‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 107 sur 215 · MANIFESTATIONS M O U B1 D E S C L I M A T É IU Q U E S · texte numérisé non relu

MANIFESTATIONS M O U B1 D E S C L I M A T É IU Q U E S

Nous venons d’analyser le climat de l’Algérie, d’étudier ses influences, et de reconnaître que son cachet étiologique est essentiellement fébrigène; aussi allons-nous voir que les maladies internes, ne sont guère que les anneaux d’une chaîne non interrompue d’individualités morbides, dérivées d’une commune origine, l’élément intermittent, avec toutes ses variétés de formes ou modalités. Ce fait capital a été remarqué par tous les observateurs, et il faut qu’il soit bien saillant, pour que dès les premiers temps de l’occupation de l’Afrique, et avec les idées dominantes de l’époque, on trouve, dans les rapports des médecins militaires, des assertions aussi explicites que les suivantes (1) :

« Vers la fin de juin (1851), quelques nouveaux malades, atteints

brusquement de céphalalgie, avec un sentiment de fatigue générale, commencèrent à présenter de véritables accès fébriles à périodes bien marquées. Ces accès semblèrent, à juste titre, établir le caractère essentiel de la maladie, en prédominant dans tous les cas, et en provoquant des accidents

de diverses natures Nous fûmes dès lors avertis que les dangers ne

provenaient plus des progrès d’une phlegmasie locale primitive, mais bien du retour des phénomènes généraux les plus propres à réveiller, dans les principaux organes, des irritations suivies de congestions.... Dès le mois de juillet, la généralité des maladies, affectant le même caractère et la même marche périodique, la constitution médicale s’établit. Les fièvres périodiques d’Alger se sont montrées affectant tous les types. Les plus nombreuses cependant furent les rémittentes et les subintrantes quotidiennes. Après elles les plus fréquentes ont été les intermittentes quotidiennes, les doubles tierces souvent faciles à confondre; vinrent ensuite les tierces et en dernier lieu les quartes. Les accès purent être distingués d’une manière tranchée en deux séries. A la première appartinrent ceux que nous appelâmes accès céphalalgiques ou céphaliques, accès pleuropneumonique, accès avec gastro-bronchite, gastrite aiguë, gastro-duodénite ou gastro-enterocolite. La seconde comprit les accès comateux, les accès avec congestion pulmonaire grave, enfin les accès à la fois cardialgiques et cholériques, qui semblèrent liés à des engorgements rapides du foie, de la rate, et à la suite desquels, lorsque la réaction parvint à

(1) 31 M Antonini ri Monard frères [Mémoires de médecine militaire, I XXXV)

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s’établir, le mouvement fébrile continu, une prostration extrême, un léger délire, l’ardeur et la teinte jaune de la peau, des vomissements de bile plus ou moins altérée, constituèrent un ensemble de symptômes, auxquels nous conservâmes les dénominations de lièvre ictérique et de fièvre cholérique, (irritations gastro-intestinales consécutives aux accès bronchiques, etc.). Dans nombre de ces cas, ces irritations firent, à leur tour, des organes respiratoires, un véritable centre de fluxion, vers lequel, au renouvellement des accès, l’action organique exaltée appela de préférence lesang, ce qui concourut à la production decongestions toujours fâcheuses. Lorsque celles-ci n’acquirent point l’intensité des apoplexies pulmonaires, elles furent suivies de pneumonies aiguës, ou d’engorgements chroniques. Si nous passons aux afïectious cérébrales, nous n’éprouverons plus l’embarras d’une distinction à faire, entre les accidents fébriles euxmêmes et les accidents concomitants. Tous, depuis la céphalalgie jusqu au coma, furent en raison du trouble primitif du principal centre nerveux. La céphalalgie, apparaissant dans tous les cas de fièvre d accès, avec priorité constante sur tous les autres phénomènes, précédant et accompagnant les frissons, se distingue encore par une disposition, des plus marquées, à passer très promptement à l’état phlegmasique. Ce dernier état se caractérise sous la forme de méningite avec délire, agitation, cris, vocifération, ou sous celle d’encéphalite, avec perte complète de connaissance, convulsions épileptiformes, coma, alternatives de contactions et de résolutions musculaires. »

Les mêmes médecins, dans leurs considérations sur les fié vies intermittentes, ou rapport sur les maladies qui ont régné épidémiquement à à Alger, de 1852 à 1855, confirment les assertions précédentes en ces termes :

«De 1852 à 1855, les maladies sporadiques conservèrent les caractères périodiques et pernicieux de la saison d’été. Parmi ces maladies les plus graves furent les pneumonies, succédant a des pleurites et a des bionchites. Les saignées, sans ralentir la marche de ces affections, décidaient l’adynamie que l’altération du sang tend à produire^ et que signalent la faiblesse du pouls, l’apparition des pétéchies, les escarres. Cet état qui ne manque jamais de se développer, pendant les fièvres épidémiques, révèle l'existence d’un trouble nerveux , qui a la priorité sur les désordres. Le trouble nerveux a V initiative dans l enchaînement des phénomènes qui constituent les accès.

La gravité de la maladie augmente, en proportion du rapprochement des accès. Les lésions locales paraissent des complications accidentelles , et non les causes des fièvres intermittentes. »

Enfin MM. Monard, dans un troisième mémoire sur les maladies observées à Alger en 1858, considérant la fièvre comme une modification vicieuse du système nerveux , révélée plus particulièrement par le trouble de certaines fonctions, ayant pour prodromes des phénomènes asthéniques, ajoutent que l’état de prostration et d’oppression du système nerveux , forme

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le fond des fièvres d'accès, tandis que les diverses irritations cérébrales, rachidiennes ou gastro-intestinales, auxquelles on les a successivement attribuées, n’en déterminent plus que la forme, et que, sous l’influence des accès, il se produit des congestions de divers organes, selon la prédisposition.

