‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 105 sur 215 · MÉDICALES · texte numérisé non relu

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tous les usages de la vie, et qui notamment en faisaient leur boisson journalière, alors qu’on admet précisément que la muqueuse gastro-intestinale serait une des principales voies d’absorption des miasmes. Ou bien encore eût-il fallu attribuer une action fébrigène, à divers emplacements du voisinage ayant élé occupés par des tribus émigrées et par la colonne expéditionnaire de l’Ouaranseris, qui y avait bivouaqué une nuit! Mais il n’est pas. de bivouac, pas de camps, pas de casernes de cavalerie ou d’infanterie qui n’aient, alentour, des accumulations de détritus organiques, bien

souvent autrement abondants que ceux que nous pouvions avoir à l’Oued- Ruina.

D’ailleurs, quelles que puissent être les influences de ces conditions, il est certain qu’elles étaient de nul effet par elles-mêmes, tandis que quiconque, resté jusque-là dans les apparences de santé normale, se baignait dans l’Oued- Ruina, était aussitôt pris de fièvre ; nous ne pûmes plus avoir de doutes à cet égard après le fait suivant :

Le 26 mai, accablé parle sirocco, ne tenant plus sous le gourbi, nous nous laissâmes aller, à notre tour, à l’idée de nous plonger dans la rivière, autant désireux de nous rafraîchir, que de voir par nous-même ce qu’il en, adviendrait. Tout d’abord nous avons éprouvé la sensation d’un indicible bien-être ; longtemps immobile, nous nous laissâmes caresser par le courant, opérant ainsi une soustraction incessante de calorique par irrigation générale et continue, et nous ne songeâmes à sortir de l’eau que, lorsqu’ayant ainsi subi un refroidissement par épuisement, des frissons nous firent éprouver un sentiment de malaise général. Au sortir du bain, le soleil qui auparavant nous grillait, ne put nous réchauffer; la réaction ne se fit pas. Par défaut d’appétit, nous ne pûmes manger au repas du soir, et notre état de malaise était encore augmenté par une céphalalgie occipitale marquée, le pouls restant faible et lent. La veille, nous avions dormi à peine couvert; ce soir-là, deux couvertures et notre caban nous semblèrent légers. Non-seulement le sommeil ne vint pas à son heure habituelle, mais il y eut insomnie la plus grande partie de la nuit. Après quelques heures d’un sommeil agité, dans la matinée du 27, chaleur âcre sans moiteur à la peau, pouls à 70, langue pâteuse, céphalalgie occipitale fixe et profonde; lassitude, courbature, accablement, langue chargée, anorexie, soif assez vive, céphalalgie occipitale fixe, insomnies, quelques frissons vagues et des bouffées de chaleur alternant de même que l’état du pouls, tels furent les principaux symptômes qui allèrent progressant le 28, le 29, le 50, le 51 , contre notre attente, car nous conservions l’illusion de n’avoir qu’une indisposition passagère. Le 1er juin, le camp fut levé pour aller aux travaux de Milianah à Teniel-el-Ilad. La première journée de marche nous fut surtout incommode par une vive insolation, augmentant la céphalalgie et la soif, en même temps des coliques sèches survinrent le soir, au bivouac du pont du Chélif à El-Kantara. La deuxième journée fut plus pénible encore; la fatigue générale était telle, que nous tenions le pommeau de la selle à deux mains pour ne pas tomber de cheval, quoi-

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queau pas. La fatigue lombaire était excessive, et n’était surpassée que parla douleur cervico-occipitalc fixe; jamais l’insolation ne nous parut plus vive, malgré la protection d’un léger caban blanc, d’usage en été, et sous le capuchon duquel nous étouffions. La soif était ardente, et il nous semblait que des fruits ou du lait auraient pu la calmer; vain désir en échange duquel nous ne trouvâmes, à la halte, que l’eau chaude et peu limpide du Akem.

Tout le corps était en feu, et cette chaleur mordicante générale coïncidaitavecla céphalalgie la plus violente, nous devrions dire la plus atroce, qu’on puisse imaginer. Quelques gorgées de limonade, prises au marabout sous Milianah où nous passâmes la nuit dans la plus vive agitation, n étanchèrent pas la soif qui nous tourmentait. Force fut bien de renoncer à aller plus avant, et nous finies un suprême effort pour monter, le 5 jùin au matin, à Milianah (1). Une potion laxative, de la camomille et de la limonade n’empèchèrent pas le paroxisme de la fièvre rémittente de revenir aussi intense le soir. Il n’est pas possible de rendre ce qu’est cette céphalalgie gravative. Ces rêvasseries à demi-réveil, ces affreux cauchemars, cette incessante agitation, cette accablante insomnie, cette chaleur mordicante et générale, celle accélération, cette précipitation du pouls, et ces excessives sueurs d’une fétidité si caractéristique de la fièvre, obligeant maintes fois à changer de linge; ajoutons aussi la coloration rouge-brique de l’urine, son état trouble et sédimenleux. Après la détente qui suit la transpiration dans la matinée, le faciès, qui était animé la veille, est alois altéré, blême, la bouche est pâteuse, la langue, aux papilles boursouflées et blanchâtres, est d’un gris sale, sèche et râpeuse, pendant que les mains, macérées parla sueur, sont moites et flétries.

Il devenait urgent de recourir au sulfate de quinine; nous prenons sept pilules d’un décigramme chacune, qui n’empêchent pas le paroxisme de revenir le soir, et d’être suivi d’une abondante transpiration. Notons qu à part les frissons vagues des premiers jours, la période algide faisait complètement défaut, et que la chaleur continue ou redoublée occupait seule toute la scène. Le 5, huit décigrammes de sulfate de quinine, limonade citrique, infusion de camomille. Le paroxisme, quoique affaibli, reparaît encore; la prostration est excessive, et il se manifeste une douleur fixe a l’hvpocondre droit. Il n’y avait plus à hésiter, c’était à plus haute dose qu’il fallait prendre l’anti-périodique, à un gramme et au-dessus, comme nous avions l’habitude de le faire pour les cas graves, parmi lesquels nos accès pouvaient assurément être rangés.

Le 0, quinze décigrammes de sulfate de quinine; la rémission se prolonge, et les tintemenls d’oreilles, la dureté d’ouïe et le tremblement nerveux des mains nous révèlent l’action plus prononcée du médicament.

Le calme, à part la céphalalgie occipitale, se continue; quelques heures de sommeil passable nous valent un grand bien-être ; toutefois, la diapho-

'ij Sur les pentes au versant sud du Zacehar.

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rèse est abondante, et la douleur de l’hypocondre droit réveillant une douleur sympathique a l’épaule du même côté, nous fait craindre que la congestion du loie ne devienne une fâcheuse complication. 11 n’y a cependant pas de douleurs à la pression; la palpation la plus attentive ne nous rende pas d augmentation de volume de l’organe hépatique, mais il n’y a pas a se méprendre sur le retentissement qui s’y est produit; ajoutons que nous préférions le décubitus sur le côté droit. Rien de particulier du côté de la rate. Le calomélas provoque des selles bilieuses.

Léger redoublement le 7 au soir, suivi de sueurs.

Le 8, rémission marquée, camomille, bouillon au jaune d’œuf.

Le 9, selles bilieuses dyssentériques avec mucosités et tenesuie ; eau gommeuse, pilule d’opium — céphalalgie occipitale, nouveau redoublement le soir, sueurs abondantes. La fièvre tend ainsi au caractère double

tierce.

Le 10, apyrexie, cessation des symptômes du côté du foie, quelques selles diarrhéiques; soupe maigre, œuf à la coque, eau gommeuse, pilule d’opium le soir.

Le 11, huit décigrammes de sulfate de quinine dans la prévision de l’accès tierce qui n’est enrayé qu’en partie; éruption d’herpes labialis, ce signe caractéristique de l’intermittence, mais presque toujours de bon augure.

Le 12, apyrexie tout le jour; soupe maigre et deux œufs.

Le 15, jour de l’accès présumé, un gramme de sulfate de quinine; apyrexie.

Dès ce moment, la convalescence commence à s’établir; mais la faiblesse générale, la pâleur et l’impressionnabilité nerveuse sont excessives.

La sensibilité est réellement exaltée en pareil cas ; ainsi, l’odorat perçoit et trouve insupportables les moindres odeurs ; l’œil évite la lumière, et le plus faible bruit fatigue l’oreille, toutes particularités qui révèlent la surexcitation nerveuse. Ajoutons encore qu’à nos premières sorties, d’un pas bien chancelant, en traversant seulement une largeur de rue, l’insolation retentissait douloureusement à la nuque.

