un pois ; elle disparaît parfois si l'état général du patient s'améliore, s'il ne soumet plus ses mains à de nouvelles causes d'irritation. Mais d'ordinaire, elle persiste, et, pour s'en débarrasser, il faut avoir recours au thermocautère. Si l'hypothèse qu'il s'agit d'un foyer bacillaire est exacte, le platine rougi a l'avantage de ne pas exposer aux auto-inoculations.

h. Les accidents aigus peuvent être locaux : ils consistent en une simple pustule; au niveau de la piqûre existe un point d'un rouge foncé entouré d'une auréole inflammatoire, où la douleur est vive et où se font sentir des battements ; puis du pus soulève l'épiderme qui se rompt et les accidents peuvent tourner court; mais une pustule nouvelle se reforme parfois; d'autres s'ajoutent à la première, et l'on observe une éruption abondante à la face dorsale du doigt et de la main. Dans certains cas, l'accident local rappelle une toiirniole, avec son épidémie soulevé par du pus qui décolle l'ongle ; Tinflammation devient chronique, fongueuse, c'est un véritable onyxis. Enfin, elle est plus vive, et l'on a un panaris superficiel ou profond.

Le mal ne se localise pas toujours : il gagne le doigt le long duquel se dessinent les lignes rouges d'une angioleucite tronculaire; lorsque les réseaux sont atteints, la coloration est violacée et diffuse. Puis la lymphangite envahit l'avant-

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bras el \c bras; k^s ganglions onflammôs se tuméfient dans l'aisselle. Une telle poussée s'accompagne de symptômes généraux, malaises, céphalalgie, frissons erratiques, fièvre, qui cessent lorsque la résolution s'est faite et qu'un abcès s'est ouvert. Mais il n'en est pas toujours ainsi : un érysipèle phlegmoneux, une suppuration dilfuse, des mortifications étendues peuvent frapper la région au milieu de phénomènes adynamiques qui emportent souvent le malade. On a signalé des œdèmes à développement rapide qui, sans rougeur, sans chaleur exagérée, sans douleur vive, s'abattent successivement sur plusieurs régions puis disparaissent en quelques jours.

c. L'itifectioi générale tremblée sans réaction au niveau de la piqûre est un accident rare. Brusquement, quelques heures tout au plus après la blessure, un frisson violent éclate: la céphalalgie est intense: il y a des nausées, des vomissements, une diarrhée coliquative, de l'oppression ; l'anxiété est extrême, le cœur est mou, le pouls précipité, le délire se montre et le malade peut être emporté en moins d'un jour sans qu'au niveau de la petite plaie on constate autre chose quun peu de rougeur. Dans certains cas, le mal prend les allures d'une infection purulente, avec ses abcès viscéraux, ses hémorragies secondaires, ses arthrites et ses éruptions scarlatiniformes. On cite des faits où l'infection, à début redoutable, s'est arrêté net, tandis que se développait une inflammation locale : ainsi pour Grisolle, chez qui les accidents ataxo-adynamiques cédèrent lorsque apparut un léger érysipèle de l'épaule.

Traitement. — Les règles prophylactiques se posent d'elles-mêmes : ne pas se piquer au cours des dissections, ne pas disséquer lorsqu'il existe sur la main quelque écorchure, le moindre soulèvement épidermique, et surtout ne livrer aux anatomistes que des sujets injectés avec des substances antiseptiques. Cette précaution ne peut être prise lorsqu'il s'agit d'une autopsie. Dans ce cas, dès que la piqûre est faite, on Télargit avec un bistouri flambé ; le sang s'écoule et entraîne avec lui les substances septiques; un lavage sous forte pression aide à les expulser: la pression avec les doigts, la succion avec les lèvres rendent aussi des services. Mais si, après l'emploi de ces moyens, on éprouve quelque inquiétude, la cautérisation est indiquée : pour qu'elle ait de la valeur, on devra l'appliquer dès le premier moment : le thermocautère, les caustiques liquides, l'acide nitrique, le nitrate acide de mercure sont conseillés.

