‹ Traité de chirurgieChapitre 83 sur 199 · I.VMI'II.M)r;N()MES · texte numérisé non relu

I.VMI'II.M)r;N()MES

OHIGINE I:T liVOI.lTION DU I.YMI'IIADENOME

H;ui\i(M- rccoiniiiaïKlt' drliKlicr le (l(''V('loj)|)(Mn('iil du l\ inpliadriiouK' Anus les organes où le lissii adénoMie n'existe j)as à Télal jjIin siologi({iie, pai- exemple clans le ioie, le cein, les os, ete.

11 déei-it, connue première phase de ce tléveloppemenl, la production d'un tissu embryonnaire aux dépens des cellules conjonctives et peut-ôtre des cellules lymi)hati((ues sorties des vaisseaux sanguins. Secondairement apparaît le réticulum tpii (MJiprisonne les cellules rondes entre ses mailles.

Les tumeurs lymphatiques sont des productions ordinairement did'uses qui infiltrent le tissu de l'organe où elles apparaissent, elles s'accroissent à la fois par l'envahissement des tissus voisins et la multiplication de leurs propres éléments. Dans les ganglions, elles sont quelque temps arrêtées par l'enveloppe conjonctive; elles finissent, après un laps de temps très variable, par la dissocier et par se fusionner avec les ganglions voisins. Il est probable, en outre, que le premier ganglion envahi infecte toute la chaîne par l'intermédiaire du courant de la lymphe, et que des cellules morbides entraînées par ce courant vont déterminer çà et là la formation du tissu lymphadénique.

Les lymphadénomes ont peu de tendance à subir les diverses dégénérescences que nous avons rencontrées dans les épithéliomcs et les sarcomes. Ils sont souvent le siège d'hémorragies diffuses que Ranvier attribue à la réplétion des capillaires par des globules et à leur rupture ultérieure; la dégénérescence caséeuse a été plusieurs fois observée.

Les lymphadénomes ganglionnaires s'ulcèrent rarement ; il n'en est pas de même des tumeurs lymphali({ues des muqueuses intestinale et stomacale.

Quelle que soit son origine première, le lymphadénome a les tendances les plus grandes à se généraliser : la généralisation se fait à la fois du côté des ganglions lymphati(iues et des viscères; il n'est pas rare de trouver à l'autopsie l'envahissement de presque tout le système ganglionnaire et de voir, depuis la racine du cou jusque dans le petit bassin, une longue chaîne de néoplasmes; les ganglions du médiastin et mésentériques sont parmi les plus fréquemment dégénérés. La généralisation viscérale affecte de préférence le foie et la rate, puis les poumons, les reins, la muqueuse gastro-intestinale, etc. L'altération secondaire du foie s'observe dans plus de la moitié des cas ('). L'augmentation de volume est telle que le poids de l'organe peut s'élever jusqu'à 7 et 8 kilogrammes.

L'hypertrophie de la rate a été constatée dans le tiers des cas d'adénie; ses dimensions normales peuvent être doublées et même triplées.

Signalons enfin l'envahissement secondaire de la peau, du système osseux, du testicule, etc.

Le sang est fréquemment modifié chez les individus atteints de lymphomes multiples. Nous savons déjà que cette modification consiste principalement dans un excès de globules blancs, et qu'elle est loin d'être constante : elle peut manquer dans la lymphadénie ganglionnaire et osseuse, elle manque souvent clans la lymphadénie intestinale et surtout dans la lymphadénie cutanée.

Lorsqu'elle existe, la leucémie peut varier dans des limites assez étendues, elle peut être telle cju'on trouve : 1 globule blanc pour 10, pour 4. et même

(') Erlich, cité par Jaccoud, art. Leucocythémie. In Dicl.

[QVÉNV]

460 TL'MEIHS DT TVl'i: VASC.ri.O-r.ONNKC.TU'.

jnnir '2 i,Mol»ulos rouiifos. 11 csl (linîcilr. à Ihoiii'o (uTil osl. (raffirnior la palho- ^(-n'w rt intime le sièti^o do celte leurocvlose ; il esl probable <|ue la multiplication des cellules lynipliali(pies se lait aussi bien dans le san<^ (jue dans les organes lymphoïdos.

