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d’une chose, en prenant des renseignements sur ce point, c’est qu’il n’y en ait pas un plus grand nombre atteints de fièvre. En elïet, la proportion de fébricitants qu’ils peuvent fournir, n’est que le petit nombre, et dépasse de peu celle que fournissent les moissonneurs.
Plus avant à l’ouest, en descendant vers la mer, on trouve une autre localité de la province de Viterbe, intéressante au point de vue étiologique. C’est Toscanella, ancienne ville fortifiée, qui paya d’un sac complet, son refus d’ouvrir ses portes à Charles VU, retournant de Naples. Au commencement du siècle, on fit des rizières sur son territoire, et les irrigations qu’elles nécessitèrent, augmentant les conditions et les variations thermo-électro-hygrométriques de son atmosphère, les fièvres y augmentèrent aussi, au point qu’on interdit la culture du riz, dans la contrée, vers 1815. La cause adjuvante, a été ainsi supprimée, mais le climat est resté avec son influence propre, et Toscanella, d’une altitude moindre que Viterbe, a aussi beaucoup plus de fièvres, ce qui fait que plusieurs habitants émigrent en été, sur Viterbe, malgré les prétendues émanations des routoirs, dont on s’est exagéré bien à tort l’influence sur cette dernière ville.
La mégisserie est une autre industrie très importante à Viterbe, dont les tanneries, le long du ravin de Faoull, occupent de nombreux ouvriers. Eh bien ! chose très remarquable, les pourissoirs où ils travaillent ne les exposent pas plus que le reste de la population à la fièvre, ils y sont même rarement sujets (l). C’est que par suite de leur position sédentaire, et des abris où ils travaillent, soustraits à l’insolation, ils ne subissent pas dans ces milieux, quelque puants et humides qu’ils soient, cette intensité et variabilité d’action des phénomènes thermo-électriques, comme ceux qui agissent en plein vent et en plein soleil. Mais évidemment si des agriculteurs, après avoir ruisselé de sueur en travaillant un champ, venaient faire une station dans une tannerie, la transition de milieux faisant passer l’organisme du chaud au froid, c’est-à-dire par cette série de perturbations physiologiques que nous savons être occasionnées par l’intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-électrohygromélriques de l’air, ils courraient grand risque de prendre la fièvre, et cela, non en vertu d’une prétendue absorption miasmatique, mais par le séjour intempestif dans un lieu frais et humide, le corps ayant préalablement été échauffé et mis en sueur, par l’action solaire [-) et le travail.
(1) Ajoutons encore que dans ce quartier sont plusieurs églises, dont les presbytères y annexés ont des balcons donnant directement sur le ravin même où aboutissent tant d’égouts Or, à ces balcons nous apercevions fréquemment des curés septuagénaires et octogénaires qui venaient y prendre l’air, selon leur bien vieille coutume. Si donc les intoxieationnistes tenaient à classer loxicologiqueinenl leur prétendu miasme, ce fait pourrait les porter à le ranger parmi les poisons lents.
(2) Citons un fait très remarquable à l’appui : verfc le milieu de l'été, on lit badigeonner les casernes, les hommes y rentrant en sueur, faute d’autres locaux pour opérer un déplacement qui eut été temporairement nécessaire, séjournant et couchant daus ces
La chaudronnerie, la clouterie, la maréchalerie et les forges qui leur fournissent leurs matières premières, extraites des minerais de la contrée, entretiennent une nombreuse gent volcanique, déployant et étalant une puissance musculaire cyclopéenne. Nous pouvons ranger dans la même famille les ouvriers employés à la verrerie et à la fabrique de vitriol vert.