La convalescence fut pénible jusqu’à la fin de juin, époque vers laquelle nous pûmes supporter la voiture jusqu’à Blidah. Ce que produisit ce changement d’air fut aussi subit que merveilleux. L’appétit, perdu depuis plus d’un mois, se réveilla instantanément dans la Mitidja, et continua àDouara et à Alger où, sous l’influence d’un régime réparateur, nous commençâmes à recouvrer nos forces.

Nous abrégeons cette longue observation, dont tous les développements ont leur place dans d’autres éludes, spécialement consacrées à l’Algérie. Qu’il nous suffise ici, d’avoir mis en relief les conditions étiologiques où a été placé l’organisme, pour arriver à la manifestation fébrile, et le rôle que le système nerveux a pris à cette manifestation.

Il n’était pas possible d’avoir des faits plus significatifs, pour montrer, d’une

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part, l’innocuité de la cause prétendue latente dite première : le miasme, et d’autre part, au contraire, la nocuité des causes dites occasionnelles, notamment la chaleur et le refroidissement par immersion. Depuis, en tant d autres circonstances, des causes analogues nous ont si fréquemment montré leur action fébrigène, en dehors de toute influence paludéenne que, progressivement, nous avons été amené à les considérer comme étant seules agissantes, dans la production de la fièvre.

Analysons, abstraction faite de 1 hypothèse du miasme, les phénomènes qui se sont succédé, pour faire passer l'organisme de l’état, de santé à l’état anormal et maladif. Comme fait primordial, nous avions subi, avons-nous dit, les atteintes du sirocco et de la grande chaleur qui les occasionne; qu’il nous suffise de rappeler que, dans le milieu du jour, le thermomètre marquait 40° 14 sous le gourbi, et 50°> sous latente. Si le calorique, à quantité modérée, est l’agent qui entretient le mécanisme de la vie, quelle ; perturbation n’y doit-il pas produire à dose si énorme?

L’impression vive et si rapidement insupportable que détermine l’action * solaire, semble dénoter une excitation de tout le système nerveux, dont la ; perversion fonctionnelle peut être poussée parfois, à son summum d’inten- -sité, et l’homme tombe sidéré parla chaleur. Faits qui augmentent les données qui font préjuger des relations intimes qu’il y a, entre les fluides impondérables et l’influx nerveux.

Toutefois, sous l’influence de l’action solaire, il est un autre phénomène dont le physiologiste doit aussi noter l’importance. Quand le sirocco soutrie, qu’on est dans un lieu encaissé, dans une véritable fournaise où le thermomètre au soleil peut dépasser 60 et 70% l’air qu’on respire est tout ta la fois très— di I a t é , très-chaud et très-sec, trois conditions pour que l’hématose soit en souffrance. On respire, mais il semble qu’on respire dans le Ode; lair prend à la gorge par sa sécheresse, son état anhydre, pour ainsi dire, fait qu il absorbe avec instantanéité la transpiration qui n’a pas le temps d humecter la peau, dont la surface est chaude et sèche au toucher. Les muqueuses sont aussi moins lubréfîées, et les paupières semblent glisser avec frottement sur le globe oculaire; les secrétions sont taries; 1 urine est rare et chargée; on éprouve un malaise indéfinissable qui ne permet de trouver aucune position tenable, sous la triple étreinte 'le la chaleur, de la soif et du manque d’air. Chaque inspiration fournit l)ien aux poumons autant de fluide aérien que leur capacité peut en recevoir; mais cet air dilaté outre mesure ne fournit plus, sous un môme volume, qu’une quantité d’oxygène moindre que si l’on respirait de l’air à température ordinaire. La respiration ne s’accomplit donc qu’imparfaitemenl ; en même temps, il y a turgescence périphérique très-prononcée, es veines sont gonflées, et il n’y a rien d’exagéré à appeler cet état semiwphyxique.

, Mais n°us savons, à n’en pas douter, que le sang est l’aliment de tout organisme, que, s'il est riche et vivifiant, tout le jeu fonctionnel marche Parfaitement, tandis que le contraire a lieu si l’hématose se fait mal. Aux

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troubles nerveux déjà signalés, il faut donc ajouter ceux qui résultent d’une sanguification languissante et incomplète, commecause de l’indicible malaise éprouvé en pareil cas, et dont le paroxysme peut arriver jusqu’à l’asphyxie.

Ainsi, donc, sous l’influence d’une chaleur intense, il se produit d’une part des troubles fonctionnels très-considérables du côté du système nerveux. A ces troubles s’ajoutent ceux qui résultenl d’une hématose en souffrance. Sous l’influence de ces phénomènes anormaux, qui réagissent les uns sur les autres, l’organisme est jeté dans un état de perturbation générale qui, s’il n’est pas la maladie, est déjà loin du moins de l’état physiologique. Dans cet état, nous avons été entraîné à faire allopathiquement de l’hydrothérapie ; tourmenté par la chaleur, nous nous sommes jeté à l’eau. Cette immersion a soustrait brusquement une quanlilé de calorique considérable à tout le corps; le mouvement périphérique, chaleur et expansion à la peau, a été violemment répercuté, et les funestes effets de cette répercussion n’ont pas, nous l’avons vu, tardé de se manifester.

Il faut se rendre à l’évidence ; c’est dans l’ensemble de ces phénomènes morbigènes changeant les conditions dynamiques, jusqu’alors normales, qu’il faut placer entièrement la cause irrécusable de la fièvre qui s’ensuit. Mais avant d’aller plus loin, dans l’analyse des conditions morbigènes des perturbations physiologiques qui s’ensuivent, comme causes prochaines de l’état fébrile, vidons ici une question préjudicielle.

L’immersion, dans les cas que nous venons de citer, a été la cause déterminante de la fièvre; comment se fait-il cependant qu’on soit arrivé à en faire un moyen de médication dans les établissements hydro-

thérapiques ?

Tout d’abord, nous pourrions retourner l’argument et dire, à notre tour : l’immersion dans l’eau froide, le corps étant en sueur surtout, peut déterminer plus particulièrement dans les pays tempérés du nord, une fluxion de poitrine; comment se fait-il alors qu’on soit parvenu à faire, de l’immersion, un moyen thérapeutique? C’est que tout git dans le mode d’action spéciale du moment des divers agents de la nature sur l’organisme; l’aliment, en certains cas, peut devenir mortel; le poison manié convenablement peut devenir agent de médication. La différence qu il y a entre réchauffement et le refroidissement alternatif du corps en hydrothérapie, ou en plein soleil et en plein vent, est toute la différence qui sépare une action complexe dirigée de façon à pouvoir la rendre utile, de celle

qui, abandonnée à elle-même, peut devenir nuisible.

Le grand principe de l’hydrothérapie, c’est de provoquer une série d’actions et de réactions, par l’emploi varié de l’eau froide. Sédations et réactions, réactions et sédations, voilà ses moyens, pour chercher à rétablir, en certains cas, l’équilibre fonctionnel. Mais ces moyens, elle les emploie avec circonspection et avec une foule de précautions, qui précisément servent à contrebalancer, pour l’ordinaire du moins, en en tirant parti, ce que l’eau, dans ce mode d’emploi, pourrait avoir de dangereux. Mais qu un

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individu, venant de subir une insolation vive et prolongée, couvert de sueur, se jette dans des eaux limpides et froides comme celles du Cydnus, qu’il s’y oublie au point de laisser opérer chez lui une telle soustraction de calorique, que la réaction ne puisse se reproduire au sortir de l’eau, et celui-là, s’appelàt-il Alexandre, se trouvera pris de telle ou telle affection grave dont un Philippe ne le guérira pas toujours (1).

Nous appliquerons les même réflexions à cette pratique des peuples du Nord, des Russes en particulier qui, sortant de l’étuve, vont se rouler dans la neige. A quelle condition se livrent-ils à celte singulière pratique? A la condition de favoriser la réaction qui s’ensuit en se couvrant de fourrures, et en allant se reconforter aussitôt. Mais les individus dont nous parlons, se gardent bien de séjourner dans la neige jusqu’à laisser s’opérer une soustraction de calorique jusqu’à épuisement, et c’est là qu’est le point capital de la question de chaud et de froid.

L’impression du froid sec ou humide semble ne devenir dangereuse qu’autant que, dépassant les limites où elle peut provoquer une réaction plus ou moins salutaire de la part de l’organisme, elle est poussée jusqu’à une limite exagérée.

C’est en vertu de ces faits que, pour les Russes bravant tout à l’heure l’action passagère du froid, au sortir d’une étuve, le refroidissement, poussé trop loin alors, ou se reproduisant dans d’autres conditions diverses, n’en est pas moins la cause déterminante de toute cette série d’affections dont le caractère semble être d’autant plus franchement inflammatoire, qu’on se rapproche d’avantage des latitudes boréales.

De même dans les pays chauds, il arrivera que l’immersion comme les averses des pluies torrentielles, pourront parfois n’avoir aucun effet fâcheux, si l’on reste dans les conditions favorables à la réaction; mais pour des raisons physiologiques sur lesquelles nous aurons à nous appesantir, la fièvre ou la dyssenterie pourront s’ensuivre, s'il y a refroidissement par épuisement.