Symptômes et évolution clinique.

Cette revue rapide des lésions de la maladie lymphadénique nous fait néanmoins entrevoir, ipren clini([ue, le lympbadénome doit se montrer sous les aspects les plus diirérents; je laisserai de colé les formes viscérales pour ne m'attacher qu'à celles où il y a une tumeur api)arente, celles en un mol qui sont plus spécialement du ressort des chirurgiens.

Les h/inji/ioiDos primitifs Jc.s- r>.s- sont rares: ils se traduisent d'une part par un étal d'alTaiblissemenl général sans amaigrissement notable, et d'autre part par lapparition d'une tumeur adhérente à l'os et siiuulant l'ostéo-sarcome. On a donné (') comme signes dilférenliels entre les deux productions, la marche plus rapide du lymphadénome, l'absence de crépitation parcheminée et la leucocythémie. Ces données seront la plupart du temps insuffisantes, car nous connaissons des sarcomes à marche extrêmement rapide et nous savons, d'autre part, que la leucocytose (dans des limites plus restreintes, il est vrai) existe également dans l'ostéo-sarcome.

Le lijmphndê}iono ffanylionnaire apparaît au début comme une petite tumeur indolente, mobile, et qui semble n'être qu'un simple ganglion tuméfié : peu à peu, souvent en l'espace de quelques mois, les ganglions de la région se prennent, sans déterminer d'ailleurs aucune réaction locale ni générale : la plupart du temps, la tumeur primitive est considérée par le malade et par le médecin comme une simple hypertrophie d'origine irritative ou scrofuleuse. Parfois, au moment où il est appelé, et alors même que les glandes de la région d'abord atteinte n'ont pas encore pris un développement considérable, le chirurgien découvre déjà en des régions éloignées de la première ou du côté opposé, des chapelets de ganglions hypertrophiés.

Cependant la tumeur primitive, qui était mobile et indépendante, ne tarde pai^ à contracter des adhérences avec les tumeurs voisines ou avec les organes qui l'entourent, et à acquérir un volume de plus en plus considérable. Alors le lymphadénome forme, au cou, par exemple, une masse bosselée, sans limites précises, uni ou bilatérale, étendue depuis la région parotidienne jusqu'à la clavicule.

Il existe beaucoup d'incertitude sur la durée de cette première période : il semblerait, d'après les descriptions classiques, que des ganglions atteints de lymphadénie demeurent assez fréquemment plusieurs années en conservant leur indolence, leur mobilité et leur petit volume; cela est possible (*), mais je dois faire observer que les ganglions tuberculeux sont susceptibles eux aussi de rester très longtemps sans altération apparente: Butlin nous dit que bien

(') PÉRiER, Lor. cit.

(-) Nous avons observé la longuo durée do rc slado dans un cas de lyinjihadénomo Icsliculairo: nous avions dini.'nosli([né. à cause de la durée (cinq ans), une tumeur béniifne. M. Tillaux. à qui nous montrâmes le malade, crut à un testicule tuberculeux et fit la castration: le mal récidiva dans la cicatrice et emporta le patient en quelques mois. L'analyse microscopique démontra qu'il s'agissait d'un lymphadénome.

IQUÉNVi

i.v.mimi.\I)i;n()Mi:s. 4tfi

<l('s fois, clic/, (les jeunes su jcis. il a cni îixoii" ;dl';iii'c à <lc riiN|)cilr<i|tliic vraie ou à une vérilalde lunieui' lvui|)liali(|uc, cl <|ue, lahialion failc, il a reconnu soit à l'œil nu, soil à l'aide du niicroscopo, (juii s'agissait de ganglions tuberculeux.