« bien souvent, en été, disent-ils, des congestions cérébrales apoplectiques, et quelquefois en hiver des apoplexies pulmonaires, n’attestent que trop, qu’au delà d’un certain degré, l’engorgement dans ces cas, est incompatible avec la vie. Le trouble du système nerveux, associé à celui du système circulatoire, par son initiative et ses retours périodiques, justifie d’une part la dénomination de fièvres d’accès, accordée à ces maladies, etconsacrée par l’usage; de l’autre, l’espace de temps, compris entre chacun de ces accès, représente parfaitement leurs types variés. Il ne reste donc plus ensuite, pour reproduire d’autres différences, qui existent entre elles, qu’à signaler les complications diverses qui multiplient, beaucoup, les formes qu’elles peuvent effectivement présenter, (depuis la fièvre bénigne jusqu’au développement inattendu d’un symptôme, menaçant et constituant l’accès pernicieux). »

Les mêmes observateurs tirent encore, de la thérapeutique, des données faisant ressortir l’extension de l’élément fébrile, dans la pathologie algérienne. Ils disent à propos des affections intercurrentes :

« Dans les pneumonies, par exemple, maladies que le printemps voit éclore, plus d’une fois pour prévenir la nécessité d’un nouveau recours aux saignées, ( car on saignait encore en ce temps-là!), commandé par le renouvellement des symptômes graves, qui, la veille, s’étaient entièrement dissipés, il a fallu administrer le sulfate de quinine, et son emploi a toujours eu le succès qu’on s’en promettait. Le traitement adopté dans les névralgies, quel qu’ait été leur siège, mérite également d’être mentionné, pour sa similitude avec celui qu’aurait pu réclamer une fièvre d’accès ordinaire.

Enfin dans les fièvres typhoïdes qui, dans le même espace de temps, ne se sont jamais présentées à la fois en aussi grand nombre qu’en 1858, le sulfate de quinine a été encore mis en usage et ainsi que le camphre, il a toujours paru avantageux. Malheureusement les circonstances les plus défavorables ont influé sur l’extrême gravité de ces maladies. Dans quelques cas terminés heureusement, elles ont présenté des remissions régulières marquées, et c’est cette circonstance, de leur marche, qui a autorisé la médication qui a été le plus généralement tentée.

Parmi les affections chroniques, considérées aussi comme sporadiques, a raison de leur origine et du caractère qui leur est propre, celles qui offrent le plus d’intérêt sont les phthisies pulmonaires, et cet intérêt, elles le doivent à. la nature des accidents particuliers, qui ont dû nécessairement accélérer leurs progrès ou précipiter leurs résultats. Les uns ont consisté en des paroxysmes fébriles, que l’on a pu appeler légitimes. A une époque où la tuberculisation n’était pas encore assez avancée pour

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donner lieu à une résorption purulente, les autres à des congestions pulmonaires, suivies d’hémoptysies. La dyssenterie en outre s’est toujours montrée inévitable. »

Après ce coup-d’œil d’ensemble sur la pathologie algérienne, qui a les plus grandes similitudes, sinon une identité complète, avec toutes celles des pays chauds, procédons à l’étude des types et des formes des fièvres d’accès.

Des types intermittents. ■ — Les lièvres intermittentes simples sont celles dont les accès, sans complications, graves, sont séparés par des intermissions ou apyrexies. Elles régnent en toute saison, mais elles sont relativement plus fréquentes, ou du moins leur type est plus nettement tranché, au printemps et à l’automne, c’est-à-dire aux époques où les influences thermoélectro-hygrométriques exercent leur action, avec prédominance de l’élément humidité froide. Car si, en été, les intermittentes simples semblent diminuer, c’est que l’élément chaleur excessive en fait passer, brusquement. un grand nombre au type rémittent.

L’impression fébrigène, qu’à moment donné l’organisme reçoit plus particulièrement au printemps et à l’automne, par refroidissement plus ou moins brusque, plus ou moins lent, répété ou prolongé, cette impression, disons-nous, est déjà, en quelque sorte, un premier accès, qui sera suivi d’un accès plus complet, après une période de malaise, excluant toute idée d’incubation, quand, par exemple, ce sera le lendemain même du jour où l’on aura subi un refroidissement brusque, le corps étant en sueur. En pareil cas, les accès se produisant chaque jour, le type de la lièvre est dit quotidien. Il sera tierce si les accès ont un jour d’intervalle, quarte s’il en ont deux, etc. Il sera double quotidien s’il y a deux accès en un jour, double tierce si les accès quotidiens diffèrent aux jours pairs et impairs. Enfin les accès sont subintranls, s’ils se rapprochent au point de se confondre, un subséquent reprenant quand un précédent finit à peine. Au contraire, ils sont erratiques, quand ils n’apparaissent qu’à intervalles irréguliers, et plus ou moins éloignés. Un accès complet se compose des trois stades de froid, de chaleur et de sueur.

Les frissons vagues d’abord et accompagnés de pandiculations de céphalalgie, de malaise, de courbatures deviennent progressivement plus marqués; on éprouve une salivation incommode et des nausées souvent •suivies de vomissements bilieux. Malgré le soin qu’on a dé s’envelopper de couvertures pesantes, car en pareil cas la prostration fait line nécessité de s’aliter, on tremble de tous ses membres, au point de claquer des dents; la respiration est courte, entrecoupée, par suite surtout de spasmes diaphragmatiques, avec épigastralgie et douleurs lombaires, quelquefois très vives. La face est pâle, crispée, les lèvres livides, les ongles bleuâtres, le pouls petit et vif, l’accablement à son comble.

