Tl'MEURS ÉPITIII' I.IALES
,> Dos preuves tirées île la conslalalion ilans les fumeurs cancéreuses d'un parasite spécifuiue.
1" Preuves cliniques:. — On fail observer d'aljord que les parties les plusexposées à l'infection sont le plus souvent atteintes : telles la bouche, l'estomac, le rectum, lutérus, le sein (sur78(Sl carcinomes primitifs, Andrews (') n'a trouvé <iue 200 cas où le cancer avait envahi des parties du corps non accessibles aux airents du dehors): on insiste sur le mode d'extension qui cadre si bien avec rhyj)olhèse du transport d'un aident infectieux: on cherche en dernier ressort à démontrer que certains cas sont des exemples probants de contagion. Kirmisson rappelle les 5 observations de Hall, dans lesquelles le mari et la femme ont été atteints l'un après l'autre de néoplasmes, une observation de cancer du pénis de Demarquay (sur L'i), où la contagion était invoquée, 5 ou 4 cas analogues de Langenbeck, 1 de Gaillard Thomas, 1 de Gzerny, 1 de Duplong (existence simultanée chez l'homme d'un cancer de la verge, chez la femme d'un cancer de lutérus).
Watson et Mayo, cités par Mac Ewen, rapportent également chacun deux observations de cancers du pénis chez des hommes dont les femmes avaient ou eurent plus tard un cancer de l'utérus. Mac Ewen (*) y ajoute quatre autres faits analogues et cite plusieurs exemples où le cancer coexista dans difî'érents organes chez des personnes vivant en commun. Lucas (^), Guelliot, Arnaudet Fabre (^). ont de même relaté des exemples de cancers atteignant des personnes vivant en commun mais sans aucune parenté. Guelliot en cite 2Ô faits inédits, il y aurait donc pour cette afTection de véritables petites épidémies, et, ainsi qu'on l'a dit, il existerait des maisons à cancer. Ces petites épidémies, au lieu de se localiser à une maison, pourraient affecter un groupe de maisons, un village, une région. Dans certains villages du Soissonnais (^) le cancer ferait 14 fois plus de victimes qu'à Paris ou qu'à Reims.
Ces faits sont encore trop restreints pour entraîner la conviction. Quant à l'auto-contagion ou auto-inoculation, elle semble bien réelle; je fais allusion ici non aux cas d'épithéliomes qu'on a vu siéger en face l'un de l'autre (lèvrfr supérieure et lèvre inférieure, parois opposées de la vessie, de l'intestin, elc.)^ mais à ceux où, à la suite de la ponction d'une ascite de nature cancéreuse, on vit se développer du cancer sur la plaie faite par le trocart; ceci ne prouve, dareste, qu'une chose : c'est la possibilité du greffage des cellules cancéreuseschez un même sujet (®).
2° Preuves expérimentales. — Les faits de développement d'épithéliomes au point blessé par un trocart constitueraient déjà une véritable expérience de greffe, mais ici il importe de distinguer les faits de transmissions entre animaux de même espèce et ceux de transmissions entre animaux d'espèces différentes.
Transmission entre animaux de même espèce ou de V homme à Vhommc ('). — Un grand nombre d'expériences sont restées négatives : telles celles d'Alibert
(') Andrews, .Journal of Amer, med Assoc, 1889, p. 758, d'après Guelliot, Union méd., 1891..
(*) Mac Ewen, Olnsgoio med. .Journal, 1886. — Voy. également W. Blytii, Comm. stir la contagion du ranrer. In Lancet, 1888.
(') Lucas, Laiicet. 1887.
(*) Fabre, De la contagion du cancer. Thèse de Lyon, 1892.
(') Guelliot. Loc. cit.
(®) Fait incontestable dont les tumeurs développées dans la cavité périlonéalc fournissent mille exemples.
(') Cette question est bien traitée dans la Thèse de Cazin : Des origines et des modes de transmission du cancer, 1894.
IQVÉNV.'i
CARCINOME. 395
sur liii-mOme, do Leblanc, P. H(mI, Rinno, ('azin du cliiou au cliien, do P. BorL du clial au chat, etc.
Un polit noudji'o cependant ont donne des résultats positifs, tels les inoculalions «le (ioujon sur un cobaye, d(^ W'ebr (') sur le chien, de Ilanau (*) sur les rats et de Morau (•') sur les souris blanches. Inoculant à des chiens dans le tissu sous-cutané de petits fragments do carcinome, Wohr vit se développer dès le huilièmo jour de petits noyaux qui s'agrandissaient peu à peu et qui présentaient la texture du carcinome; ces noyaux restaient quelque temps stationnaires, puis diminuaient et disparaissaient complètement en huit semaines; cependant un des chiens serait mort de carcinome généralisé (^).
Hanau (de Zurich) transplanta dans la tunique vaginale du testicule, chez deux rats, des fragments do ganglions provenant d'un cancroïde vulvaire d'une femelle : chez un des rats mort après sept semaines, l'autopsie fit voir une généralisation du cancer au péritoine; les glandes axillaires étaient également atteintes, leur structure reproduisait le môme type de carcinome que celui du néoplasme inoculé. Cazin a eu sous les yeux les préparations histologiques qui ne laissent aucun doute sur la nature des tumeurs décrites par Hanau.