Il païaît au contraire résullei' de la plupart des obsei-valions de lyuiphadénonie vrai, (pio le stade de la tumeur unicjue et niol)ile est relativement court e\ (pi'cn moins d'un an, i)ai"l'ois en trois ou quatre mois, le iiéoi)lasme est capable d'acipiérir d'éimrmcs dimensions. J'ai dit plus liaul (pie cet accroissement s'accomplissait ordinaiiement sans aucune réaction générale; il est des exceptions à cette règle. Langhans (') a signalé dans les formes rapides des élancements doidoureux et (pudquefois un peu de fièvre: j'ai observé avec Terrier un malade atteint de lympliadénome du cou, chez lequel une élévation de température très notable accompagnait chaque poussée nouvelle (=').

Dans une seconde période ([u'on pourrait appeler période du fusionnement, les lymphadénomes ganglionnaires forment une masse immobile, difluse, qui ne larde pas à provoquer de la douleur, des troubles fonctionnels et des désordres généraux.

Les phénomènes douloureux et fonctionnels ne résultent pas simplement de la compression des nerfs et des organes par une tumeur plus ou moins volumineuse : on n'a pas, à mon sens, suffisamment insisté sur ce fait, c'est que, à l'exemple du carcinome, le lympliadénome s'accompagne souvent d'un processus sclérosique subaigu ou chronique, qui enserre les cordons vasculaires et nerveux et s'ajoute à leur envahissement par le tissu néoplasique. Dans le lymphadénome du cou, les malades accusent en particulier de vives douleurs le long des branches du plexus cervical et des troubles du côté de la respiration, de la voix, des pupilles, etc.; lorsque les tumeurs occupent le creux axillaire, tout le membre supérieur devient le siège de douleurs névralgiques intenses, et d'un œdème violacé, dur, ([ui distend la peau et amène une impotence incomplète.

Avec l'envahissement du médiaslin, de nouveaux symptômes s'ajouteront aux premiers; ce sont surtout des troubles cardiaques, vocaux et respiratoires, de la dysphagie, de la cyanose et de l'œdème de la face du tronc, etc.

Cependant l'état général s'altère, le teint prend une couleur de cire; la perte des forces est particulièrement accentuée et nullement en rapport avec l'amaigrissement, qui peut être tardif. Tantôt les phénomènes dispnéiques prédominent et le malade succombe aux progrès de l'asphyxie ou à un accès de suffocation (tumeur amygdalienne, compression des récurrents, des bronches, etc.), tantôt la nutrition semble plus profondément atteinte dans son essence, la diarrhée est continuelle et la mort survient après une période de cachexie ordinairement courte.

Dans cette phase terminale divers symptômes peuvent se manifester : on a signalé des accès de fièvre à forme intermittente ou rémittente, des hémorragies nasales, des éruptions papuleuses, eczématiformes, etc. Il ne faut pas confondre celles-ci avec la généralisation cutanée. Ces éruptions se font par poussées, puis disparaissent en laissant une sorte d'œdème rouge des téguments : j'ai observé une malade atteinte de lympliadénome axillaire chez laquelle ces poussées eczématiformes se sont reproduites pendant plus d'une année à

(*) Langh.ws, cité par Humbert.

(*) Voy. l'observation dans Bull, de la Soc. anal., 1889, par Dagron.

IQVÉNVi

462 TL'MELRS DL" TVI'i: WVSClLO-COXNFiCTIF.

la face et aux dtMix incinhrcs supiMicms. Pcul-rirc y aurail-il lieu de rapiJiochor ces érii|>lions de celles (|iii inar([ueid la |)éii()de iiiiliaie du inycosis iongoïde (éruptions préinycosi(|ues (').

A celte phase avancée du lyniphadt'noine. la luuieur priniilive est parfois devenue adhéi-enle aux létcunieiils coninie dans le caicinonie; mais, à l'inverse de celui-ci. I ulcération est rare, elle avait même été niée : il en existe néanmoins des observations incontestables, que l'ulcère soit résulté d'un coup de l)istouri donné sur un point tluctuant ou qu'il se soit produit spontanément. Le lymphadénomea une marche |)rogressive tantôt avec une allure uniforme, tantôt par poussées.