L’industrie viticole occupe aussi de nombreux vignerons. Les vins blancs sont presque exclusivement en usage dans le pays. A la récolte qui s’en fait, se rattache une question de prophylaxie et d hygiène tout à la fois. On a remarqué que si la récolte est mauvaise, si la population manque de vin, l’année est mauvaise aussi par les fièvres qui sévissent à l'été suivant, plus fréquentes et plus graves. Si la récolte est bonne et abondante et le vin à bon marché, l’état sanitaire est excellent. Lest là une preuve de l’avantage qu’il y a dans les pays chauds, a associer à la nourriture une liqueur généreuse. Il est vrai qu’on peut se demander comment Mahomet, dont la religion n’est qu’un code où l’hygiène a une large part, a donné comme une observance méritoire, 1 abstention du vin. C’est qu’à côté du bien, le mal se trouve presque toujours. Dans les pays chauds, où la tendance à la surexcitation cérébrale est déjà marquée, en été, par la seule influence du climat, l’usage des boissons alcooliques a de notables dangers, s il arrive à l’abus, et l’ivresse est a redouter comme une calamité publique, si l’habitude s’en généralise. A Viterbe en particulier, pendant les chaleurs de l’été, l’abus de vins blancs capiteux surexcite tellement les buveurs, que d’après les données statistiques de l’hospice, on peut évaluer à une moyenne de trois par semaine, au temps de la canicule surtout, les victimes de rixes sanglantes. En hiver les osteria ont vogue aussi, mais les coups de stylet sont rares en cette saison, preuve incontestable de l’action de la chaleur sur l’irascibilité, surtout si elle est favorisée par l’ivrognerie.
La constitution médicale est ordinairement à Viterbe, mais sur une plus
petite échelle, ce qu’elle est à Rome, ce sont les mêmes affections en proportion, moins nombreuses, mais de même nature, et suivant les mêmes phases. Les fièvres ont fait les deux tiers du total des affections, et comme à Rome, c’est au mois d’aoùt qu’elles ont offert le plus de fréquence et de gravité. De ces fièvres les deux tiers ont été intermittentes, un tiers
rémittentes avec diverses complications.
La première indication remplie, a été d’attaquer 1 intermittence sous quelque masque qu’elle se présente ou quelque complication qui survienne. Ophthalgies, névralgies comme fièvres larvées; miliaire, urticaire, pemphygus, pétéchies comme épiphénomènes; gastricisme, ictère, diarrhée,
milieux rendus réfrigérants, d’une façon très marquée tant que, dure celte opération, ils éprouvaient très sensiblement celle transition du chaud au froid, dont nous connaissons les dangers. Aussi un surcroil de lièvres intermittentes et rémittentes survint successivement, dans chaque compagnie, durant la première huitaine du badigeonnage au lai de-chaux, opération cependant dite désinfectante.
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dyssenterie, bronchite, pleurodynies, douleurs articulaires, rhumatismales etc. comme complications, orgasme inflammatoire et tendance à la continuité, dans les fièvres rémittentes, ne doivent pas un instant faire perdre de vue 1 élément qui lient tout alors sous sa domination : la perturbation fonctionnelle du système nerveux. Celle-ci enrayée, le reste n’est plus que 1 accessoire, aussi sommes-nous autorisé à croire que c’est surtout par suite de la constante attention apportée à combattre l’intermittence, toutes les fois que nous en avons rencontré l’indication, qu’il nous a été donné de traverser la saison endémo-épidémique de 1851 sans mortalité.
Du climat de Rome aux temps actuels et anciens.
Nous venons de voir quelles sont les conditions climatériques de l’Agro- Romano et leurs influences ; ces conditions offrant les plus grandes analogies avec celles de l’Algérie, il devenait intéressant de vérifier leur mode d’action, presque exclusivement fébrigène, sur des hommes ayant déjà subi l’action du climat d’Afrique. Pour arriver sur ce point à une appréciation exacte, nous avons compulsé les antécédents des anciens soldats restants dans trois compagnies. Nous en avons trouvé 164 ayant séjourné de 1846 à 1851 , un temps à peu près égal en Afrique et en Italie, avec une station intermédiaire de 4 mois à Toulon et à Marseille (1); sur ces 164 hommes 44 avaient eu la fièvre en Afrique, dans l’espace de deux ans, et de ces 44 hommes 25 l’ont eue de nouveau en Italie dans le cours du même espace de temps.
Donc 1° les atteintes antérieures de fièvres en Afrique, non seulement n’ont pas été une garantie contre les influences fébrigènes du climat de Tltalie centrale, mais ont plutôt constitué une prédisposition à en contracter de nouvelles.
