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EXPOSITION ET INTERPRÉTATION DES FAITS D’OBSERVATION

Le développement endémo-épidémique des fièvres suit les phases de la raison des chaleurs. Avril et mai sont les deux mois les plus favorables de l’année. A cette époque, l’état sanitaire est très satisfaisant dans toutes les localités, les corps de troupes donnent peu de malades, et les hôpitaux sont généralement dégarnis. C’est alors le moment le plus propice pour entreprendre les travaux d’utilité publique ou de colonisation et les expéditions.

La douce température des jours et des nuits permet alors de trouver, sous la tente, un abri suffisamment protecteur. A ce moment aussi, Je vert et l’eau, deux choses indispensables à une colonne expéditionnaire, se trouvent à peu près partout ; et c’est alors seulement qu’on peut tenter les explorations du Sahara algérien. Ces expéditions, toutefois, ne peuvent guère se prolonger au delà de mai, car, déjà, aux derniers jours de ce mois, il nous est arrivé de trouver plus d’un oued , où nous nous étions désaltérés en allant vers le sud, être, au retour, à l’état de rio secco .

Le printemps et ses bénéfices sont donc de très-courte durée : rapidement on arrive aux grandes chaleurs et à leur pernicieuse influence. Aussi , les fièvres qui commencent à poindre avec les premières bouffées du sirocco de mai, acquièrent un certain développement en juin. C’est l’ouverture de la saison endémo-épidémique qui se trouve en pleine activité en juillet, et à son summum d’intensité en août. Sa période d’état dore jusqu’à la fin d’août. En septembre, commence la période de déclin qui se prononce surtout en octobre, et l’endémo-épidémie finit Par s 'éteindre en novembre et en décembre. Laissons parler les chiffres : •fois bataillons de guerre du 36°, formant un effectif moyen de 1 ,800

ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES

hommes ont fourni, clans le courant de 1847, les entrants aux hôpitaux ci-après :

lr Trimestre. .

2e Trimestre. .

3e Trimestre.

4e Trimestre. .

Fiévreux .

Blessés

Vénériens

Galeux

c’est-à-dire que les fiévreux ont été aux vénériens blessés et galeux comme 6 est à 1 , et que les fiévreux du 3P trimestre ont dépassé ceux de: trois autres trimestres réunis.

Si surtout nous consultons le mouvement général des hôpitaux, dans le: statistiques publiées par le Gouvernement, sur la situation des établissements français en Algérie, nous trouverons, de la manière la plus évidente la corrélation qui existe entre l’intensité des chaleurs et l’intensité di l’endémo-épidémie (G. En effet, les entrées aux hôpitaux militaires on été, par périodes mensuelles, comme il suit, pour les années 1840, 1841 1842, 1845 et 1844, réunies :

Janvier. .

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Septembre 56,04'

Octobre 51,15

Novembre 37,75

Décembre 28,83

Ces chiffres montrent la gradation que suit le nombre des entrants au) hôpitaux, selon la progression des chaleurs. De vingt et quelques milli dans les six premiers mois, il dépasse soixante mille en août, pour baisse: ensuite à partir de septembre.

Un fait aussi saillant nous indique le fondement qu’ont ces assertion intoxicationnistes, à savoir que ce serait au printemps et à l’automne qui les maladies endémo-épidémiques de l’Algérie domineraient, qu’elles dis paraîtraient ensuite quand le sol est bien desséché par les chaleurs, pou recommencer aussitôt que de nouvelles pluies viendraient faciliter I; putréfaction des substances organiques.

Les chiffres ci-dessus nous disent ce qu’il en est; c’est au summun d’intensité des chaleurs que le nombre des malades saisis par l’endémo épidémie atteint son maximum; nous ne saurions le proclamer trop haut

Ajoutons aux chiffres précédents le témoignage de quelques cas parti culiers.

Le 53,! de ligne fut employé à la route de Médéah (petit Atlas), pendan les mois de juillet et d’août. Sur près de 1,700 hommes, ce corps, aprè: six semaines de séjour en Afrique, avait envoyé 1,050 hommes aux hôpi taux et ambulances.

(1) A cette époque, il n’y a pour ainsi dire qu’une maladie, la fièvre de tout type et d toute forme, escortée par la dyssenterie.

F I ÊV H FS C L I M ATF R1QUES .

Dans le petit Allas encore, clans les gorges de Chifïa, 4,000 hommes prennent part aux travaux de la route, pendant août et septembre; 1,800 en quarante-sept jours entrent à l’hôpital de Blidah.

Par opposition à ce qui se passe sous l’influence de la saison des chaleurs, rapprochons les faits suivants de ceux qui précèdent,

« Dans l’hiver de la même année, ajoute M. Finot (1), 4,000 hommes aussi viennent travailler au fossé d’enceinte de Blidah à Coléali, au milieu des marais même de la Mitidja, et le nombre des entrants est à peine augmenté. »

« 400 hommes, dit M. Bonnafont (2), employés, du 15 mars au 27 avril, aux travaux de dessèchement des marais de la Mitidja, plongés dans la boue jusqu’à la ceinture, et passant la nuit dans ces lieux, et 510 occupés aux mêmes travaux, depuis cette époque jusqu’au 51 mai, n’ont fourni que quinze maladies développées sous l’influence des localités; » et cela, remarquons-le, à l’époque où le sol était trempé de manière à favoriser la putréfaction des détritus végétaux invoquée par la doctrine intoxicationniste.

L’endémo-épidémie des fièvres qui règne en été s’étend sur toute l’Algérie.

Les fièvres régnent endémiquement partout en Algérie, et l’endémoépidémie n’est pas, il s’en faut, reléguée dans les bas-fonds marécageux; elle s’étend dans les plaines et sur le littoral, elle gagne les premières pentes de l’Atlas, gravit leurs massifs, et sévit avec une intensité variable à Saïda, à Mascara, à Tiaret, à Milianah, à Teniet-el-Haad, a Médéah, à Sétif, à Constantine, en même temps qu’à Bone, qu’à Alger, qu’à Or an.

Ainsi, par exemple, à Bone, en 1854, il y avait :

Au 1er juin 257 malades à l’hôpital.

Au 19 juillet 1262. Dans ce même mois i en

entra 1689.

En août 1057.

En septembre 898.

En octobre 747.

A Bone, encore, en 1855, il y eut, dans le premier semestre, 1,085 fiévreux entrants, et dans le deuxième, 2, 470 (3).

A Bouffarick (point de la Mitidja, à 47 mètres au-dessus de la mer), il y eut, en 1859 (1) :

Au 1er trimestre 55 fiévreux.

Au 2" trimestre 202

Au 5e trimestre ....... 796

Au 4 e trimestre 455

(I) Statistique etc.

'v2j Mémoire de médecine militaire , t . 59.

(3) Service de M. Maillot.

(1) Service de M. Villcte. r

292 ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES

c’est-à-dire qu’il y eut plus de malades au trimestre d’été qu’aux trois autres réunis.

Cône et Boufïaricksont regardés comme insalubres; Oran Pesl beaucoup moins. Eli bien! à Oran, en 1 858 , il y eut 9).

Au l,r semestre 885 malades.

Au 2e semestre 1856

En 1859, au 1er semestre . . . 924

— au 2e semestre . . . . 1645

Blidah, au pied du petit Allas, à 254 mètres au-dessus de la mer, est plus salubre encore. Or, en 1842, il y eut (2) :

Au 1er semestre 2575

Au 2n semestre 5595

Alger est un des points les plus salubres de l’Algérre; à Alger, encore, en 1845, il est entré (3) :

Au l,r semestre . . . . . 725 fiévreux.

Au 2e semestre 1552

Médéah est sur le massif même du petit Allas, à une hauteur de 920 mètres; d’avril à septembre 1841, il y eut 677 fiévreux (4), fournis en partie par l’épidémie de fièvres rémittentes, qui se déclara au mois d’août.

Mascara est dans la zone intérieure, à une altitude de 400 mètres; M. Mayer, médecin en chef de l’hôpital, écrivait, en parlant du mois d’août : « A cette époque, les fièvres rémittentes bilieuses régnaient avec intensité.

A Milianah, à 900 mètres sur le versant sud du Zacchar, sur 1 ,750 maladies observées de juin à septembre 1840, neuf cents appartenaient aux fièvres, cinq cents aux diarrhées et dyssenteries (’>).

C’est-à-dire qu’en Algérie, l’endémo-épidémie règne partout d’une façon si tranchée, qu’en été, les entrants aux hôpitaux, dans toutes les localités, dépassent environ du double le chiffre total du reste de l’année, et cela, même dans les localités que, topographiquement, on peut considérer comme étant tout-à-fait en dehors de la sphère d’action des points marécagenx de toute espèce.

Ce fait de rencontrer des fièvres revêtant le caractère épidémique en été, sur des proportions variables, même dans des lieux complètement dépourvus de points marécageux, hors de portée de toute influence paludéenne, est un des plus grands arguments contre l’hypothèse de 1 intoxication.

Non, les marais n’étendent, pas leur sphère d’action sur toute l’Algérie;

(1) Service de M. Marseilhan.

(2) Service de M. Finol.

(3) Service de M. C. Broussais.

(4) Service de M. Rietscliel .

(5) D’après M. Brugièrc.

r 1ÈY U ES C L 1 M A T É R I Q U E S .

oui, les fièvres endémiques deviennent partout endémo-épidémiques en été; donc, la cause, des fièvres existe autre part que dans les miasmes paludéens.

Ce fait d’une importance capitale, est tellement saillant, si évident, que même ceux de nos confrères qui admettent l’intoxication paludéenne, comme cause nécessaire au développement des fièvres, sont forcés de le proclamer, sauf à y suppléer par d’autres sources.

Ainsi, d’après notre collègue et excellent ami, le docteur Félix Jacquot (l), pendant que la fièvre ravageait épidémiquement la province d’Oran, à la fin de l’été et dans l’automne de 184o, tout le monde eût la fièvre à Saïda, qui est sur un monticule, coupé à l’est par un ravin au fond duquel roule un ruisseau rapide, et qui n'a aucun marais type dans ses environs.

A Tiaret, assis au bord du plateau du Sersou (désert d’Angad), et qui passe pour un établissement assez salubre, même épidémie de fièvres en 1845.

Le poste, magasin de l’Ouisers, situé entre Mascara et Saïda, sur un monticule baigné par une source; aucun marais type. Terrible épidémie à la fin de l’été. Abandon du poste.

Aïn-Témouchen, petite redoute située dans un pays boisé, éprouva le même sort que les postes cités ; aucun marais type dans ses environs.

Quelques villes, comme Oran et Tlemcen, ne sont pas dans la sphère d’action du marais type, ajoute encore M. Jacquot; pourtant les fièvres n’y sont pas rares.

Nous faisons grâce à notre ami de la citation de la ville d’Oran qui, n’étant située qu’à trois lieues du sebka ou lac salé, pourrait être tenue en suspicion de contage par les intoxicationnistes extenseurs, mais nous acceptons, sans réserve, son témoignage sur Tlemcen, Aïn-Témouchen, l’Ouisers, Saïda, Tiaret, etc.

Ainsi, voilà deux observateurs qui, pendant plusieurs années, ont couru l’Algérie par monts et par vaux, dans les bivouacs, dans les camps de travaux d’utilité publique, dans les expéditions, même dans les explorations du Sahara, (car l’un pénétrait dans les oasis des Ouled-Sidi-Cheik, en 1847, avec la colonne du général Cavaignac (2), pendant que nous campions entre Lagouath et Aïn-Maddy, avec celle que commandait le général Yusuf); tous deux ont franchi les trois chaînes de l’Atlas, et tous deux reviennent bien convaincus que les marais sont insuffisants, en nombre et en étendue, pour rendre théoriquement compte des fièvres qu’on observe partout.

(lj Recherches sur les causes des fièvres à quinquina en général , cl en particulier sur les foyers qui leur donnent naissance en Algérie (Mémoire présenté à l’Académie nationale Je médecine, 1848).

(2) Celle exploration a été, pour la plume féconde de l’auteur des Lettres d'Afrique, le sujet d’une nouvelle excursion littéraire intitulée : Expédition du général Cavaignac dans le Sahara algérien , en avril et mai 1847, par le docteur Félix Jacquot, Paris, grand in-8u, 1840.

294 ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES

Voilà le grand fait qui nous a frappé, comme il frappera quiconque ne voudra pas fermer les yeux à l’évidence.

Comment se fait-il donc que, d’accord sur cet état de choses avec M. Jacquot, nous arrivions à des vues étiologiques diamétralement opposées? la raison en est très simple; trouvant des fièvres là où il ne saurait y avoir aucune influence pallustre ; les faits mettant ainsi complètement en défaut l’hypothèse des miasmes et de leur absorption, nous avons, pour notre part, renoncé à cette hypothèse, toute transaction nous ayant paru absolument impossible.

Notre ami, au contraire, partisan exclusif de la doctrine de l’intoxication, voulant par-dessus tout rester fidèle à ce qui est, pour lui, un article de foi, invoque à son aide le prestige de l'hypothèse, et il arrive, pour étendre les effluves dont il a besoin, jusqu’à multiplier à l’infini les foyers paludéens qui, sans égaler en puissance les foyers du marais type, n’en sont pas moins, à ses yeux, des laboratoires suffisants pour intoxiquer l’organisme, en tous lieux et à toutes les altitudes de l’Algérie. Voilà comment, parti du môme fait d’observation, nous allons, divergeant entièrement dans le cours de nos vues étiologiques.