La terminaison fatale peut survenir en quelques mois, elle serait en moyenne <le deux à trois ans. Jai même cité un cas de lymphadénome testiculairc où lalTection s'était prolontcée pendant six années.

Les tumeurs lymphadéniques présentent parfois une évolution toute spéciale et sur l'importance de laquelle on ne saurait trop insister: certaines tumeurs cutanées suivissent une sorte de régression et s'atrophient même au point de disparaître complètement. L'atrophie commence souvent par le centre, de sorte que le néoplasme s'aplatit et prend la forme d'un collier. Gillot, Landouzy, Dubois. Ileurtaux. Fabre. Hillairet (-) ont relevé des faits de ce genre; lorsque la tumeur cutanée a conqdétement disparu, on trouve à sa place une tache plus ou moins pigmentée ou même une plaie d'apparence saine : il importe cependant de ne pas se fier à cette apparence. Gilbert ("^) en effet a « trouvé dans la peau paraissant absolument saine des amas de cellules sarcomateuses ». En outre, pendant que s'accomplit celte rétrocession, il apparaît en d'autres points de nouvelles tumeurs. La rétrogression des tumeurs lymphadémiques n'a pas été observée qu'à la peau, J. Paget (^) la vue se produire à l'aisselle et à l'aine. En même temps du reste qu'apparaissait une hypertrophie ^des ganglions thôraciques qui amena la mort, Brousses et Girardin citent un grand nombre de faits analogues, empruntés à Verneuil, Marchand, W. Gûll, etc.; ces rétrogressions surviennent parfois au cours d'un traitement arsenical ou ioduré, ou après un érysipèle, et ce qui montre bien qu'il n'y a pas eu erreur clinique, c'est qu'après avoir diminué ou disparu la néoplasie se montre à distance sur un autre point ou sous autre une forme.

Telle est l'évolution clinique générale du lymphadénome. On a cherché à établir un certain nombre de variétés cliniques correspondant aux formes pures du tissu pathologique (lymphadénome vrai) ou aux formes atypiques (lymphosarcomej. La première me paraît correspondre au lymphosarcome mou de Langhans, la seconde au lymphadénome dur du même auteur. Cette dernière variété clinique se traduirait, d'une part, par une localisation momentanée du mal à un groupe ganglionnaire (de préférence cervical) et une généralisation plus tardive, d'autre part, par l'importance des troubles locaux et des phénomènes de compression.

Je ne crois pas que ce dernier fait soit dû, ainsi que le dit Terrier ('), « à ce que la généralisation plus lente de la lésion lui donne le temps d'agir locale-

(') Voy. Thèse de Maltierbe, loc. eit.

(*) Cilés par Brousses et Girardin.

(') Gilbert, Thèse de Périer, p. 43.

(*) J. Paget, cité par Brousses et Girardin.

(^) Terrier, Pathologie chirurgicale.

[QPÉJVP]

l.^Ml'llA^I•:^'OMES. 463

mont sur les parties voisinos ». Je pense plulùl ipie la causc^ en est due au déve- I()|)penient dans certains cas d'un lissu lil^reux; iviraelile, dune sorte de sclérose subaij^uë (jui accompagne la néopiasie adénoïde comme elle accompagne certaines formes de carcinome épitliélial, les formes de cancer en masse par exemple ('): je crois de plus que cette altération conjonclive n'est pas le monol)ole tl'une variété distincte, je l'ai observée chez des malades dont les ganglions élaienl restés pendant longtemps distincts et mobiles, sans extension aux chaînes voisines, et (pi'à des périodes dilï'érentes on aurait classés d'abord dans les lymphadénomes mous, puis dans les lympho-sarcomes durs.

