I.INFLAMMATIOX FT SES CONSÉOUENCES
FiG. 10. — Staphylocoques orangés.
o-éniquc esl considérable puis(iue on le retrouve dans un ^rand nombre de suppurations, dans rérvsipèle, la fièvre puerpérale, et <|uil forme des associations bactériennes importantes dans la scarlatine, la dipliléiie, les inilammalions à strepto-pneumocoques.
La famille des slaphijlococjuc^ n'est pas moins nondjreuse et comprend les variétés ilorée, blanche, citrine ei fïavescente; ils forment des grains accumulés en forme de grappes: ils liquéfient la gélatine et piovo(iuent le plus grand nombre des suppurations phlegmoncuses du tissu cellulaire, furoncles, anthrax, nombre d'ostéomyélites aiguës. Ce micro-organisme est en efTet des plus répandus; on le rencontre partout dans l'air et dans l'eau; il foisonne sur notre peau et jusque dans nombre de nos cavités naturelles. Aussi a-t-on pu dire qu'il " nous assiège ». Nous ne ferons que mentionner les autres microbes
pyogènes, le microcoque pyogènc de Pasteur, le mici'ocoque ténu et le pyocijanique, le (jonocoqve de Neisser que l'on retrouve dans les inflammations suppurées ([ui compliquent la blennorragie et le litkrocoque p'ti'le de Passet. Il en est d'autres encore, mais peu importants en pathologie humaine.
Une fois introduits sous l'épiderme, au contact des cellules vivantes, les microparasites, agents irritants par excellence, vont provoquer les divers phénomènes que nous avons déjà décrits et qui constituent l'inflammation : la dilatation des vaisseaux, la stase sanguine et la diapédèse. Metchnikoff a émis une théorie séduisante qui rattache l'un à l'autre ces divers phénomènes et nous les révèle comme une mise en défense de l'organisme contre l'agression des germes pathogènes. Dès que les microbes ont pénétré dans l'organisme, une colonie de staphylocoques par exemple, ils y prolifèrent et leur toxine frappe de mort une masse plus ou moins étendue du tissu conjonctivo-vasculaire environnant : ainsi se forme une sorte de « nodule toxi-infectieux » autour duquel va se jouer : la réaction des éléments blancs qui s'accomplit à l'aide d'un lien vivant établi entre les cellules connectives, les endothéliums et les leucocytes. Dans cette hypothèse, les cellules fixes atteintes les premières transmettent aux endothéliums vasculaires l'ordre d'agir; ceux-ci se contractent, laissent passer les globules blancs ou mieux facilitent leur diapédèse. La phagocytose fera le reste » (').
Le nodule toxi-infectieux, une fois formé, provoque donc la réaction inflammatoire. On sait, depuis les magnifiques travaux de Ranvier, que les « clasmatocytes » du tissu conjonctif, cellules arborisées ou fusiformes et qui peuvent atteindre le volume invraisemblable de \ millimètre, reprennent alors leur forme primitive de cellules blanches et redeviennent mobiles et prolifiques comme
FlG. 11.
coques ténus.
— Micropyogènes
FiG. 0. — Culture du staphylo coque orangé.
le drame de la phagocytose,
(') Maurice Letulle, Pus et suppuration, p. 164.
[P RECLUS 'i
elles; ces éléinonls consliliiciil ainsi les [Mcmicrs Iciicocvics du foyer morbide. Mais (^léjà, les eiuloliiéliiims \ascidiures Noiit obéir aux ordres Irausiuis [)ai' la « réaclion curatrice »; ils se contractent et l'hyperdiapédèse commence. Grâce aux leucocytes ((u'elle déverse à Ilot, grûce aux cellules mobiles (jui exislaieni déjà dans les espaces lymplialitiues du tissu conjouclif, une ibule d'éléments libres peuvent accourir autour du nodule loxi-inlectieux où pullulent les microbes et cerner les envahisseurs; ils se jettent sur eux et les incorporent dans leur protoplasme. Telle est la phagocytose do Metchnikofï". « Tous les éléments blancs microphages et macrophages se mettent à l'œuvre. Les microbes son! englobés, qui par les leucocytes, qui par les cellules fixes et par les endothéliums. Les leucocytes migrateurs, chargés de germes et ayant pu résister à la maladie parasitaire qu'ils portent en eux, s'échappent du foyer et vont s'emboliscr dans les organes lymphoïdes, ganglions, rate, moelle des os qui les peuvent arrêter. Ainsi la lutte antiparasitaire peut s'exercer non seulement dans le foyer d'inoculation, mais encore dans tout le système hémato-poiétique. "
On u cherché à pénétrer la cause première de cette « réaction curatrice » si remarquable et à connaître le premier anneau de cette « chaîne phagocytaire ». On a invoqué la chimiotaxie, cette propriété spéciale d'attraction ou de répulsion qu'ont les organismes inférieurs pour les substances ambiantes. Comme ces organismes, les cellules blanches sont influencées par certaines substances solubles, qui seraient pour elles et suivant les cas attractives, répulsives ou indifférentes. Biichner aurait isolé la « protéine microbienne », l'agent réel de la phagocytose : la protéine extraite des bacilles pyogènes provoquerait, en injections sous-cutanées, une hyperdiapédèse intense au point lésé ou, dans d'autres conditions, des leucocytoses inflammatoires analogues à celles qui accompagnent la pneumonie, l'érysipèle, la variole et le rhumatisme aigu.