Laissons parler M. Jacquot : « Nous voulons démontrer qu’on a donné une acception trop restreinte au mot marais , en ne comprenant, par ce mot, que certaines circonstances topographiques et hydrographiques que nous appellerons marais tjpe, tandis qu’il existe une foule de conditions ou d’accidents qui amènent la décomposition végéto-animale, source des effluves fébrifères.

« La plupart de nos chapitres sont consacrés à mettre en évidence le rôle impaludateur de ces différents foyers, dont jusqu’ici on n’avait pas bien apprécié, ou pas même soupçonné l’action, parce que leurs caractères les plus grossiers, les plus saillants, ne les rapprochent pas du marais type quon est trop habitué à considérer comme le seul laboratoire d'effluves.

« A côté du marais type, nous rangerons, comme sources miasmatiques, les eaux infiltrées dans la terre des lieux déclives, ou collectionnées en nappes souterraines ; les inondations «t le séjour intermittent, et plus ou moins prolongé des eaux, sur les jardins et les cultures de l’Algérie, le remuement et les fissures des terres, surtout des terres vierges

« Nous démontrerons que de nombreux foyers, d’aspect très-divers, fabriquent le même miasme; nous établirons que partout où régnent les fièvres paludéennes endémiques, on trouve quelques-uns de ses foyers. L'esprit satisfait peut alors rapporter , à une cause identique , ces maladies dont l’identité de nature est démontré par leur curabilité, à l’aide du même médicament, le quinquina. »

Partant de ces données, M. Jacquot attribue, à des débordements, les fièvres qui ont sévi, en 1845, sur les localités dépourvues de marais type, dont nous avons parlé plus haut.

Pour lui : « Les marais sont les causes productrices des miasmes,

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES

les alternatives de température et l’hygrométrie en sont les causes occasionnelles.

« Les alternatives de température n’ont jamais suffi à produire les pyrexies à quinquina endémiques ou épidémiques; dpeine des fièvres intermittentes sporadiques peuvent-elles se développer sous leur influence

« L’humidité seule ou le froid humide auxquels M. Lavielle a attribué tant d’importance en Algérie n’ont pas plus d’efficacité que les perturbations atmosphériques » (1) .

Puis, comme s’il doutait du rôle impaludateur des foyers accessoires qu’il vient d’évoquer, M. Jacquot ajoute :

« Les faits incontestables des fièvres limniques, dans les postes situés sur des pitons ou dans une contrée montagneuse, s’expliquent parfaitement, sans avoir recours aux alternatives de température et d’hygrométrie.

« D’abord, les vents poussent les effluves au loin et déjouent fréquemment (dit M. Boudin), les calculs qui ont pour but de limiter leur sphère d’action en étendue horizontale et verticale; nous ajouterons que l’eau, pendant la chaleur du jour, s’évapore dans les plaines basses en se chargeant de leurs miasmes, se condense le soir et laisse tomber les particules qu’elle tenait en dissolution. Or, quand l’élévation de la température et les courants qui agitent l’air ont disséminé ces vapeurs, et leur ont fait atteindre une certaine altitude dans l’atmosphère, cette condensation se fait sur les masses qui proéminent (les pitons) à la surface de la plaine, ou qui l’entourent, masses qui se refroidissent rapidement, par suite du rayonnement du calorique vers les espaces planétaires. »

Mais si M. Jacquot admet le transport illimité des miasmes dégagés par les marais types, si, de plus, il les dirige à toutes les altitudes en leur donnant des ailes par l’office des nuages, besoin n’était de sa part, avec l’expédient de cette aérostation facile, de rechercher si minutieusement des sources d’effluves fébrifères dans les fissures des terres, dans les eaux infiltrées, dans les nappes souterraines , etc.

Cette manière de tourner la difficulté en fait naître une plus grande avec une dissémination si large et si abondamment répandue partout, avec ce transport illimité ; comment M. Jacquot se mettra-t-il d’accord avec intoxicationnistes partisans du transport restreint, prétendant qu’il sulTit de s’éloigner de quelques centaines de mètres d’un point bas, humide et marécageux, pour se garantir de l’empoisonnement miasmatique, surtout si à ce faible éloignement correspond une certaine altitude?

Nous l’avons dit, en Algérie, le climat comporte partout les conditions fébrigènes, mais à degré variable, décroissant à mesure qu’en raison de l’altitude, les conditions thermo-éleclro-hygrométriques du sol et de l’atmosphère diminuent d’intensité et de variabilité d’action.

(1) Nous regrettons de ne pas connaître le travail deM. Lavielle, si, comme la réflexion critique ci-dessus de M. Jacquot nous le fait supposer, M. Lavielle repousse l’hypothèse 'h I intoxication miasmatique, nous sommes bien aise de nous trouver en conformité de v l,es avcc lui, sur ce point capital.

2l*H> ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES.

l'.nfin, M. Jacquot ajoute encore : « Nous pensons, qu’en Afrique, le fièvres se développent surtout en automne , parce que c’est l’époque où le rosées, les brouillards et les pluies alternant avec les jours chauds, sèchen et humectent tour à tour les surfaces à dégagements palustres. Au prin temps,, il a également humidité et chaleur, mais la génération des fièvre est beaucoup moins active, parce que les foyers sont encore noyés pa suite des pluies d’hiver. L’été suivant poursuit son cours, et ses foyer sont peu à peu mis à nu par le retrait des eaux; mais le soleil est, a sse ardent pour les sécher , à mesure qu'ils sont découverts, et pour empêcher aus& la putréfaction presque partout, et, d’autre part, les pluies, rares ou nulle à cette saison, ne viennent pas humecter les surfaces limniques. L automn est donc la seule époque où la putréfaction végétô-animale soit réellemen active et où, par conséquent, les fièvres à quinquina puissent facilement s développer. »

M. Jacquot n’aurait, certes, pas émis ces assertions, la dernière surtout s’il eût bien recueilli ses souvenirs; car nous avons tout lieu de croir qu’il a dû voir au 5B de ligne, pareillement ce que nous avons vu au 5(b que les malades, en été, sont plus nombreux qu’en automne.

1847. dG(! régiment de ligne. Entrés aux hôpitaux de l’Algérie ci juillet, août et septembre, 558 fiévreux.

En octobre, novembre et décembre. 20G

En plus pour l’été . ... 15 2

Été de 1848 450

Automne de la même année . . 541

En plus pour l’été ... 89

Que si ces chiffres, fournis par un seul régiment, étaient récusés commi insuffisants pour l’expression d’un fait général, nous n’avons qu’à nou adresser encore au tableau des établissements français, pour plus ampli informé, et nous trouvons :

1840. Entrés aux hôpitaux en été (juillet, août septembre). . . . fiévreux. 33.49'

— - en automne (octobre cl décembre.) 25.07!

Excédant de l’été io,42i

1841. Entrés en été 33,11!

Entrés en automne 25,22!

Excédant de l’été 7,89(

1842. Entrés en été .... 37,171

Entrés en automne ‘ 23,18:

Excédant de l’été 13,991

1843. Entrés en été 28,29c

Entrés en automne 19,948

Excédant de l’été 8,347

1844. Entrés en été 37,033

Entrés en automne . 24,300

Excédant de l’été 11,729

FIÈVRES climatériques.

C’est-à-dire, qu’en cinq ans, le chiffre des malades entrés aux hôpitaux de l’Algérie, pendant les étés, l’emporte de 52,570 sur le total des malades entrés pendant les automnes de la même période.

Voilà, sans contredit, un des obstacles les plus saillants que M. Jacquot puisse rencontrer, dans l’impraticable voie où nous avons le regret de le voir persister, lui qui avait eu toute latitude aussi, pour guider ses pas au flambeau de l’évidence.

Nous pouvons établir, sans conteste, qu’en Algérie (sans préjudice pour d’autres contrées), les maladies endémo-épidémiques, surtout les fièvres de tout type et de toute forme, sont, en raison de la prédomminance de l’élément chaleur, dans les influences que les phénomènes thermo-électrohygromélriques exercent sur l’organisme.

Faudrait-il en conclure que la chaleur seule donne la fièvre? Nous pensons qu’il n’y a pas possibilité d’isoler l’action solaire, de celle des autres agents météorologiques. Que se passe-t-il. en effet, même aux plus brûlantes journées? Qu’avec une vive insolation, on subit aussi l’action de la

chaleur humide, qui est ordinairement considérable dans les pays chauds; qu’après vient le froid relatif du soir, l’humidité pénétrante des nuits et du matin, sans parler des variations atmosphériques, occasionnées par les orages. Il est donc impossible de subir l’action solaire, sans subir toute une série de phénomènes thermo-électro-hygrométriques, dans la période de vingt-quatre heures, même par les journées qu’on peut trouver les plus chaudes et les plus sèches. Toutefois, on ne saurait disconvenir que, si l’action solaire n’est pas tout, elle est du moins, en pareil cas, le principal agent, dans les modifications physiologiques qui aboutissent à la perturbation fébrigène.

Voilà pourquoi l’action solaire commençant à devenir sensible au printemps, les fièvres endémiques apparaissent plus fréquentes au printemps; devenant très-intense en été, les fièvres régnent épidémiquement et à leur maximum; devenant moindre en automne, les fièvres sont moins fréquentes en automne qu’en été; enfin pourquoi, en hiver, l’action solaire étant au-dessous de la limite qui ébranle l’organisme, les fièvres se réduisent alors à des récidives, des accès erratiques, et très-peu de cas de première invasion.

La part de l’élément chaleur étant faite, étant bien démontré que chaque année, même par les étés les plus secs, comme en 1845, où nous avons eu une saison chaude égyptienne, c’est toujours au plus fort des chaleurs que les fièvres sévissent en bien plus grand nombre qu’en automne et qu’au printemps, et que cette supériorité numérique revient périodiquement, surtout au mois d’août; faisons la part de l’élément humidité.

De deux années, l’une étant moins pluvieuse que l’autre, quelle est celle dont la saison endémo-épidémiqüe fournira le plus de malades?

l’oser celte question, c’est la résoudre ; si, à l’intensité de la chaleur, se joint l’abondance plus considérable de l’humidité; si, aux variations de température du jour à la nuit, des orages viennent ajouter leur contingent,

ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES

l’intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère seront d’autant plus considérables.

Or, les fièvres se développent en raison de l’intensité et de la variabilité de cette action sur les organes ; c’est la saison la moins pluvieuse qui devra fournir le moins de malades.

Ainsi, pour l’année 4843, où il n’a presque pas plu à Alger, de mai en octobre, le chiffre des entrants aux hôpitaux, durant ces six mois, a été de 45,891.

L’effectif étant de 87,821.

Soit 52 p. %.

Tandis que les entrants dans les hôpitaux, de mai à octobre 1842, avaient été de , . . . . 59,109.

L’effectif de l’armée étant de 85,281 .

Soit 71 p . °|0.

Ainsi que nous l’avons établi au chapitre climatologie, la saison chaude est de six mois : on peut donc dire, avec raison, le semestre d’été ; que, si l’on veut plus particulièrement les chiffres qui se rapportent aux mois de juillet, août et septembre, nous trouvons encore, pour 1845, 52 malades p. °/0 ; pour 1842, 44 id.

Ainsi se trouve vérifié cette loi qu’Hippocrate formulait, il y a vingtquatre siècles, traduite comme il suit, de son aphorisme onzième :

« Si quidern hyems sicca et aquilonia fuerit , ver ver à pluviosum et australe , necesse est œstate febres aactas fieri. »

Ce que les intoxicationnistes expliquent par la profusion de miasmes, et que nous attribuons avec plus de fondement, nous osons le croire, à l’intensité et à la variabilité d’action plus marquée des phénomènes thermoélectro-hygrométriques de l’atmosphère.

Nous pouvons actuellement formuler le mode d’action des influences de la saison des chaleurs, en disant :

4° Les influences thermo-électro-hygrométriques sévissent comme causes fébrigènes, beaucoup plus en été qu’en nulle autre saison ;

2° Ces influences s’exerçant sur toutes les localités à degré variable, les fièvres régnent en proportion variable aussi à toutes les altitudes, mais sur des proportions relatives toujours plus considérables en été qu’en nulle autre saison;

5° Entre toutes les localités, les moins élevées au-dessus de la mer, c’està-dire les plus basses et surtout celles qui sont les plus humides ou marécageuses, sont celles où les phénomènes thermo-électro-hygrométriques, s’exerçant avec le plus d’intensité et de variabilité d’action, les fièvres séviront aussi avec le plus de fréquence et d’intensité;

4° Comme conséquence, si l’année est relativement pluvieuse à la saison chaude, un surcroît d’humidité s’ajoutant à la prédominance de l’élément chaleur, en même temps que les variations atmosphériques sont plus brusques et les oscillations électriques plus considérables, l'intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-éleetro-hygrométriques gagneront d’autant en nocuité.

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES

Les dangers de l’insolation infirment l’assertion du peu d’inconvénient qu’il y aurait, à subir les influences paludéennes, au milieu du jour.

Ce que nous venons de voir, sur les influences fébrigènes de la saison des chaleurs, révèle la pernicieuse influence de l’insolation, comme fait primordial. Or, l’insolation la plus vive s’exerçant au milieu du jour, c’est à ce moment que l'homme, agissant en plein champ, subit le plus cet ébranlement général du système nerveux qui donne, ordinairement à la fièvre, la forme rémittente. Ce fait, qui se produit en Afrique sur de si considérables proportions, met à l’index l’une des énormités de la doctrine de l’intoxication, qui consiste à proclamer l’innocuité des influences paludéennes, quand le soleil est sur l’horizon, admise sur cette hypothèse que les prétendus miasmes sont sans action dans le milieu du jour.