2" PLAIES EXVEXIMÊES

Les plaies envenimées empruntent leur physionomie au dépôt fait dans la blessure, par la dent ou le dard de l'animal vulnérant, d'une sécrétion spéciale qu'on appelle venin. — Ces plaies sont fréquentes et dangereuses dans les pays intertropicaux: les animaux à venin y abondent, et leur poison y est plus actif; r Inde seule, dit-on, compte une moyenne annuelle de près de vingt mille victimes des serpents. En France, on n'a guère observé d'accidents graves qu'à la suite des morsures de la vipère : celle-ci, avec le scorpion, les abeilles, les frelons et les guêpes, pour ne point parler ici des puces, des punaises et des moustiques, est munie à la fois des glandes "pour sécréter un liquide délétère, et de dents ou d'aiguillons capables de forcer nos tissus et d'y déposer un liquide.

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Los abi'iUc^, les frchDt,^, los f/iièpcs possrdcnl un iiif^uillon dont le canal est formé par la juxtaposition de doux demi-cylindres; il verse dans la plaie le venin que renlerme une vésicule contractile située à la base du dard. Ces piqûres produisent une douleur vive; puis surviennent de la rougeur, de la tuméfaction; parfois, mais rarement, une inflammation, et l'on a signalé des phlegmons et des points gangreneux dont l'aiguillon resté dans la plaie paraissait être le centre; encore les individus atteints étaient-ils sans doute prédisposés à ces complications par quelque dyscrasie. Lorsqu'un grand nombre d'insectes se sont jetés sur le mémo individu, la mort peut être la conséquence de la multiplicité des piqûres, et çà et là, dans les recueils, on en cite quelques exemples authentiques. Le traitement consiste à enlever délicatement l'aiguillon, s'il est tiché dans les chairs, tout en ayant soin de ne pas comprimer la poche à venin, adhérente au dard et qui pourrait se vider dans la plaie ; puis à lotionner avec de l'alcool étendu, de l'ammoniaque, et surtout du pétrole qui arrêterait les douleurs. Les applications de cocaïne à 5 pour 100 apaisent la cuisson que provoquent les piqûres de moustiques et empêchent le gonflement.

Le scorpion, qui abonde dans le midi de la France, surtout en Provence, porte, à son extrémité caudale, un dard canaliculé à la base duquel on trouve les glandules à venin. Pour atteindre son ennemi, l'animal relève la queue, la replie au-dessus de sa tête et frappe en avant. Chez nous, sa piqûre ne détermine que des accidents locaux et les phénomènes généraux que l'on note parfois sont dus plutôt à la terreur. Le préjugé veut que, pour éviter tout danger, on écrase sur la morsure la tête du scorpion: la réussite constante de ce moyen prouve le peu d'énergie du venin.

La vipère seule fait, dans nos climats, des morsures qui provoquent des accidents graves et même la mort. Aussi étudierons-nous cette blessure. Les travaux ne manquent pas sur le sujet : citons parmi les plus importants :

FoNTANA, Traité sur le venin de la vip6re, etc. Florence, 1781. — Pallet, Observation sur la vipère de Fontainebleau, etc. Fontainebleau, 1805. — Weir-Mitchell, Researches upon the venom of the rattlesnake. Washington, 1861. — Guvon, Dangers de la piqûre du grand scorpion du nord de l'Afrique. In Gaz. des hnpilnux, p. 403, 1864. — Boullet, Étude sur la morsure de la vipère. Thèse de Paris, 1807. — Vulpian, Sur l'action du venin du cobra di capello. In Arch. de pliys. norm. et pathol., t. II, p. \1ô, 1809. — O. Saint- Vel, De la prétendue action de l'ammoniaque dans les plaies envenimées. In Gaz. hebdom.. p. 556, 1874. — Fayrer, On the nature of snake poison, etc. In TIte Lancet, t. I, p. 195, 1884. — Viaud-Graxd-Marais, art. Serpents venimeux. In Dict. encycl. des sr. mcd., 5= série, t. IX, p. 587, 1881. — Forgue et Reclus, Traité de thérapeutique cliir., 2° éd., 1896.

