‹ Traité de chirurgieChapitre 6 sur 199 · L'INFLAMMATION ET SES CONSÉOUENCES · texte numérisé non relu

L'INFLAMMATION ET SES CONSÉOUENCES

malies: Strickor et Recklinghausen avaient déjà signalé la diapédèso dos globules rouges.

On ne connaît point, dune façon indiscutable, le mécanisme tle celle exlravasation des éléments figurés du sang : toutes les hypothèses ont été avancées. Zimmermann avait imaginé une altération des parois vasculaires, une sorte de destruction] locale olîVant une brèche aux globules; 0. W'eber, Marshall Hall et Kiiss admettaient une i'riabilité particulière, une modification de texture: Virchow pense à des troubles de nutrition des réseaux capillaires. Et, de fait, la diapédèse se montre plus active, l'issue des leucocytes plus abondante lorsque lendothélium des vaisseaux est altéré: on constate même une migration des hématies pour l'exode desquelles on ne saurait invoquer que des théories mécaniques : la pression du sang, par exemple, jointe à quelque ouverture artificielle ou naturelle des parois vasculaires, les globules rouges n'étant pas, comme les blancs, doués de mouvement amiboïdes.

La théorie d'Arnold (') est une des plus généralement admises. Pour lui. les globules blancs, se traînant le long des parois dans la zone plasmalique immobile, sarrétenl et envoient un prolongement qui sinsinuc dans l'interstice • ellulaire, peu à peu élargi sous l'effort des mouvements amiboïdes des leucocytes: ainsi se forment de véritables stomates, d'autant plus facilement creusés que. d'après Stricker. lirritation des tissus a déjà atteint un réseau capillaire aux cellules endothéliales gorgées d'un protoplasme jeune, mou. aisément forcé par les globules blancs. Mais, dit Maurice Letulle d'après Cohnheim, « s'il s'agissait d'orifices aussi grossiers à travers lesquels les corpuscules du sang passent, comment et pourquoi ce plasma sanguin ne transsude-t-il pas le premier, bien plus aisément que les éléments histologiques? Or le liquide des transsudats inflammatoires n'est nullement le plasma sanguin et, abstraction faite de la fibrine qu'ils contiennent, ce n'est même pas du sérum » et les exsudations interstitielles proviennent non d'un passage direct, mais d'une filtration à travers les vaisseaux dont les parois ont subi des modifications profondes. Aussi Thoma (*) voudrait ramener la diapédèse à des phénomènes purement physiques : la pression sanguine, la viscosité, l'adhésion des FiG. 2. — Sfomntps leucocytes, la capillarité intercellulaire, les modifications d'après AiiiuM. chimiques subies par les parois des vaisseaux joueraient le principal rôle et non, comme on le croyait naguère, les mouvements amiboïdes des globules blancs dont le proloplasma resterait passif pendant sa migration pariétale.

La diapédèse. d'après Cohnheim, serait le fait capital de l'inflammation, même dans les tissus non vasculaires, et de célèbres expériences le démontrent : lorsque, chez une grenouille, on cautérise le centre de la cornée, les éléments anatomiques subissent, il est vrai, quelques modifications sur le point irrité, mais les altérations véritables se produisent de la périphérie vers le centre : les cellules amiboïdes quittent les vaisseaux de la sclérotique, pénètrent dans les canalicules plasmatiques de la cornée qui s'opacifie sous l'infiltration de plus

(•) Arnold, Virch. Arch.. LXVI. 1876.

(*) Thoma, Ueber die Entzundimg . In Berl. klin. Wochenscftrift.

[P RECLUS

en plus rpjiisse dos leucocvles ; ils molhMil trois jours à alloindi-c le foyor do la K'siou priiuilivr. Kl la preuve est certaine (ju'il s'aji^it de g-lobules blancs issus du réseau vasculaire voisin; en elïVI, si, par un artifice bien connu en physiologie expérimentale, on chaîne de cinabre ou de carmin les leucocytes du sang de la grenouille, les éléments migrateurs trouvés dans la cornée contiennent des particules colorées. Enfin, si l'on remplace le sang de la grenouille par une solution incolore de chlorure de sodium, aucune opacité ne se produit dans la cornée irritée, qui reste transparente.

Pour Cohnheim, donc, tous les éléments de l'exsudat inflammatoire ont le sang pour origine; les cellules embryonnaires qui encombrent le foyer ne seraient que des leucocytes émigrés des vaisseaux. Nous sommes loin de cette théorie de Virchow (') qui, il y a quinze ans, régnait sans partage; d'après elle, l'agent inflammatoire irrite les cellules du tissu conjonctif, qui réagit en proliférant : leur multiplication indéfinie forme ces amas d'éléments dont les uns s'organisent en trames nouvelles, dont les autres donnent naissance aux pyocytes ou globules de pus. Les réseaux vasçulaires ne se dilatent, le sang ne stagne que pour fournir aux cellules en voie de segmentation les matériaux nutritifs nécessaires à leur accroissement et à leur genèse. Cette doctrine a vécu, pourtant sans sombrer tout entière; divers auteurs affirment que les globules blancs émigrés ne représentent pas la totalité des éléments embryonnaires de l'exsudat inflammatoire ; ils ont vu les cellules fixes du tissu conjonctif, celles de la cornée, du derme, des tendons, les endothéliums engendrer des éléments doués de mouvements amiboïdes, et en tout semblables à ceux qui sortent des vaisseaux. Le « choc inflammatoire », comme dit Letulle, provoque la perturbation nutritive de tous les éléments cellulaires et le triple groupe des cellules connectives, des cellules endothéliales et des cellules blanches, l'ensemble de cet « arsenal cellulaire » va coopérer, en proportions variables, aux phénomènes successifs dont le foyer morbide est devenu le théâtre; tous les éléments constitutifs du tissu conjonctivo-vasculaire prennent part à la formation des cellules purulentes.