Le froid se continue intense, souvent pendant plusieurs heures; puis la tete, toujours le siège d’une vive douleur, devient brûlante, le pouls, de plus

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en plus accéléré, se relève, la chaleur s’irradie aux membres supérieurs, à la poitrine, et gagne successivement jusqu’aux extrémités inférieures, la soif s’allume, la peau brûle d’une chaleur acre, le pouls peut dépasser cent pulsations par minute, l’agitation est à son comble et peut durer ainsi de. longues heures. Peu à peu la moiteur survient, la diaphorèse s’établit et la transpiration, toujours fétide, peut être assez abondante pour humecter les linges des fébricitants, plusieurs fois renouvelés. La respiration plusfacileet plus large coïncide avec un pouls plus large elaussipluslent; la céphalalgie s’amende, et il s’établit cet état de calme relatif qu’on appelle apyrexie. La première crise ainsi passée, le malade croit en être quitte, mais le lendemain si la fièvre est quotidienne, le surlendemain si elle est tierce, quelquefois exactement à la même heure, les mêmes accidents se renouvelleront. Notons toutefois que les trois stades sont variables en durée et en intensité, selon les individus, les lieux et les saisons, que le froid ou la sueur peuvent faire défaut en partie ou en totalité, selon que la diaphorèse ou l’algidité dominent plus ou moins exclusivement. Ajoutons que les fièvres quotidiennes sont presque du double supérieures en nombre aux fièvres tierces, et ces dernières plus fréquentes que les quartes, enfin que l’heure des accès la plus habituelle a lieu dans la matinée.

Type rémittent. — D’autre part, lorsque l’organisme est en butte à de vives insolations, les phénomènes thermo-électro-hygrométriques s’exerçant avec prédominance de l’élément chaleur, le type franchement intermittent s’efface, pour faire place au type rémittent; c’est-à-dire que la fièvre ne laisse plus qu’une rémission plus ou moins marquée, entre les paroxysmes, mais non plus cette apyrexie qui sépare les accès de fièvre intermittente simple. Le malade éprouve un malaise général, une céphalalgie gravative, principalement occipitale, des frissons vagues ou des bouffées de chaleur, du dégoût, des nausées, des vomissements bilieux, le plus souvent opiniâtre et très douloureux, La céphalalgie et la chaleur mordicante de la peau redoublent, le pouls s’accélère et se développe, la face est vultueuse, il y a toutes les apparences d’une pléthore factice, avec soif vive et extrême agitation. Cet état empire ordinairement, à mesure que le soleil avance dans sa course, et se prolonge bien avant dans la nuit, au milieu des rêvasseries les plus pénibles et d’affreux cauchemars. A la chaleur brûlante et sèche succèdent la chaleur moite, puis des sueurs excessives et d’une fétidité caractéristique, en même temps que les urines sont troubles, sédimenteuses et d'un rouge brique. Dans la matinée, le plus ordinairement, la diaphorèse amène une détente générale, constituant non plus l’apyrexie, mais une simple rémission, un mieux relatif, quelquefois bien marqué. Nous disons relatif, car il y a loin de là au calme parfait ; il reste toujours une céphalalgie fixe, la pâleur et la prostration sont prononcées; l’urine reste rouge, la langue est chargée; il y a, quand la dyssenterie ne survient pas, constipation opiniâtre, douleurs abdominales surtout du côté du foie; perte d’appétit, dégoût, soif, vive impressionna-

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bilité, fatigue des organes des sens, notamment de la vue, de l’ouie et perceptivité anormale de l’odorat. En effet, la lumière et le bruit accablent, et l’on ne peut supporter les moindres odeurs qu’on perçoit, alors qu’elles échappent aux personnes en santé. À mesure que la chaleur du jour augmente, la céphalalgie augmente aussi avec ou sans frissons ; les douleurs lombaires sont plus vives, les vomissements bilieux reparaissent, le pouls s’accélère, la soif est ardente, la langue est sèche, la constipation remplacée parfois par des selles diarrhéiques ou 'dyssenlériques, l’accablement est plus considérable que la veille, par l’exaspération de tous les symptômes, il y aura fièvre ardente, délire, puis affaissement dans une diaphorèse profuse, suivie d’une rémission de moins en moins marquée, selon que les accès s’aggravent en se répétant, et donnent à la maladie une apparence de continuité. De là les dénominations de fièvre pseudo-continue et fièvre continue, dont on s’est servi, pour exprimer les degrés divers de la fièvre rémittente dans la marche qu’elle affecte. Ainsi, ce qui distingue le type rémittent des types intermittents, c’est que le stade de froid est peu marqué ou fait complètement défaut, surtout pendant la canicule ; que les accès ne sont séparés que par une simple rémission, si faible parfois que la fièvre semble continue, avec prédominance plus fréquente aussi de symptômes graves, sur quelque appareil d’organe. Mais oublier, alors, que le plus souvent l’affection ne se présente ainsi qu’après une intermittence nettement dessinée au début, que d’autre part le type rémittent d’emblée amendé, passe parfois au type franchement intermittent ; oublier que quelle que soit la prédominance de symptômes, traduite par tel ou tel appareil d’organes, la maladie n’en est pas moins, dans son essence, une fièvre d’accès, et doit être traitée comme telle, ce serait s’exposer à de graves mécomptes. Ajoutons que les accès de fièvre rémittente débutent aussi, généralement, dans la journée ; mais les paroxysmes arrivent à leur summum d’intensité dans la première moitié de la nuit.

Caractère des fièvres. — Les fièvres, selon les caractères qu’elles révèlent, sont bénignes ou malignes. Dans le premier cas les accès sont réguliers, peu graves, et s’amendent aisément par une médication appropriée. Les fièvres malignes au contraire sont celles qui, plus ou moins brusquement, font surgir des symptômes faisant craindre une issue funeste, et ont été appelées pour cela fièvres pernicieuses. Les fièvres pernicieuses ne sont donc pas une troisième espèce de fièvres, à part des intermittentes et des rémittentes, car elles sont constituées par celles de ces fièvres qui, à moment donné, compromettent la vie du malade. La fièvre intermittente la plus simple, la plus benigne, quotidienne ou tierce peut, d’un instant à l’autre, devenir pernicieuse, par la prédominance ou l’intercurrence d’un ou de plusieurs symptômes graves. Ce sera l’algidilé, la diaphorèse, le délire, la somnolence, le coma, lecarus, la dyspnée, la cardialgie, la congestion cérébro-spinale, l’état convulsif, la gastro-hépatite, la dyssenlerie, l'état syncopal etc., etc. Le plus souvent cependant les accès pernicieux.sur*

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viennent dans les cas de fièvre réraittenle, qui marchebien plus rapidement vers la gravité que les intermittentes franches. En résumé, la fièvre pernicieuse doit être définie : tout accès faisant craindre prochainement, ou amenant une issue funeste. Il peut donc y avoir autant de fièvres pernicieuses qu’il y a de formes de fièvres, puisque toutes peuvent le devenir.