En un mot, avec un auteur dont nous aimons à lire les pages d’hygiène (-), nous dirons (à propos des immersions de M. Bégin dans la Moselle, dont les effets physiologiques, comme ceux éprouvéspar M.Brachet dans le Rhône, viennent à l’appui de ce que nous avons éprouvé nousraême dans l’Oued-Ruina) :

« Le froid gradué et prolongé est, dans l’eau comme dans l’air, l’un des agents les plus débilitants de la nature. » Ajoutons, avant de quitter l’hydrothérapie que, quelque parti qu’on puisse en tirer, elle n’en a pas moins des mécomptes. Le moindre reproche qu’on puisse lui adresser, c’est d’ètre bien souvent impuissante, c’est ce qui a fait dire dernièrement (3),

(1) Après avoir échappé aux effets pernicieux de celte immersion Alexandre, à Baby- Ioiic, fut saisi, encnre après s’être baigné intempestivement, d’une fièvre mortelle. (Voir la traduction du faii par M. Littré ; Algérie médicale , p. 253.)

(2) M . Michel Lévy,

(3) Gazelle médicale, 1850.

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<} d’après l’inanité de ses moyens, l’illusion du malade s’envole et la maladie reste.

D’autre part, ses revers ne sont pas rares; nous ne ferons pas ici le dénombrement des diverses maladies intercurrentes qui peuvent se développer sous l’influence du traitement de Priesnitz; qu’il nous suffise de constater qu’au nombre des affections qu’il peut provoquer entre toutes, la plus fréquemment signalée est la fièvre, soit que l’état fébrile se manifeste comme simple indisposition passagère ou plus ou moins intense et persistante (1).

Loin donc que ce qui se passe en hydrothérapie soit un embarras, nous n’y voyons qu’une confirmation de plus de nos vues étiologiques, qui seules permettent précisément de se rendre compte des accès qu’elle peut occasionner, en certains cas, par une soustraction de calorique dépassant les ressources de l’organisme.

Toutefois, nous ne forcerons pas plus les analogies en notre faveur qu'on ne doit forcer les dissemblances contre nous. Réfléchissons-y : dans l’hydrosudopathie, la chaleur ne dépasse jamais les limites de calorification que le corps peut spontanément produire, et, dans aucun cas, il ne saurait y avoir parité entre réchauffement artificiel, alors provoqué, et l’influence solaire qui a sa manière d’agir toute particulière, et détermine, tout porte à le croire, par son intensité ou le mode d’action qui lui est propre, des phénomènes électriques spéciaux dont la physiologie devra déterminer la portée.

Nous venons d’exposer au milieu de quelles conditions et par quelle série de phénomènes le fait de l’immersion avait déterminé la lièvre. Eh bien! nous allons voir maintenant que l’ensemble de ces phénomènes fébrigènes se trouve très-manifeste, très-puissant dans tous les milieux où on contracte la fièvre. Ainsi, nous trouverons des conditions hygrométriques opérant plus ou moins lentement dans l'air, ce qu’une immersion, en certains cas, peut produire plus brusquement. En effet, à part les journées de sirocco, que nous avons dit être en petit nombre, l’atmosphère en Algérie, comme dans tous les pays chauds, est essentiellement hygrométrique; impressionné par les chaudes et délibilantes vapeurs de la journée, saisi la nuit par l’humidité froide et déprimante, l’homme subira plus ou moins vile des influences fébrigènes, même dans les pays à plateaux élevés, s’il est dans l’obligation de rester exposé aux intempéries du climat, comme le soldat qui bivouaque. A plus forte raison trouvera-t-il ces influences fébrigènes dans les vallées et les plaines basses et essentiellement humides, où, la nuit, des vapeurs se condensent le plus souvent en nappes de brouillards, d’autant plus épaisses que la chaleur diurne a produit une évaporation plus considérable. Or, on sait à quel point la soustraction du calorique s’opère facilement, dans une atmosphère à grande humidité; voilà pourquoi mille part on ne subit à l’air, plus que dans les

(1) Gazelle médicale, 1851.

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contrées marécageuses, les influences fébrigènes, et par l’action de la chaleur humide diurne et par le refroidissement nocturne ; en un mot, par toutes les oscillations du calorique, d’humidité et d’électricité auxquelles l’organisme se trouve en butle.

De l'électricité. — Ce n’est pas tout, en effet, que de signaler les causes de perturbations physiologiques qui résultent de l’accumulation du calorique, sous une vive insolation, de la soustraction de ce môme calorique sous l’influence d’une immersion dans l’eau froide, ou du refroidissement nocturne, au sein d’une grande humidité; de cette alternative de mouvements expansifs et centripètes, d'une hématose insuffisante, d’une transpiration exagérée, périodiquement et brusquement supprimée, il est aussi une grande cause inhérente aux précédentes, et dont nous ne saurions méconnaître l’importance, c’est l’électricité.

L’état électrique de l’atmosphère est soumis à d’incessantes variations; par un temps beau, calme et serein, et à une température modérée, cet état électrique est dans des conditions qui semblent convenir à l’état de veille, et à la synergie de toutes les fonctions, principalement sur les massifs montagneux. Au contraire, l’agitation de l’air, son frottement contre les nuages, contre la terre, une abondante évaporation et tous les phénomènes chimiques qui s’accomplissent dans l’atmosphère, favorisent la tension électrique, laquelle, quant aux époques, est considérablement plus prononcée à la saison pluvieuse et froide, de même que l’humidité du matin est à son minimum, en été, vers le milieu du jour (1). En butte à ces influences comme les autres corps, le corps de l’homme subira des oscillations électriques très marquées et très diverses. Jusqu’où va, sous ce rapport, la perturbation chez lui, lorsqu’il est plongé dans les bouffées embrasées du sirocco, c’est-à-dire dans un air qui dépasse de beaucoup la température du sang, et se trouve mauvais conducteur, vu sa grande sécheresse? 'Quels phénomènes inverses se passent-ils lorsque, le ciel devenant nuageux et humide, et l’air étant bon conducteur du calorique ' et de l’électricité, les décompositions, les combinaisons, les réactions électriques variées et incessantes de l’atmosphère s’annoncent par des éclairs 1 continus ? D’une manière intime, nous ne savons ; mais ce que nous savons, à n’en pas douter, c’est, qu’il survient, dans l’un et l’autre cas, un malaise

(1) Los oscillations de l’étal électrique de l'atmosphère pendant les années 1845, 1 846, 1847 et 1848 (d'après M. Turley de Worcester) ont fourni les moyennes suivantes :

Janvier.

Juillet. . . .

Février. .

Août .

Mars

Septembre. .

Avril .

Octobre .

Mai. . .

Juin .

Décembre.

Quant aux variations diurnes de

'électricité atmosphérique, son

maximum est, en été,

avanl huit heures du matin et à 10 heures en hiver.

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général aussi sensible qu’obscur à expliquer. C’est alors que l’on voit se réveiller chez une foule de personnes nerveuses surtout, toutes ces dispositions dont la bizarrerie étonne le physiologiste, depuis ces perversions ou exagérations de sensibilité de certaines parties du corps, qui deviennent de véritables indicateurs des intempéries, jusqu’à ces gastralgies, ces vagues inquiétudes, ces insomnies, ces douleurs rhumatismales et goutteuses, ces migraines, ces vapeurs hystériques, ces palpitations, ces accès d’asthme, ces névroses de toute espèce qui ne trouvent souvent de remèdes, que dans le retour de la sérénité de l’atmosphère. C’est encore sous l’inlluence de notables perturbations éleclriques, qu’on observe de fréquentes récidives de fièvre intermittente et de dyssenterie; et, dans ces derniers temps, on a voulu, même à Saint-Pétersbourg, rattacher la cause du choléra à des perturbations électriques observées dans l’atmosphère. Ajoutons que la preuve la plus concluante que le corps humain subit les oscillations électriques, à un très haut degré, c’est que la décomposition de son fluide naturel peut se manifester par, des aigrettes lumineuses aux cheveux, des étincelles, des flammes de saint Elme, et être portée jusqu’à l’exposera être sidéré par le choc en retour, lorsque la foudre éclate à distance ; ces données suffiraient seules, pour nous faire préjuger du rôle actif que l’électricité doit exercer, sur l’organisme, de concert avec les autres agents agents atmosphériques, rôle qui tire encore de l’importance du rapprochement des données physiologiques qui suivent.