Si les microparasites sont peu abondants et les éléments amiboïdes, les phagocytes nombreux et vivaces, la lutte est bientôt terminée à l'avantage de ces derniers : Metchnikoff démontre que, dans l'érysipèle, par exemple, la victoire reste presque toujours au leucocyte : « Des amas phagocytaires s'accumulent dans les endroits les plus exposés à l'agression des microbes, comme dans la cavité buccale, où nous trouvons les tonsilles ; il se produit, à travers ces organes, une migration continuelle de phagocytes qui s'opposent à l'invasion incessante des microbes qu'ils dévorent en quantité. En observant les leucocytes des mucosités tonsillaires chez les individus bien portants, je les ai souvent trouvés remplis d'une quantité de bactéries appartenant à des espèces ditTérentes. » Les microbes phlogogènes sont peu dangereux; les phagocytes en ont facilement raison, et bien des staphylocoques orangés sont ainsi digérés silencieusement sans réaction appréciable et sans les signes cliniques de l'inflammation.
Les expérimentateurs l'ont établi en etTet : pour provoquer la suppuration, les microbes pathogènes doivent être injectés à dose massive, à moins toutefois — et ceci éclaire d'un jour singulier la pathologie du phlegmon — que certaines conditions n'affaiblissent la vitalité des tissus et n'y créent « un lieu de moindre résistance ». Une tare quelconque, une contusion, une fracture, des troubles circulatoires, la pénétration de telle ou telle substance, activent la prolifération des germes ou amollissent la défense des organes assiégés ; ainsi, des injections sous-cutanées de ptomaïne favorisent la ditTusion de l'inflammation. Ce sont là des points sur lesquels nous reviendrons en traitant de l'étiologie; ils aideront à expliquer la marche envahissante de certaines suppurations.
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\2 I.IXILAMMATION 1:T SKS CONSKOUENCES.
.Mais les phaiiocylos iio roin|)liss(Mit pas tonjours « IcMir lùlc Ihérapeuticuio ». Kraj)j)ôs pailDis de « tlyspopsic », ils passent à cùlô dos microhos sans les (Miglohor et sans les iligéivr. Par eonliv, dans d'jiutres cas, ils l'ont })rcuve d'une singulière puissance de destruction, (>l, d'après MotchnikofT, l'immunité naturelle ou acquise de quelques individus à l'éi^ard de certains microbes, aurait pour cause une voracité particulière de leurs cellules amihoïdes. Elles subiraient même une sorte d'entraînenu^nt : « Des observations directes, plusieurs fois répétées, nous montrent clairement que les phaj^ocytes peuvent s'habituer d'une manière i>raduelle à dévorer les microbes qu'ils évitaient au commencement. On peut admettre aussi qu'ils acquièrent lentement l'habitude de digérer les microbes qui passaient intacts par le corps du phagocyte. »
Nous l'avons déjà dit. dans les phénomènes inflammatoires, les éléments amiboïdes, cellules migratrices des mailles conjonctives et leucocytes issus des vaisseaux, ne constituent pas les seuls phagocytes; les cellules fixes du tissu lamelleux. « les cellules épithéliales des alvéoles pulmonaires, en général toutes les sortes d'éléments capables d'englober les corps solides et munies d'un seul grand noyau dii'licile à colorer », jouissent de pro))riétés identiques. Metchniko(T donne aux premiers le nom de uiicropJioges. et aux seconds celui de macro- ])liaf/cs. Il y a des états transitoires entre les deux : les leucocytes émigrés peuvent se transformer en cellules fixes, les microphages en macrophages. Chacun de ces phagocytes a son rôle et, tandis que les microphages sont chargés de dévorer les germes pathogènes, les macrophages résorbent les éléments morts, surtout les leucocytes gorgés de streptocoques et tués par leur propre victoire. On a vu des macrophages, véritaljles « nécrophores », contenir six ou sept microphages, et même un nombre plus considéral)le.
Oue l'on admette ou non la théorie de IMetchnikoif, un point est hors de doute : l'introduction de germes pathogènes dans nos tissus préside au développement de l'infiammation, mais la présence de ces germes est-elle indispensable, ne voit-on pas des phlogoses suivies de suppuration là où ne se montrent point de microparasites? L'accord semble près de se faire. Hueter, un des premiers, essaya de provoquer la suppuration en injectant dans les tissus des substances aseptiques; et, comme lui, ses élèves Dembezak, Rausche et Hallbauer; des solutions de nitrate d'argent et de chlorure de zinc, insérées sous la peau, ne purent déterminer l'apparition de collections purulentes. Dans son remarquable mémoire de 1883, Straus relatait quarante expériences où l'essence de térébenthine, rhuile de crolon, le mercure, des morceaux de drap, de l'eau stérilisée, injectés dans les tissus de cobayes, de rats et de lapins, n'avaient jamais amené le moindre abcès. Recklinghausen, Klumperer('), Ruys, Zukermann répétèrent et varièrent ces recherches pour aboutir au même résultat.
Mais d'autres expérimentateurs le démontrent : certaines substances peuvent, sur certaines i*aces d'animaux, provoquer des suppurations aseptiques. Rosenl)ach fait la remarque très juste qu'on a tort de conclure à toutes les substances et à tous les animaux, des résultats fournis par quelques substances et par ([uelqucs races d'animaux. Ainsi Riedel injecta du mercure dans le genou du lapin; Cohnheim, de l'huile de croton sous la peau du chien; et, chez le lapin, Councilman(*), un mélange d'huile d'olive et de croton; Uskoff(^), de l'eau
(') Klumperer, Zeilschrifl f. klin. Med., vol. X, j). i.')8. 1885. (*) CouxciLMAN, Arch. de Virchoiv, vol. XCII, p. 217. ('•) UsKOFF, Arch. de Virrhoiv, vol. XC, p. 5W.
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