Nous avons dit quels sont les scrupules de la raison, pour croire que les miasmes présupposés resteraient inofïensifs au moment même où, d’après la théorie, ils sont censés se dégager le plus abondamment. Mais passerait-on sur ce point, supposerait-on, sans conteste, une subtilité dans leur nature, trop grande à ce moment pour avoir prise sur l’organisme, qu’il faudrait au moins que cette extraordinaire propriété négative, trouvât sa confirmation d’autant plus éclatante qu’on se rapprocherait davantage des pays chauds. Mais nous l’avons vu en Afrique, comme dans tous les pays chauds, c’est en été que se déclarent le plus grand nombre de fièvres, et cela, principalement chez ceux qui sont le plus exposés aux atteintes de l’action solaire, dans le milieu des jours, qui subissent la plus vive insolation.

Comment, si dans les pays tempérés, l’action solaire impondérabilisait les prétendus miasmes (qu’on nous permette de nous servir de cette expression pour chercher à exprimer ce qui ne peut l’être), au point de les rendre inertes, n’en serait-il pas ainsi à fortiori , dans les pays chauds où cette action solaire devient excessivement plus intense? N’est-il pas vrai que l’agent miasmatique serait plus volatil encore, plus impuissant à nous atteindre, plus inoffensif, plus nul? Or, c’est le contraire qui a lieu de la façon la plus tranchée. Voilà donc la doctrine de l’intoxication fourvoyée dans une impasse de sa propre théorie !

Et cela ne serait-il que pour l’Algérie? Tant s’en faut; nous avons, en I rance, des localités où les fièvres endémiques, dans les autres saisons, deviennent endémo-épidémiques en été ; nous n’en voulons pour preuve que ce qu’on appelle la canicule à Rochefort.

Sacrifie qui voudra à pareille doctrine qui, s’échafaudant d’hypothèses plus inadmissibles les unes que les autres, n’aboutit qu’à se mettre en opposition avec la réalité; pour notre part, nous le répétons, nous rompons d’une manière absolue avec sa théorie, dussions-nous plutôt, dans le champ du domaine étiologique, prendre les faits pour faits, et renoncer à foute explication, à plus forte raison si nous trouvons leur interprétation toute naturelle, dans nos vues étiologiques, ainsique nous allons continuer ale démontrer.

Dans un môme lieu, l’aptitude à prendre la fièvre varie selon une foui

de circonstances. Dans les centres de population, les fiévreux sont fourn plus particulièrement par celte partie de la population qui, exposée au plus grosses fatigues et aux privations, par nécessité autant que par ign< rance, viole toutes les lois de l’hygiène.

Tous ceux, au contraire, qui se conforment à ces lois, dont les habiludi sont hygiéniquement réglées, que leurs occupations sédentaires n’expi sent pas à des courses pénibles et multipliées, tout en vivant du mèn air que les autres, échappent à la fièvre, en bien plus grand nombre.

Aussi, parmi la population sédentaire des villes, les femmes et l enfants semblent jouir d’une sorte d’immunité relative, en comparaison ( ce qui a lieu pour les hommes, qui sont appelés à agir au dehors.

Mais, à leur tour, les individus sédentaires s’exposent à rentrer dans loi commune, aussitôt qu’à un titre quelconque, ils supportent quelqi fatigue inaccoutumée, surtout en plein soleil. Plus impressionnables, i éprouvent, plus rapidement même, toutes les perturbations physiologiqu fébrigènes,en raison directe de leur exposition aux agents lhermo-électr hygrométriques.

Objectera-t-on que les individus, employés à des gros travaux, seraie plus exposés à s’intoxiquer que les gens aux habitudes sédentaires, qu’ainsi s’explique l’apparition des fièvres, de préférence chez ces de niers ? Qu’à cela ne tienne, l’évidence a d’autres arguments. Transporton nous dans une plaine qu’on fauche ou qu’on moissonne, ou dans telle aut où des troupes sont employées à des travaux de défrichement. Eh biei ces hommes, placés dans les mêmes conditions générales, ne prendro pas tous la fièvre, comme cela devrait avoir nécessairement lieu, si l’a qu’ils respirent était infecté par des miasmes; un certain nombre reste en santé, pendant que la maladie saisira ceux qui auront contre eux ui constitution moins bonne, des écarts de régime et surtout des imprude ces de toute sorte, les faisant passer d’une manière plus prononcée ( chaud au froid.

A diverses époques de 1846, 1847 et 1848, nous nous sommes trouv

avec des corps de troupes occupés aux travaux de route des gorges i TOued-Djer. de la Chiffa et de l’Oued-Merdja, notamment dans la saisi chaude : lieux encaissés, abondante et froide humidité des nuits, chale concentrée dans le milieu du jour, remuements de terre et détritus vég taux, tel était l’ensemble des conditions au milieu desquelles nous vivion Nous avons généralement observé que les hommes qui prenaient la fièvi étaient ceux qui, malgré les avis donnés, se gorgeaient d’eau fraîche aya chaud, négligeant de se vêtir, rechercheant les courants d’air ou alla dormir sous de frais ombrages ou sur l’herbe, tous ceux, en un mot, q s’exposaient plus particulièrement à prendre chaud et froid.

Tandis que se maintenaient en santé, ceux qui procédaient avec mesu dans leurs habitudes, qui savaient à moment donné résister a la soif, :

vêtir convenablement, prendre à propos leur ceinture le soir, et dormaient sous la tente.

de flanelle, surloi

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES. 501

Mais nous le demandons, qu’est alors ce prétendu poison qui, pris à la meme dose, reste de nul elïet chez un plus ou moins grand nombre?

Objectera-t-on qu’en pareil cas les miasmes n’auraient pas prise, parce qu'ils ne rencontreraient pas un organisme convenablement disposé? Ce ne serait là qu’une subtilité peu en harmonie, d’ailleurs, avec l’agent invoqué dont on a voulu faire un poison et qui, à ce titre, devait avoir des effets constants. Mais, d’ailleurs, pour réclamer les bénéfices de cette objection, il faudrait surtout :

1° Avoir, au préalable, prouvé l’existence des miasmes; 2n Avoir donné la preuve incontestable qu’ils sont la cause de la fièvre. Or, pour arriver à cette double démonstration, il y a un abîme; cet abîme, c’est l’impossible.

Aussi ne comprenons-nous pas l’assurance avec laquelle on déclare, que les influences atmosphériques ne sont que des causes occasionnelles, facilitant l’absorption et le développement du germe de la fièvre.

Il n’v a là de germe que l’organisme lui-même qui, placé sous l’influence des agents thermo-électro-hygrométriques, contracte, par leur action directe, l’aptitude aux réalisations morbides, dont le caractère varie selon les latitudes et les altitudes.

Dans le Nord, ce sont particulièrement des affections franchement inflammatoires; en Algérie, comme dans tous les pays chauds, c’est plutôt la dyssenterie, mais surtout la fièvre.

A l’appui de ce qui précède, invoquons encore la signification du fait suivant : Dans les divers camps de travaux d’utilité publique, où nous nous sommes trouvés en station, nous avons, comme l’ont fait aussi tous nos collègues en pareil cas, traité et guéri, sous la tente, un certain nombre de fébricitants, dans le milieu même où ils avaient gagné la fièvre. N’est-il pas vrai que, si l’air avait été infecté par des miasmes, l’intoxication s’effectuant d’une manière continue, il eût été de toute impossibilité d arrêter la fièvre, dans l’atmosphère qui eût dû l’alimenter d’une manière incessante?

Donc, par cette considération encore, l’infection miasmatique de l’atmosphère des lieux où on prend la fièvre est inadmissible.

Tandis qu’au point de vue des influences fébrigènes thermo-électrohygrométriques, tout s’explique dans ce résultat; mis au repos, abrités (,(>nire ces influences sous la lente ou sous des gourbis, soustraits surtout aux fatigues, à l’insolation et à leurs conséquences, bon nombre de nos fébricitants recouvraient la santé, sans qu’il fût besoin de les évacuer sur ambulances ou hôpitaux voisins.

Pourquoi y a-t-il des fièvres sur l’Atlas?

D’après les données classiques de la doctrine de l’intoxication, les fièvres r' auraient jamais dû se développer dans les pays montagneux et éloignés de toute espèce de marais. Nous avons vu le contraire avoir lieu dans les passifs de l’Atlas . Ces faits, la théorie miasmatique ne peut en essayer 1 explication, qu’en forçant des hypothèses ou en en créant de nouvelles,

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aussi peu satisfaisantes. à l’esprit qu’impuissantes à rendre raison des faii tandis que la production des fièvres, par les influences propres ■ climat, s'explique en tous lieux. Toutefois, comme ces influences sa moins marquées dans les massifs montagneux, que l’intensité solaire, l’éj vation de la température, 1 état hygrométrique de l’air, y sont moindu que dans les plaines; il y a aussi des fièvres en moins grand nombre qj dans les plaines, ce qui revient à dire que la nocuité fébrigène des ü fluences thermo-électro-hygrométriques de l’athmosphère, diminue raison de l’altitude.

Pourquoi ces fièvres sont-elles endémo-épidémiques en été? Récidivti accès erratiques à la saison froide .

D’après la doctrine de l’intoxication, ce n’est pas alors que tout a desséché, grillé, calciné, que les prétendus miasmes paludéens peuvq se dégager, et cependant, nous avons vu que l’endémo-épidémie d fièvres acquiert, en Algérie, son maximum d’intensité précisément au m<! d’août. C’est que c’est aussi au mois d’août que les influences féhrigènes • climat y acquièrent leur sunimun d’intensité, surtout avec prédominai! excessive de la chaleur, parmi les éléments thermo-électro-hygrométrique

Par contre, en novembre, décembre, janvier, février, mars et avril, c’e à-dire pendant la saison des pluies, alors que, d’après la doctrine de Pii toxication, les détritus végétaux devraient se détremper, se macérer, putréfier, dégager des miasmes avec effervescence, et par suite multiplî à l’excès les cas de fièvre, l’endémo-épidémie disparait, il ne reste pl guère que des récidives et des accès erratiques. Précisément parce qu’aloi avec l’abaissement de température, a baissé aussi la nocuité des influenc fébrigènes du climat.

Mais, nous venons de le dire, si alors les phénomènes thermo-électr hygrométriques ne produisent, que bien plus rarement, cet ébraleme capable de déterminer la fièvre, chez un individu jusque-là exempt fièvre, ces mêmes phénomènes, en raison de la prédominance de l’éléme humidité, produisent de nombreuses récidives, et cela, souvent loin d milieux où les premiers accès ont été contractés, dans les salles de conv lescence ou dans celles des hôpitaux, sans qu’il y ait possibilité d’invoque toujours au point de vue de la théorie, une nouvelle intoxication miasm tique. L’intoxication, prise ici encore au dépourvu, invoque alors un re quat de ferment miasmatique, que les efforts éliminateurs de la natui auraient oublié dans quelque repli de la rate, et alors, à défaut de mar cage extéri ur, on admet un marécage interne (sic).

Nous n’avons nul besoin de pareille hypothèse.

Qu’on recherche, en pareil cas, les conditions dans lesquelles le malai s’est trouvé, et toujours on trouvera qu’il a subi, au froid humide, quelqi refroidissement intempestif, ou que la récidive s’est reproduite par il temps d’orage. Toujours, en un mot, on trouvera que le convalescent, do l’impressionnabilité est si vive, a subi la variabilité d’action des agen thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère. II semble alors que, soi

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES

l'action déprimante du froid humide, l’organisme affaibli par des accès antérieurs, soit-impuissant]à atteindre, ou du moins à conserver sa limite normale de calorification : aussi les récidives se produisent-elles avec une telle facilité, qu’on dit avoir affaire à des fièvres rebelles.

Voilà pourquoi les précautions hygiéniques doivent être incessantes, surtout pour le convalescent de fièvre ; mais n’anticipons pas sur les déductions pratiques de nos vues étiologiques.

Ce que nous venons de dire du mode de reproduction des récidives, s’applique de tout point à ces accès irréguliers, isolés, se jouant de toute médication, échappant à toute classification, sorte de récidives à intervalles indéterminés, et que pour cela on a appelés erratiques.

Ces accès, plus ou moins éloignés, et dans l’intervalle desquels le fébricitant peut offrir toutes les apparences de la santé, viennent encore s’opposer comme argument contre l’hypothèse de l’intoxication. Se pourrait-il qu’une viciation du sang ne traduisit, ostensiblement, ses effets que par périodes éloignées, alors que dans toutes les maladies, où nous sommes autorisés à reconnaître une altération de ce fluide, il y a un appareil symptomatologique grave et continu ? Intoxication comporte empoisonnement septique. • — Empoisonnement septique comporte gravité et continuité, sinon léthalité rapide. Tandis que les accès erratiques, souvent bénins, sont tout ce qu’il y a déplus extraordinairement intermittent.

Que doit-on entendre par incubation?

Ici se présente l’examen d’un fait très singulier, sur l’interprétation duquel les intoxicationnistes sont loin de s’entendre.

Tels militaires ayant fait campagne en Afrique, où ils ont joui d’une bonne santé, rentrant en France dans la saison froide, seront parfois pris d’accès de fièvre intermittente à eux inconnue jusque-là. Ce fait n’était pas rare parmi les médecins militaires qui passaient brusquement, chaque automne, des ambulances de l’Algérie dans les hôpitaux d’instruction de Strasbourg, de Metz et de Lille. Et les intoxicationnistes de dire alors que ce sont là des cas de longue incubation de miasmes paludéens, absorbés à une époque plus ou moins reculée.

