‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 103 sur 215 · F I È Y RE S C L I M A T É R I Q UE S · texte numérisé non relu

F I È Y RE S C L I M A T É R I Q UE S

verrons ci-après, est presque toujours au-dessus de zéro sur le littoral algérien, même par le vent du nord. Si le sud vient à souffler après le vent d’ouest, par exemple, à peine le thermomètre monte-t-il de quelques degrés, et l’on trouve peu sensible l’élévation de la température; mais si nous nous reportons à Metz, à Strasbourg ou à Paris, par un de ces froids rigoureux, allant quelquefois à 10 ou 15 degrés au-dessous de zéro, et que brusquement le vent passe au sud, à la température de la glace fondante seulement, c’est alors autant à la sensation qu’au thermomètre, un véritable sirocco. Voilà pourquoi les habitants d’Alger sont autorisés à dire qu’il n’y a de sirocco qu’en été, et pourquoi les habitants du nord et de l’est de la France pourraient dire qu’ils ont, parfois, le sirocco en hiver.

Température. — A Alger la moyenne des quatre trimestres de 1845 a été comme il suit :

Trimestre.

\ er

La température moyenne annuelle est à peu près la même pour toutes les villes du littoral : elle varie depuis 17° 5 (à Oran), jusqu’à 18° 2 (à : Bougie).

Ces indications thermométriques ont sans doute une valeur, mais l’inconvénient des moyennes est surtout de s’éloigner tellement des extrêmes, qu’en certains cas elles peuvent aboutir à zéro. Ce n’est point là une hypothèse, le fait s’est présenté pour Paris. Nous trouvons en effet cette indication météorologique pour le premier trimestre de 1850 : Mois de janvier, température moyenne -J- 0,0; sans doute que ce 0,0 exprime une moyenne résultant des données de chaque jour, alternativement affectées des signes -j- ou — - et se contrebalançant, données du reste dont rien ne nous fournit la moindre idée, quant aux limites extrêmes qu’elles ont pu atteindre.

Les tableaux à moyennes résumant de longues séries d’observations ont donc besoin d’un complément indispensable : c’est d’y faire figurer toujours les deux chiffres minimum et maximum de température ; ce qu’il importe avant tout au physiologiste, en effet, c’est de savoir jusqu’où elle peut s’élever et s’abaisser. Ces deux points de l’échelle thermométrique d un lieu une fois déterminés, il se fait immédiatement une idée des oscilalions intermédiaires, et peut alors arriver à l’appréciation des influences du climat en question, mieux que partout un tableau de moyennes qm nous le répétons, masquent précisément ce qu’il faut bien voir, les

(lj D'après Casimir Broussais.

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extrêmes. Nous croyons donc utile et nécessaire de préciser quelques données sur ce point.

Températures au-dessous de zéro. — A Alger, le thermomètre de l’Observatoire, en 7 ans, n’est descendu qu’une seule fois à zéro (1;. Mais les neiges qui couvrent, une partie de l’année, les cimes de l’Atlas, prouvent que la température y reste longtemps au-dessous de zéro. Toutefois dans les points occupés des zones montagneuses comme Mascara, Milianah, Médéah, Conslantine, Sétif, on n’a pas cité que nous sachions de température plus basse que — 4" 5. Voici à cet égard quelques données signalées par M. Aimé : Médéah — 2"; Milianah 2°; Constanline — 2°; Mascara • — 5°; Sétif — 4° 5.

Particularité remarquable dans la zone saharienne, M. Fournel a noté 5° G6 au-dessous de zéro, le 26 mars, sur les plateaux de Bathna, dans l’Aurès, à 1,000 mètres au-dessus de la mer.

Températures au-dessus de zéro , à l’ombre.

On a observé à Milianah 36° cent.

— à Médéah 38

— à Sétif ' 38

à Constantine 40

— à Mascara 41

— à Alger 43

Le 25 mai 1846, à l’Oued-Ruina, dans la vallée du Chélif, par un violent sirocco, notre thermomètre placé dans l’intérieur d’un gourbi, (cabane en branchages, impénétrables aux rayons du soleil et à courants d’air latéraux), s’est élevé à 46 1/4.

Le 20 juillet 1847, à 5 heures du soir, dans la coupure de l’Atlas des gorges de la Chiffa , au camp de l’Oued-Merdja, le même instrument, placé dans les mêmes conditions, a marqué encore par le sirocco . . 48.

A Biscara M. Bédié a observé 50

Et M. Bevlot 52

Ajoutons que sous la tente on note des températures bien plus élevées encore.

Ainsi il est bien établi que les oscillations thermométriques, du point le plus bas sous zéro au point le plus élevé à l’ombre, parcourent en Algérie, dans la période annuelle, une échelle de plus de 55°; voila déjà une donnée importante pour le physiologiste, mais ce n’est pas tout.