De la forme des fièvres d'accès. — Nous venons de dire quels sont les symptômes généraux qui, par leur modalité, donnent le type aux fièvres d’accès; examinons actuellement’ ceux qui, par leur prédominance ou exagération, leur localisation et leur nature, impriment aux fièvres les diverses formes, d’où dérivent leurs dénominations particulières.

Formes céphaliques. — Fièvre délirante. — - A la suite d’un violent accès de fièvre, caractérisé par un malaise général, des nausées, des vomissements bilieux porracés, une céphalalgie intense, survient bientôt du délire, avec mouvements désordonnés, convulsifs, pouls accéléré, plein, fort, peau chaude, rouge et brûlante. Si le sulfate de quinine n’est promptement administré et supporté, à la dose d’un gramme à deux grammes par ia bouche, et à défaut, à la dose de deux à trois grammes en lavement, cette forme céphalique tourne rapidement à l’accès pernicieux gastro-céphalique ; la forme céphalo-méningienne se dessine davantage, et à l’excitation phrénétique succède l’affaissement du coma; de. là la forme soporeuse léthargique et carolique, due à l’intensité du raptus encéphalique ou cérébro-spinal. Si l’ai gidite prédomine et persiste au milieu de tous ces symptômes, il survient une autre forme de fièvre, la comateuse algide, (léthargique de Torti, soporeuse d’Alibert). D’autres fois c’est la fièvre nerveuse ataxique, avec prédominance de deux symptômes graves : l’horreur de la vue de l’eau et de contact de l’air, d’où la fièvre aérophobique et hydrophobique, simulant la rage. Nous avons observé ces cas, rares il est vrai, dans les gorges de la Chiffa en 1847. D’autres revêtent la forme tétanique avec trismüs, opisthotonos, emprosthotonos, délire etc.

Formes abdominales. — Si des symptômes graves prédominent et persistent opiniâtrement, du côté de l’estomac et du foie, on a la fièvre gastrique ou gastro-hépatique bilieuse. Il n’y a pas de fièvre d’accès qui ne provoque des phénomènes sympathiques, du côté de l’estomac. Tantôt au début d’un accès, et c’est le plus ordinairement, il y a nausées, vomissements de mucosités, le plus souvent bilieuses. Après un premier accès il y a toujours aussi un état saburral plus ou moins prononcé, dégoût, perte d’appétit, épigastralgie variable; toutefois en certains cas cette épigastralgie est dominante, l’estomac manifeste une irritabilité excessive, au point qu’il rejette tout par des vomissements bilieux opiniâtres, et que l’intolérance qu’il manifeste, prive le malade des boissons et des

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médicaments qu’il serait urgent de lui administrer; en pareil cas le pouls est vif et petit, le faciès est crispé, les angoisses du malade extrêmes. Ce sont principalement les accès de fièvre rémittente qui font prédominer les manifestations gastro-hépatiques, au point d’en faire le symptôme principal. Le foie fournit d’abord une sécrétion biliaire abondante, et si l’excitation de l’orgâne augmente, par la répétition des accès, il ne tarde pas de manifester l’état congestif de son tissu, par une douleur dans l’hvpochondre droit, développant une douleur sympathique, à l’épaule du même côté. Le plus souvent aussi la peau, en pareil cas, ne tarde pas de prendre une teinte subictérique, mais qui n’est pas la jaunisse proprement dite. Si, sous l’action des accès répétés, la congestion du foie devient de plus en plus marquée, la palpation peut, outre la douleur, révéler aussi une augmentation de volume. De là l’origine de ces hépatites soit aiguës, mais le plus ordinairement sourdes et chroniques, sur lesquelles nous reviendrons.

Cas tricisme. — Presque toutes les fièvres intermittentes ou rémittentes se compliquent de gastricité, le plus souvent avec prédominance bilieuse. 11 est rare en effet de rencontrer un cas de fièvre, au début, où l’embarras gastrique ne se montre, à un degré variable ; tout le monde s’entend sur le nom de cet état, il n’en est pas de même de sa nature. L’opinion générale veut qu’il soit constitué par l’amas de saburres, sur les muqueuses des premières voies.

Mais par quoi est constitué ce prétendu dépôt, auquel on semble s’attaquer par les vomitifs ou les purgatifs, d’une façon tout-à-fait mécanique? Oui, assurément, la langue d’un fébricitant est généralement chargée, pour nous servir del’expression consacrée ; cependant conseillons au malade, en pareil cas, de faire usage de tel gargarisme qu’on voudra, il salivera, il rejetera le liquide, mélangé à une certaine quantité de mucosités, secrétées par la cavité buccale, mais la langue restera toujours aussi chargée que devant; et si alors on examine de près l’organe passant pour le miroir de l’estomac, on trouvera qu’une seule chose en modifie l’aspect, c’est un notable changement dans la disposition anatomique des papilles de sa muqueuse. Dans l’état physiologique ces papilles sont peu saillantes, aplaties et serrées les unes contre les autres, constamment lubréfiées, de façon à donner à la muqueuse linguale un aspect lisse, rose et humecté. Dans l’état saburral ces mêmes papilles sont dilatées, épanouies, boursouflées, décolorées, sèches, séparées les unes des autres, comme autant d’aspérités hérissées, et donnant, à la langue, cet aspect blanchâtre et râpeux qu’on désigne sous le nom de langue chargée, expression vicieuse, car elle implique l’idée d’un dépôt quelconque à la surface de la muqueuse, dont l’état dépend d’une modification dans ses dispositions anatomo-physiologiques. En un mot, l’état saburral est bien plus un état de pâleur, de boursouflement, de sécheresse des papilles et des villosités des muqueuses des premières voies, coïncidant, dans les fièvres, avec la pâleur terne de la

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peau, toujours si marquée chez les fébricitants, surtout dans l’apyrexie, mais on est détourné de cette manière de voir, par l’idée d’amas saburral, d’accumulation de matières peccantes; de là cette thérapeutique de nettoiement, ad us uni vulgarc , dont on fait trop souvent abus, et qui, à la vérité, semble trouver sa justification dans les matières rejetées en quantité variable.