Sans discuter sur la possibilité de pareille absorption, ni sur ce qu’il y a d’extraordinaire dans une absorption miasmatique étant censée vicier le sang, compatible, durant plusieurs années en Afrique, avec une santé parfaite, et capable de faire ensuite éclater une fièvre après retour en France, °n ne niera pas, du moins, que ces incubations à longs termes, sont théoriquement incompatibles avec cette assertion formelle de M. Nepple : « Les miasmes agissent de suite, en produisant des effets plus ou moins apparents, ou n’ont aucune prise. »

Oui, en effet, toutes les fois qu’on s’est exposé, nous ne dirons pas, avec M- Aepple, à l’action des miasmes, mais à l’action des phénomènes thermoelectro-hygromélriques, et qu’on a été impressionné au point de subir les mfluences fébrigônes, par une perturbation de l’innervation, c’est dans le moment môme de cette impression que commence l’état anormal. Toute-

ETUDES CLIMATERIQUES RT MÉDICALES

l'ois, cet état anormal, qui constitue l’imminence de la fièvre, qui en est la période prodromique, et qui se caractérise par des troubles de calorification, une céphalalgie qui fait rarement défaut, des courbatures, des pandiculations, un malaise général, de l’anorexie, de la soif, des troubles digestifs, pourra durer deux, trois, quatre ou cinq jours, avant d’être la fièvre nettement caractérisée par des accès.

Si donc on veut entendre par incubation, celte transition plus ou moins rapide de l’état qui n’est déjà plus la santé, comme nous venons de le dire, à la fièvre confirmée, transition qui ne va pas au delà de un à quelques jours, oui, l’incubation existe, mais devrait être appelée, de préférence, la période prodromique de la fièvre.

Si, au contraire, l’on prétend qu’il existe une période plus ou moins longue de santé parfaite, entre l’impression fébrigène et l’accès caractérisé, non, l’incubation n’existe pas, l’observation ne cesse de le démontrer.

Mais, si l’incubation ainsi entendue n’existe pas, il est incontestable qu’on acquiert la prédisposition aux états morbides, quand on subit les modifications physiologiques imprimées à l’organisme par le climat. Ainsi, l’homme qui s’est fait aux climats du Nord, qui, sous l'influence d’une hématose plus active, a acquis le tempérament sanguin très caractérisé, se trouve, sans être sorti encore de l’état physiologique, prédisposé par ce seul fait aux hypérémies, aux affections inflammatoires. De même, celui qui a subi les influences des climats chauds, qui par suite dune hématose plus languissante, de dépenses de forces plus excessives sous un ciel énervant, a, sans 'être encore dans l’état morbide, une sanguifi-

cation moins active, plus pauvre, et un système nerveux du tout au tout plus impressionnable, est, parce fait, prédisposé aux affections intermittentes ou au flux sero-sanguinolent du tube digestif, s il vient à subir, à un moment donné, des vicissitudes atmosphériques, par une brusque transition, comme par une rentrée en France en hiver. A mesure alors quon remonte vers le Nord, on éprouve un saississement, de plus en plus

insupportable, d’un froid pénétrant et incisif, selon 1 état hygrométrique de l’air, l’expansion périphérique, notamment la perspiration cutanée, est refoulée : de là les perturbations physiologiques qui font éclater telle ou telle manifestation morbide, la dyssenterie chez l’un, ou la fièvre chez d’autres, sans qu’il soit nécessaire de recourir a la prétendue incubation

d’une cause occulte.

Par l’hypothèse de l’incubation, les inloxicationnisles suppriment toute une série de modifications physiologiques préalables; par l’enchaînement de ces modifications, nous supprimons l’incubation comme n avant pas même sa raison d’être. Telle est encore, entre eux et nous, une nouvelle dissidence motivée par l’interprétation naturelle des faits, mise a la place de l’interprétation surnaturelle.

Ce que nous venons de voir se passer, quand on change notablement de latitude, se passe pareillement dans une région où l’on change d’altitude.

rilîVUKS CLI.MATKfUQUES.

Tels moissonneurs qui descendent des montagnes, pour iaire les moissons des plaines, subissent, dans leurs rudes labeurs de quelques mois, de profondes modifications physiologiques, d’autant plus qu’ils restent en butte à toute l’intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-électrohvgrométriques de l’atmosphère, pendant les périodes nycthémérales de la plus chaude saison. Beaucoup d’entre eux paient leur tribut aux fièvres, sur le chantier même de leurs travaux. Un certain nombre résistent et retournent chez eux; mais il n’est pas rare que leur rentrée, sous leur climat habituel relativement plus froid, fasse éclater des accès chez ceux-là mêmes qui en avaient été exempts dans les plaines. Libre aux intoxicationnistes de dire alors qu’il y a éclosion de miasmes incubés : nous avons dit ce que nous en pensons.

Dangers du sommeil dans les lieux humides et frais. — Le docteur \ung qui habitait la Sicile depuis plusieurs années, avait la coutume, quand le sirocco soufflait, de s’enfermer dans son appartement, et s’étendait, ne gardant sur lui qu’un anneau qu’il avait à l’index, sur un tapis, la tête relevée par un coussin résistant et bombée, et prenait du thé au rhum par intervalles. Beaucoup de gens, en Algérie, au gros de l’été, rentrant chez eux tout suants, se mettent dans la tenue du docteur Yung, arrosent à grande eau, se gorgent de boissons froides, s’endorment et prennent parfois la diarrhée, la dyssenterie, le plus souvent la fièvre. Libre encore aux intoxicationnistes de croire qu’en pareil cas, il y a empoisonnement miasmatique par les poussières de brique ou de grès, délayées dans ce qu’ils appellent un marais infiniment petit.

Pour nous, nous nous bornons à croire que, passer du soleil du dehors clans un frais intérieur, se déshabiller étant en sueur, inonder son appartement, c’est-à-dire le saturer d’humidité, boire à grands traits des boissons froides et quelquefois à la glace, rester immobile et dormir dans ce milieu réfrigérant, c’est s’exposer à des influences thermo-électrohygrométriques, plus que suffisantes pour rendre raison de l’élat morbide qui s’ensuit fréquemment.

Laissons les citadins, et examinons ce qui se passe parmi les troupes campées. Quand on arrive dans un camp de travail, établi depuis quelque temps, on est surpris d’entrer dans une petite ville constituée par des rangées de tentes, alternant avec des rangées de gourbis, abris sous lesquels on se réfugie au milieu du jour, alors que la tente n’est plus tenable. Ces gourbis, ces kiosques varient autant par la forme que par leur composition. L’Arabe fait ses gourbis permanents en chaume ou en <lys,ce sont les meilleurs; le plus ordinairement, le soldat fait le sien en branchage. Des perches servent à faire la charpente de cette construction empruntée du castor, et qu’on garnit ou recouvre ensuite d’une épaisse rainée; et c’est avec délices qu’on se réfugie sous l’ombrage de ces fraîches huttes. Eh bien! nous avons souvent remarqué que ceux qui y dormaient les premiers jours surtout, c’est-à-dire avant que le soleil eût

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grillé les feuilles, étaient pris de fièvre pour ce seul fait. Ainsi, c’est tant (jue le gourbi reste vert et frais qu’il est surtout dangereux d’y dormir, et ce danger est moindre quand le feuillage en est desséché, à tomber en détritus. INous disons moindre, car il n'est jamais prudent de faire la sieste aux courants d’air qui passent à travers les claires-voies de ses parois.

Ajoutons encore que nous avons vu la fièvre se déclarer d’autant plus facilement, que les gourbis étaient construits avec des branches de lauriers roses, arbustes qui recherchent tous les ruisseaux, tous les graviers de l’Algérie. Serait-ce que le laurier rose contiendrait le principe des miasmes, et l’analyse doit-elle demander au nérium oléander ce qu’elle

n’a pas pu trouver ni dans les flores, ni dans les vapeurs, ni dans l’air les marais? Pas le moins du monde. On campe souvent sur des berges complètement complantées de lauriers roses, et ces bivouacs émaillés ne nous ont point paru aggraver l’état sanitaire général. Pourquoi en est-il autrement sous les gourbis faits de ses rameaux ? Parce que la feuille du laurier rose étant épaisse, chargée de sucs, se desséchant lentement, il en résulte que les gourbis, qui sont recouverts d’une épaisse ramée de lauriers roses, et qu’on tapisse à l’intérieur d’une nouvelle couche tous les matins, forment un milieu très frais, où il est dangereux de séjourner et surtout de

dormir.

A côté de ce fait, plaçons le suivant : Plusieur individus vont se mettre à l’ombre dans un lieu quelconque, sous un arbre, dans une ramière, au pied d’une berge, dans un ravin. Les uns restent assis, d’autres se couchent et dorment, quelques-uns de ces derniers, saisis d’un malaise général, ne tarderont pas cà avoir la fièvre. Ce fait n’est pas explicable par la théorie de l’intoxication; car, si la fièvre provenait de l’absorption des miasmes, pourquoi ceux qui ont dormi les auraient-ils mieux aspirés ou absorbés que ceux qui n’ont pas dormi? Au contraire, la raison en devient très-simple, si l’on réfléchit que ceux qui ont dormi ont eu contre eux double chance pour subir l’action nuisible du refroidissement, après l’insolation. En effet, l'homme qui s’étend pour dormir, multipliant les points de contact avec un sol plus ou moins humide, subit plus activement la soustraction de son calorique; de plus, on sait que, pendant le sommeil, la calorification est moins active, l’engourdissement plus prompt. En un mot, l’homme qui veille est actif, il réagit, tandis que l’homme qui dort est passif, et subit sans défense les influences thermo-électro -hygrométriques du milieu où il se trouve.

L’action de l’humidité froide est encore mise en évidence par ce qui se passe dans les cas suivants : Fréquemment en marche, on est dans l’obligation de passer au gué des rivières torrentueuses; des accès de fièvre s’en suivent, et plus ordinairement chez ceux qui, renversés par le courant, se sont complètement mouillés, en même temps qu’ils ont eu une vive impression morale, s’ils ont couru danger de se noyer. Ce n’est pas assurément, parce qu’ils auraient absorbé une plus grande quantité de

FIÈVRES CM.MATliHIQlIÊS. 507

miasmes que les autres, mais parce qu’ils ont subi l’action complexe de l’immersion.

Un autre jour, c’est sous les averses de la pluie qu’on a fait l’étape ; dès l’arrivée au bivouac, c’est à qui se séchera devant de grands feux; mais avant d’en faire autant, les premières sentinelles montent une faction en grelottant; à peu de temps de là, plusieurs de ces factionnaires sont pris de lièvre, non qu’ils aient été en butte plus que les autres à des miasmes, mais parce qu’ils ont eu à endurer, après l’excitation de la marche, l’action plus prolongée du froid humide.

Dangers de l'insolation et des fatigues insolites. — • Fièvre et dyssenterie. — Il n’est pas rare que des individus sédentaires se donnent la fantaisie d’une partie de chasse, changeant brusquement leurs allures peu actives, en un violent exercice et sous un ardent soleil, d’autant plus incommode qu’ils sont plus habitués de vivre à l’ombre. Ils rentrent harasés, la face rougie par l’insolation et tout suants, ils s’empressent de boire à grands traits des boissons froides, pour calmer une soif immodérée. Une céphalalgie profonde leur vaut de l’insomnie, parfois une indigestion; le malaise continue, et bientôt la lièvre, rémittente surtout, se caractérise et souvent sans qu’ils soient allés dans des plaines ou des bas-fonds, mais pour avoir gravi des lieux plus ou moins élevés. C’est l’évidence des cas de ce genre qui mettra le médecin intoxicationniste des villes, sur la voie de l’action tébrigène du climat. D'abord, il ne verra là qu’une exception à la théorie qu’il professe, mais d’observation en observation, il sera nécessairement conduit à reconnaître, dans l’intensité et la variabilité d’action des phénomènes-électro-hygrométriques, la cause universelle des lièvres à quinquina.

A la suite des lièvres et sous les mêmes influences, nous l’avons dit, il verra, quoique moins fréquemment, se développer aussi la dyssenterie, affection qui s’offre encore comme une objection à la doctrine de l’intoxication. Transportons-nous sous Bougie, par exemple, dans la plaine où la Summam, à son embouchure, forme un delta vaseux. Dans ce bassin, encaissé par les monts du Gouraia et de la Kabylie, et où la chaleur est intense, on trouve toutes les conditions invoquées par les intoxicationnistes pour prendre la lièvre.

Or, parmi les hommes que nous avons vus y travailler, les uns prenaient la fièvre, il est vrai, mais d’autres prenaient la dyssenterie, et d’autres onfin ne prenaient ni la lièvre, ni la dyssenterie. C’est là, ce nous semble, un double embarras pour la doctrine de l’intoxication; car si l’air y était infecté par des miasmes, U’ l’intoxication devrait être fatale pour quiconque y séjournerait ; 2” l’empoisonnement miasmatique ne devrait

s’y révéler que sous la même forme morbide. Or, c’est ce qui n’avait pas lieu.