Morau greffa dans l'aisselle et dans l'aine, chez dos souris : des fragments d'un épithélioma cylindrique pris chez une autre souris : il obtint un résultat prompt et la tumeur secondaire présenta tous les caractères histologiques do la tumeurprimitive. Poursuivant ses grelYes en série, l'auteur obtint des généralisations, viscérales.
Chez l'homme, Hahn (de Berlin) {^) transplanta à une malade atteinte de cancer incurable, dans une région saine, une nodosité carcinomateuse : cette nodosité s'y greffa et s'y développa engendrant tous les caractères histologiques de la tumeur première.
Cette expérience condamnable fut répétée en Franco par un chirurgien qui crut, non sans raison, devoir garder l'anonyme (^), elle donna le môme résultat.
Transmission entre animaux d'espèces différentes ou de l'homme aux animaux. — Les expériences faites depuis Peyrhilo on 1874, jusqu'à nos jours, en passant par Dupuytron, Langenbock, Lobert, Billroth, Villomin, etc., ont été innombrables. On a usé de la greffe sous la peau ou dans le péritoine, on a eu recours aux injections de suc dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans les muscles. Les résultats anciens sont peu concluants on l'absence d'examens histologiques suffisants. Francotto et de Rechter Ç') ont repris les tentatives en s'adressant à la souris blanche.
Chez une des souris au moins il se développa un carcinome au point d'inoculation et des métastases dans les ganglions. En 1895, Mayet (de Lyon) (*) choisit le rat blanc pour des expériences d'inoculation; les greffes se résor bèrent; alors, changeant sa technique, il tritura les fragments de cancer du sein dans de la glycérine pure et fit des injections de cette solution glycérinée étendue d'eau.
(') WiiiiR, Dix-scplième Congrès de la Soc. alleni. de dur. Semaine mccL, 1888, p. 13G. (^) Hanau, Iluilièine Congrès de Méd. inl. de Wicsbade. Semaine méd., 1889, p. 159 et 142. (^) MonAU, Semaine méd.. IS91, p. 191 (Soc. de biol.); Arch. de méd. expcrim., 1893 et 1894. t. VI, p. 5, 10 et 325 (Acad. des se). (^) Arrh. filr klin. Chir., 1889 (d'après Cazin). (^) Hah!V, Dix-huitième Congrès de la Soc. allem. de chir., 1889. C) Communiqué par Cornil à l'Académie de médecine, 1892. (') Francotte et de Rechter, Acad. roy. de Belgique, 1892. C*) Académie des sciences, 1895.
IQUÉNUl
394 TUMEURS ÉPITHELULES.
Un des rais présentait, onze mois après, dans le rein droit, deux noyaux g^ros comme un pois. L'examen des lésions rénales montra cjuil s'agissait d'un néoplasme épitlîélial. Néanmoins l'étude des coupes histologiques ne parut pas 1res démonstrative à Cazin. à (pii elles lurent montrées: il ]il;uie donc un g-rand doute sur tous ces laits, et jusquà nouvel ordre la transmissibililé du cancer de l'homme aux animaux demeure absolument problématique (').
50 P)-ci(i<cs ///■iV's lie lu consldtalioit ihntfi /es luiiwurs rmiccreuxca d'un microbe spécificjue. — En 1SS7. il seml)la un instant (pie toutes les incertitudes relatives à la nature du cancer dussent ilisj)araitre : coup sur coup, une série de i)ublications nous annoncèrent que le microbe du cancer venait enfin d'être mis au jour. Hajipin (^) (de Nantes) découvre dans l'intimité des carcinomes et des sarcomes des microcoques qu'il cultive!
Scheurlen ('') fait plus: non seulement il isole et cultive la bactérie du cancer, mais il inocule le licpiide de culture et prétend obtenir la reproduction d'un néoplasme. Domintfos Freire(*) va plus loin encore : dans une lettre lue à la Société de médecine de Berlin, il ajoute aux inoculations heureuses de Scheurlen la découverte d'un traitement préventif!
Les études de Scheurlen {') comprennent deux points très ditTérents :
i" L'observation d'un microbe et de spores sur des préparations microscopiques ;
2" La culture et l'inoculation de ce microbe.
Scheurlen a injecté, dans la glande mammaire de chiennes, une émulsion de ses cultures : chez une des chiennes il a vu, au bout île quinze jours, que l'injection avait déterminé une tumeur molle grosse comme une noix d'abord, puis se rapetissant jusqu'au volume d'un haricot; à l'examen microscopique, on constata une abondante prolifération cellulaire et la présence de cellules épithélioïdes pleines de spores. La marche de ce prétendu néoplasme et même sa structure ne sont guère faites pour convaincre les sceptiques.