On connaît, en Europe, trois vipères, Yaspic, la péliade et Vammodyte : leur appareil à venin se compose de deux dents creusées d'un petit canal par où s'écoule le poison que sécrètent deux glandes situées à leur base. Lorsque l'animal ouvre la bouche pour mordre, leurs deux crochets se relèvent, pénètrent perpendiculairement dans les tissus, et les deux poches à venin, comprimées par les muscles masticateurs, déversent leur contenu dans le foyer traumati({ue.

Le venin, identique dans les trois variétés, est une substance presque incolore, un peu jaunâtre et qui ressemble à une solution gommeuse ; il est inodore, insipide; chaque glande, chez un aspic de forte taille, en renferme 7 centigrammes environ, chez la péliade, 5; encore une partie seulement est-elle, à chaque morsure, déposée dans la plaie : disons, comme terme de comparaison,

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LESIONS TRALMATIOUES.

que d'après ^^'ei^ Milcholl. un crotale possède U'',50 de venin, el (|iril en laisse 15 à 20 centigrammes dans chaque blessure. Le microscope y monlre (pielques cellules épithéliales détachées des culs-de-sac sécréteurs, mais on n'y trouve aucune bacléi-ie: l'analyse chimique décèle, au milieu d'albumine, de mucus, d'une matière colorante et d'une matière grasse, un principe albumineux analogue à la plyaline: Lucien Bonaparte, qui l'a découverte, la nomme vipérine: les analyses du venin des autres serpents donnent des résultats semblables : la substance active est à peu près la même dans tous; aussi vipérine, crotaline. napine, devraient -elles être réunies sous le nom générique dVr//K/»rt^c-s.

Les échidnases sont des ferments solubles comme la ptyaline dont elles diffèrent par leur défaut d'action sur les solutions amidonnées. Toutes sont des poisons pour les vertébrés, qu'elles frappent d'autant plus sûrement si l'animal a le sang chaud : les oiseaux sont plus susceptibles que les mammifères, les

FiG. 20. — Tète de vipère.

FiG. 27. — Appareil venimeu.x des serpents a, crochets. — b, glande à venin. — c. muscle temporal.

reptiles et les batraciens : les invertébrés et les végétaux n'en ressentent pas l'action toxique. Fonlana, Guyon et Viaud-Grand-Marais, à qui nous empruntons ces détails, ont démontré « que le venin d'un serpent n'agit, ni sur le reptile qui le produit, ni sur les animaux de même espèce ». Et Fontana a pu dire : « Le venin des serpents n'en est pas un pour l'espèce qui le fournit », loi qu'on a complétée ainsi : « ni même pour des serpents dune autre espèce ». Ajoutons que les échidnases mises au contact des tissus morts n'y produisent aucune modification: que les barrières épithéliales les arrêtent; aussi introduites dans le tube digestif intact, elles sont sans influence: il faut une écorchure qui en permette la pénétration dans les réseaux sanguins.

Symptômes. — La morsure des serpents et de nos vipères, en particulier, ne produit qu'une légère douleur, même si l'animal attaque avec assez de force pour laisser ses crochets dans la blessure; celle-ci consiste en deux empreintes, deux trous par où s'écoule à peine une gouttelette de sang. Mais, bientôt, la région se tuméfie el l'on voit une auréole violacée s'étendre et envahir les lames du tissu cellulaire: elle peut gagner les replis aryténo-épiglottiques et provoquer des phénomènes d'asphyxie: ce faux œdème, dû à l'infiltration du plasma sanguin, à de véritables hémorragies interstitielles, s'accompagne d'une tension pénible, de souffrances vives. Déjà, le membre est engourdi, la température s'y abaisse; des taches livides, rouges, violacées, noirâtres, se montrent d'abord près du foyer envenimé, puis au loin, lorsque l'empoisonnement est grave.