Devant ces faits remarquables, que la germination et la végétation sont artificiellement activées par les courants électriques ; que l’électricité fait contracter les muscles d’un animal durant un certain temps après sa mort; que la gymnote, la torpille, etc., nous démontrent la possibilité de l’existence, à l’état libre, de l’électricité dans l’organisme, que leurs décharges électriques s’opèrent sous l’influence de la volonté, par conséquent du cerveau; que des courants électriques peuvent être reconnus dans l’organisme à l’aide du galvanomètre, que les contractions musculaires font exécuter un mouvement de déviation à l’aiguille aimantée, comme le font les courants électriques; que ces courants, par leur mode de transmission, ont un autre point d’analogie avec l’influx nerveux; que, par 1 emploi de l’électricité, enfin, on peut améliorer certaines paralysies etsurtout entretenir le cours de la digestion, après la section des pneumogastriques; devant tous ces faits, on est en droit de se demander si des liens d étroite parenté n’unissent pas, d’une manière intime, l’électricité et le fluide nerveux.

S’appuyant sur les précédentes données que les sciences physico-physiologiques modernes ont accumulées et accumulent chaque jour plus nombreuses, plusieurs auteurs n’hésitent pas à admettre l’identité de ces deux

fluides, ou, du moins, à les considérer comme deux nuances d’un même agent, comme le calorique, la lumière et le magnétisme n’en seraient que trois autres nuances. Mais alors, si calorique, lumière, magnétisme, électricité et fluide nerveux, sont tous membres d’une même famille, on coin-

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prend combien il deviendrait facile alors, d’avoir la clef d’une foule d’affections nerveuses et des fièvres en particulier. La fièvre est caractérisée surtout par des variations excessives dans le mode de calorification ; or, elle apparaît de préférence dans les lieux où les variations d’humidité, d’électricité, de température et tous les phénomènes concomitants se font le plus vivement sentir, de sorte qu’ici la relation de cause à effet serait directe. Ajoutons encore que la fièvre a été définie : « l’effet de la stimulation ou, si l’on veut, de la présence de courants électriques, au sein de la généralité des nerfs de l'appareil ganglionnaire » (t).

Disons-le, toutefois, l’identité des fluides nerveux et de l’électricité est seulement plus probable que définitivement démontrée, et le langage expérimental dont MM. Person, Matteucei, Longet, etc., connaissent si bien la traduction, nous fait un devoir de nous tenir dans la réserve sur ce point.

Aussi ne saurions-nous partager entièrement l’opinion d’Eisenmann (2), qui a développé une théorie tout à fait électrique sur la production de la fiè\re intermittente. D après lui, la cause principale des modifications de 1 électi icité atmosphérique, serait dans les dispositions des diverses couches • du sol, qui agiraient à la manière d’un appareil galvanique. L’action de

1 ces couches serait d’autant plus énergique, que le liquide salin de l’électri- ■ cité, comme, par exemple, dans les inondations que forme la mer dans les terrains marécageux, y est plus abondant, et l’électricité ainsi modi- I fiée, c est-à-dire ayant une force extensive, deviendrait la cause des fièvres i intermittentes.

Pallas, continue M. Hirsch, émet tout à fait la même opinion... Il > avoue qu’après avoir été longtemps partisan de la théorie des miasmes, il est arrivé à constater que l’électricité atmosphérique modifiée, peut seule I Jevenir la cause des fièvres intermittentes.

bette théoiie, dit encore M. Hirsch, a laquelle on peut aussi reprocher pie pendant les épidémies de fièvres intermittentes ou dans les contrées ni ces affections sont endémiques, les modifications de l’électricité atmosphérique n’ont pas été démontrées avec la certitude convenable, cette théorie, à part cette lacune, rend compte de la présence des fièvres intermittentes dans les contrées où, par suite des changements considérables flîl fréquents de température, l'évaporation et la condensation changent ontinuellement, car dans ces deux circonstances, nous lrouvons&des I °urces Puissantes d’électricité, et, sous ce rapport, l’opinion de ceux qui ' rouvcnt, dans un degré élevé de l’humidité de l’air cl des changements e température, la cause des fièvres intermittentes, se trouve justifiée. hUe fait comprendre, tout en tenant compte des batteries électriques

> !J! D1’ Durand> Nouvelle théorie de l'action nerveuse , etc., ch. xxi. Paris 1845. u~rln ZhetrCheS S,Ur l'éliolocJie de la fièvre intermittente et de la phthisie pulmonaire , en i c uiquer l antagonisme topographique de ces deux affections par le docteur •• Journaux allemands. [Gazelle médicale , p. (î40, 1850).

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de la terre, la présence des fièvres intermittentes dans les endroits maré-

cageux, “exposés à de fréquentes inondations, elle permet de comprendre rendémicité des fièvres intermittentes dans les terrains volcaniques.

Bien que les considérations de M. Hirsch, appuyées sur les moyens électriques d’Eisenmann, nous prouvent qu’en Allemagne la théorie de l’intoxication miasmatique n’est plus l’objet du culte qu’on lui voue encore en France, bien que ses propositions tournent à la direction étiologique que nous suivons no us- même, nous le déclarons nettement, nous ne saurions en partager l’exclusivisme.

Par exemple,* entre autres objections aux batteries électriques d’Eisenmann,qui ne devraient avoir, nulle part, autant de puissance fébrigène que dans les terrains volcaniques ; pourquoi les fièvres sont-elles, relativement, si rares en Auvergne, contrée la plus volcanique qu’il y ait en France?

Que le jeu fonctionnel du système nerveux, dans son mécanisme intime, dépende de phénomènes électriques, que bientôt, peut-être, des expériences physiologiques viennent nous en révéler les lois jusqu’ici mystérieuses, voilà ce qu’on peut espérer; mais, quant aux influences fébrigènes que subit l’homme exposé aux injures de l’atmosphère, nous ne saurions les placer toutes dans l’action de l’électricité. Il faudrait, pour cela, qu’il fût expérimentalement prouvé que sensation de chaleur, sensation de froid, sensation d’humidité chaude, sensation d humidité froide se confondent en une seule et unique sensation qui serait la sensation électrique ; or, l’expérience de tous les instants s oppose a pareille confusion. Quand, par un temps gros d’orage, la nue décompose notre électricité propre par influence, ou quand nous nous plaçons sous 1 action d une machine électrique, nous n’éprouvons pas de sensations pareilles à celles que nous éprouvons, quand nous sommes soumis a une vive insolation et aux saisissements de l’humidité. Qu’en dernière analyse, ces sensations, par leur action simultanée, aboutissent à déterminer, dans l’organisme, des phénomènes de nature électrique, pour produire la perversion fonctionnelle du système nerveux qui constitue l’état, fébrile; voilà ce qui est probable, mais les causes qui amènent ce résultat reconnaissent trois sources météorologiques distinctes, sources étiologiques que nous désignerons sous la dénomination d’influences tliermo-èlectro-hygrométriqves , pour résumer l’action de tout l’ensemble des agents atmosphériques.

Voilà les trois grandes conditions au sein desquelles s’engendre la fièvre ; ne tenir compte que d’une, c’est 11e voir qu une lace, qu un pan du prisme étiologique des fièvres, à travers lequel nous regarderons, désormais, pour analyser tous les faits d’observation.

[)U développement et du siège de la fièvre. — Nous venons d’analyser les perturbations physiologiques, auxquelles on est disposé quand on subit l’intensité et la variabilité d’action, des phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère. Plus les contrées qu’on habite sont chaudes,

F I È VF. ES C L I M AT V. U i QUES .

basses et humides, plus ces influences sont à redouter. Tantôt brusquement par ce quelles ont d’excessif, tantôt plus ou moins lentement, par , eur répétition, elles produisent surtout un retentissement fâcheux, sur le système nerveux, qui ne tarde pas à trahir sa souffrance, soit alors que 'innervation ait été tour à tour trop excitée ou déprimée, que l’influx nerveux se soit produit alternativement en trop grande abondance ou ivec pénurie, par excès ou défaut d’aliment, par accumulation ou sousraction excessive, selon les oscillations des impondérables; ce qu’il y a le certain, c’est que cette souffrance du système nerveux se manifeste >ar une perversion de sensibilité, de calorification; c’est alors qu’appa- •aissent, à intervalles variables, ces alternatives de froid et de chaud, accompagnées de perversions corrélatives de la circulation, et dont l’ensemble constitue l’état fébrile.

Mais les souffrances simultanées de l’innervation, de la sensibilité, de la calorification, de l’hématose, de la circulation, sont autant d’éléments morbides, réagissant les uns sur les autres, et déterminant, consécutivement, les désordres fonctionnels et des phénomènes congestifs, dans tous les appareils organiques. C’est alors que, selon la disposition idiosyncrasique les individus, après certains prodromes tels que les courbatures, les pandiculations, les nausées, la céphalalgie, on voit, pendant les accès de fièvre, chez l’un prédominer Palgidité, chez l’autre une abondante diapho- ;èse; chez celui-ci la confusion des idées, le délire ou le coma; chez celuià une surcharge gastrique avec vomissements; chez un autre l’hypersécrétion bilieuse et consécutivement l’ictéri tie ; chez tel autre un flux séreux ou sanguinolent constituant, soit un accès dyssentérique, et chez 'tous les fébricitants, une sécrétion urinaire, dont les matériaux fournissent uni abondant précipité rouge briqueté et sédimenteux.