On doit réfléchir, cependant, que les sécrétions gastriques bilieuses et buccales, provoquées par un vomitif, ne justifient pas plus son emploi, que les selles ne justifient l’emploi d’un purgatif, que la sérosité ne justifie l’emploi d’un vésicatoire, ces agents de médication pouvant déterminer leurs effets, alors même que l’organisme e«t entièrement dans son. état normal. Nous faisons ces réflexions, non pour contester absolumentl’utililé de la méthode évacuante; nous nous élevons contre sa prétendue indispensabilité, insistant sur ce point : que c’est moins en vue d’éliminer les matières saburrales, qu’en vue de provoquer une action organique démontrée salutaire par la pratique, qu’on doit y recourir, en certains cas, avec discernement, se gardant bien d’un usage routinier toujours et quand même. En effet, si l’embarras gastrique donne, parfois, au début l’indication de l’emploi d’un vomitif, il ne faut pas, quand la fièvre a fait des progrès inquiétants, que le traitement accessoire ou adjuvant, se fasse au détriment du traitement principal. L’emploi des vomitifs, en temps d’endémo-épidémie surtout, offre un double écueil contre lequel on ne saurait trop se tenir en garde : ils peuvent déterminer, le tartre émétique en particulier, soit une algidité syncopale ou pernicieuse, soit une telle susceptibilité de l’estomac que, cet organe rejetant tout par des vomissements opiniâtres, le malade reste privé des bénéfices du sulfate de quinine, qui eut pu tout d’abord être toléré. Ce fait de l’abus intempestif de l’émétique comme début du traitement des fièvres, se révéla sur des proportions tellement désastreuses, lors delà guerre de la sécession d’Amérique, que le médecin en chef de l’armée du nord, en proscrivit absolument l’usage, par une circulaire spéciale qui fera époque dans les annales de la thérapeutique. On doit donc dans le traitement des fièvres être très réservé, qqant aux vomitifs, dont l’emploi peut devenir rapidement funeste, soit par la temporisation qu’ils entraînent, soit par leur action nocive. Réfléchissons d’ailleurs que, dans les fièvres pernicieuses, on se hâte d’administrer avant tout, et au plus vile l’anti-périodique, pourquoi n’en pas agir de même pour celles qui peuvent le devenir d’un instant à l’autre. Même dans les cas de fièvre gastrique bilieuse, où la surcharge gastrique s’est révélée par des vomissements bilieux spontanés, on ne doit pas redouter, concurremment avec celle d’une potion anti-spasmodique, l’administration immédiate de sulfate de quinine. Le pire qui puisse arriver, c’est que la potion soit rejetée par de nouveaux vomissements, etalorselle produit un effet analogue à celle du vomitif qu’on aurait voulu donner; si elle passe, ce qui arrive le plus souvent, elle agit soit en retardant, soit en amendant, soit même en enrayant les accès.

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En parlant des fièvres continues, dans la saison chaude, M. Haspel dit sur ce point (l) : « D’autrefois les symptômes simulaient une gastrite aiguë, tant l’épigastralgie était considérable. Ici c’était avec l’opium ou la morphine que le sulfate de quinine était associé.... » Cette dénomination de fièvre gastrique bilieuse ne doit pas en imposer. De prime abord, on pourrait être tenté de croire que la susceptibilitéde l’estomac dépende d’une irritation, qui commanderait la plus grande réserve, sinon l’abstention, quant à l’administration du sulfate de quinine. Eh bien, l’expérience de lous les jours démontre que ces troubles sympathiques, du côté del’estomac, provoqués par l’accès et coïncidant avec une hypersécrétion bilieuse, cessent comme par enchantement, aussitôt que l’anlipériodique parvient à produire son effet, favorisé surtout par l’administration préalable ou simultanée d’une potion antispasmodique. C’est-à-dire qu’aussitôt qu’on enraie les accès, on fait disparaître tous les troubles gastriques. Cela est si vrai, qu’à propos de leurs expériences sur l’emploi du copahu et du cubèbe, comme fébrifuges, MM. Léonard et Dieu s’expriment ainsi : « Nous ne nous sommes jamais laissé arrêter, dans l’administration de notre mélange, ni par les vommissements, ni par la diarrhée abondante, véritable sueur intestinale qui accompagne, si fréquemment, les fièvres rémittentes, ni par aucune complication. En un mot, nous avons suivi, dans cette administration, absolument la même marche que si nous avions prescrit le sulfate de quinine i2). »

Si l’on peut en agir ainsi, avec un mélange qui, pour une gastrite proprement dite, serait incendiaire, c’est qu’assurément les vomissements bilieux des fièvres, dont nous parlons, sont simplement sympathiques, nous n’en voulons pour preuve que le calme subit qu’on obtient si rapidement, par le sulfate de quinine. Que si, cependant, on se croit dans l’impérieuse obligation, au début du traitement de certaines fièvres, de préparer les voies à l’absorption du sulfate de quinine, mieux vaut assurément préférer au vomitif, un purgatif doux, en cas de constipation si fréquente, tel que l’huile de ricin, ou bien encore le calomel (3), médicament si utile dans les états bilieux, et qu’on peut faire suivre de très près de l’administration de l’antipériodique. Enfin si l’on doit faire vomir quand même, c'est ripécacuanha qu’on doit employer de préférence, et à l'exclusion du tartre stibié.