U est vrai que certains intoxicationnistes n’hésitent pas à reconnaître que le même miasme qui produirait la fièvre, produirait aussi ladvssen-

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terie, si la dose absorbée est moindre, a-l-on dit, enfin à degré variable de dose ou d’acuité, a-t-on supposé encore, le même miasme pourrait produire le choléra, la peste, la fièvre (yphoïde, la fièvre jaune, les affections du foie, etc.; toutes assertions qui, eu voulant attribuer, aune même cause dite spécifique, des effets si divers, détruisent par cela même jusqu’à

du climat, selon l’impressionnabilité individuelle ou la prédisposition idiosyncrasique, les phénomènes thermo-électro-hygrométriques peuvent, parleur intensité et variabilité "d’action, déterminer des manifestations morbides diverses : la fièvre, si la perturbation porte plus spécialement sur le système nerveux chez les uns; les flux dyssentériques chez les autres, si la répercussion agit plus particulièrement sur le tube digestif, etc.

Des remuements de terre. — Si ce ne sont pas les miasmes qui engendrent la fièvre ou la dyssenterie, pourquoi, lors des remuements de terre, par exemple, à la fondation d’un village au milieu d’une plaine, ces affections sont-elles ordinairement plus fréquentes, et pourquoi, lorsque le village sera constitué, deux ans, trois ans après, dans cette même localité, l’état sanitaire sera-t-il relativement meilleur? Ce fait n’a rien de surprenant, quand on voit de près ce qui se passe en pareil cas.

Au printemps, le plus souvent, une troupe se met en marche et va camper sur tel ou tel point de la plaine du Chélif, du Sig, de la Seybouse, de la Mitidja, de la Mina, etc., pour y fonder une colonie agricole. Placés ainsi au milieu d’une vaste étendue de terrain complètement déboisé, les hommes auront à travailler' péniblement sous un soleil ardent, contre lequel la tente n’est pas môme un refuge. Dans le milieu du jour, en effet, cet abri, en forme de cône creux, contient un air qui, ne se renouvelant que difficilement, s’échauffe et se dilate à tel point, qu’au bout de quelques instants l’hématose est en souffrance, la gène de la respiration et la chaleur donnent un sentiment de malaise, et bientôt on trouve préférable de sortir, même au soleil, pour respirer plus librement. Aussi, dès les premiers temps, manquant de baraques et parfois de gourbis, les hommes subissent, presque tout le jour durant, l’insolation dont nous connaissons les pernicieux effets, pour être impressionnés ensuite en sens inverse par l’humidité des nuits, et cela d’autant plus que le lieu sera plus bas. D’autre part, tout le régime, en pareil cas, ne vaut pas celui de garnison : le biscuit remplace le pain de munition et le pain blanc de soupe ; souvent le défaut de viandes fraîches fait recourir aux salaisons, du moins pour une part de la ration; l’eau-de-vie supplée au vin, ou, s’il y a du vin, il ne tarde pas à être médiocre parle fait du transport et de la chaleur, ce qui n’empèche pas les soldats d’en faire abus, s’ils ont des cantines à leur

(1) On a encore avancé que le même miasme, inefficace à produire la fièvre intermittente chez les animaux, pouvait engendrer la fièvre typhoïde chez le cheval, les affeelions charbonneuses et le sang de rate chez les ruminants.

F IF VUES CLIMATÉRIQUES

portée : bien éloignés qu’ils sont, sous ce rapport, de la réserve des sectateurs de Mahomet. Dans tous les cas, comme la soif est le plus impérieux besoin, à défaut de boissons alcooliques, c’est de l’eau qu’on boit outre mesure ; aussi l’absorption et l’exhalation d’une très-grande quantité de liquide, modifiant les conditions de calorification, amènent des troubles digestifs, et débilitent l’économie par une sorte de lavage continu.

En somme, régime plus défectueux qu'en garnison, repos moins réparateur, exposition plus continue et plus directe à l’intensité et à la variabilité d’action des phénomènes thermo-éleclro-hygrométriques de l’atmosphère; telles sont les conditions plus défavorables, où vit celui qui est employé aux travaux de première fondation d’une colonie agricole.

Nous parlons ici plus particulièrement du soldat qui, jeune, bien portant, plein d’émulation, sans préoccupations, vit content en tout lieu, et se trouve dans toutes conditions de résistance aux influences du milieu et des fatigues ou privations qu'il endure ; mais combien ces influences auront plus de prise sur ces populations civiles qu’accablent les soucis et les misères, et trop souvent aussi peu capables de résister aux rigueurs du climat qu’aux fatigues que, par un suprême effort, elles viennent affronter!

Puis, une fois commencés, ces travaux ne doivent pas s’interrompre; et. pendant que les troupes employées aux travaux de route, ou aux expéditions, rentrent généralement en juin ou en juillet dans leurs garnisons, où elles trouvent des conditions meilleures pour traverser la saison endémo-épidémique, la colonie récente restera complètement exposée à ses pernicieuses atteintes. Mais le seul fait de camper tout l’été au milieu d’une plaine, sous l’action plus directe des inclémences du climat, suffira pour aggraver de beaucoup l’état sanitaire d’une troupe, ne fit-elle même aucun travail, à plus forte raison si elle a toutes les fatigues d’une fondation de colonie.

Quand on aura bien fait la part des influences morbigènes qui résultent de toutes les conditions défavorables en pareil cas, on reconnaîtra qu’il n’y a nul besoin de recourir à l’intervention d’un quid divinum , pour se rendre

■ compte des maladies qui peuvent se développer.

Notons bien encore qu’au début, les travaux d’installation et de con-

■ struction ne nécessitent pas autant de remuements de terre que les travaux de défrichement et de culture qu’on fait ultérieurement, et que, cependant, c’est au premier été que l’état sanitaire est ordinairement le moins satisfaisant. Quelle part faut-il donc faire aux remuements de terre? bn outre des conditions de climat et de régime où sont placés les travail-

1 leurs qui les exécutent, les remuements de terre entreront en ligne de compte, 1° et avant tout, par la somme des fatigues qu’ils exigeront;

* selon l’état hygrométrique du terrain, par le degré d’humidité qu’ils pourront fournir par l’évaporation, sous une vive insolation. En dehors de cela, il n’y a rien ; et attribuer, aux remuements de terre, seuls une influence fébrigène, parce qu’il peut y avoir des lièvres quand on les

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exécute, c’est leur attribuer la génération de phénomènes morbides dont ils ne sont que l’occasion. Une comparaison fera ressortir l’erreur commise alors : on connaît cette profession qu’on donne comme proverbiale de la misère, et qui consiste à aller casser des cailloux sur les routes. Les ouvriers de cette rude profession sont nombreux en Algérie, où les roules, exposées . à être profondément détrempées, doivent être solidement empierrées. Non-seulement dans la zone du littoral et de l’intérieur, mais

aussi dans les zones montagneuses, ils donnent un fort contingent à la

fièvre, surtout dans la saison chaude. Eh bien ! à nos yeux, il ne serait pas plus rationnel de prétendre que ces hommes prennent la fièvre en dégageant des miasmes sous leurs brise-pierres, que de prétendre que le colon gagne la fièvre en dégageant des miasmes sous le soc de sa charrue; car, dans l’un et l’autre cas, ce serait invoquer le sophisme : Pont Itoc , ergo propter hoc, et prendre l’occasion du fait pour le fait lui-même.

Revenons à notre colonie. L’année suivante, et plus encore à la troisième année, l’état sanitaire sera plus satisfaisant. C’est que les travaux progressant, des baraques et des maisons auront été construites, et formeront des abris du tout au tout préférables à la tente; les approvisionnements, mieux assortis, mieux conservés, mieux réglés selon les besoins de la consommation, un service de boulangerie bien établi, permettront de notables améliorations de régime. Le vivre et le couvert : mais c’est là le dynamomètre hygiénique ; demandons son chiffre, et nous saurons celui de l’état sanitaire des populations en tout lieu, et en Algérie en particulier; ce cas s’est manifestement présenté à Slaouéli. Au milieu de cette plaine, célèbre par la victoire que l’impétuosité française remporta sur le Turc et l’Arabe réunissant leurs impuissants efforts, des Trappistes ont fondé un établissement, à la hauteur de Sidi-Ferruch. Lorsque, la première année, ils se sont occupés des travaux de construction, et aussi pour s’être installés hâtivement dans des habitations encore trop fraîches, ils ont eu des malades et des morts; mais dès que l’installation a été définitive, l’état sanitaire s’y est amélioré comme dans toutes les fermes constituées. Les intoxicationnisles ont été amenés à évaluer à trois ans le temps nécessaire à l’assainissement d’un lieu, par la prétendue extinction des miasmes, c’est-à-dire juste le temps qu’il faut, en moyenne, pour créer un établissement qui, par l’ensemble de ses dispositions, dépendances et plantations, devient un abri plus protecteur contre les influences du climat, qui a moins de prise alors sur des gens mieux abrités, et dont le régime et les habitudes offrent de meilleures conditions qu’au début. Assurément, la diminution supposée des miasmes n’est pour rien en pareil cas. Réfléchissons que, dès les premier temps, on s’occupe bien plus de constructions que de travaux agricoles. Ce n’est que quand la grange est faite qu’on laboure autour.

D’après la théorie que nous combattons, ce n’est donc pas au début d’une fondation (pie les maladies endémiques devraient sévir le plus; c’est, à la 2°, or ou 4e année, alors que l’exploitation agricole prend de l’cxten-

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES

sion, progresse clans ses défrichements; or, ce n’est pas ce qu’apprend l’observation journalière. Ce n’est donc pas aux remuements de terre, à de prétendues émanations qu’ils dégageraient, qu’il faut demander la cause fébrigène, mais bien aux conditions au milieu desquelles vivent ceux qui les exécutent.

Qui pourra croire, du reste, qu’une plaine argileuse, labourée pour la première fois, doive dégager des miasmes dont la quantité irait diminuant ensuite, précisément à mesure que l’agriculture y incorporera une plus grande quantité de*détritus végétaux au moyen des engrais!

De deux terres, l’une vierge, l’autre épaissement fumée, c’est cette dernière qui devrait dégager des miasmes, si miasmes il y avait, et à ce titre, les jardins potagers devraient être les foyers les plus actifs de dégagements miasmatiques. Notons encore que le détritus végétal, à l’état d’huinus, de terrain plus ou moins humide, n’est nulle part plus abondant que dans les forêts, et qu’entre tous les ouvriers, les biicherons sont les moins sujets aux fièvres.

Mais citons un exemple remarquable de l’innocuité des remuements de terres vierges et riches d'humus, quand on les exécute dans de bonnes conditions, et à une époque où on n’est pas en butte aux atteintes de la saison chaude. ,

De décembre 1846 à mars 4847, c’est-à-dire pendant la saison des pluies, les bataillons du 56e furent éparpillés dans les villages de Douéra, de Crescia, de Bab-Hassem, de Sainte-Amélie et de Mah-el-Mah, pour défricher les terres vierges du Sahel, généralement couvertes de broussailles, ou envahies, dans les points découverts, par des bulbes de scille et surtout par le palmier nain. Des étendues très-considérables de ces terres, détrempées et couvertes de la couche végétale que les siècles y avaient amassée, furent retournées en tous sens, et disposées pour la culture. C’était le cas, ou jamais, de voir les effets réputés si pernicieux des remuements de terre. Or, jamais notre visite, sous le rapport médical, ne fut aussi simplifiée. En dehors de quelques blessures que nous avions accidentellement à panser, notre tournée n’était guère qu’une promenade à cheval à travers les cantonnements occupés. Quant aux fièvres , il n'y en avait pas , hormis quelques cas erratiques; les bataillons du 38e, employés aux mêmes défrichements, jouissaient pareillement d’un état sanitaire excellent (0.

C’est que le travail était rendu facile par la saison; l’insolation n’avait rien d’excessif; du reste, pour le repos du milieu du jour, comme pour celui de la nuit, le soldat était convenablement logé chez l’habitant, dans la maison duquel il s’abritait encore, aux jours de mauvais temps. D’autre part, il avait un excellent régime : au lieu du simple biscuit des camps éloignés ou de l’expédition, il avait de bon pain de munition et du pain

■I) Nous verrons Ja confirmation de ce fait en parlant des climats de Taïti et de la Nouvelle-Calédonie .

K TU DES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES

blanc pour la soupe. La viande était de belle qualité et ne provenait pas de bêtes surmenées; au lieu d’eau trouble ou croupie, il avait celle des fontaines; de plus, il avait du vin et du café. Au lieu de riz fade, il pouvait se procurer des légumes frais, et améliorer encore son ordinaire par le boni du prix de journée. Au milieu de pareilles conditions, et sur des collines d’une altitude de 150 à 200 mètres, jamais les remuements de terre ne seront à redouter. Ajoutons encore que, dans ces positions, à part un piquet de quelques hommes, ces troupes n’avaient ni gardes à monter, ni exercices, ni manœuvres, ni toutes ces courses excessives qui accablent les

effectifs dans les villes de garnison.

Les enseignements de travaux viticoles viennent encore démontrer l’innocuité des remuements de terre. Aucune culture, plus que celle de la vigne, surtout quand il s’agit de la planter, n’exige de plus profonds remuements de terre. Notons encore qu’on choisit souvent de terres incultes ou en friche, réunissant les conditions que les intoxicalionnistes croient favorables aux dégagements miasmatiques. Or, en tout pays, il n’est pas de profession moins compatible avec la fièvre que celle de vigneron.

Nous avons donc le droit de tenir les remuements de terre pour inof- * fensifs par eux-mêmes. Si, lorsqu’on les exécute, il survient dans certaines contrées des manifestations pyrétiques, ils n’en sont que l’occasion, les causes doivent en être cherchées dans les influences thermo-éleclrohygrométriques du milieu où vont agir les travailleurs et dans leurs habitudes.