Que sous la répétition des accès et des congestions plus ou moins /iolentes qui s’ensuivent, dans les cas graves, surtout dans les pays chauds, les tissus passent parfois, de la congestion passagère à l’engorgement, de l’engorgement à l’irritation, de l’irritation à l’inflammation ; que dans des -as rares, il est vrai, l’estomac, par exemple, puisse présenter des plaques , gangreneuses, le foie passer de la congestion à la suppuration, les enveloppes cérébro-spinales fournir des exsudations séro-purulentes; que la rate se tuméfie, se ramolisse, puisse même tomber en putrilage ou se déchirer (.1), on n’aura là que les conséquences ultimes de désordres organiques, dus à des désordres fonctionnels antérieurs et bien supérieurs, dans les évolutions morbides de la fièvre. Mais prendre ces diverses lésions pour la source, l’origine môme du mal, serait aller, ce nous semble, f contre la logique des faits d’observation, et prendre l’effet pour la cause.

(1) Encore devons-nous bien fai rts celle distinction que, dans tous les cas, alors même d'ioles phénomènes congestifs ont amené la distension, l’altération, le ramollissement des parenchymes, ces désordres anatomiques révèlent l’extravasation d’une sanie, qui litière des extravasations franchement inflammatoires, des climats froids.

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Et c’est là cc ([lie Broussais avait parfaitement exprimé, par ces paroles pleines de vérité : « Une action vitale précède la lésion matérielle qui en est le produit. »

C’est tellement vrai, qu’après l’accès d’une fièvre intermittente, avant que l’habitude des congestions n’ait amené aucune lésion organique, le fébricitant semble, pendant l’apyrexie, être revenu à l’état normal.

C’est tellement vrai, que dans les fièvres rémittentes, où un appareil symptomatologique formidable fait craindre les plus grands désordres, quelquefois une ou deux doses élevées de sulfate de quinine, administrées tout d’abord, suffisent pour conjurer l’orage, et le malade passe, avec une surprenante rapidité, de l’état le plus alarmant au retour de la santé.

C’est tellement vrai, que certains accès pernicieux emportant le malade comme foudroyé, ayant porté, on pourrait dire exclusivement, sur le système nerveux, les vérifications nécropsiques les plus minutieuses, ne permettent pas de découvrir la moindre trace de lésion organique.

Ajoutons, d’autre part, que certains épiphénomènes de la fièvre, tels que l’herpès labialis, le zona, le pemphygus, sont considérés (1) comme étant sous la dépendance immédiate de troubles nerveux : ainsi donc, le mode d’action des influences fébrigènes, les perturbations physiologiques qui font naître les accès ; l’apparition et la cessation plus ou moins brusque de ces accès, le temps d’arrêt qui les suit, leurs épiphénomènes, le retour rapide vers l’état normal, l’absence de lésions caractérisées dès les premiers temps de la maladie, voire même après certains accès qui ont entraîné la mort; l’efficacité de certains agents de médication qui, comme les ventouses et les frictions vertébrales, sont plutôt des agents électriques ou de calorification (2) que de simples révulsifs; en un mot, toutes les données de l’étiologie, de la symptomatologie, de la marche, des terminaisons et de la thérapeutique de la fièvre, concourent à révéler son siège dans le système nerveux, dont la simple perversion fonctionnelle parait constituer, primordialement, l’essence même de la maladie.

De V intermittence. — L’intermittence est, assurément, un fait embarrassant en physiologie pathologique; il est surtout inexplicable par l’hypothèse de l’intoxication. Si la fièvre dépendait d’une altération du sang, par l’absorption d’un principe délétère, on ne comprendrait pas comment l’appareil symptomatologique ne se déroulerait pas d’une manière incessante, comment, en un mot, l’affection ne serait pas toujours et nécessairement continue; à plus forte raison celte continuité devrait s’observer constamment, si la maladie dépendait de l’inflammation d’appareils organiques : or, l’intermittence, caractérisée par des remissions ou des apyrexies, est le cachet essentiel des fièvres d’accès.

(1) Par M. Bomber, de Berlin. Yoy. Gaz. mêd. 1850, Deutsche Klinikci Annales de Roulers.

[2) Ajoutons encore que le sulfate de quinine même, est range dans la calégoric des médicaments qui élèvent la température animale.

FiÈvjtES climatériques.

D’après les vues éliologiques que nous émettons, l’intermittence nous semble trouver mieux sa raison d’être; la fièvre ayant son point de départ dans la perversion fonctionnelle du système nerveux, l’intermittence nous surprend moins, car nous savons que dans une foule de circonstances, et par des causes très variées, ce système dénote sa souffrance par périodes plus ou moins régulières. Les accès d’épilepsie, d’hystérie, d’asthme, de rage,lesmigraines, les palpitations, les vomissements spasmodiques, unefoule de névroses ou de névralgies, en fournissent des preuves multipliées. Même à l’état de santé parfaite, la périodicité est le propre des actes du système nerveux. Au delà d’une certaine dépense de forces, dans le cours d’une journée, il semble qu’il ne soit plus assez puissant, sauf les cas exceptionnels, pour fournir aux appareils locomoteurs, surtout la dose d’excitation qui leur est nécessaire. Le besoin de repos se fait sentir, et le sommeil qui survient permet à l’appareil de l’innervation de réparer ses perles, réparation dans laquelle la calorification joue un rôle important.

Quoi d’élonnant que, quand par des influences atmosphériques, l'innervation est brusquement troublée dans son cours, le système nerveux en donne avis, par des accès intermittents? presque toutes ses souffrances propres se traduisent par le mode de l’intermittence.

Sans doute que ces accès de fièvre tierce ou de fièvre quarte, se reproduisant avec une régularité telle qu’on peut prédire l’heure du frisson, constituent un fait surprenant; il y a cependant quelques conjectures à émettre sur cette singulière phénoménalité morbide. Le cœur d’un animal récemment abattu, bien que privé de tous ses liens anatomiques, ne se contracte pas moins durant un temps considérable, en vertu de l’influx nerveux dont il est pénétré, et les contractions ne s’arrêtent que quand le fluide nerveux êst complètement épuisé, dans tous les faisceaux nerveux musculaires et vasculaires qui entrent dans sa structure.

Mais, s’il en est ainsi pour le cœur, n’est-il pas probable qu’il en est de même pour tous les organes ; que tous ont une certaine dose d’influx nerveux, entretenue, à un degré déterminé, par le courant que le système nerveux fournit incessamment à tout l’organisme en santé? Il y a plus que des probabilités à cet égard. Un estomac, dont on a coupé les deux pneumo-gastriques, opère encore la chimification, si par des excitations mécaniques, sur des nerfs coupés, on provoque les contractions du ventricule. Un animal qui vient d'être abattu, donne des mouvements convulsifs spontanés pendant un certain temps, et bien plus prononcés et prolongés, si l’on dirige un courant électrique sur ses membres. Ces mouvements perdent progressivement de leur intensité, puis ils finissent par cesser tout-à-fait et sont impossibles, quelle que soit l’énergie du courant électrique.

D’autre part encore, les mouvements péristaltiques se continuent longtemps sur les intestins d’un cadavre. Enfin, la rigidité cadavérique ne se prononce que bien longtemps après la mort. Cela ne voudrait-il pas dire que la rigidité cadavérique, la cessation des contractions intestinales, la

ÉTUDES CLIMATÉ1UQUES UT MÉDICALES.

cessation des contractions musculaires sous le courant galvanique, ne se manifestent que lorsque l’influx nerveux, dorît le cadavre reste chargé après le dernier soupir de l’individu, est définitivement épuisé? On peut donc admettre que les centres nerveux, par la voie des cordons on filets de transmission qui en émanent, dirigent et accumulent, sur tous les appareils, une quantité plus ou moins considérable defluide nerveux, dont une partie se consomme dans les actés physiologiques, l’autre reste en réserve. Ce premier point étant établi, passons à un second.