De môme que la température à l’air libre de Paris ne saurait être indiquée par les thermomètres des caves de l’Observatoire, par exemple, de même en Algérie pas plus qu’autre part les observations prises à l’ombre

(1) D’après M Aimé,

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES

ne sauraient donner une idée de la température supportée par le colon et le soldat quand ils agissent en plein soleil. Que le physicien de cabinet dédaigne, s’il l’entend, les observations thermométriques prises au soleil, libre à lui, mais, nous le répétons, le physiologiste ne saurait s’en passer dans ses investigations étiologiques. 11 doit savoir en effet que pendant les ardeurs caniculaires, surtout par les jours de sirocco, l’homme agissant sans abri, est plongé dans une atmosphère aussi embrasée que celle des étuves de ces manufactures de coton, dont M. Villermé a signalé les pernicieuses influences (40, GO et 65°) sur les populations ouvrières qui y vivent, ou plutôt qui y meurent.

Voici quelques-unes des températures que nous avons recueillies dans les camps et au soleil.

Le 25 mai 1846, à L’Oued-Ruina, le thermomètre (échelle sur bois) a

marqué à midi ^

Le 20 juillet 1847, au camp de l’Oued-Merdja (gorge de la Chiffa, petit Atlas), sur un petit mamelon à 75 mètres au-dessus de la rivière par le plus brûlant sirocco que nous ayons jamais ressenti, le thermomètre suspendu à hauteur d’homme, sur le plan incliné formé par la paroi extérieure d’une tente à 46 hommes et sous les rayons directs du soleil , a marqué cà 2 heures 66°.

A 5 heures 70.

A 5 heures 25 minutes 58°, Réaumur, qui valent si nous comptons

bien 72° 4/2

En même temps la température de la tente était de . 65° 5/4

Une carte géographique collée sur toile, que nous avions laissée étalée sur notre planchette de travail, se fronça comme un parchemin crispé au feu, de telle façon qu’il fallut attendre l’humidité du lendemain au matin pour pouvoir la plier dans son étui.

Un morceau de cire d’Espagne se ramollit au point qu’en le soulevant, une partie filante resta adhérente à un porte-plume métallique et au tapis sur lesquels il se trouvait. Si les substances inertes étaient ainsi modifiées dans leur état, nous laissons à penser ce que devaient éprouver les êtres vivants; les végétaux étaient desséchés, les feuilles des orangers particulièrement étaient racornies comme si elles avaient subi une forte gelée; nos chevaux étaient mornes et abattus; du parc aux bœufs parlaient par intervalle de sourds mugissements, nos chiens interrompaient souvent leur haletante respiration pour pousser des cris plaintifs, seule une jeune gazelle que nous avions ramenée du désert, se tenait au repos sousla tente, dans l’attitude de l’impassibilité, et nous tous blottis sous nos gourbis, car personne n’était aux chantiers ni debout pendant cette tempête, nous étions dans le plus indicible malaise. Ce fut à grand’peine que, sur nos instances, nos camarades se décidèrent à en sortir un instant, pourvoirde leurs yeux une indication thermométrique si extraordinaire. Bien qu’en effet, tous ces phénomènes ne pussent trouver leur raison d’être que dans une température tout à fait exceptionnelle, bien que C. Broussais eut noté

ÉTUDES CLIMATÉIUQUES ET MÉDICALES

00- DU soleil en 1845, bien que M. Philippe eût déjà noté 02“ à Isly, bien que nous eussions nolé la même température le 5 juillet 1847, dans ce même camp de l’Oued-Merdja, bien que 05“ eussent été observés à Orléansville et à lliscara, bien que l’ascension de la colonne thermométrique à 72 12 nous rendit compte de ce que nous observions et éprouvions, en présence d un chiffre si élevé, nous nous primes cependant à douter du langage de notre instrument et, en rentrant à Alger, notre premier soin fut de le comparer à plusieurs autres, avec lesquels il se trouva parfaitement d accord, cela va sans dire.

Puis placé à demeure dans l’embrasure de notre fenêtre, dans la fraîche rue des Consuls, ses ascensions ne dépassaient pas 28". Enfin le même instrument toujours exact dans ses indications, après s’être élevé dans de si hautes régions dans les flancs de l’Atlas, devait s’abaisser à 4" sous zéro au pied de l’Apennin (à Frasc.ati).

Ainsi donc il est bien et dûment avéré pour nous, qu’au cœur de l’été et pendant les bouffées embrasées du sirocco, on peut se trouver en butte à une action solaire qui, directe et prolongée, peut échauffer un thermomètre jusqu a 72" 1/2. lout physiologiste inter quos, peut calculer les perturbations qu’il en doit résulter dans l’organisme!

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