‹ Traité de chirurgieChapitre 89 sur 199 · TUMEURS COMPLEXES OU A TISSUS MUI.TIIM.KS · texte numérisé non relu

TUMEURS COMPLEXES OU A TISSUS MUI.TIIM.KS

cylindriiiuos, ciliés ou non, piviloniinriil ; daulics (>nlin n'ont pour rcvcMcinonl <iu'un (Mulolhéliuni cl fornuMil de vérihiltlcs kyslos séreux. En somme, ces pro-

Fie. 106. — Tumeurs à tissus multiples (d'iiinx-s Nicolle. faii)Ie grosseur).

FiG. 107.

Fibres lisses.

duclions ne diflerent des kystes dermoïdes que par la variété et la multiplicité des poches et par la prédominance des tissus que nous avons déjà étudiés dans

l-o 'rfy-

FiG. 10!:!. — Carlilage.

FiG. lO'.i. — Troncs nerveux.

les parois des kystes uniloculaires; on peut d'ailleurs facilement retrouver tous

les intermédiaires entre le dermoïde le plus simple et la tumeur la plus complexe.

Le siège de cette variété à la région sacrococcygienne est le plus commun ; mais on peut Fûbserver sur d'autres points, et en particulier dans le scrotum (*), dans le cordon ombilical (^), à la voûte du palais (^), au cou, au maxillaire inférieur, etc.

Dans certaines tumeurs complexes, et spécialement dans celles qu'on a observées chez

le fœtus (Trévoux), les tissus embryonnaires sont en plus grande abondance.

et on trouve, par exemple, au milieu de masses kystiques, des noyaux de

Fji,. 110.

Paroi de kvsle.

Cj Vernecil, Arch. de méd., 1845, et Soc. de chir., 1878.

(*) BUDIN, Arch. lorol., 1888.

(') Arnold, Arch. de Virchow, cité par Trévou.\.

IQUENVi

TLMEUHS (O.MI'l.KXl-S Ol A TISSUS MULTIPLES. 479

inyxoinc. de sarconu» ou de carcinomo ; dans une ohscrvalioii de Braune ('), on PCMK'onlrait, dissémines dans la mOme lunieur sacro-coccygienne d'un fœtus, <lu carcinome, du sarcome, du lipome, de Tenchondrome et des kystes (*) , ces productions complexes ont généralement été présentées sous le nom de ( yslo-sarcomes-congénilaux.

3» TUMEURS SOUDES

Les tumeurs complexes solides sont plus rares : on peut y ranger (à côté des productions précédentes dans lesquelles les kystes seraient restés à l'état microscopique), certains chondromes de la parotide, des tumeurs, développées aux dé})ens des éléments embryonnaires des dents, lesodontomes (Trévoux), etc. ; j'en écarte les fibro-chondromes branchiaux, car ce sont plutôt des malformations de l'appareil branchial que de véritables néoplasmes. Je sais bien d'ailleurs qu'il n'est pas toujours facile de distinguer ces deux processus l'un de l'autre, et nous allons en trouver la preuve dans l'étude de la pathogénie des tumeurs complexes.

Pathogénie.

Presque toutes les tumeurs complexes, sinon toutes, sont d'origine congénitale; elles sont susceptibles de rester longtemps stationnaires à l'état latent pour ainsi dire, pour prendre à un moment donné un accroissement plus ou moins rapide; aussi paraissent-elles parfois se développer primitivement chez l'adulte alors que leur existence remontait jusqu'à la naissance (Fraenkel) (''), (Lannelongue).

Bien des théories ont été émises pour expliquer l'origine des tumeurs complexes : la plupart ont le grave défaut de ne s'appliquer non seulement qu'à une variété, mais encore qu'à une localisation spéciale d'une variété. Presque toutes parlent de l'origine congénitale de ces tumeurs et recherchent par suite la raison de leur formation dans une anomalie du développement.