Ce (pi'il est permis de se demander, c'est si ces tumeurs longtemps localisées aux ganglions, dures, adhérentes, ditï'uses, ne sont pas des sarcomes primitifs des ganglions? C'est ce (ju'aduiet Billroth, qui propose de rayer de la littérature le terme lympho-sarcome pour adopter celui de sarcome des ganglions lymphatiques, comme on dit sarcome du sein, etc.; ces sarcomes seraient cliniquement distincts des lymphonies mous ou durs, il existerait deux afï'ections distinctes des ganglions lymphatiques : un sarcome primitif de ces ganglions et un lymphadénome ganglionnaire.

Etiologie et nature.

Je m'attarderai peu sur l'étiologie et en particulier sur les rapports du lymphadénome avec les principales diathèses : chacune d'elles a été mise en cause sans grande preuve; nous savons simplement que la lymphadénie s'observe à tout âge, ainsi qu'il ressort du tableau suivant, emprunté à Gowers (-).

Sur lUO cas on en a observé :

Au-dessous de 10 ans 16

EnU-e 10 et 20 ans 14

— 20 et 50 ans 20

— 30 et 40 ans 15

— 40 et 50 ans 5

— 50 et 00 ans 22

— 60 et 70 ans 7

— 70 et 80 ans 3

L'influence du traumatisme et de la grossesse nous paraît s'exercer sur l'évolution plutôt que sur le développement primitif de la lymphadénie; quant à l'action de l'impaludisme, de la tuberculose, de la syphilis, de l'alcoolisme, etc., rien de certain n'a été établi à ce sujet.

L'obscurité la plus grande règne encore sur l'étiologie et la nature du lymphadénomc. La confirmation de la découverte d'Auspitz eût permis ou de distraire une variété de néopiasie adénoïde du chapitre des tumeurs ou de faire rentrer toute la lymphadénie dans les maladies parasitaires. M. Delbet vient de tenter cette généralisation. L'argument le plus sérieux qu'on puisse invoquer en faveur de la nature parasitaire est précisément cette régression sur laquelle nous avons tant insisté, régression qui éloignerait le lymphadénome des autres tumeurs, puisque avec Cornil nous avons introduit dans la définition même des tumeurs ce caractère important de tendre à persister et à s'accroître.

(*) Celles qui simulent si bien la mammite chronique. (-) GowERS, Lancet, 1878 (d'après Humbert).

IQVÉNUI

464 TlMKllîS IH 1 Vl'i; VASCILO-COXNKCTIF.

On peut ivpondrc avec (loi-nil cl Ranvier (luc si la nôoplasio locale disparaît, la ncoplasic considcrcc dans son cnscnd»lc persiste cl reparaît. En outre nous sommes, avouons-le. peusensihles aux arg'unients ?yf^/o?<»f/.s pour ou contre le parasitisme des tumeurs, ce jiarasitisme ne peut être démontré que par la mise au jour du ou des |)arasitcs. Delhet a réédité, pour le lymphadénome, la (-onrusion (piil nous a déjà faite pour le sarcome. Ouand il trouve réunies « les hypertrophies gani^lionnaires généralisées, la leucocylose et la cachexie, il se ci'oit forcé de ranger ces faits dans le lymidiadénome. Or comme ce tableau clini(pu^ a été olïert et causé par des lésions luheiculeuses, comme, d'autre pari, ditrérents microbes vulgaires ou nouveaux ont élé rencontrés dans le sang et les ganglions, staphyloco(pies. streptococpies, bacille de Paulowski, Delbet en conclut <pu^ le lymphadénouu^ n'est pas une maladie spécifitpie et (pi' « il est vraisemblable qu'un très grand nombre de microbes pathogènes, le bacille <le Koch. le streptococpie et le staphylocoque sont capables de produire le lymphadénome (') ». Les adénites vulgaires, les tuberculeuses et les lymphadénomes ganglionnaires les plus malins seraient « des lésions de même nature et <le même cause ». les ditTérences d'évolution tenant au degré de virulence de l'agent pathogène et au degré de réceptivité de l'organisme; il faut avouer que jamais confusion plus immense n'a été faite en pathologie : non seulement le lymphadénome nest plus une tumeur, ce n'est qu'une conséquence particulière ot banale d'une infection ganglionnaire quelconque.

