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ALIMENTATION DES CONVALESCENTS

Ben Chaoua, médecin arabe à Alger (l), nous disait qu’il ne faut pas tenir un fébricitant à la diète, et qu’il est indispensable de soutenir les forces du malade, doublement épuisées par le climat et par la fièvre.

Ces paroles qui, suivies à la lettre seraient absurdes, deviennent un précepte de diététique, interprétées dans leur signification vraie.

Oui, en effet, le climat de l’Algérie, comme de tous les pays chauds, débilite l’organisme, même à l’état de santé, à fortiori jetle-t-il les malades dans la prostration, oui d’autre part la fièvre est une maladie profondément débilitante, nous n’en voudrions pour preuve que l’accablement dans lequel un seul accès suffit pour jeter l’individu, ayant jusque là vaqué à ses occupations ordinaires.

Le Tébib arabe a donc raison de dire, que le fébricitant est en butte à une double cause d’épuisement ; il ne s’ensuit pas sans doute qu’il faille charger l’estomac, pendant les accès, l’organe lui-même se refuserait à l’alimentation, mais dans les longues apyrexies, il ne faut pas tenir à une diète absolue, et surtout aussitôt que les accès sont enrayés, il faut se bâter de donner une alimentation, appropriée à l’état des forces digestives.

Rien n’est surprenant comme le réveil instantané de l’appétit, dès que la fièvre est arrêtée, rien n’est impérieux comme le besoin de le satisfaire, en partie du moins. Méconnaître ce cri instinctif de l’organisme, c’est manquer le moment opportun de relever les forces, c’est exposer le malade à donner prise à de nouveaux accès, ou à tomber dans les langueurs d’une convalescence pénible et pleine de ces complications, qui constituent la cachexie fébrile.

11 nous est arrivé d’ètre appelé pour tel malade, en proie au paroxisme de la fièvre rémittente, à une céphalalgie intense, au point de produire le délire, à des vomissements bilieux, à un état déréglé du pouls, et le corps ou brûlant ou couvert de sueur; d’employer sur le champ la médication dont nous avons esquissé les principales données, d’obtenir la rémission au premier jour, l’apyrexic au deuxième, d’alimenter au troisième et progressivement les jours suivants, et de faire sortir le convalescent

(1) 1 H43 . Hôpital <1 ii Dey.

ÉTUDES CLI.MATKniyüf.S ET MEDICALES.

au dixième, au liuiliùme et môme au septième jour, sans récidive ulté-

rieure.

Les enseignements de faits de cette nature sont nombreux, et d’abord on ne saurait, en pareil cas, considérer les symptômes cérébraux, comme dépendants d’un état inflammatoire; une inflammation de l’encéphale ou de ses enveloppes, ne nous paraissant pas susceptible de céder si promptement. On ne saurait non plus considérer les symptômes gastriques, comme dépendant d’une inflammation de l’estomac et de ses annexes, car l’état inflammatoire s’il existait, loin de céder au sulfate de quinine, devrait en être exaspéré, tandis que tout rentre dans le calme, avec une merveilleuse promptitude, par l’intervention de l’antipériodique.

Donc ce que l’étiologie indique, la thérapeutique le continue et la diététique le corrobore; les troubles fonctionnels du système nerveux provoquent tous les autres; les premiers étant apaisés, tous les organes, sympatiquement souffrants, se taisent à leur tour, et reprennent leurs fonctions, avec une surprenante rapidité, après avoir déployé tout d’abord un appareil symptomatologique formidable.

L’estomac surtout, en proie l’avant-oscille au gastricisme le plus marqué, tourmenté par d’opiniâtres vomissements, réclame, l’orage étant passé, une alimentation légère assurément, mais dont on ne saurait le frustrer sans détriment.

Louper la fièvre au plus vite, et relever les forces du malade par l’alimentation, voilà le double secret, pour avoir, dans les pays chauds surtout, une pratique heureuse et rapide.