Lorsque l’organisme subit l’impression fébrigène primordiale, c’est toujours, avons-nous vu, que les phénomènes Ihermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère, le font passer d'une température plus élevée à une température relativement plus basse ; c’est toujours qu’il subit l’action brusque du chaud et du froid à des degrés variables. Un mouvement

expansif s’étant produit, la chaleur et la turgescence de la surface du corps s’accompagnant d’une transpiration plus ou moins abondante, si, par le fait des courants aériens, d’un changement brusque dans l’état de l’atmosphère, le passage dans un milieu plus froid s’effectue, le corps subira d’autant plus l’action pernicieuse en pareil cas, qu’outre l’abaissement de température extérieure survenu, l’évaporation de la sueur favorisera d’autant plus la soustraction de son calorique. Ajoutons encore que, s’il fallait admettre l’identité du fluide nerveux et du fluide électrique, il devrait arriver alors que l’évaporation de la transpiration, agissant à titre de bon conducteur à la surface du corps, favoriserait la décomposition ou la déperdition d’une grande partie du fluide thermo-électrique naturel. Qu’il y ait déperdition du fluide thermo-électrique, ou qu’il y ait seulement, ce qui est incontestable, déperdition du calorique, il est positif que le fait du refroidissement et du refoulement central qui en est fa suite, impressionne défavorablement le système nerveux, alors comme frappé d’engourdissement, trouble la régularité de ses fonctions, et par suite met en souffrance l’innervation qui, si elle n’est pas suspendue, est au moins notablement enrayée, pendant un temps plus ou moins long, c’est-à-dire pendant tout le temps que la réaction se fera attendre.

Donc, en second lieu, l’impression fébrigène primordiale trouble la production et la dissémination de l’inllux nerveux, il y a temps d’arrêt dans son cours. Mais alors que va-t-il arriver? que les courants nerveux cessant temporairement de fournir la quantité, ou quotité habituelle d’influx, aux appareils organiques, ceux-ci agiront aux dépens de leur réserve, et, tombant ainsi au dessous du niveau de la normale du fluide nerveux qui les imprègne, l’équilibre fonctionnel sera tout à fait rompu. C’est à ce moment qu’apparaîtront les pandiculations, les courbatures, les horripilations, les frissons, la céphalalgie, les nausées, que l’algidité deviendra générale, qu’il y aura gène de la circulation capillaire, refoulement sur les viscères, que le pouls sera petit, vite et concentré, la respiration anxieuse et saccadée, (pie des vomissements auront lieu et que la prostration sera complète.

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES

Par quelle série d’actions et de réactions sympathiques le système nerveux, se réveillant de sa torpeur, dirigera-t-il ses courants sur tous les appareils en détresse qui, à leur tour, fonctionneront avec une notable suractivité? Comment la circulation deviendrait-elle accélérée et développée, en même temps qu’une vive calorification s’irradiant graduellement de la tête au dos, de tout le tronc aux membres supérieurs, puis aux membres inférieurs (1)? Comment à une chaleur âcre et brûlante, succédera une chaleur moite et fréquemment une diaphorèse excessivement abondante, pour faire place ensuite au calme de l’apyrexie? Ce sont là tout autant de phénomènes du mystère de la vie; toutefois, d’après la connexité anatomique qui unit les appareils nerveux et ganglionnaires, d’après le satellitisme, pour nous servir de l’expression de M. Serres, que les filets nerveux forment partout aux ramifications vasculaires, d’après cette considération physiologique, que c’est sous l’influence nerveuse que s’exécute la circulation, que d’après le mode dont elle s’opère dans tous les points de l’organisme, il se produit dans le sang cet échange d’acide carbonique et d’oxygène, ce mouvement de nutrition d’où résulte la calorification; que cette calorification est dès lors sous la dépendance directe de l’innervation, ainsi que l’ont démontré les expériences de MM. Flourens et Magendie {-), nous sommes autorisé à admettre que la fièvre, constituée symptomalologiquement par des troubles de circulation et de calorification, a son primum ariens dans la perturbation fonctionnelle du système nerveux, et que l’accès est sous la dépendance immédiate du défaut d’équilibre qui a lieu entre la production du fluide nerveux, sa répartition et sa dépense, comme, dirons-nous, pour emprunter une sorte de compai raison à des phénomènes purement physiques, dans ces fontaines qu’on appelle intermittentes, il y a défaut d’équilibre entre la quantité d’eau que fournit la source intérieure et la quantité qu’en soutire, par intervalles, le conduit à syphon qui leur sert de voie d’écoulement. Borelli exprimait une idée analogue, en disant que la fièvre dépend de la stagnation et delà fermentation alternatives du fluide nerveux.

N’allons pas plus avant; constatons bien, toutefois, en attendant que la lumière soit définitivement faite par voie expérimentale, là où nous

(1) Il n’est pas rare alors que des pollutions noctures se produisent, surtout à la nuit du premier accès, souvent même à celle qui précède, et nous considérons cet accident physiologique comme un signe prodromique ou caractéristique de la fièvre, et comme une autre preuve d’excitcment du système nerveux.

(2) Les travaux de MM. Flourens et Magendie avaient montré, que la section des organes nerveux céphalorachidiens entraîne un réfroidissement total ou partiel, chez les animaux à sang chaud, suivant qu’on divise les nerfs qui se rendent dans une partie limitée du corps, ou qu’on atteint les centres nerveux eux-mêmes. Ce refroidissement, (pii survient dans les membres paralysés, montre encore que faction nerveuse est l’excitant de la chaleur animale. De son coté, M. Bernard vient de constater l'augmentation de cette chaleur, par des sections du grand sympathique, notamment, par celle des filets des ganglions cervicaux supérieur et inférieur.

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n’apercevons encore que des lueurs conjecturales, qu’il y a un vaste champ de physiologie pathologique en perspective, du côté du système nerveux dont tout concourt à révéler la perversion fonctionnelle comme élément morbide initial et dominant, dans les phénomènes si variés et si complexes des manifestations pyrétiques.

Formule étiologique. — De ce qui précède, découle la formule suivante, que nous regardons comme la clef, devant nous servir à entrer dans le vaste domaine étiologique des lièvres.

1° Les phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère, par l’ensemble, l’intensité et la variabilité de leur action, sont les sources fébrigènes que nous appellerons causes éloignées de la fièvre;

2° Les perturbations physiologiques qui, sous leur influence, se produisent dans tout; l’organisme, et notamment la perversion fonctionnelle du système nerveux, sont les causes prochaines de l’état fébrile;

5° L’état fébrile, selon son intensité, sa persistance et son mode de reproduction, constitue les différents types et les diverses formes de la fièvre d’accès dite à quinquina.

Les intoxicationnistes voudront-ils nous objecter que les influences atmosphériques sont bien des causes déterminantes, mais n’agissent que comme causes adjuvantes, sur les organes préalablement intoxiqués?

A cela, nous répondrons qu’ils aient à démontrer, d’abord, que l’intoxication n’est pas une fiction, qu’elle est possible et qu’elle est bien réellement la cause des fièvres. Jusque-là, nous tiendrons pour une chimère le miasme invoqué. Et puis, qu’ils nous disent surtout ce que serait cette prétendue cause première qui resterait toujours de nul effet, sans les causes dites adjuvantes. Car nous allons examiner ce qui se passe, quant au développement des fièvres, tant de première invasion que récidivées, en tous temps et en tous lieux, et nous retrouverons si universels, si permanents, si constants, si indispensables, les phénomènes qui concourent à produire, dans l’économie, cette modification physiologique qu’on résume dans son ensemble par cette locution : Prend/ e chaud et froid , que, dominant toute la pathogénie des fièvres, elle restera seule efficace.

Et après avoir démontré que, dans tous les cas où on prend la fièvre, on retrouve nécessairement la double cause de perturbation que nous signalons, nous trouverons, de plus, que l’organisme, quand il est placé dans des conditions hygiéniques favorables, peut rester réfractaire à l’action de l’air prétendu empoisonné, de l’air marécageux.

Et quand on aura acquis la conviction que cette cause réputée première, le miasme, n’est jamais rien sans les causes dites occasionnelles qui sont toujours tout, force sera bien d’admettre, comme seules causes premières, les influences qu’on n’a voulu considérer jusqu’ici que comme causes

déterminantes.

Oui, c’est par une marche inverse de celle qu’on a suivie, qu’on doit prendre la filiation naturelle des faits. A l’époque où les sciences physi-

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES

ques étaient dans Tendance, les fièvres apparaissant de préférence dans telle ou telle condition, il dut paraître nécessaire, en théorie, de recourir à l’intervention d’une entité qui, agissant comme cause occulte, servait à -exprimer le fait, mais ne l’expliquait pas. En effet, l’hypothèse de l’exhalaison d’un principe fébrigène d’une part, et sa prétendue absorption de l’autre, dispensaient tout à la fois des éléments constitutifs des milieux où l'on contractait la fièvre, du mode (l’action de ces éléments sur l’organisme, et des perturbations physiologiques qui en résultaient, comme prodromes génésiques de la maladie confirmée. Passant par-dessus toutes ces questions qui restaient sous-entendues, l’hypothèse invoquée par l’imagination, devint le pivot d’une théorie préconçue, dans le cadre de laquelle on a cherché après coup, à faire entrer les faits. Mais il est advenu ce qui ne pouvait manquer d’arriver un jour, c’est que ce cadre resterait beaucoup trop étroit pour renfermer la généralité des faits d’observation, et mettrait : la théorie en défaut, à moins de lui donner une incessante élasticité, ce qui aboutit indirectement à reconnaître son impuissance.