Chose curieuse, ces conclusions de Delbet sont tout à fait en contradiction avec le postscriptum qu'il ajoute à son chapitre du lymphadénome ("^). Delbet dit avoir trouvé, et il en a fait depuis l'objet d'une communication à l'Académie des sciences {') un bacille particulier mobile, sporifère, aérobie, dans le sang <le la rate chez une femme atteinte de lymphadénome généralisé; il a obtenu des ridtures de ce bacille et il a fait des inoculations à doses « énormes et répétées »: le chien injecté a présenté des abcès aux points injectés. On constata après la mise à moit une hypertrophie des ganglions thoraciques et préveitébraux. de l'aine et des aisselles. Ces ganglions renfermaient le bacille inoculé. Delbet en conclut « que l'animal était évidemment atteint de lymphadénome généralisé «. La seule conclusion légitime à notre avis est que le chien est mort avec une adénopathic généralisée; si vous admettez la spécificité de votre microbe, que deviennent vos conclusions précédentes? et si vous ne l'admettez pas, quoi d'étonnant à ce que des doses massées et répétées de microbes pyogènes aient donné lieu à des adénopathies multiples?

Pour être démonstrative votre expérience eût dû provoquer la formation du tissu réticulé où il n'en existe pas à l'état normal.

Diagnostic.

Le diagnostic ditTérentiel du lymphadénome osseux, tesliculaire, etc., sera fait à propos des maladies des os, du testicule, etc. Je n'esquisserai ici que le diagnostic des tumeurs ganglionnaires.

En présence d'une augmentation de volume d'un ganglion, il est de règle de

(^) .\cad. des sciences, 7 juin 1S95.

IQVÉNVi

l.^^llMlAl)^•;^(».Ml•:s. 465

l'OcluM'cluM' dahord s'il ne sa^il pas truiic iiinaiiiiiialion simple. Pour cela les roniinéiiioialirs, le (IrNcloppciiiciil rc-ccnl cl accoinpagnr d'un [x'ii de douleur, cl suiloul la rechorciie d'une porte d'entrée pour rinl'eclion dans la sphèi'e des ganglions malades, suffiront en général à lournir les données nécessaires au diagnostic.

La même rcclicrclic, minulicusement laite, jointe aux caractères de dui'cté, lie petit \oIumc (') et tie sensiijililé à la pression, peinictlenl de découvrir ([u'il s'agit d'un ganglion cancéreux consécutif à une ulcération épitliéliale d'une muqueuse voisine.

La principale diflicullé est presque toujours de distinguer un ganglion tuberculeux d'un lyniphadénome. La pléiade peut exister dans les deux cas. Tous deux sont indolents et ce n'est ni l'àgc ni le siège qui autorisent à incliner vers l'un ou vers l'autre. Le ganglion tuberculeux tend au ramollissement, mais pas toujours; d'autre part, le lymphadénome présente parfois, lui aussi, des points ramollis (*) qui simulent la fluctuation. Il faudra pour se guider interroger minutieusement les antécédents personnels et héréditaires des malades, tenir compte de la dureté généralement plus grande de la tumeur dans la tuberculose à la période de mobilité et d'indépendance, examiner les crachats, interroger les autres organes, etc. ; très souvent il sera prudent de rester dans le doute.

Pronostic et traitement.

Le pronostic de la lymphadénie est des plus graves (^) : les résultats opératoires sont généralement si lamentables, que beaucoup de chirurgiens interventionnistes, dans les cas de carcinome, s'arrêtent et gardent l'expectation devant une tumeur lymphadénique; la récidive est constante et à bref délai ('*).

