ET MÉDICALES
traire, 1 air des marais est, comme on le suppose, chargé de miasmes, et si ces miasmes constituent la cause première de la fièvre, qu’on en donne une bonne fois la démonstration, non pas matérielle, puisque nos moyens d’analyse restent impuissants, mais par une expérimentation physiologique.
Qu’on recueille une quantité considérable d’air de marais, au moment où le prétendu dégagement miasmatique passe pour être le plus actif, que cet air soit transporté en pays réputé salubre, qu’on en remplisse un récipient suffisamment vaste pour qu’un expérimentateur en parfaite santé y soit hermétiquement renfermé, s'il prend la fièvre, l’air sera évidemment chargé d’un principe fébrigène; s’il y séjourne en santé, l’air sera pur, et si l’expérience, faite avec toute précaution convenable et plusieurs fois répétée, donne toujours un résultat identique, l’arrêt formel de l’opinion adverse ou de la nôtre sera, dès lors, prononcé.
Le moyen, dira-t-on, de faire pareille expérience? le moyen est trèssimple, très-facile : indiquons-en les conditions et le mode d’exécution.
Quand nous traversions à grandes journées, durant les expéditions du Sud, les vastes solitudes du Sahara algérien, plus d’une fois il nous prit fantaisie, si un tertre s’offrait par accident, d’arrêter court la bride de notre compagnon de voyage, et de regarder le défilé silencieux de toute la colonne expéditionnaire, masse mobile d’une lieue carrée d’étendue. Douze cents cavaliers marchaient de front, sur ces nappes sablonneuses, sans presque jamais se replier. Trois bataillons d’infanterie suivaient en trois lignes perpendiculaires à la première; au milieu du bataillon du centre, bien plus allongé que les ailes, marchaient l’artillerie et les bêtes de somme de l'ambulance et des bagages. Enfin, sur les flancs serpentaient deux longues files de mille chameaux chacune, et nous nous reportions alors au tableau des Hébreux traversant l’autre extrémité de ce même désert Mais ne nous égarons pas.
Tant de dromadaires, on le devine, étaient destinés à transporter des caisses de biscuit et surtout des outres qu’on emplissait d’eau par centaines, pour la traversée des points qui sont dépourvus de sources. Eh bien! nous le demandons, si presque tous les ans, par le moyen des outres, on peut porter dans le désert de l’eau en quantité suffisante pour abreuver, par intervalles, toute une colonne de trois à quatre mille hommes, comment ne pourrait-on pas emporter de même, à n’importe quelle distance d’Afrique en France, si l’on veut, autant d’air qu’il en faudra pour faire respirer, à un expérimentateur, en chambre close, de l’air de marais, et observer ses effets, en dehors de toute autre influence que celle qui lui est propre. Les magasins de campement d’Alger contiennent une quantité considérable de ces outres, il suffirait donc d’en prendre tel nombre qu’on jugerait convenable, et d’aller les remplir d’air dans les marais de la Mitidja, au voisinage de Houffarick, par exemple. Un convoi du train rapporterait ces outres à la marine, où elles seraient transbordées sur les frégates qui font le courrier de Toulon. Ces frégates les déposeraient à Saint-Mandrier
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ou au lazaret, qui est voisin, et là, une commission nommée à cet elïet ferait faire, sous son contrôle, toutes les expériences nécessaires pour avoir un résultat incontestable dans le procès qui est pendant.
Voilà, il nous paraît, la pierre de touche qui permettra de juger à sa valeur l’hypothèse de l’intoxication miasmatique ; nous ne nous contenterons pas de l’indiquer. Il se pourrait, en effet, que nos adversaires, en gens convaincus de l’existence et de la nocuité du miasme paludéen, fussent peu désireux de tenter l’expérience sur eux-mêmes. Qu’à cela ne tienne, nous connaissons un expérimentateur qui se soumettra aussi entièrement qu’on le jugera nécessaire à toutes les épreuves à subir ou à faire, qu’on prenne acte de nos paroles, nous èn signons ici l’engagement formel (1).
Cela dit, ajoutons que notre conviction, basée sur tous les éléments dont nous allons faire l’exposé dans le cours de ce travail, nous permet de déclarer par anticipation que le résultat de l’expérience proposée ne sera pas assurément en faveur de l’hypothèse de l’intoxication : le miasme paludéen est l’X, l’inconnue à éliminer du problème étiologique des lièvres d'accès.
Donnons d’abord un aperçu climatérique du théâtre de nos observations.