Les symptômes généraux s'accusent; nausées incessantes, vomissements alimentaires, puis bilieux et sanguinolents, tranchées, selles diarrhéiques, ictère; parfois des hémorragies se font à la surface de certaines muqueuses.

[p flrcLtrs]

PLAIi:s lilMPOISONNÉKS. l'25

Une sueur visqueuse et IVoide recouvre le corps; le pouls se dcprinie, la respiration semharrassc, les poumons s'engorgent, la prostration est extrt^me; il y a des lypolhyinies. ou, dans certains cas exceptionnels, des crampes, des mouvements convulsiis, du délire, et la mort ne tarde pas. Ce lahleau correspond surtout aux empoisonnements suraigus consécutils aux morsures de serpents des tropiques qui peuvent tuer en quelques minutes ou en quelques heures. — • Les accidents revêtent parfois une forme chronique : après un épisode aigu de peu de gravité, la guérison semble assurée, mais tantôt, à des intervalles éloignés, et tantôt d'une manière périodique, surviennent des douleurs, des phénomènes gastriques; la force ne reparaît pas; les fonctions faiblissent, la température s'abaisse, les muqueuses sont pâles, les gencives fongueuses, la peau est subictériquc et une vieillesse prématurée s'abat sur l'envenimé. Des troubles cérébraux se montrent, ou des lésions particulières, ulcères rebelles, atrophies, suppurations intarissal)les, ou bien le malade est emporté tout à coup, au bout d'un temps souvent long et qui peut dépasser deux ans.

On ne meurt pas ainsi au hasard et l'intensité des accidents est sous la dépendance de certaines conditions : d'abord, la gravité de la blessure est en raison directe de la quantité du poison versé dans la plaie. En France, les vipères les plus grosses et les plus vieilles, celles qui n'ont pas mordu depuis longtemps et qui ont des réserves de venin dans leurs glandes, font les piqûres les plus redoutables. On ajoute que le venin est plus actif en été et au moment du rut. Mais le blessé a aussi son rôle : les enfants résistent moins que les adultes et les vieillards; les faibles que les vigoureux, les peureux que les braves; les régions vasculaires nïal protégées par les vêtements, se prêtent mieux à l'envenimation; on a invoqué, pour certains individus, une immunité particulière, mais rien n'est moins démontré. En tout cas, et si nous prenons les observations en bloc, on voit, d'après une statistique dressée par Viaud-Grand-Marais, que, sur 565 faits de morsures, la mort est survenue 65 fois. Il est vrai qu'ailleurs il nous dit : « En Vendée, la mortalité par la vipère-aspic, enfants compris, est de 1/25; celle due aux péliades est bien inférieure, tandis que ce qui a été dit de l'aspic s'applique à l'ammodyte ». D'après Terrier, elle ne serait même que de 1/50 ou 1/60.

Traitement. — Le traitement classique consiste à placer sur le membre, au-dessus de la plaie une ligature énergique qui s'oppose à la circulation du sang, condition nécessaire à l'absorption du venin dans le foyer traumatique. On lave la blessure, on la comprime pour enlever et chasser la plus grande quantité possible de poison; si l'orifice trop étroit s'oppose à l'écoulement des liquides, on le débride. Une ventouse attirerait la substance délétère hors de la piqûre; à son défaut, on pratiquera la succion, sans danger, pourvu qu'il n'existe pas d'érosion sur les lèvres et dans la bouche. Des observations anciennes et des expériences nombreuses ont prouvé que la peau et les muqueuses intactes n'absorbent pas les venins : pour pénétrer dans les vaisseaux, ils doivent être déposés sous l'épiderme et sous l'épithélium. La ligature temporaire du membre, continue, ou interrompue pour permettre l'absorption fractionnée du venin déposé dans les tissus, la succion de la plaie ne dispenseront pas de la cautérisation qui détruira les premières couches des tissus déjà imprégnés de poison. On aura recours au fer rouge, au couteau du thermocautère, à la potasse, à l'acide phéniquc et à la teinture d'iode.