Il est facile de voir, qu’arrivé à ce point, persister à soutenir quand même la doctrine de l’intoxication, c’est ne plus adapter la théorie aux faits, mais plier les faits à la théorie, c’est perdre de vue l’objet pour le : moyen transitoire, c’est oublier, en effet, que l’hypothèse fut invoquée dans le principe comme simple moyen d’attente de recherches ultérieures.

Le moment est venu où la question des fièvres, en ce qui est, du moins, de leur cause première, est entièrement à reprendre en sous-œuvre. Pré- ! férant au procédé métaphysique la méthode analytique positive, tenant compte de tous les matériaux accumulés, c’est, à notre sens, de la manière - suivante qu’il faut poser la formule du problème à résoudre :

Etant donnés les milieux où l’on contracte la fièvre, faire l’analyse de leurs éléments constitutifs, au point de vue topo-météorologique;

Ces éléments étant connus, analyser leur mode d’action physiologique, c’est-à-dire leur influence sur l’organisme;

Préciser, sous l’action de ces influences, les perturbations fonctionnelles qui, par leur nature, leur intensité, leur répétition ou leur redoublement, ' constituent l’état fébrile dans ses variétés de forme et de type.

Nous avons tenté de faire minutieusement ces diverses analyses physicophysiologiques, sous les climats où nous avons vécu, et, nous le proclamons, il ne nous a pas été donné, dans notre conviction mùrmurent formée, de laisser la moindre place aux prétendus miasmes, entre les perturbations physiologiques qui entrainentla fièvre, etles influences thermo- \ électro-hygrométriques qui leur donnent naissance. Ces influences, nous n’avons qu’à parcourir l’Algérie, et à vouloir bien examiner ce qui s’y passe, pour les trouver multipliées à chaque pas.

Action synthétique des influences fébrigènes de l'atmosphère. Ces in fluences acquièrent leur summum di intensité au voisinage des marais. — Nous avons

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analysé les éléments du climat de l’Algérie en les isolant, mais il faut s’en figurer, par la pensée, l’action synthétique (H.

Ainsi, prenant les deux saisons les plus tranchées, ou pour mieux dire, les deux saisons qui se partagent l’année entière, celle des chaleurs et celle des pluies, nous verrons la première, nettement établie dès le milieu du printemps, entretenir tout l’été la température à un degré très-élevé, l’humidité se joindre à la chaleur pour fournir une double cause de perturbation et de débilité. Ce n’est pas tout ; les courants aériens viendront y joindre l’influence de leurs brusques alternances. Tantôt par un temps calme, par une chaude matinée, on se sentira inopinément saisi par des courants frigorifiques aussi incisifs que passagers, produits par réchauffement inégal des couches de l’atmosphère; tantôt les embrassements du sirocco refouleront les courants du nord, auxquels succéderont aussi les vents froids et humides de l’ouest. D’autres fois un soleil étincelant sera tout à coup masqué par un ciel nuageux, qui assaillit de ses décharges électriques, plus rarement de ses ondées (-).

Toutes ces variations pourront avoir lieu dans la même période diurne, qui, en temps même le plus favorable, offre toujours néanmoins le froid pénétrant du matin, et surtout la chaleur intense du milieu du jour. Puis les ardeurs de la journée feront place à l’abaissement de température des nuits, rendue plus sensible par l’abondant serein des soirées et les rosées du matin.

Les variations atmosphériques ne bornent pas leurs brusqueries au nycthémère ; c’est aussi de saison à saison qu’elles ont lieu. Ainsi, aux ardeurs tropicales de l’été succède presque sans transition la saison froide, commençant avec les pluies d’automne. Alors, comme en hiver, le soleil ne vient vous frapper de ses rayons, encore ardents quand le ciel est pur, que pour vous faire sentir plus vivement les rigueurs de l’aquilon, ou du froid humide de l’ouest, rembrunissant l’horizon de ses menaçantes nuées.

En somme, intensité et variabilité d’action de tous les éléments atmosphériques, d’un instant à l’autre, du jour cà la nuit, de saison à saison, voilà ce qui constitue les traits principaux du climat algérien, que nous apellerons avec raison un climat excessif, et qui offre partout, mais à degrés divers, les conditions que nous signalerons comme exclusivement pathogénésiques des fièvres.

Partout, même sur les pitons élevés comme Boghar, sur les massifs de l’Atlas, comme Médéali, Teniet-el-Had partout nous trouvons les conditions signalées, nous les trouvons à plus forte raison dans les basfonds de plaines où peuvent se trouver des points marécageux, où l'intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère acquièrent leur maximum d’intensité.

(1) La même analyse s’applique à tous les climats ctsurtoul des pays chauds.

(2) Les pluies en été sont très-rares.

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES

Ainsi sc trouve naturellement expliquée la pernicieuse influence des marais, sans l’intervention d’une cause surnaturelle, que la physique et la physiologie repoussent également.

Des modifications physiologiques opérées , par le climat, chez le nouveau débarqué. — Nous venons de dire quel est le climat de l’Algérie. Esquissons,les modifications physiologiques que l’Européen subit, graduellement, sous son influence.

L’hiver est la meilleure saison à choisir pour arriver en Afrique, afin de marcher graduellement vers la saison chaude.

Mais, quelle que soit l’époque où s’effectue le changement de climat, le nouveau venu éprouve, généralement, un surcroît d’activité daus toutes ses fonctions, l'appétit est augmenté ; les digestions sont plus actives, la puissance musculaire plus prononcée, et il s’ensuit une sorte de pléthore, caractérisée par la largeur du pouls et l’expansion périphérique. Les chaleurs du printemps allant croissant, l’excitation cutanée est de plus en plus prononcée : de là ces transpirations abondantes, excessives, dont on est porté à réparer les pertes, autant par une copieuse nourriture que par d’abondantes boissons. Que l’homme des pays chauds se contente d’une nourriture moindre que l’homme du Nord, c’est ce que nous ne contesterons pas, mais ce qu’il y a de certain, c’est ce que les Européens en Algérie, tant par suite de leurs habitudes, que par la suractivité que leur imprime le climat, ont dans les premiers temps surtout des appétits exagérés.

La suractivité générale semble se lier à une excitation du système nerveux : bientôt, en effet, l’impressionnabilité est plus vive, l’homme devient moralement plus susceptible, plus irascible. Cependant les chaleurs de plus en plus excessives et humides, les sueurs immodérées qui en sont la conséquence, des insomnies causées autant par une atmosphère qui semble toujours embrasée, que par les insectes, surtout les moustiques, une hématose relativement languissante diminuant la plasticité du sang, la fatigue des organes digestifs, une réparation au-dessous de la déperdition, sont autant de causes qui contribuent à rompre l’équilibre, surtout chez celui dont le régime est médiocre, et qui fait une grande dépense de force, comme le soldat et le colon.

L’énergie musculaire diminue, pour être remplacée par une débilité relative plus ou moins prononcée, et l’on ne tarde pas de remarquer sur une agglomération d’hommes, un régiment, par exemple, que les physionomies naguère vermeilles et vultueuses tournent à la pâleur et au teint jaunâtre, qui va se prononçant d’autant plus qu’on a un séjour plus prolongé. C’est alors la preuve manifeste qu’on est éprouvé par le climat. Faudraitil voir là un signe d’acclimatement? Tant s’en faut. On y trouve l’indication que les individus, ayant déjà subi, d’une façon marquée, l’action de ses intempéries, sont précisément dans l’aptitude ou disposition morbide.

Nous appellerons aptitude morbide, cette impressionnabilité particulière qu’a contractée l’organisme, sous l’influence du climat, et qui le met de

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jour en jour moins en état de résister à ses atteintes. Celte aptitude, tpi on pourrait appeler aussi l’imminence morbide, a ses degrés variant d intensité et de rapidité selon les individus, les tempéraments, les constitutions, les idiosyncrasies, les sexes, les âges, les conditions de milieu, d habitudes, de circonstances, mais elles se produisent plus ou moins chez tous ; c est seulement une question de temps, dont le terme est au point où 1 organisme, impuissant à réagir comme au début, subit passivement les influences climatériques; alors, à un moment donné, une dernière impression telle qu un refroidissement, soit brusque après une course pénible, qui a mis le corps en sueur, soit lent et prolongé, comme par une nuit passée en faction, etc., amène une perturbation générale qui, de l’imminence morbide, fait passer tantôt à l’état fébrile passager, avec frissons vagues et bouffées de chaleur alternées, insomnie, embarras gastrique, herpes labialis, etc., et tantôt à la fièvre confirmée.