Ües rizières, des irrigations. — De même, on répète tous les jours que les rizières engendrent la fièvre par les miasmes que produirait la putréfaction de leurs détritus. C’est encore une assertion gratuite, voilant d’une hypothèse un fait dont l’interprétation est rendue facile par les vues étiologiques déjeà exposées.

Dans les pays cà rizières, il y a des fièvres, c’est très- vrai, mais le soin qu’on a apporté à les sarcler, à détruire toute plante parasite, tout végétal autre que Yoryza saliva, diminue assurément le détritus végétal, au point d’en rendre la quantité, on pourrait dire, insignifiante. Ce n’est donc pas le dégagement miasmatique, qui proviendrait de la putréfaction de détritus végétaux existant moins ici qu’autre part, qu’il faut supposer, mais bien plutôt analyser les influences des conditions qui suivent.

Les rizières doivent être arrosées; elles sont dans des lieux bas, chauds et humides dans le jour; humides et froids le soir, dans la nuit et le matin. Dans les rizières et dans leur voisinage, on subit donc à un haut degré l’intensité et la variabilité d’action de phénomènes thermo-électrohygrométriques, dont nous connaissons l’influence fébrigène.

C’est au sein de conditions semblables que le nombre des fiévreux, fournis par une localité, s’accroît après les irrigations pratiquées dans des plaines, au moyen d’un barrage fait à une rivière, on par un canal émissaire

Fl ÈYRES CLIMATÉRIQUES .

d’un étang ou d’un lac. Nous avons vu un exemple remarquable àBel-IIacel, dans la plaine de la Mina. Le camp est sur la rive gauche de la Mina, qu’on passe sur un pont à l’américaine, pour aller dans la plaine qui s’étant de Pouest à l’est vers celle du Chélif. Quelque temps après l’occupation de ce poste, on eut l’idée de faire, en face de la redoute, de vastes jardins et des prairies. En même temps, on creusa un réseau de canaux d’irrigations, dont l’artère principale s’alimentait à un étang qui est dans le voisinage au sud-ouest. A la suite de l’inondation des terres ainsi produite en face du camp, l’été suivant valut un surcroît notable de fièvres, dans la petite oarnison qui s’y trouvait. Pour un intoxicationniste, l’explication de ce fait est bien simple. On avait produit un marais artificiel censé augmenter le dégagement miasmatique, le reste coule de source.

Pour nous, rien de plus naturel encore : les inondations avaient eu pour effet immédiat d’augmenter les conditions hygrométriques du sol environnant, l’humidité chaude du jour et l’humidité froide de la nuit avaient gagné d’autant en prédominance; et, si les hommes prenaient alors plus facilement la fièvre, c’est que l’intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-électro-hygrométriques, par suite des irrigations, y avaient reçu un surcroît d’activité.

Là, git la cause de l’insalubrité, et non pas dans une prétendue fermentation de détritus organiques qui, le plus souvent, ne trouvent pas même leur raison d’être dans des matériaux suffisants.

Mais encore, si les détritus organiques macérés et putréfiés avaient les propriétés qu’on veut leur attribuer, il est certaines villes qui devraient ; être tout à fait inhabitables. Que ceux qui invoquent les émanations miasmatiques que sont réputées dégager les rizières, les terres arrosées ou défrichées par les détritus organiques qu’elles renferment, de même que tous ses foyers paludéens infiniment petits, semés partout, d’après certains intoxicationnistes, comme les rigoles des rues, les mares, les crevases des ■ champs, nous disent, si d’aussi petites causes produisent de si grands effets, comment on peut vlvre près des ports de mer qui servent d’égoûts i à la cité !

A Marseille et à Toulon, par exemple, par suite d’une coutume d’une mesure de police assez mal entendue, les maisons n’ont pas de fosses; aussi tous les détritus végéto-animaux sont déversés dans les ports, dont... nous allions dire l’eau.... le liquide épais et noirâtre répand, en été surtout, une odeur d’une repoussante fétidité. Si les détritus organiques de toute nature dégageaient les miasmes fébrigènes, la fièvre devrait sévir endémo-épidémiquement dans ces deux villes, plus que dans aucun marais i du monde; les marins surtout devraient tous être intoxiqués, et les dra- . gueurs, qui ont mission de désobstruer ces cloaques, devraient être sidérés par l’intoxication.

En dernier mot sur ce point ; il est des localités ou des boues de canaux, de bassins, etc., étalées à proximité des habitations, ont paru exercer une influence nuisible, ou du moins pareille influence leur a été attribuée. Il

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resterait a faire la part de ce qui leur revient et de ce qui revient aux autres conditions du milieu. Quoi qu’il en soit, en admettant que des cas de lièvre auraient pu coïncider avec l’étalage des boues, leur action rentre dans la loi générale que nous avons indiquée. Ces boues contiennent une

grande quantité de vapeur d’eau, jusqu’à dessiccation complète, au soleil, de leurs énormes gâteaux fangeux. Par ce fait, les conditions thermoélectro-hygrométriques du milieu sont notablement modifiées, et il n’y a rien de surprenant alors que les individus, qui se trouvent dans la sphère

d’action de ce milieu, ne subissent aussi les modifications, les perturbations

physiologiques que nous avons signalées, dans tous les lieux humides, comme causes fébrigènes.

Des marais salants. — Comment se fait-il que l’observation signale, comme plus insalubres, les points du littoral où sont des eaux stagnantes?

La théorie de l’intoxication, si facile à l’endroit des hypothèses, suppose que les vapeurs des eaux douces mélangées à celles des eaux salées donnent un surcroît de malignité aux miasmes; c’est expéditif, mais peu satisfaisant. On a fait appel à la chimie, qui a révélé que la vapeur d’eau condensée, d’où qu’elle vînt, ne donnait jamais que de l’eau distillée, qu’il n’y a pas l’eau distillée des eaux douces et l’eau distillée des eaux de mer, qu’il n’y en a que d’une seule et même espèce. Les appareils de distillation qu’on a actuellement à bord des navires, et au moyen desquels on rend potable l’eau de mer, prouvent surabondamment que ces vapeurs ne se chargent pas des principes qu’elle peut contenir. A son tour, la physique, cette sœur aînée de la chimie, nous fournit des interprétations qui ne sont pas en faveur de l’hypothèse, et qui corroborent celles de la physiologie.

Reportons-nous, par exemple, aux points marécageux de la Mitidja, alors que la chaleur est devenue intense ; les cimes du Jurjura, que la neige blanchit encore, nous avertissent que, si la température décroît à mesure qu’on s’élève dans l'atmosphère, par contre, la température s’élève d’autant plus qu’on s’abaisse davantage vers le niveau de la mer. Or, rien n’est plus près du niveau de la mer que les marais qui l’avoisinent.

Donc, premier point, la température du voisinage de ces marais est plus élevée que celle des autres points de la contrée.

D’autre part, quand on s’arrête, au soleil couchant, sur les crêtes du petit Atlas, on découvre toute la Mitidja et les collines du Sahel avec leurs villages et leurs villes, parmi lesquelles Alger, qu’on prendrait pour une carrière de marbre étalant ses blocs équarris, et dont la blancheur contraste avec le croissant azuré de la mer. Le lendemain matin, ce panorama sera couvert d’un voile nébuleux qui, ayant ses premières traînées à Beni-Mered, à Suminah, enveloppe Boufïarick, les Quatre-Chemins, l’Arba, leFondouck, la Maison-Carrée, toute la partie basse de la Mitidja, et va s’épaississant en froids brouillards, à mesure qu’on se rapproche du littoral.

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Si l’on descend et séjourne dans de pareils milieux, rien n’égale la sensation d’humidité dont on est pénétré, c’est là surtout que le saisissement du froid humide devient excessif pendant la nuit; aussi est-ce dans ces localités, plus que dans aucune autre, que les tentes sont mouillées le matin, comme s’il avait plu, tant est prononcé l’état hygrométrique de l’atmosphère.

Donc, second point, c’est dans les lieux les plus bas et les plus échauffés pendant le jour, que se produit l’évaporation la plus abondante, suivie d’une condensation plus abondante aussi d’épaisses vapeurs ou de brouillards, surtout le matin.

Ainsi, élévation et abaissement de température, dégagement et conden-

- sation de vapeurs, oscillations électriques favorisées d’autant et de plus par les particules salines, telles sont les conditions qui, dans les marais voisins du littoral, favorisent au plus haut degré l’intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-électro-hygrométriques, ou fébri-

. gènes. Aussi est-ce dans ces milieux où les produits chimiques ne peuvent

- se conserver, où les substances organiques s’altèrent rapidement, où les bois se pourrissent, où les moisissures dévorent les cuirs, les papiers, les tissus, où la rouille dévore le fer avec une étonnante rapidité, que l’organisme s’étiole et dépérit plus vite, sous les étreintes de la fièvre.

Des différences de salubrité relative des lieux. — Nous avons anal}rsé les influences fébrigènes dans les milieux où un concours de circonstances favorise, plus particulièrement, leur action; examinons les conditions qui peuvent les atténuer.

De deux centres d’habitation, l’un est situé au versant d’une colline faisant face à un marais, l’autre est au versant opposé, en face d’une contrée boisée et cultivée. La première est plus exposée aux fièvres que l’autre, et les intoxicationnistes de dire que cette dernière est abritée des miasmes. 11 y a là fausse interprétation d’un fait dont nous nous rendons compte différemment. La colline n’a pas à arrêter des miasmes qui ne se présentent pas au passage, mais ce quelle arrête assurément, ce sont les vapeurs qui se dégagent de la surface marécageuse, vapeurs entretenant de ce côté une atmosphère tour à tour chaude et humide dans le jour, froide et humide quand vient la condensation nocturne. En un mot, dans le lieu placé dans la sphère d’action du marais, les phénomènes électro-hygrométriques surtout sont excessifs, les oscillations thermales plus marquées ; dans le second, les phénomènes et toutes leurs conséquences seront du tout au tout moins marqués, et de cette différence climatérique de deux points voisins, il résulte une différence très notable dans leur constitution médicale. La colline agit comme corps isolant des éléments calorique et humidité, surtout concentrés dans le lieu déprimé et marécageux, son interposition nous donne la raison matérielle du fait, tandis que si, comme on veut le croire, le marais dégageait des miasmes aussi subtils qu’on les a créés, ces agents mélangés à l’air,

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transportés par scs courants, franchiraient les collines sans difficulté, pour retomber au delà. Besoin n est d’insister sur ce point, pour faire ressortir sa signification contre 1 hypothèse des dégagements miasmatiques.

C est en vertu dune protection semblable, et comme barrière aux vapeurs de 1 atmosphère, qu’une épaisse forêt, interposée entre un marais et un centre d habitation, est un abri contre les influences fébrigènes.

C est en vertu d’une protection analogue, que les habitations d’une ville groupées en massifs élevées et entourées de hauts remparts, faisant office d’obstacle isolant, abriteront mieux des fièvres les gens qui les occupent, que les individus qui demeurent dans des maisons isolées extra muros.

C’est en vertu d’une protection analogue, dans les pays chauds, que les maisons arabes, presque entièrement murées à l’extérieur, maintiennent l’uniformité de l’air dans les appartements et les galeries donnant sur une riante cour intérieure, sorte de salon à ciel ouvert, tandis que les maisons françaises, percées par de larges et nombreuses ouvertures, donnent accès à de fréquentes et faciles oscillations de l’atmosphère, et rendent plus marquées l’intensité et la variabilité des phénomènes thermo-électrohy géométriques, comme on en a la preuve dans les quartiers français des villes arabes, nos habitudes nous ayant fait faire trop bon marché, du genre de constructions dont le climat avait fait une nécessité à l’in-

digène.

Blidah est, sans contredit, l’une des villes de l’Algérie qui a pu le mieux vérifier l’importance des conditions que nous signalons. Entourée de bois d’orangers, qui en faisaient une délicieuse oasis au pied de l’Atlas, elle jouissait de tels avantages de site et de salubrité, que c’était la préférée des anciens deys d’Alger. Un tremblement de terre détruisit une partie de ses habitations, en 1 8^27, et la guerre, peu après 1850, porta les ravages dans ses plantations d’orangers dont il ne reste que quelques touffes, comme pour mieux faire regretter celles qui ont été saccagées. Aussi Blidah, quoique restant par son altitude l’un des points les plus favorables de la Mitidja, a perdu sous le rapport de la salubrité.

Nous venons de dire l’altitude, c’est qu’en effet, plus encore que les conditions dont nous venons de parler, l’altitude est une garantie contre les influences fébrigènes. Plus on se rapproche des lieux bas et humides, avons-nous dit, et plus on est en butte à l’intensité et à la variabilité d’action des phénomènes thermo-électro-liygrométriques de l’atmosphère; par contre, l’inverse a lieu plus on remonte vers des lieux élevés. Plus on s’élève, en effet, plus on se soustrait à l’intensité solaire et à l’humidité, pour aller à la rencontre d’une aération plus sèche, plus tempérée, plus vivifiante. Voilà pourquoi l’état sanitaire est meilleur sur les gradins de l’Atlas, que dans les bas-fonds des plaines.

Voilà pourquoi, par exemple, les postes de la plaine de la Summam sont plus insalubres que Bougie, qui est étagée sur les premières pentes du Gouraïa, et qui le cède à son tour au fort qui s’élève sur b crête la plus culminante.

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Voilà pourquoi, à Houe, le séjour de la ville est préférable à celui de la plaine de la Seybouse, pendant que les quartiers plus élevés des Santons, des Caroubiers, du fort Génois, l’emportent sur ceux de la ville.