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12J LÉSIONS TUAUMATIOLES.

Calmellc (') a fait, sur ce point, une élude neuve et complète. De Lacercla avait recommandé le permang^anate de potasse comme le meilleur neutralisant du venin des serpents. Mais — injecté au 1 100 à la dose de dix à douze sering:ues de Pravaz — il n'est actif (luà la condition d'être employé en même temps que l'inoculation venimeuse. Nous disposons de plus énergiques antidotes. Tels les hypochlorites alcalins, essayés par Calmetle : chez des animaux avant reçu une dose de venin mortelle en moins de deux heures, Calmette a vu Tenvenimation empêchée par l'injection pratiquée dans les vingt premières minutes: au delà de vingt minutes, et jusqu'à une demi-heure, Tintervention est souvent suivie de guérison. Or, chez l'homme, il est rare que la morsure des plus dangereux serpents soit mortelle à si bref délai. Le chlorure de chaux solide, purifié, est surtout recommandable : Calmette Ta employé en solution au 1/112, étendue de 5 ou 5 parties d'eau bouillie; on peut en injecter, sans tlouleurs ni eschares, 10 à 50 centimètres cubes sous la peau du lapin : pour l'homme. Calmette recommande la dose moyenne de 20 à 50 centimètres cubes. L'injection doit être faite en piqûres disséminées autour du lieu d'inoculation jusqu'à une grande distance. La ligature d'attente sera enlevée dès que les injections auront été pratiquées, et on lavera la plaie avec une solution concentrée dhypochlorite de chaux ou de soude. Il est important de soutenir, par des injections de caféine, de spartéine, l'énergie cardiaque du blessé.

Rodgson (-) a publié l'observation d'un malade qu'un serpent de 2 pieds de long avait mordu à l'index gauche. Une ligature avait été appliquée autour de la base du doigt et la plaie bien sucée. Avec une solution fraîche de chlorure de chaux à 1 pour 60, on injecta 20 gouttes dans le doigt, le dessus de la main et la partie antérieure du poignet; puis 100 gouttes dans le bras, 60 gouttes dans le mollet droit et 80 gouttes dans la cuisse droite. Les injections provoquèrent de vives douleurs, mais le blessé guérit. Mackensie (^) a fait part d'un nouveau succès à l'assemblée annuelle de l'Association médicale de ^'ictoria. Le patient avait été mordu au troisième doigt de la main gauche par un serpent-tigre. Une ligature avait été appliquée à la base du doigt dix secondes après la morsure, mais au bout de dix minutes elle avait provoqué un gonflement si considérable que le patient l'avait enlevée. Presque aussitôt il s'alîaissa. Une heure après la morsure, avec une solution de chlorure de chaux à 1 pour 12, on commença les injections : 50 gouttes dans la jambe gauche, 50 gouttes dans le bras droit, puis successivement 25 injections dans diverses parties du corps. Les injections ne furent suivies d'aucun accident local et le malade se rétablit. Mais les récentes expériences de Phisalix et Bertrand semblent établir, contradictoirement à celles de Calmette, que Ihypochlorite de calcium protège l'organisme par son action locale, par la destruction sur place du venin et non en provoquant la formation d'une substance antitoxique ou en pénétrant dans la circulation pour y neutraliser le venin. On en devrait conclure, au point de vue pratique, « que les injections de chlorure de chaux, faites en d'autres points que celui de la morsure, n'ayant aucune action immunisantes, doivent être évitées ».