Dans la théorie de Cohnheim commedans celle de Virchow, l'apparition des éléments embryonnaires et l'exsudat inflammatoire ont pour origine l'irritation des tissus. L'agent irritant varie à l'infini : c'est le chaud, c'est le froid, c'est un traumatisme ou l'introduction d'un corps étranger. Les découvertes de Pasteur, celles de Rosenbach, de Kocher, de Koch, de Cheyne, d'Ogston, de Straus ont précisé les termes du problème et montré que, dans l'immense majorité des cas, l'inflammation est causée par la pénétration dans l'organisme de microparasites pathogènes : en examinant au microscope l'exsudat du foyer enflammé ou la collection purulente qui lui succède, on les trouve peuplés de bactéries; or, si l'on isole ces germes, si on les cultive et si on les inocule à un animal, on provoque, au point d'insertion des microbes, une phlegmasie semblable à celle qui détermine l'exsudat primitif : la question est maintenant résolue, et les expériences de Roser, celles de Socin et de Carré ont mis hors de doute l'origine microbienne des phlogoses chirurgicales. Un foyer de suppuralion n'est, en définitive, « qu'une maladie infectieuse localisée ».

Les microbes (*) pyogènes sont nombreux; on les divise en deux catégories,

(') Virchow, Pathologie cellulaire, Z' édit., 1862.

(*) Maurice Letulle, Pus et suppuration, p. 82 et suivantes.

[P. reclus:]

8 L'INFLAMMATIOiN ET SES CONSÉOUENCES.

suivant qirils sont (icridcnU'IleiDOit ovi iKibilucllcinoit pyogèncs. Los prcniiors. pour avoir une importance moindre que les seconds, méritent cependant (Pèlre sig^nalés : le Bacterium culi commune ou bacille d'Escherich, dont l'importance liallioi^énicpie croît tous les jours, habite à Tétat normal, dans le tube digestit', liepuis notre naissance jusqu'à notre mort; il semble prendre diverses formes et n'est autre que la bactérie pyogène urinaire de Clado et Albarran et le bacille dysentérique de Chantemesse et Widal. On le rencontre dans les suppurations de lappendice. dans certaines péritonites aiguës, dans les cystites et les néphrites, les intlammations du tube digestif, dans les angiocholitcs et dans nombre de collections j^urulentes, quel que soit leur siège, mais surtout dans celles qui s'amassent autour des intestins. A côté se range le bacille tijpJdque

FiG. 5. — Bacille d'Eberlh dans la raie.

FiG. 4. — Bacille d'Eberlh (culture).

OU bacille dEberth. qui présente avec le précédent beaucoup de caractères communs. Chez l'homme, il devient pyogène lorsqu'il quitte l'appareil digestif et ses annexes lymphoïdes — rate et ganglions mésentériques; on le rencontrerail dans certaines collections des plèvres, des méninges et du péritoine, dans les ostéopériostites et dans les arthrites consécutives à la fièvre typhoïde.

Le pneumocoque, bacille de Pasteur-Talamon-Frankel, tient aussi une large place dans ces suppurations accidentelles. Il semble devenir pyogène lorsqu'il quitte les voies respiratoires et on l'a trouvé comme agent virulent dans des pleurésies, des méningites et des péritonites aiguës, dans des otites, des parotidiles et des Ihyroïdiles suppurées, dans des phlegmons épars dans tous les tissus. « Après les microbes pyogènes habituels, la maladie pneumococcique, écrit Lelulle, dispute au Bacterium coli la première place dans la pathogénie des suppurations humaines. » Le Pneumo-bacille encapsulé de Friedlânder provoquerait des pneumonies et des pleurésies suppurées; le Micrococcus tetragenusi ticplicus aurait été rencontré dans les mammites, les adénites de l'aisselle et des adéno-phlegmons • dentaires. On signale certains champignons saprophytes tels que le Mucor cary mbi fer, VAspergillus fumigatus, et, d'après Grasset, VOidium albicans pourrait provoquer la suppuration dans certains états de virulence anormale. Enfin, pour terminer la série des microbes « accidentellement » pyogènes, nous signalerons le bacille de Koch, dont la suppuration nécrosante

[P. RECLUS

et casi'ilianU' osl si souvonl oltsrrvro dans les abcès lubcrculcux des pailios molles et des os. la psendo-tuherculose zoogléiquc de Malassezct Vaclinounjcète, tjiii aiironl des (■liai)itres s|)é('iaux au cours de cet ouvra^^e.

La classe des microbes linhilucllnuotl pyogt^nes couiprend un grand nombre

FiG. 5. — Pneumocoque.

n, microbes dans les crachats pneumoniques. b, pneumocoques en culture dans le sang du lapin

FiG. G. — Bacille de la tuberculose.

A et B. crachats de phtisiques. — C, culture.

de variétés dont les plus importantes sont le streptocoque et le staphylocoque. Le streptocoque peut revêtir plusieurs aspects et ses difïérentes formes avaient fait croire à des espèces ditférentes. INIaintenant son unité paraît acquise et

FiG. 7. — Streptocoque pj'ogène.

FiG. 8. - Staphylocoque pyogène doré (culture pure).

ridentité du streptocoque de l'érysipèle, de celui du puerpérisme infectieux et du streptocoque banal des suppurations phlegmoneuses est établie. Il est constitué par une série de grains arrondis quelquefois inégaux et rangés en chaînettes d'une longueur variable. C'est un aérobie facultatif qui ne liquéfie pas la gélatine et qui cultive bien dans les difTérents milieux. Son rôle patho-

lu

Page 1