Partout où l’on fera attentivement l’analyse des différences de conditions topo-météorologiques, on pourra se rendre compte, d’après nos vues étiologiques, de la salubrité relative des lieux. Prenons, entre autres exemples, celui qui nous a été fourni par les deux camps de Sidi-Madani et de l’Oued-Merdja.

Le petit Atlas, vis-à-vis de la partie centrale de la Mitidja, offre une profonde coupure, par laquelle se précipite, du sud au nord, la rivière torrentueuse de la Cliiffa. Les montagnes qui forment cette succession de . gorges sont, à l’est, celles des Beni-Salah, et à l’ouest, les flancs du Mouzaïa. À l’entrée de cette coupure, du côté de la Mitidja, se trouve le camp de Sidi-Madani, tandis que le camp de l’Oued-Merdja est plus avant dans les gorges. Distants de dix kilomètres, ces deux points sont les stations obligées de nombreux bataillons, employés à ouvrir la route qui doit relier Biidah à Médéah, longue rainure taillée, à force de mines, dans des rocs à pic, à une moyenne de cent mètres au-dessus du torrent, et où nos soldats exécutent, contre des difficultés sans nombre, et souvent au péril de leur vie, un travail de Romains.

Eh bien ! nous avons observé qu’en avançant dans la saison chaude, l’étal sanitaire est plus satisfaisant à l’Oued-Merdja qu’à Sidi-Madani, cherehons-en les causes.

Sidi-Madani, masqué du côté de la plaine parles premières montagnes, est encaissé, à l’entrée de la gorge, dans une sorte d’entonnoir, au fond ' duquel la chaleur se concentre, et que ne tempère pas la brise de mer,

■ car ses ondulations y sont insensibles.

L’Oued-Merdja est, au contraire, à une altitude considérable, et trouve, dans cette altitude, un notable correctif à la chaleur du milieu du jour j que tempèrent encore, par une douce ventilation, les courants qui s’échappent à la sortie des gorges. Cette aération bienfaisante, à part les jours où elle est violemment refoulée par les vents du sud , se fait sentir régulièrement jusqu’au coucher du soleil, puis un calme complet s’établit à l’Ouedi Merdja, jusqu’au lendemain, tandis que la brise de terre, débouchant sur le camp de Sidi-Madani, le fouette, la plus grande partie de la nuit, de • ses courants réfrigérants, agitant les tentes avec violence et faisant une. obligation alors de revêtir le caban.

La gorge fait ainsi l’office d’un tuyau de soufflet : pendant le jour, la brise de mer venant se heurter presque insensible contre le versant nord de l’Atlas, s’engage dans la gorge et s’échappe par l’extrémité sud où se trouve l’Oued-Merdja; pendant la nuit, les ondulations de la brise de terre ; arrivent au versant sud, s’engagent en sens opposé et débouchent par l’extrémité nord où est Sidi-Madani . Ce phénomène physique, par sa régularité et son mode de production, est très remarquable.

En somme, nuits calmes et tièdes, journées tempérées par une altitude

ETUDES CLIMATERIQUES ET MÉDICALES

plus considérable et par une brise diurne, à part les jours de sirocco, voila pour 1 Oued-Merdja; vent impétueux tous les soirs, nuits plus froides contrastant d autant avec la chaleur et le calme étouffant de la journée, voila pour Sidi-Madani. Il estj'acile déjuger par là, combien les phénomènes thermo-électro-hygrométriques du climat s’exercent, sur ce dernier point, avec plus d’intensité et de variabilité d’action, et de s’expliquer pourquoi, en été, l’été, l’état sanitaire de ce camp est moins satisfaisant qu’au camp opposé.

Mais, dira un intoxicationniste, puisque Sidi-Madani est plus rapproché de la plaine de la Mitidja, n’est-il pas plus simple de croire que le transport des miasmes y est plus facile? Trop simple, en effet! et c’est parce que nous tenons cette simplification de vues étiologiques pour anti-scientifique que nous la repoussons.

L'oup-d’œil sur ce qui passe en mer. — Nous venons d’étudier le mode' d’action des influences fébrigènes selon les localités, examinons ce qui se passe en mer.

De même que nous avons vu les populations, être d’autant plus exposées aux rigueurs de la saison endémo-épidémique, qu’elles descendaient des pentes de l’Atlas vers le littoral, de même les vaisseaux auront d’autant plus à craindre de ses influences, qu’ils quitteront la haute mer, pour se rapprocher des côtes.

La surface de la mer ne s’échauffe pas comme la surface de la terre, les rayons qui frappent sur l’onde, la pénètrent et vont éteindre leur lumière et leur calorique dans ses profondeurs; il en résulte que, même sous l’équateur, le thermomètre, plongé dans la couche la plus superficielle, ne s’élève jamais au-dessus de trente degrés (1); voilà pourquoi on n’aperçoit pas, à la surface des eaux, ces ondulations des couches inférieures de l’air qui, sur la surface terrestre, dénotent un échauffement et une dilatation considérables.

Ainsi, sous le même ciel et à quelques lieues de distance, un homme agissant en plein midi, dans une plaine, supportera une température bien plus élevée que celui qui naviguera. Quand on débarque sur les côtes d’Afrique à la saison chaude, on s’aperçoit d’une manière très-sensible de cette différence de température; au moment surtout où l’on quitte le bord et qu’on descend à terre, il semble qu’on entre dans une atmosphère embrasée. C’est surtout en débarquant à Saigon, que ce phénomène nous a le plus frappé.

D’autre part, même au temps le plus chaud, les mouvement du navire entretiennent à bord une aération constante, au bénéfice de tout l’équipage ; de plus, en temps calme, de grandes tentes recouvrent le pont à peu de distance des bastingages, laissant circuler l’air, tout en interceptant les rayons du soleil et faisant le même office que le velarium, que les anciens

(1) D’après de Humboldt. — On a vu que, durant notre navigation pour aller en Chine, notre thermomètre s’est rarement approché de cette indication, dans la zone équatoriale.

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES. 519

tendaient au-dessus de leurs amphithéâtres les jours de jeux. Ainsi, tandis que l’agriculteur de la plaine est plongé dans une atmosphère très*échauffée, dont la raréfaction tient l’hématose en souffrance, en pleine mer l’air est rafraîchi, plus dense, plus oxygéné (2), entretenant une respiration plus active, une sanguification plus riche.

D’autres différences de conditions se tirent encore de ce fait : dans une localité marécageuse dont la surface est humectée par une faible couche de liquide, il se produira une abondante évaporation, exposant le colon qui y séjourne, à des oscillations très-prononcées de température, d’humidité,

: d’électricité, soit le jour, soit la nuit.

En mer, par la profondeur des eaux et la dissémination du calorique, l'évaporation est moins considérable ; quel que puisse être, d’ailleurs, l’état hygrométrique de l’air, le marin vit dans une coque isolante par excellence. JLorsqu’après les rudes fatigues du quart, il regagne son hamac ! dans le faux pont ou les batteries, il nargue les éléments, tandis que le colon de la plaine est plongé dans le brouillard, sous une tente qui tamise l’humidité, ou sous une méchante baraque qui ne l’abrite guère mieux.

De bons vêtements, une nourriture copieuse, un rude service, il est vrai, mais fractionné, un bon abri pour dormir, toute une existence hygiéniquement réglée, voilà, sauf les cas exceptionnels, la vie du matelot, tandis que le colon est le plus souvent dans les conditions opposées. Qu’est-il besoin, d’après cela, d’invoquer l’impossibilité du transport de miasmes à bord, pour s’expliquer l’état sanitaire qui y contraste avec celui des agriculteurs de la plaine pour lesquels, presque toujours, la manque d’une nourriture suffisamment réparatrice, vient s’ajouter à toutesles autres causes de débilité et de maladie ?

Est-ce à dire que les équipages soient assurés contre la fièvre? 11 s’en faut bien. Si l’uniformité du milieu, en pleine mer, entretient satisfaisant i à bord l’état sanitaire, on pourra cependant y observer parfois des cas

• sporadiques des fièvres : d’après les relevés statistiques de divers équipages, la moyenne pour la traversée serait de o p. 100. Ces cas seront plus nombreux si, par un gros temps, on vient à subir, d’une façon plus marquée, l’intensité et la variabilité d’action des influences thermo-électrohygrométriques de l’atmosphère. Que, surtout, le vaisseau quitte la haute mer, qu’il vienne en station au voisinage de la côte, qu’il se place dans la

• sphère d’action des oscillations plus marquées de l’atmosphère terrestre, et sans perdre tous les bénéfices de son abri protecteur, l’équipage ne tardera pas de fournir un contingent plus marqué de fébricitants.

Que ce navire, naguère sur les côtes'de l’ Algérie, franchisse le détroit et aille sur la côte occidentale d’Afrique pour faire, ou mieux pour tenter la répression de la traite, %el il en sera pis encore, car, à cette côte, dit

'2) D’après les recherches de M. Lévy, de Santa-Fé de Bogola, il y a une plus grande oxygénation de l'air à la surface de la mer pendant le jour. ( Académie des sciences,

ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES

M. Dutrouleau (1), la fièvre paludéenne est la maladie dominante. Le plus souvent sporadique, elle sévit cependant épidémiquement : ainsi YAmarunthe en a offert un exemple bien remarquable, car elle a eu tout son équipage atteint. Les deux citernes de Gorée et du Gabon, mouillées trèsprès de terre, ont eu 57 fiévreux pour 100, Y Aube en a eu 52; la Jonquille , 28 pour 100.

D’après le rapport de M. Raoul, sur 2,571 hommes formant l’effectif des équipages de la station d’Afrique, 490 ont été atteints, sans compter les rechutes.

On comprend qu’il ne saurait en être autrement : les équipages, tantôt obligés de faire des descentes pour service commandé, tantôt allant à terre pour fuir la gêne du bord, et trop souvent pour enfeindre toutes les lois de la tempérance et de l’hygiène, sont alors en butte à toutes les influences fébrigènes, que nous savons être d’autant plus marquées, qu’on se rapproche davantage d’une latitude plus méridionale. Aussi, en débarquant sur les plages du Sénégal, bon nombre d’hommes y sont comme foudroyés par la fièvre.

La théorie de l’intoxication ne manque pas de trouver, en pareil cas, un motif de plus pour croire à la présence d’un miasme plus subtil, ou plus abondant dans ces parages. Sans répéter les objeations que nous avons précédemment faites à pareille hypothèse, nous remarquerons seulement que, s’il en était connue on le prétend, il faudrait admettre, comme conséquence nécessaire, que cette intoxication devrait avoir lieu pour tous les individus qui séjournent ou habitent sur ces plages; or, les indigènes résistent souvent là où nos marins sont décimés. Pour prendre un exemple dans d’autres parages réputés insalubres, nous reproduirons ce témoignage de M. Grimai : « Les équipages arrivant sur le littoral de Mada- » gascar sont pris de fièvre la où les indigènes en sont exempts. »

Nous le répétons, avec l’admission d’un principe intoxicateur, l’empoisonnement doit être fatal pour tous les organismes; avec les influences atmosphériques, sévissant d’autant plus qu on a été moins habitué a leui action, on comprend les sévices des climats sur les étrangers, et 1 immunité relative des indigènes.

Un autre fait très-remarquable de la navigation, vérifié au Sénégal, comme à Madagascar, comme en Chine, c’est qu il est toujours dangereux, pour les équipages en station, de reprendre immédiatement la pleine mer, car, non-seulement alors il y a recrudescence des fièvres, mais, de plus, elles revêtent souvent le caractère pernicieux. Les inloxicationnistes trouvent ici la preuve manifeste de l’incubation; cest la conséquence forcée de leur hypothèse, et nous sommes loin de partager leur manière de voir. De même que les moissonneurs, après avoir subi dans les plaines, par de fortes chaleurs, toutes les perturbations physiologiques résultant de fatigues excessives, d’une vive insolation alternée avéc le refroidisse-

(I) Yoy . Gazelle médicale, 1839.

FIÈVRES CLI.M VTÉRIQUES.

ment nocturne, d’une hématose et d’une nutrition en souffrance, amenant un épuisement général des forces, la pâleur terne du fades , cet état, en un mot, que nous avons désigné dans son ensemble sous le nom d’aptitude ou d’imminence morbide, et qui engendre la lièvre, soit dans les plaines, soit par le retour des plaines dans les montagnes, de même ceux des marins qui, dans les stations des pays chauds, ont subi, sous l’influence de climats incléments, les mêmes perturbations physiologiques, plus exagérées encore, et sont arrivés à un état plus ou moins prononcé d’imminence morbide, s’ils passent brusquement d’un milieu où la température est très élevée, dans le milieu bien plus refroidi de la pleine mer, sont saisis d’impressions directement inverses à celles du milieu qu’ils viennent de quitter; de là l’ultime perturbation déterminante de la fièvre.

L’aptitude morbide, une fois contractée par une partie d’un équipage, combien faudrait-il de temps pour la voir se dissiper? Cette durée est variable, selon les latitudes où l’on a séjourné et celles où l’on passe, selon les individus, leur constitution, le degré d’épuisement subi, et les habitudes de régime. Ceux qui auront été moins vivement impressionnés pourront, dans des conditions favorables, revenir rapidement à leur état normal ; les plus épuisés resteront, souvent longtemps, avec les dangers de l’aptitude contractée.