(*) Calmette, Étude expérimentale du venin du naja tripudians. In Arch. de méd. navale et coloniale, mars 1892. — Contribution à l'étude du venin des serpents. In Annales de l'Institut Pasteur, 25 mai 1894.

(*) Rodgson, Auslralian med. Journal, décembre 1894.

(*) Mackensie, The Lancet, 9 février 1895.

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Dans ravonir, le trailomonl l\o choix de renvenimalion consistera dans les injections de sérum immunisant. L'étude expérimentale est concluante. L(; sérum des animaux immunisés contre les venins de serpent possède des propriétés antitoxicpies semhlables î\ celles que Behring, Roux et ^'aillard ont constatées chez les immunisés contre la diphtérie et le tétanos : les recherches de Galmette, de Bertrand et Phisalix établissent qu'il est préventif et thérapeutique. Une série de lapins est inoculée avec une dose de venin de cobra, mortelle en trois ou quatre heures : les lapins qui reçoivent 5 centimètres cubes de sérum une demi-heure, trois quarts d'heure après le venin, résistent tous; ceux traités entre une heure et une heure et demie après l'inoculation résistent dans la proportion de 12 sur o; ceux qui reçoivent 8 centimètres cubes une heure et demie après l'envenimation guérissent. Avec des doses plus considérables de sérums plus actifs cette limite de temps pourra être reculée. Il s'agit donc de préparer ce sérum; le jour où cette difficulté aura été vaincue, la sérothérapie de l'envenimation deviendra courante. Fraser (') est parvenu à fabriquer en grand le sérum antivenimeux : le gouvernement des Indes a mis à sa disposition une quantité suffisante de venin pour immuniser un cheval. Une grande quantité de ce sérum — deux fois plus actif que le sérum de lapins — a été expédié aux Indes, soit sous forme de liquide, soit à l'état sec.

Elles diffèrent des plaies envenimées en ce que le poison de celles-ci s'épuise dans nos tissus où il a produit ses effets délétères, tandis que le virus de celleslà se renouvelle indéfiniment dans l'organisme. — Les travaux de Pasteur ont prouvé qu'il faut assimiler les virus aux ferments, êtres microscopiques, germes pathogènes, parasites, microbes, dont les innombrables générations se succèdent et s'accumulent dès qu'elles trouvent un sol où se nourrir.

Le cadre des maladies virulentes s'agrandit chaque jour : il y a quinze ans à peine, on n'y mettait guère que la rage, la morve, la syphilis, le charbon; maintenant on y fait entrer une foule de maladies, la tuberculose, l'érysipèle, le tétanos, les septicémies, toutes les inflammations. La piqûre des tissus, leur simple excoriation et l'insertion sous la peau des microbes particuliers à chacune de ces affections, sont les conditions sans lesquelles elles ne sauraient se développer, si, du moins, le terrain n'a été rendu infertile par quelque cause souvent indéterminée : mais, si le sol s'y prête, l'organisme atteint devient lui-même un foyer d'infection, et c'est ainsi que se perpétuent les maladies virulentes, incapables d'une apparition spontanée.

On voit combien s'est élargi le domaine des plaies virulentes. Nous ne saurions les étudier à cette place : les unes, telles que la rage et la morve, sont considérées comme du domaine de la médecine; d'autres, telles que la piqûre anatomique, ont été décrites; d'autres enfin, telles que le charbon, l'érysipèle, le tétanos, les septicémies, les lymphangites, certaines manifestations de la tuberculose et de la syphilis, seront étudiées ailleurs, et c'est ainsi que se trouve disséminé le chapitre le plus important de la pathologie générale.

(•) Fraser, The Lancet, 0 et 13 juin 1895.

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128 LÉSIONS TllAUMATIQUES,

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