Nous parlons ici des cas où l’imminence morbide arrive graduellement, par l’effet du séjour, mais on comprend qu’on peut en brusquer le moment, selon le milieu où l’on sera placé et les habitudes surtout. Un régiment arrive en Afrique, au milieu d’un concours de circonstances, qui permettent de lui laisser tout le loisir nécessaire à son installation, dans les cantonnements qui lui sont assignés, il procède comme on ferait en garnison, en France, il a ses casernes, ses distributions régulières et complètes, un ordinaire réglé, des exercices modérés, et à des heures convenables. Les hommes de ce régiment fourniront alors fort peu de malades, la première année. Qu au contraire, un autre régiment arrive dans des conditions tout opposées, qu au débarqué il se trouve immédiatemens lancé en expédition, si c est surtout a 1 époque des chaleurs, on précipitera chez les hommes qui en font partie, 1 atteinte du climat, on accélérera chez eux l’imminence morbide, et en quelques mois, en quelques jours même, ils paieront un tribut, qu’on pourrait dire prématuré, aux maladies endémo-épidémiques, aux fièvres de toute espèce. Ce tribut sera en raison des fatigues supportées, sous 1 intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermoélectro-hygrométriques de l’atmosphère. Citons un exemple remarquable.

Le i 7° léger, envoyé à Bone après avoir séjourné à Oran, et y avoir expéditionné, supporta assez bien les nouvelles fatigues qu’il eut à endurer, pendant la campagne de Conslantine, en 1850 : mais quelque temps avant le départ on appela, pour compléter le corps, le 51' bataillon qui était resté en l' rance. Cette section était composée de jeunes gens grêles, chétifs, presque tous volontaires, et en trois semaines, à dater du jour du débarquement, tout le bataillon avait passé, et la plus grande partie était encore à l’hôpital (*).

Les considérations dans lesquelles nous sommes entré ci-dessus, nous expliquent pourquoi les atteintes du climat se traduisent, si généralement, par la fièvre. L organisme a été impressionné, modifié dans ses manières

(1) M. Worms, Exposr, etc.

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d’être, dans sa vitalité, la sensibilité générale a été plus exaltée; les fonctions digestives et de la peau ont été excessives, pendant que, sous l’influence de boissons aqueuses trop abondantes et d’une hématose moins active, le sang moins artériel s’est appauvri.

Dans ces dispositions, l’homme qui, plus ou moins brusquement, prend chaud et froid, gagne la fièvre et quelquefois la dyssenterie, comme dans le nord, l’homme qui prend chaud et froid, gagne le plus souvent une fluxion de poitrine. Ce qui signifie pour le physiologiste, car il y a tout un code physiologique dans ces deux mots : chaud et froid, que dans le Nord, en raison d’une température plus basse, l’air est plus condensé et fournit, par conséquent, plus d’oxygène sous un même volume, et par suite d’une hématose plus active, le sang est plus riche, plus plastique. Dans cette disposition physiologique, l’individu qui, ayant chaud, subit un refroidissement brusque et considérable, arrive à un état anormal constitué, et se traduisant par une tendance marquée aux réalisations inflammatoires, probablement autant par la prédominance de l’état fébrineux dans le sang, que par sa tendance prononcée à la coagulation, état qui se révèle à la surface des saignées par cette couenne dite inflammatoire, que nous avons proposé d’appeler, en raison de sa nature même, couenne i: fibrineuse 0), état qui réalise toute la série des manifestations inflamma- : toires.

Au contraire, dans les pays plus chauds, l’acte de l’hématose, surtout q quand le soleil est sur l’horizon, consomme, par suite d’une dilatation plus l1 considérable de l’air, moins d’oxygène que dans le Nord, sous un même nombre d’inspirations la sanguification est moins active, la grande quan- : lité d’eau qu’une soif immodérée entraîne à boire, augmente encore la - souffrance, et la masse du sang, moins plastique, a de la tendance à la dif- : fluence, à l’hydrohémie, se traduisant par la pâleur du faciès, l’atonie, la 1 débilité et une diaphorèse excessive ; sous cette disposition, l’homme qui k subit brusquement, l’action intense des phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère, éprouve des manifestations morbides qui, s s’éloignant des caractères franchement inflammatoires, tirent souvent leur principal cachet des flux séreux ou sanguinolent, mais revêtent principalement la forme pyrétique, sous l’influence de laquelle le sang va 1 constamment s’appauvrissant.

En effet, d’après les intéressantes recherches de MM. Léonard et Foley, sur l’état du sang dans les maladies endémiques de l’Algérie (2), il résulte que la diminution de la fibrine, des globules de l’abumine, des matériaux solides, du sérum, et l'augmentation de l’eau du sang, sont en raison de la durée et de la récidive de la fièvre.

Nous pourrions, sans doute, caractériser ces deux états de la masse du

(1) Des concrétions fibrineuses polypiformes du cœur développées pendant la oie , thèse couronnée (prix d’anatomie et de physiologie). Montpellier, 184-1, n° 67.

('2 Mémoires de médecine militaire , t. 60.

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sang en (lisant : De même que, dans l’état précédent, le sang devienl liyper fibrineux, de même ici ce fluide devient hypofibrineux. Ces deux expressions seraient sans doute en rapport avec le langage hématologique du jour, mais exprimeraient-elles tout? Nous croyons qu’il est, dans certains cas, préférable pour le pathologiste d’employer des termes génériques plutôt que des mots à signification trop restreinte. Ainsi, état hyperfibrineux et état hypofibrineux du sang, ne désigneraient que la prédominance et la diminution d’un élément dans la constitution de ce fiuide. tandis que plasticité et diffluence signalent tout l’ensemble de deux états généraux opposés.

En résumé, de même que c’est dans les intempéries auxquelles l’homme est exposé dans les régions du Nord où l’air est généralement sec et froid, qu’on va rechercher les influences qui produisent ce protée pathogénique fébrile qu’on appelle inflammation, de même, c’est dans les intempéries auxquelles l’homme est exposé dans les contrées plus méridionales, dans les éléments, chaleur, humidité chaude, humidité froide, agissant alternativement sur l’organisme, qu’il faut rechercher les causes de ces perturbations du système nerveux et de l’hématose, produisant un trouble fonctionnel général, se traduisant par la perversion de la calorification et de la circulation qui constitue la fièvre.

Pareillement, c’est dans les mêmes perturbations, opérant plus spécialement une répercussion du mouvement expansif du tegment externe sur le tegment interne, qu’il faut rechercher la cause delà dyssenterie. C’estdans les mêmes perturbations, et surtout dans la souffrance où se trouve l’hématose, au milieu d’une atmosphère raréfiée, pauvre en oxygène, dans une sanguification incomplète, dans cette surcharge du sang veineux de tous les matériaux dont il aurait besoin de se débarrasser, qu’il faut aller chercher aussi la cause de cette affection si redoutable pour l’homme du Nord dans les pays chauds, l’hépatite chronique avec toutes ses variétés, qui, rare en Algérie, comme affection idiopathique, est plus particulièrement consécutive aux fièvres et à la dyssenterie.

En un mot, dans les pays méridionaux comme dans les régions septentrionales, c’est dans l’analyse des influences thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère, que l’étiologie puisera ses données les plus nombreuses et les plus sûres.

Quoique, en effet, les manifestations morbides diffèrent selon les latitudes, c’est toujours et partout le même danger que nous avons à redouter. Nous sommes donc autorisé à dire: Dans le Nord, les fièvres sont, en raison inverse, des affections inflammatoires; et, dans le Midi, les affections inflammatoires sont, en raison inverse, des affections pyrétiques. Tel est le grand antagonisme qui sépare les influences morbigènes et leurs réalisations morbides, en ce qu’elles ont de plus général, dans les pays froids. et les pays chauds.

Bien entendu, en effet, que nous signalons là les grands traits caractéristiques delà pathologie, selon les latitudes ; mais les localités intercalaires

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fournissent un certain nombre d’exceptions, selon leur altitude et leur constitution topo-hydrographique. C’est ainsi que, dans les contrées du \ord où dominent les affections à caractère inflammatoire, seront disséminées des localités basses, humides, plus ou moins marécageuses, donnant un cachet plus spécialement pyrétique à leur pathologie.

De même, dans les latitudes méridionales se trouveront des localités élevées, où en raison même de leur altitude, d’une aération plus vive, d’une chaleur plus tempérée, d’une saison froide et quelquefois rigoureuse et prolongée, le génie inflammatoire pourra, surtout en hiver, gagner sur l’élément pyrétique. Certains tempéraments, constitutions ou idiosyncrasies, pourront ainsi présenter parfois des affections s’écartant plus ou moins de la physiologie médicale de la région, mais on ne saurait voir là que des exceptions qui confirment la règle générale.

Procédons désormais à l’examen des faits qui se présentent à l’observa- I ion en Algérie.

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