C’est ainsi que, dans un voyage de circumnavigation, de la ligne au Kamchatka. la frégate la Vénus , pendant les années de 1857, 1858 et 1859, après seize mois de première navigation, mouilla à Callao, dans un milieu réunissant toutes les conditions lopo-métêorologiques fébrigènes; une partie de l’équipage dut faire un séjour assez prolongé à terre, pour prendre des observations de physique : Vingt-deux hommes furent atteints » de fièvre; et à partir de ce moment, le principe morbide met huit mois » à s’épuiser progressivement, et. à disparaître complètement. » '

Besoin n’est d’ajouter que, ce que, dans le langage de l’intoxication, on appelle ici le principe morbide, nous le traduisons, par l’aptitude de l’organisme à la manifestation fébrile.

Conditions qui influent sur la forme, le type et la gravité des fièvres. — Après l’étude des conditions qui favorisent l’aptitude à prendre la fièvre, il reste une dernière question à examiner, au point de vue étiologique, c’est l’étude des conditions qui influent, plus particulièrement, sur la forme et le type.

On remarque en Algérie que la forme rémittente apparaît à la fin du : printemps, qu’elle se développe en été au point de faire le quart et quelquefois le tiers et plus des fièvres de l’endémo-épidémie (0. De plus, on remarque que, pendant le règne des fièvres rémittentes, en sont plus particulièrement atteints ceux qui sont le plus en butte à une insolation vive,

(I) Alger, 1845, service de G Broussais, fiévreux en 1res en juillet, nofil cl septembre,

Pour fièvre intermittente 312

Pour fièvre rémittente 119

études climatériques et médicales.

soit journellement répétée, comme chez les agriculteurs, les ouvriers des ponts et chaussées, les gens employés au service des routes, les charretiers, elc., soit accidentellement subie, comme pour les gens qui, sédentaires, sortent soudainement de leurs habitudes tranquilles pour un voyage, une excursion à la campagne, une partie de chasse surtout.

C’est celle insolation vive qui, portant plus énergiquement son action sur le système nerveux, fait prédominer chez un grand nombre de fébricitants la forme pseudo-continue ou mieux rémittente; car, à bien dire, les fièvres d’accès peuvent se grouper dans les deux classes suivantes :

1° Les intermittentes de tout type, quotidiennes, tierces, quartes et de première invasion ou récidivées, toutes les fièvres enfin caractérisées par des apyrexies ;

21’ Les fièvres rémittentes de toute espèce et de toute forme, gastriques, bilieuses, pétéchiales, comateuses, etc., qui sans apyrexies, offrent des rémissions suivies de redoublements, paroxysmes ou exacerbations, avec chaleur précédée ou non de frisson.

En un mot. dans la grande famille des fièvres à quinquina, on ne trouve pas de cas où la continuité soit essentiellement uniforme, toujours il est possible de saisir des redoublements, par conséquent dés rémissions relatives, d’où l’opportunité de désigner, sous le nom de rémittentes, celles qu’on a voulu considérer comme continues; àplus forte raison celles qu’on a appelées pseudo-continues, rentrent dans les rémittentes.

Objecterait-on. qu’il se pourrait que les fièvres intermittentes, proprement dites, fussent seules produites par l’intoxication paludéenne, tandis que les influences thermo-électro-hygrométriques, avec prédominance excessive de l’élément chaleur, produiraient seulement les fièvres des pays chauds? Cette objection ne serait pas fondée, car, en dehors de toutes les impossibilités que nous avons posées, et poserons dans le cours de ce travail, à la doctrine de l’intoxication miasmatique, elle serait encore condamnée par son aveu ou sa concession. En effet, même pendant l’endémoépidémie, il y a plus de fièvres intermittentes que de rémittentes, et ce qu’il y a surtout de remarquable, c’est que beaucoup de fièvres intermittentes simples passent au type rémittent, et des fièvres, rémittentes au début, passent le plus souvent au type franchement intermittent, avant d’être enrayées dans leur marche. De sorte que ces fièvres intermittentes et rémittentes empiétant les unes sur les autres, passant alternativement d’une forme à l’autre, après avoir puisé leur parenté dans une origine commune, démontré leur identité par leur transmutation réciproque, trouvent encore un lien commun dans la spécificité et l’efficacité bien démontrée du traitement qui leur convient, ce qui précisément leur a valu la dénomination collective de fièvres à quinquina.

Donc, admettre que, dans les pays chauds, les phénomènes thermoélectro-hygrométriques, avec prédominance excessive de l’élément chaleur, produisent ces fièvres, c’est justement reconnaître ce que nous nous efforçons de démontrer. Puis, ces sources de l’intermittence bien et

FIEVRES CLIMATERIQUES.

dûment constatées, dans les pays chauds, pourrait-on les méconnaître dans les pays plus tempérés où, à quelques nuances près dans leur modalité d’action et de résultat, elles ne sont pas moins parfaitement identiques de leur nature?

Nous reprenons. C’est surtout sous l’influence d’une insolation vive de l’été, qu’on s’expose le plus à prendre la fièvre rémittente de sorte qu’on qu’on peut dire, à une certaine latitude, ia fièvre rémittente étant en raison de la prédominance d’action de l’élément chaleur, dans les phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère, c’est nécessairement sous l’influence de l’insolation, du milieu du jour, qu’on s’expose le plus à contracter cette affection.

D’autre part on observe, en Algérie, que les individus qui subissent l’insolation du jour, mais campent sur place, et restent plus exposés à l’action de l’humidité froide des nuits et surtout des matinées, ont plus de tendance à prendre la fièvre intermittente. De ce nombre sont les soldats qui sont en station aux camps de travaux d’utilité publique. La fièvre rémittente pourra bien, chez eux, faire le quart ou le tiers des fièvres qui surviendront, en juillet ou en août particulièrement; mais, cependant, il est vrai de dire que l’intermittence est ordinairement mieux caractérisée, chez les hommes qui ont bivouaqué, c’est-à-dire qui, après l’insolation, ont été relativement plus exposés au refroidissement nocturne.

Puis, si nous trouvons encore que les fièvres rémittentes diminuent, à mesure que les chaleurs baissent, et que la saison froide s’approche ; qu’elles vont s’éteignant en automne, et sont à peu près nulles en hiver, qu’alors l’intermittence sépare les accès, par des apyrexies de plus en plus marquées, d’où il suit que le type tierce, puis le type quarte, puis enfin les accès erratiques, se manifestent plus particulièrement à la saison froide, nous serons encore autorisé à conclure que les phénomènes thermoélectro-hygrométriques, s’exerçant dans certaines limites, engendrent la forme intermittente, en raison delà prédominance d’action de l’humidité froide.

Nous venons de voir ce qui se passe dans un climat qui se rapproche, alternativement, de ceux des pays chauds et des pays tempérés. Partons delà et allons, de plus en plus, vers les pays chaads, et nous trouverons que la forme rémittente va devenant d’autant plus fréquente, qu’on se rapproche davantage de l’équateur, au point de dominer exclusivement sous divers noms, il est vrai, mais sans changer de nature intime.

La fièvre rémittente alors, prenant un caractère bilieux plus prononcé sera la fièvre jaune de la côte occidentale ( 1 ) d’Afrique, ou du littoral de l’Amérique, appelée aussi vomito negro.

Il est tellement vrai que c’est à une haute température et à tout l’ensemble des influences fébrigènes qui en dérivent, qu’on doit rapporter le

(1) Plusieurs cas de fièvre jaune se sont, montrés sur les vaisseaux qui sont en croisière sur la enté d'Afrique. [Gazelle méd., 1830, p. 389.)

développement de ces fièvres, c’est que des intoxicationnisles reconnaissent, eux-mêmes, ne pouvoir pas les attribuer à l’intoxication paludéenne.

M. Dutroiileau, en parlant de la fièvre intermittente cl de la fièvre jaune,

et de leurs rapports étiologiques, dit que l’on n’observe pas toujours ou commence l’une et où finit l’autre. Puis il ajoute autre part : Ce n’est pas à l’infection paludéenne proprement dite qu’est due la fièvre jaune, et il cite des cas de fièvres graves et promptement mortelles, à l’hôpital de Saint-Pierre, à La Martinique. Or, « ni dans cette ville, ni a une distance » assez considérable on n’observe aucune trace de marais. »

Quelquefois, dit M. Magnivié, dans sa thèse sur le climat deFernambouc, les pluies manquent un an ou deux dans cette province, ce qui rend alors la chaleur brûlante, cause la calcination des terres, la mort de la \égétation, et produit les fléaux de la disette et des fièvres.

Sierra-Leone, dit M. Sigaud, situé par 1 4°6 latitude sud, sans marais, sans eaux stagnantes, sur un sol élevé au-dessus du niveau de la mer, est fermé par une chaîne de montagnes qui encaisse lair dans un entonnoir, pour ainsi dire ; de là, constante apparition de maladies grades dans cette partie de l’Afrique, (fièvres rémittentes, etc.).

Nous pouvons donc dire que la forme rémittente est en raison de la prédominance de l’élément chaleur, dans l’action des phénomènes thermoélectro-hygrométriques de l’atmosphère, et que son summum d intensité s’observe, dans la saison et les contrées oùla température égale ou dépasse la température du sang.

Par contre, rapprochons-nous des pays tempérés, et la forme rémittente, allant et diminuant, finira par céder complètement la place à 1 intermittence. Ce qui revient à dire que, dans les pays tempérés, le type intermittent est en raison de la prédominance de l’élément humidité froide, les influences thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère s’exerçant dans certaines limites U); or, dans un pays tempéré, à quel moment s’exercent avec le plus d’intensité les phénomènes thermo-électrohygrométriques, avec prédominance de l’élément humidité froide ? Bien évidemment, c’est le soir, la nuit et le matin. Et voilà le fait qui, faussement interprété, avait fait croire que les miasmes n étaient a redouter que le soir, la nuit et le matin, pendant qu’ils auraient été inoffensifs dans le milieu du jour! Celte énormité eût pu se perpétuer, si l’étude des fièvres avait dû se faire, à tout jamais, au milieu du cercle rétréci de quelques marais ;. mais le champ de l’observation n’est pas, comme le céleste Empire, sa muraille est encore à trouver, voilà pourquoi les faits n’ont pas tardé a démentir cette bizarre hypothèse. Or, qu’eût-il fallu pour éviter le démenti des faits? 11 eût fallu se borner à dire seulement que, dans les

(i) Au-dessous de certaines limites de l'élément chaleur surtout, comme on hiver, ces influences ne produisent plus qu'exceplionnellement les fièvres de première invasion, elles occasionnent plus particulièrement des récidives.

FIÈVRES CLIMATÉRIQUES

pays tempérés, e’esl quand le soleil est sur l’horizon que les phénomènes atmosphériques ont paru être le moins à redouter, comme causes de fièvre, sans invoquer une trop grande dilatation, raréfaction ou volatilité de prétendus miasmes.

L’observatio ndémontre encore cet autre fait remarquable : c’est qu’en franchissant les pays tempérés, pour arriver aux pays froids, la fièvre va perdant du terrain graduellement jusqu’au pôle, dans le cadre nosologique des climats.

C’est qu’au-dessous d’une certaine limite de l’élément chaleur, les phénomènes thermo-électro-hygromélriques de l’atmosphère produisent, moins facilement, cet ébranlement de l’organisme et du système nerveux en particulier, qui détermine si facilement la fièvre, dans d’autres latitudes, en même temps que, par suite d’une hématose plus active, d’une sanguification plus riche, les affections inflammatoires deviennent de plus en plus dominantes dans les régions septentrionales.

Voilà précisément encore la raison pour laquelle les fièvres, dans les climats où elles régnent plus particulièrement, sont infiniment plus rares en hiver.

Comme corollaire des conditions qui influent sur le type et la fiéquence, ajoutons que la gravité des fièvres se tire aussi de 1 intensité d’action de l’élément chaleur, parmi les influences thermo-électro-hygrométriques.

C’est ce qu’ont parfaitement exprimé MM. Fournier et Bégin, dans ce passage du Dictionnaire des sciences médicales , à 1 article marais . « Ainsi, si nous examinons les affections endémiques dans les principales contrées marécageuses, nous verrons, en Hollande, des fievres inteimittentes quartes, tierces, quotidiennes, atteindre un grand nombre de sujets, mais présenter une marche assez lente et laisser au médecin le temps de les combattre. En Hongrie, ces maladies sont déjà plus facilement rémittentes, et la dyssenterie, dite putride, y affecte une plus grande quantité d individus. En Italie, les fièvres produites par le voisinage des marais Pontins sont accompagnées d’apyrexies très courtes, et les symptômes, dits ataxiques, les compliquent le plus souvent. En Espagne, les accidents plus graves, tels que les vomissements de matières noires, la couleur jaune de la peau, la violence du déliré, rapprochent les maladies de cette contrée de celles des côtes d’Afrique ou de l’Amérique (1). Enfin, dans ces deux parties du monde, les mêmes affections fébriles s observent, mais accompagnées des symptômes les plus violents. »

C’est ce qui nous autorise à conclure, (pie la gravité du caractère des fièvres est en raison de l’accroissement de l’élément chaleur, dans les influences thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère.

(1) M. Gilkresl, inspecteur général des hôpitaux militaires britanniques, dans un mémoire dont M Londc a rendu compte à l’Académie, le 21 octobre 1851 , établit : 1° qu’il y a identité entre la fièvre jaune américaine et l’affection observée dans le sud-ouest de l’Europe, notamment en Espagne, 2° qu’elle n’est pas contagieuse, etc.

ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES

Tel est l'enchaînement des faits d’observation, naturellement interprétés, que la signification des faits généraux se retrouve dans les fai ts particuliers cl réciproquement, et (pie dans tous les climats, partout, nous pouvons faire l'application, ou la vérification, des formules étiologiques auxquelles nous a conduit l’étude du climat de l’Algérie.

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