Les symptômes bilieux dont nous venons de parler et l’ictère qu’on observe à degrés très variables, se manifestent le plus ordinairement connue simples phénomènes d’hypersécrétion biliaire. Des ictères se manifestent aussi comme complication de fièvre, particulièrement des fièvres réci-

(1) Mém. dewél. milit. T. VIII, série .

(2) Acad, deméd. , 2 janvier 1831.

(3) Toutefois ne faut-il pas perdre de vue que le calomel, si inoffensif dans les pays tempérés, provoque, dans les climals équatoriaux, la stomatite mercurielle, avec une extraordinaire facilité ,

ÉTUDES CLIMATÉ NIQUES ET MÉDICALES

divées, mais le plus généralement la jaunisse idiopathique, accompagnée d’embarras gastrique, est apyrétique et sans gravité, c’est-à-dire que chez les malades qui l’ont offerte, nous n’avons pas été autorisés à la rattacher à l’hépatite.

Le plus souvent aussi les vomissements bilieux, dans les fièvres, se produisent sans douleur, tension ou congestion appréciable du foie, paraissant être le résultat d’une simple hypersécrétion sympathique de cet organe. Cela ne veut pas dire que l’hépatite ne se rencontre souvent dans le cours de la fièvre rémittente surtout, mais particularité à noter, alors que les vomissements bilieux, de la douleur à l’hypochondre droit et à l’épaule correspondante, avec l’augmentation de volume du foie, dénotent l’existence d’une congestion hépatique, il n’y a pas précisément cette ictéricie générale qui constitue la jaunisse : il ne se manifeste guère chez les fébricitants qu’une teinte sub-ictérique des faciès, quelquefois peu marquée. Dans des cas plus graves et plus rares, les paroxysmes de la fièvre rémittente, accompagnée de vomissement bilieux, peuvent exagérer les phénomènes congestifs du foie, comme de tout autre organe, et produire des altérations de volume, de consistance, de couleur, des abcès même dans son parenchyme, ou d’énormes distensions de la vésicule du foie, et s’accompagnant d’une teinte ictérique générale, et l’affection offre alors de grandes analogies avec la fièvre jaune.

Fièvre pernicieuse splénique. — Après le foie, dans les climats chauds, la rate a une aptitude toute spéciale aux congestions, sous l’influence des accès répétés; ces congestions, en certains cas de récidive surtout, peuvent, dans le cours d’un accès pernicieux, aller jusqu'au ramollissement et à la déchirure de son tissu. L’issue est alors fatale, mais ces cas sont très rares. Iuutile d’ajouter que quiconque a observé dans les pays chauds, c’est-à-dire dans les climats où l’élément fébrile, sous toutes les formes, domine toute la pathologie, est parfaitement convaincu que les engorgements de la rate, conséquence des accès, n’en sauraient être la cause.

Fièvre dyssentèrique. Il n’est pas rare qu’une fièvre intermittente, et plus fréquemment encore une fièvre rémittente, se compliquent de dyssenlerie. Les deux affections marchent alors de pair, cependant la dyssenlerie surajoutée provoque des selles et du tenesme plus intenses, lors des accès ou des paroxysmes. En butte à une double cause, de souffrance, le malade est en proie à l’anxiété, à l’affaissement les plus marqués et les plus rapides, si l’on ne se hâte de combattre l’affection principale dont la seconde n’est que le satellite. Il y aurait même à rechercher si la fièvre n’est pas toujours sous le masque dyssentèrique.

L’étiologie et la symptomatologie nous ont paru confirmer celte manière de voir, et nous avons eu assez de données thérapeutique à l’appui, surtout en Cochinehinc, pour espérer que leur application plus fréquente et

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moins timide, quant a l’emploi et du sulfate de quinine et du quinquina, put rendre plus efficaces les secours de l’art, contre une affection qui fait tant de ravages.

Fièvre à formes broncho-pneumoniques. — La bronchite se reproduisant avec les accès de fièvre intermittente, s'observe très fréquemment, et résiste à tous les moyens appropriés, tant que l’élément fébrile n’est pas enrayé. Des symptômes plus graves encore s’observant presque exclusivement, comme complication des fièvres rémittentes, sont ceux de congestion pulmonaire, pouvant aller jusqu’à la pneumonie caractérisée.

Ce fait capital de la manifestation fébrile précédant le développement de la pneumonie, est apparu si manifeste non-seulement en Algérie, mais dans tant d’autres lieux, qu’une foule d’observateurs éminents, ont été conduits à considérer la pneumonie comme n’étant, dans tous ses degrés et dans toutes ses variétés, qu’une forme particulière de fièvre rémittente (t).

Toute pneumonie, en un mot, serait une fièvre rémittente avec localisation consécutive sur l’appareil pulmonaire. Cette manière de voir est d’une grande portée; la question de la pneumonie ainsi envisagée, et conduite dans ses conséquences légitimes, pourrait devenir le point de départ d’une modification marquée, dans la thérapeutique des contrées septentrionales, où l’élément fébrile, plus ou moins marqué par les symptômes d’affections localisées, n’attire que trop faiblement l’attention du médecin.

M. Raymond Faure est très explicite sur ce point, en parlant de ce qu’il a observé en Morée. « J’avoue sans hésitation, dit-il, avoir été trompé moi-même, par les symptômes des fièvres intermittentes pernicieuses pleurétiques et péripneumoniques. Je croyais que la plèvre et le poumon étaient pris d’une inflammation franche et très intense, je prescrivais la saignée, je dirai même que le sang offrait la croûte ou couenne inflammatoire. Tous les symptômes se dissipaient, la douleur, le crachement de sang, la difficulté de respirer n’existaient plus, je pensais avoir guéri une pleurésie ou une pneumonie aiguë ; mais le retour quelquefois plus terrible des mêmes phénomènes, avec l’accès suivant, m’annonçait qu’au lieu d’avoir eu à traiter une de ces inflammations ordinaires, j’avais rencontré une fièvre intermittente insidieuse, et qu’il fallait changer de moyen ; car je voyais que les saignées étaient sans résultat, sinon nuisibles, contre ces symptômes en apparence inflammatoires. Si je m’étais obstiné à les poursuivre, par des évacuations sanguines générales ou locales, comme quelques personnes le conseillent, j’aurais sans doute hâté la mort des malades que le sulfate de quinine sauvait, avec une certitude et une constance des plus étonnantes. »

MM. Monard et Antonini ont vu et agi de même en Algérie. Ce qui est

{\) Gazelle mtl<1icale, 1853, p. 187.