Nous avons vu que certaines tumeurs complexes présentent comme une ébauche d'organisation, qu'elles renferment des tissus d'un ordre élevé, tels que des muscles striés, de la peau, et même des éléments nerveux (tubes et cellules) ; or, il est possible de trouver toute une série d'intermédiaires entre ces productions et d'autres plus complexes encore qui contiennent des portions de fœtus nettement reconnaissables ; il y aurait donc ainsi une véritable échelle tératologique commençant au kyste dermoïde simple et aboutissant à l'inclusion fœtale. On a admis, par suite, que toutes ces tumeurs rentrent dans les faits de diplogenèse avec inclusion (*) : deux fœtus se sont développés simultanément aux dépens du même œuf, l'un d'eux s'est arrêté dans son développement, et ce sont ses débris plus ou moins organisés suivant la période de l'arrêt, que nous retrouvons inclus chez son frère, le porteur de la tumeur

(') Braune, cité par Trévoux.

(-) Voy. également observ. Panas, Soc. de cJiir., 1879.

(') Fr.ï:nkel, Wiener med. Wor-henschrift, 1883.

{*) PiGNÉ, Soc. anat., 184G. — Coiînil et Berger, Arch. de pivjs., 1885.

IQVÉNV.l

480 Tl MKLHS COMIM.KXKS Ol" A TISSl S MILTIPLES.

complexe. Clellc iKillioi^énie jinriiil \raie si Ton se conU'nl(> de r;i|ij)li([iu'f aux cas où l'on a oliscivé de vérilaMes serments de membres: elle est inappiicabh' à la plupart des kystes dermoïdes, sans compter (lu'elle ne donnerait nullement la clef de certains détails, tels que le nombre considérable des dents. Texistence d'un kyste dermoïde dans chacpie ovaire, etc.; nous devons admettre avec Broca, Lebert, Lannelongue, etc., (pie la théorie de la tliplogenèse ne parait convenir qu'à des cas exceptionnels.

Beaucoup plus satisfaisante est la nouvelle théorie (pie vient d'exposer Repin dans sa thèse ('). Pour Repin, à lorigine de tout kyste dermoïde il y a un ovule: chaque kyste représente un embrjon rudimentaire, mais cet embryon ne provient pas d'un ovule fécondé, il provient du développement parlliéno^énétique de l'ovule : La segmentation du vitellus et la formation d'un blastoderme en dehors de toute fécondation sexuelle, est un fait général dans toute la série animale: elle peut aller chez les Articulés juscju'à la génération d'un animal viable: dans l'espèce humaine. Morel a observé des ovules dans lescjucls la segmentalion était aussi dessinée que dans les œufs" fécondés. « Dans cette manière de voir, les dermoïdes de l'ovaire résulteraient d'une dégénérescence spéciale de l'ovule associée le plus souvent (puisque ces kystes sont mixtes en général) à une prolifération consécutive de l'épithélium du follicule de de Graaf. »

Je ne m'arrête pas à discuter la théorie de Vhétérotopie de Lebert, qui suppose la formation de toutes pièces, au sein des organes, de tissus aussi différenciés (*), ni celle de la grossesse extra-utérine.

J'arrive à une pathogénie plus solide, émise pour la première fois en 1852 par Verneuil, et que cet auteur a tenté dans la suite de généraliser : je veux parler de la théorie de Venclavement. A'erneuil, frappé par la fréquence des kystes deimoïdes au voisinage de l'orbite et au cou, c'est-à-dire en des points où existent chez l'embryon les fentes brachiales, émit cette idée que, dans un travail anormal d'occlusion de ces fentes p), il pourrait se produire un pincement du tégument externe et par suite un enclavement d'un petit sac cutané; ce petit sac se développant avec tous ses éléments deviendrait un kyste dermoïde.