Voilà le principe 'en thèse générale, c’est ensuite au tact du praticien à apporter les modifications qu’il croit utile, selon les circonstances accidentelles qui s’offrent à lui. Par le moyen de doses convenables de sulfate de quinine, et par une alimentation donnée, aussitôt que réclamée par l’estomac, la rapidité de la cure des fièvres, même les plus alarmantes au début, est un fait dont on ne saurait avoir l’idée, avant d’en avoir été témoin, qui étonne le médecin venant de quitter des contrées où prédominent les maladies inflammatoires aiguës ou chroniques.

Non seulement il convient d’alimenter les convalescents, aussitôt que la fièvre est coupée, mais il est nécessaire de lui donner une nourriture substantielle, tout en lui faisant faire plusieurs repas, car les digestions sont actives, et l’appétit est bientôt suivi du langage plus impérieux de la faim, (pii sous ce rapport et la rapidité de sa réapparition, tient de celle du jeune âge.

Cette nécessité d’une alimentation promptement réparatrice, est reconnue de jour en jour. « Aussitôt que le mouvement fébrile a été arrêté, dit M. Worms, sûr qu’un second ne reviendra pas, cl rien effectivement n'est plus rare, dans nos salles, qu’un second accès pendant le séjour qu’y fait le malade, je commence à l’alimenter; le quatrième jour qui suit l’entrée, il a ordinairement le quart de la portion, de la viande et du vin; et depuis ce jour, jusques à la lin du traitement, tous les malins, quatre

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onces de vin amer. Le huitième où le dixième jour, terme moyen, la guérison et la convalescence terminées, il sort et rentre au corps. »

Nul, sur le point de l’alimentation des convalescents de fièvre, n’a posé une formule aussi vraie et aussi hardie que M. Boudin. « Faire usage d’une alimentation substantielle, aussi abondante que possible, et n’ayant d’autres limites que l’appétit et la faculté de digérer. Le faire consister de préférence en bœuf ou mouton rôti; boire du vin en quantité proportionnée au degré de détérioration du malade, s’abstenir de boissons . acquéuses » . Cette dernière prescription est ajoutée aux autres, en vue de ; prévenir la tendance à l’anémie et ses fâcheuses conséquences.

Les considérations dans lesquelles nous venons d’entrer, sur l’alimentation, nous conduisent à une indication pratique, sur le régime des ; convalescents, dans les ambulances ou hôpitaux. Les distributions s’ÿ font deux fois le jour, à dix heures du matin et à quatre heures du soir. L’intervalle du repas du matin à celui du soir est déjà considérable, , mais le convalescent a peine surtout à rester dix-sept heures sans rien prendre, de cinq heures du soir à dix heures du lendemain.

Réveillé dans les grands jours à cinq heures du malin, il serait très opportun, quand il a cessé l’usage de tout médicament, n’excluant pas l’alimentation, qu’il put prendre, entre sept et huit heures du matin, un aliment léger de digestion facile, comme la panade, ou mieux encore du café dans lequel du pain trempé fait un excellent déjeuner. Nous résumerons donc ainsi la diététique qui convient aux convalescents de fièvre: alimentation réparatrice et tonique; repas multiples.

Études sur l’étiologie des fievres dans la campagne de Home.

Nous venons d’esquisser ce que l’observation a déroulé, sous nos yeux, sur le sol africain, nous avons signalé les sources auxquelles nous avons puisé nos vues étiologiques, et sur quelles bases nous en avons établi les formules. Si ces formules sont vraies, elles doivent trouver leur vérification partout où il y a des fièvres. Notre séjour en Italie nousapermis, d’en faire une contre-épreuve aussi complète que possible, et nous lavons dit, elles ont reçu une éclalanle confirmation, dans tout que nous avons vu et allons rapporter.

Le corps expéditionnaire a abordé en Italie, au moment où l'on peut le mieux étudier les effets du climat, au milieu du printemps. C’est la saison de l’année où la température est la plus favorable, où les maladies sont en moins grand nombre; aussi l’état sanitaire des troupes était-il très satisfaisant, dans les premiers temps de leur arrivée. C’est dans de telles circonstances que l’armée s’est engagée dans la campagne de Rome, et que nous avons pu contrôler, jour par jour, les modifications imprimées à l’organisme, par ce nouveau milieu, influences que devaient bientôt favo-

ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES

l iser encore, dans leur nocuité, les fatigues de la guerre, durant la saison des chaleurs ou de la mal’aria.

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