Qu'on puisse trouver parfois des microljes dans les tumeurs, cela est possible : non seulement Rappin et Scheurlen, mais Schill (*), Lampias ('), Francke (*), Nepvcu ('% P. KûbasofT (*"), etc., en ont observé; toute la question est de savoir si ces microbes sont causes ou simplement témoins du trouble cellulaire, et même encore si ces microbes n'ont pas, dans certains cas au moins, été introduits par une imperfection de technique. Senger ("j, qui a fait 550 inoculations dans ses éprouvettes, n'a réussi à cultiver quoi que ce soit. Pour lui, le microbe de Scheurlen vient non du néoplasme, mais du bouillon : il a injecté en \ain à des chiens des liquides de culture préparés par Scheurlen lui-même; mais qu'on vienne à inoculer une pomme de terre avec un morceau de cancer, on
(') M. Boinet (Contrrès de Lyon, 1894; a fail une série d'expérionces sur le rat, le lapin et le cobaye et conclut que rien n'autorise à se prononcer en faveur de la transmission du cancer de riioinnie aux animaux.
(*) Rappin, Recherches sur l'étioloyie des tumeurs mali(/nes, 1887.
(') Schecrlf.x, Soc. de méd. de Berlin, 1887.
(*) Cité par Kirmisson.
(') Voy.. pour l'analyse critique de tous ces travaux, Dcclacx, Ann. de rinst. Pasteur, 1888.
(^) Schill, Soc. méd. de Berlin, 1887.
(') L.A.MPIAS, cité par Kirmisson.
(*) FraN'CKE, Miimh. ined. Wochenschr., 1888.
O Nepveu, Bull, de VAcad. des se, 1888.
(•"j KcBASOFF, Moscou, Procecd. of Ihe third meeting of Russian ?ned. Saint-Pétersbourg, 188'.t.
(") Senger, Derliner klin. Wochenschrift, 1888.
\,QVÉNV.'\
CARCINOME. 395
oltliciil (lu bacille on alioiidaiicc : le iiiiciol»»' de Scheuricii ne s(M'ail aiilre chose (]uo le bîicilK' (le la poinnic de lerre.
De nuMue r.allaiice et Sliallock ('), (lui au (kdtui avaient oMeuu des cullures en se ser\anl de diiréreiiles lumeurs, ont vu de plus en plus leurs enseniencenienls rester sliMiles, au l'ur et. à mesure (pie leur teclini([ue se pei'Iectionnait; linalenient. « ils ont nionti'é, à la séance du 17 mai 1887 de la Société de; pathologie de Londres, 58 fragments de tumeurs dont oU de carcinomes restés stériles après un séjour d'un mois à l'étuve » (^).
Nous sommes t'oi'cés de conclure de tout ce cpii précède que rien ne démontre aujounVhui la nature parasitaire du carcinome; telles étaient les conclusions auxquelles nous arrivions en 1889; nous terminions cependant notre étude en appelant raltention sur la découverte que venait de l'aire Darier ("') d'un parasite intra-cellulaire, en pleine couche de Malpighi, dans cette maladie du mamelon et de l'aréole si voisine de l'épithélioma qu'on appelle « maladie de Paget ». Ces parasites se montraient sous forme de corps ronds, munis d'une membrane épaisse et réfringente : leurs caractères tranchés sans forme de transition avec les cellules normales, leur capsule, leur distribution, mais surtout leur siège intra-cellulaire, conduisent forcément à y voir des corps étrangers à l'organisme, les parasites en d'autres termes. Darier retrouva ces parasites, qu'il considérait avec Malassez comme des psorospermies ou coccidies, dans les bourgeons d'un épithélioma du mamelon et rappela, dans sa présentation à la Société de biologie, que chez le lapin, les organismes analogues provoquent un bourgeonnement de l'épithélium des voies biliaires, que chez l'homme ils sont la cause de l'acné sébacée, concrète. Dans une séance précédente, Albarran avait montré des préparations de deux épitliéliomes de la mâchoire dans lesquels il existait des psorospermies analogues à celles du foie du lapin : un grand nombre de glandes épidermiques présentaient comme centre de formation une psorospermie.
Darier et Albarran avaient eu un précurseur, Pfeiffer (*), qui, en 1888, avait décrit des formes qu'il compare aux corpuscules de la pébrine. Telle est l'origine de la théorie psorospermique du cancer; succédant à la théorie microbienne, cette théorie a suscité non moins de travaux et de recherches; elle a compté et compte encore des partisans parmi des hommes de science de haute valeur, elle mérite donc que nous nous y arrêtions un instant.
Les coccidies (*) appartiennent à la famille des sporozoaires; ce sont des ôtres uni-cellulaires sous forme de masses protoplasmiques, amœboïdes, quelquefois munies de flagella, susceptibles de s'entourer d'une membrane, et se multipliant « par segmentation locale ou partielle de leur masse en un nombre variable de spores nucléées ». Les coccidies ont par suite, outre l'état adulte, un stade kystique, un stade sporulaire et un stade embryonnaire; dans le cancer, les stades kystiques et sporifères auraient surtout été retrouvés.
A la suite des travaux de Darier et de son élève Wickham (*^), parurent les
(') Ballance el SiiATTocK, Driiish med. Journ.. 1887.