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vrai pour la pneumonie, est plus évident encore pour le rhumatisme articulaire.

Fièvres larvées. — • Dans les différentes formes de fièvres, dont nous venons de parler, la fièvre peut donc se masquer complètement, sous l’apparence de telle ou telle affection, paraissant tout à fait localisées, mais à retours périodiques. D’autres fois ces fièvres larvées consistent fréqueminent en névralgies intermittentes : ce sont des ophthalgies reparaissant chaque jour à heure fixe, précédées d’une légère diminution de colorification, et persistant avec vive douleur sus-orbitaire, élancements et larmoiements, une partie de la journée. Ces phénomènes sont sui\is de pesanteur de tête, de lassitude, d’un peu de moiteur, pour laiie plat e ensuite à un état de calme. Ce seront aussi des ophthalmies à paroxysmes qui, de même que les hémicranies intermittentes, avec agitation et chaleur à la peau, ne céderont qu’avec le mouvement fébrile.

Outre les diverses formes de fièvres, avec symptômes plus ou moins prononcés de localisations, ou de symptômes névralgiques, il en est encore qui sont constituées, uniquement, par la prédominance de l’état sudoral, ou glacial de la peau, de là des fièvres pernicieuses algides et diaphoré-

tiques.

Fièvres avec éruptions. — Comme épiphénomènes des fièvres intermittentes, surtout au printemps et en été, on observe parfois des éruptions herpétiques, se développant tantôt au tronc, comme le zona, ou a la face et aux lèvres comme Vherpes lubialis. L’apparition de Vherpes labiahs a toujours été à nos yeux un signe de bénignité. Fréquemment aussi, l’urticaire se développe sur le tronc et sur les membres des fébricitants. Cette éruption exanthémateuse est, le plus souvent, symptomatique des fièvres intermittentes nettement caractérisées et suivant un cours régulier; elle est plus rare dans le cas de fièvre rémittente. L’urticaire est remplacé parfois par des bulles de pemphigus, n’offrant pas plus de gravité. L’éruption miliaire accompagne plus spécialement un certain nombre de fièvres rémittentes, les cas isolés font rarement une complication fâcheuse, a moins qu’ils n’arrivent à constituer épidémiquement la fièvre ou suelte miliaire.

Fièvre pétéchiale. — Entre tous les épiphénomènes des fièvres rémittentes, les pétéchies sont les plus graves, car elles se lient, à peu près exclusivement, à l’apparition d’accès pernicieux, à masque typhoïde, dans les fièvres rémittentes gastriques, qu’on pourrait appeler ataxo-adynamiques,

vu l’intensité et la rapidité désordonnée des paroxysmes, mais mieux encore

pétéchiales, de l’éruption de mauvaise nature dont elles se compliquent. Cette éruption qui apparaît, plus particulièrement, aux membres inférieurs et à l’abdomen, est d’un pronostic presque toujours fâcheux. Les pétéchies se développent en effet, alors (pie l’affection a fait des progrès inquiétants,

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et qu’à des rémissions peu marquées, succèdent les paroxysmes avec délire, coma vigil, soubresaut des tendons, sueurs visqueuses, altération profonde du faciès, fuliginosités de la bouche, pulvérulence des narines, de telle sorte qu’on croirait avoir affaire à une fièvre typhoïde, à son summum d intensité. On ne doit pas perdre de vue la nature rémittente pernicieuse de l’affection, afin de ne pas oublier que la seule ressource qui puisse rester, est dans l’emploi du quinquina, uni à l’opium et au camphre.

Fièvre à masque typhoïde. — Le masque typhoïde proprement dit, s’observe plus fréquemment encore, chez les malades lentement minés par les affections de la saison endémo-épidémique, et qui souffreteux, épuisés, sont surpris par les froids humides de l’hiver, contre les funestes influences duquel ils sont impuissants à réagir. « Alors aux fièvres ardentes, aux fièvres bilieuses, ont succédé insensiblement, dit M. Ilaspel, ces fièvres de mauvaise nature, si bien décrites par Pringle en Hollande, et qui conservent, sous le masque des fièvres dites improprement typhoïdes, quelques-uns des caractères originels des fièvres intermittentes. L’affection typhoïde est alors comme une sorte de greffe étrangère antée sur un tronc indigène. Toutes les maladies de cette époque, même celles qui appartiennent au service chirurgical, présentent des caractères analogues, quoique à un moindre degré. La convalescence est lente, pénible, le scorbut et la gangrène viennent bien souvent encore ajouter à ce tableau. En certains cas, l’affection typhoïde, précédée de fièvre intermittente, offre au début une marche très aiguë : on pourrait l’appeler fièvre intermittente pernicieuse typhoïde. » (Ces cas sont les mêmes que ceux dont nous avons parlé, sous le titre de fièvre pétéchiale.)

MM. Arnould et Kelsch concluent ainsi, au sujet de la fièvre typhoïde, observée en Algérie :

1° La fièvre typhoïde existe en Afrique.

2° Elle y atteint des Européens et des indigènes, même ayant eu des fièvres d’accès ( nous dirons surtout ), donc elle n’a pas d’antagoniste dans ce climat.

o" Elle y est fondamentalement la même qu’en Europe.

4° Elle y revêt les allures et les caractères des autres typhus.

o° Elle est visiblement influencée dans sa marche, sa fréquence et sa gravité parla haute température du pays.

ü° Elle emprunte quelques particularités de sa physionomie, à l’adjonction de l’élément intermittent.