D'autres ont cherché à enrayer la maladie au moyen de divers traitements généraux, en particulier par l'administration à l'intérieur de phosphure de zinc (par jour 2à 8 pilules de 8 milligrammes chaque) (Verneuil) (^), d'iode, de fer ou d'arsenic (Billroth, Israël, etc.). Billroth combine l'usage de la liqueur de Fov^^ler à l'intérieur avec l'injection interstitielle (^). Il débute par 10 gouttes à l'intérieur et injecte en même temps 2 gouttes dans la tumeur. Tous les trois jours la dose interne est augmentée de 2 gouttes et la dose d'injection est portée à 4 et 6 gouttes C'). Billroth aurait observé dans beaucoup de cas des résultats éclatants; diverses observations de guérison définitive ont été publiées. Brousses et Gérardin ont analysé la plupart des travaux parus sur le traitement arsenical des lymphadénomes. Ils notent dans les observations publiées que si sous l'influence du traitement arsenical, les tumeurs parfois s'atrophient, la guérison n'est souvent que temporaire et que la récidive ne tarde pas. Ils citent un cas personnel observé chez Terrillon, dans lequel les tumeurs diminuaient de volume chaque fois que le traitement était régulièrement suivi pour reprendre

(') Au moins au début.

(-) Sans qu'il y ait de liquide.

(') Nous n'acceptons en aucune manière celte proposition de Brousses et Gérardin, que le pronostic du lymphadénome primitif localisé est relativement bénin au cou, au testicule, etc.

(*) On a toutefois cité à la Soc. de chir., dans une séance récente, quelques exemples d'assez longue survie et peut-être (?) de guérison définitive (Terrier, Verneuil).

(^) D'après Reclus, Manuel de pathol. ext.

(6) Billroth, Patli. chir., 1887.

(■') On change de place et de tumeur, on en diminue les doses si l'intoxication apparaît.

TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2* édit. — I. 30

[QUÉNU1

466 Tl MKUHS lU' TVPi: VASCLLO-CONNHCTIF.

leur voluinr iiiili;il dès (|ii'()n ccssail Tiisai^'-c du môdii'anKMil. Dans aucun des cas la i;ucris()n na ôlc oblonuo(M-

D'autiT pari, Luckc (-) anrail employé avec succès l'injection inlerslilielle tle lointuro diode.

J'ai Vu tenter et jai tenlé moi -mémo Tusage de l'arsenic; j'avone partager pleinement le scepticisme de Reclus et, comme lui, j'ai grande tendance à croire cpie les succès des Allemands sont le lait d'une erreur de diagnostic ("') ou d'inlei-prélaliou.

^•) Lion. Soc. de l)iol.. 189r». MaUnle alleinl do lyinphadonie avec leucocylhémie : sous finiluence des injoclions de liquour de Fowlor le malade recouvre toutes les apparences de santé et la leucocvlhéniie disparaît. Au bout de quehjues mois l'homme revient avec des accidents pulmonaires dus à un lymphadénome du i)oumon (jue vérifia l'autopsie.

(*) LccKii. cilé par BilhH)th.

(5) Une observation ne saurait être à peu près probante (pie si antérieurement au traitement par l'arsenic lexlirpalion d'un ganj^dion malade a permis de faire un examen histoloiîiquc et de tenter (au point de vue de la tuberculose et des autres infections) des inoculations et des cultures. Reclus paraît être revenu de son opinion : il a présenté à la Société de chiruririe (188'.)) un certain nombre d'exemples de guérison de lymi^hadénomes par le Irailemeni arsenical. Terrier et moi avons fait des réserves sur la i)ossibilité d'affirmer cliniquement. à l'heure qu'il est, la nature lymphadéniiiue d'une tumeur; il existe tout un ç^roupc de productions ganijlionnaires, dites hypertrophies simples, (jui ne sont vraisemblablement (pie des adénites chroniciues. qu'on a le tort de qualifier de lymphadénomes bénins. Les cas de «ïuérison s'appli(iuent probablement à ces lésions mal déterminées. Voy. Discussion à la Société de chiruri?ie, novembre 1889, et Congrès de chirurgie, 1889 (Ricard).

IQUÉNU.^

TL'MEUllS Dl TVI'i: MUSCULAIIU:. 467

Page 1