Cette théorie s'est plus tard un peu modifiée en s'adaptant à une connaissance plus complète de révolution branchiale (^). Les fentes branchiales doivent disparaître par fusionnement de leurs bords; que ce fusionnement soit incomplet, et il pourra se produire, suivant les cas, un kyste dermoïde (miupieux, cutané, ou cutanéo-muqueux), ou une fistule branchiale.

J'ai montré, dans ma thèse d'agrégation ("'), que, d'après les travaux des embryologistes modernes, le développement des arcs branchiaux n'est pas aussi simple qu'on l'avait supposé, et fait beaucoup de réserves sur les descriptions un peu tliéoriques (®) qu'on a données de la disparition normale ou anormale des fentes branchiales. Pour moi, le grand mérite de Verneuil a été de chercher dans une anomalie locale du développement l'explication des productions qui nous occupent : j'admets avec lui qu'il existe une relation

(') Repin, Origine parlhénogénétiqv.e des kystes dermoïdes de Vovaire. Tlièse de Paris, 1892. Repin a repris en développant une idée de M. Duval. (*) Acceptée par Follin.

(') La cause fréquente serait une adhérence du tégument aux pièces du squelette. (♦) CussET, Thèse de Paris, 1877.

(*) Des arcs branchiaux chez l'homme. Thèse d'agrég., 188G. (*) Pour ne pas dire fantaisistes.

[BVENV ]

TUMEURS COMPLEXES OU A TISSUS MULTIPLES. Wl

(''Iroito (le causo à olTcl, cnlrc les kyslcs dcnnoïtlcs du cou cl <lc la [tHc, cl le développement de Tapparcil hrauciiial; je no suis pas aussi sur qu'il faille toujours invoquer le pincement et renclavement, je me demande s'il ne l'aul pas dans une lai-^e mesure faire entrer en ligne de compte un processus il'involi(tion épit/u'liale (').

Du reste, les défenseurs de renclavement sentent bien actuellement que cette palhogénie ne peut être généralisée sans quelques modifications; si, à la ri<jiieur, les kystes du scrotum et de la région sacro-coccygienne peuvent s'y rattacher, les dermoïdes de l'ovaire, de la cavité thoracique, etc., y échappent. Aussi le terme d'enclavement est devenu plus général (sous la plume de Lannelongue), et s'applique au développement normal des ovisacs aux dépens <les tubes de Pflïiger. N'est-ce pas sortir de la théorie purement mécanique de Verneuil et de ses élèves, et tendre vers celle à laquelle nous faisions allusion plus haut, c'est-à-dire à la théorie d'une involution épithéliale anormale aboutissant à la formation de germes qui resteront ou non stationnaires dans la suite. C'est, en somme, la théorie de Conheim appliquée et limitée, comme nous le disions au début de cet article, aux tumeurs à tissus multiples.

La théorie de la cellule nodule de Bard (*) se rapproche, bien qu'il s'en défende, de la théorie de Conheim ; comme ce dernier, Bard suppose au sein d'un organe la persistance d'éléments embryonnaires, seulement il applique à ces cellules sa théorie du développement cellulaire par dédoublement successif, théorie très ingénieuse et que je vais exposer en quelques mots : chez l'adulte, les types cellulaires sont nettement différenciés, il n'y a que des processus de prolifération cellulaire; chez l'embryon, les cellules plus complexes ne font pas que se multiplier, elles se dédoublent pour ainsi dire pour donner naissance aux divers types qu'elles renfermaient en germe : type épithélial, musculaire, nerveux, etc., c'est à ces cellules complexes de l'embryon que Bard donne le nom de cellules nodales. Les tumeurs à tissus multiples étant nées pendant la période embryonnaire, ne peuvent descendre que des cellules nodales et, suivant que leur origine remontera à une époque plus ou moins rapprochée de la formation primitive des feuillets blastodermiques, leurs cellules nodales, moins dédoublées, donneront naissance à des tissus de plus en plus complexes.

Page 1