Mieux vaudrait dire que l’élément intermittent lui imprime sa physionomie caractéristique.

Mous venons de parler des affections typhoïdes, tour à tour appelées fièvres pétéchiales, fièvres intermittentes ou rémittentes à masque typhoïde, fièvre typhoïde : il ressort manifestement que toutes ces divisions nosologiques, ne sont que les divers membres d'une même famille clinique, identiques d’origine et de nature, variées dans les formes, il est vrai, mais

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réclamant le môme médicament, sinon le môme traitement. Celle manière d’envisager la fièvre typhoïde sous le rapport clinique et thérapeutique dans les climats chauds, gagne déplus en plus en France. Ainsi dans une

communication faite à la société de médecine de Paris, M. Pamard, d’Avignon, signale un accroissement considérable de fièvres typhoïdes en juillet, août et septembre 1852, avec une complication fâcheuse très fréquente dans le midi : la fièvre rémittente. Les rémissions étaient manifestes, le matin, avec exacerbations bien marquées le soir. Le sulfate de

quinine a produit d’excellents effets en potions, administrées à 1 gramme, et à 2 grammes en lavement, ou môme quantité par la voie endermique, en saupoudrant les surfaces dénudées de vésicatoires, produits par l’eau bouillante, dans les cas urgents (0. Bien plus, M. Lecomte a adressé, à l’Académie de médecine, un mémoire ayant pour objet de démontrer « les résultats du sulfate de quinine à doses élevées, dans tous les cas de fièvre typhoïde. »

Enfin dans le compte-rendu de l’Académie de médecine (séance du 1) août 1855), il est fait mention d’un mémoire de M. Desvouves, dont . l’objet principal est de faire connaître les heureux résultats qu il a obtenus du sulfate de quinine, dans le traitement de la fièvre typhoïde, et Fauteur

se croit en mesure de prouver :

1° Que le sulfate de quinine est le spécifique certain de la fièvre dite typhoïde ;

2° Que par son emploi seul elle est enrayée et guérie;

5° Que la durée du traitement ne doit pas excéder douze jours ;

4° Que la convalescence est très rapide.

Est-ce à dire pour cela qu’il faille s’exagérer l’efficacité de ce médicament, au point de croire triompher toujours de la pyrexie? N’oublions jamais que quelles que soient les ressources thérapeutiques, et le discernement, présidant à leur emploi, il est des états morbides trop souvent entièrement au-dessus des ressources de Fart, notamment dans les affections typhoïdes.

Cachexie fébrile et accidents nerveux consécutifs. - 11 arrive qu’après de nombreuses récidives de fièvres, surtout chez les individus placés en de fâcheuses conditions, et restant en permanence dans les lieux bas, dans les plaines encaissées et humides, l’appauvrissement du sang est porté jusqu’à l’anémie albuminurique, prédisposant presque toujours aux hydropisies ou à l’anasarque.

Le système nerveux, profondément ébranlé, laisse languir toutes les fonctions, il y a pâleur et bouffissure de la face, les viscères abdominaux s’engorgent; la rate, le foie notamment acquièrent un notable développement, les extrémités inférieures s’infiltrent, l’œdème augmente encore l’exubérance de l’abdomen, dont le développement contraste avec l'amai-

(1) Voir Gazette des hôpitaux, 1853.

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crissement des membres supérieurs; d’autres fois il y a hÿdropisie ascite que les ponctions ne font guère que pallier, ainsi que nous l’avons vu trop souvent, surtout en Algérie et en Cochinchine. Il peut se faire- aussi que la cachexie fébrile se complique de l’état scorbutique; la débilité est extrême; des suffusions sanguines produisent des plaques de purpura, surtout aux jambes. Les gencives saignent, s’ulcèrent, la bouche répand une odeur fétide, et le dévoiement survient. D’autres fois, il y a anasarque complète, et tous les organes, tous les tissus sont infiltrés de sérosité. La fièvre lente, le marasme, la diarrhée eolliquative emmènent ces malades, quand ils ne succombent pas à une apoplexie séreuse. Telles sont les phases de la cachexie fébrile. Toutefois il est de ces cas exceptionnels où les malades, longtemps chancelants, finissent peu à peu par reprendre le dessus, sous l’influence d’un régime tonique et réparateur et du changement d’air. La tendance à l’infiltration générale, combattue par l’emploi des purgatifs (de la gomme-gutte surtout à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme et demi), des diurétiques, des révulsifs, disparait progressivement sous l’influence d’un bon régime, dans lequel doivent entrer les préparations de quinquina.

L’innervation, la digestion, l’hématose, la calorification reprennent leur activité, mais l’engorgement des viscères abdominaux persiste. Il arrive même qua cet engorgement stationnaire, s’ajoute quelquefois un embonpoint, poussé jusqu’à l’obésité. C’est ainsi que nous avons vu des hommes arriver au point d’être difformes, et réformés pour polysarcie, et chez lesquels tout portait à croire qu’il y avait dégénérescence graisseuse du foie, en même temps qu’œdème dur du tissu cellulaire de l'abdomen surtout.

La faiblesse générale qu’on éprouve après les accès, se traduit souvent dans l’apyrexie, par des tremblements nerveux, et par l’altération de la voix, qui est mourante, voilée, quelquefois chevrotante. La débilité, à la suite des fièvres, peut-être aussi poussée au point de rendre la démarche des convalescents chancelante, avec des mouvements désordonnés et choréiques. C’est un commencement de paralysie générale, s’accompagnant de faiblesse de l’intellect, parfois même de troubles de l’intelligence, à degrés variables, jusqu’à l’aliénation mentale. Dans certains cas, outre les diverses névralgies, un accident local existe ou prédomine. On a signalé l’embarras de la parole, la diplopie, l’affaiblissement de la vue, l’ambliopie arrivant quelquefois jusqu’à l’amaurose; des paralysies locales, des hémiplégies, des paraplégies, à la suite des accès apoplectiformes; l’insensibilité, la paralysie générale, par congestion dans les accès comateux.

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