Quant aux 120 hommes n’ayant pas eu la fièvre en Afrique, et pouvant être considérés comme y ayant fait leur acclimatement dans toute l’acception qu’on donne à ce mot, 56 l’ont eue en Italie.
Donc 2°, si le séjour préalable dans un pays chaud, aux influences duquel l’organisme s’est plus ou moins habitué, est de quelque avantage pour passer dans un climat analogue, il ne saurait donner une immunité complète, ce qui nous est encore démontré par le climat de Rome.
D’autre part, si nous considérons le nombre de fiévreux fournis par un même effectif, dans un espace de temps semblable, et dans des conditions analogues, nous trouvons que le même bataillon qui, à Bougie, eu juillet, août, septembre, octobre 1848, avait fourni près de 500 malades, dépassait ce chiffre à Rome, en 1849, durant la môme période.
(I) Le 30e était rentré d’Afrique en décembre 1848.
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Donc 5°, en temps égal et en conditions analogues, la proportion des fébricitants fournis à Rome, par un effectif donné, est pour le moins aussi
considérable que dans quel point que ce soit de l’Algérie. Comme corollaire, nous dirons que les récidives nous ont paru ici un peu plus fréquentes,
ainsi nous trouvons que les 44 fébricitants cités plus haut, ont fourni pour les entrées aux hôpitaux, en Afrique, une moyenne de 1 4|2, pendant que les b(j autres, en Italie, ont eu près de 5 entrées en moyenne.
Enfin, quant à la question de léthalité, nous arrivons à la même conclusion. Ainsi, en Afrique, où cependant la dyssenterie sévissant davantage, augmente d’autant le chiffre de la mortalité, la moyenne générale, pour les années 1845, 40 et 47 réunies, est de 5 p. 100; elle a été à Rome, de o 1/5 p. 100 en 1849, année pendant laquelle les troupes ont été plus directement en butte aux rigueurs du climat. Disons toutefois que ces chiffres exprimant des rapports, ne sauraient rien avoir d’absolu ni de constant. Nous sommes bien convaincu que la mortalité diminuera en Afrique, comme à Rome, à mesure que les ressources hygiéniques s’accroissant, deviendront plus efficaces, et il faut le dire aussi, à mesure que se généralisera davantage une médication déjà reconnue mieux appropriée, par bon nombre de praticiens.
Nous venons d’apprécier les influences du climat de Rome, sur des hommes ayant passé en Afrique, examinons son action sur des hommes
venant directement de France. Le 7e bataillon de chasseurs à pied, venant de Paris, est arrivé en garnison à Rome, au commencement de juillet 1851 . Or, pendant l’endémo-épidémie, dans les trois mois de juillet, août et septembre, sur 850 hommes d’effectif, 512 sont entrés dans les hôpitaux, dont vingt seulement comme blessés, vénériens 'et galeux, la presque universalité des autres atteints de fièvre intermittente ou rémittente. Voilà donc une troupe qui arrivant en été, après de longues marches, subissant brusquement l’action du climat, a eu en trois mois a peine, plus de la moitié de son effectif atteint par les fièvres. A la même époque, le
21e léger, quittant la Corse où il avait passé près de trois ans, est pareillement venu faire partie de la garnison de Rome. Son effectif était de 1959 hommes, qui ont fourni, dans le même trimestre dété, 3 42 fiévreux entrés aux hôpitaux, à l’exception de 22 blessés, vénériens ou galeux, soit pour un môme effectif, deux tiers de moins que !e 7"*' bataillon de chasseurs. Cette différence prouve qu’une station préalable dans un climat à peu près isotherme, est jusqu’à un certain point une garantie prophylactique.
Tout ce que nous avons exposé touchant le climat de Rome, nous montre scs influences comme étant essentiellement fébrigènes, principalement à l’époque des chaleurs, et il se présente naturellement a l’esprit cette double question : en a-t-il toujours été ainsi, ou bien le climat a-t-il changé, et se trouve-t-il actuellement plus insalubre qu’autrefois? Si Ion réfléchit qu’une période de 2000 ans (durée présumée de Rome), si grande par rapport à la vie de l’hoinm?, n’est presque rien quant à l’existence de
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notre plainte, que son refroidissement bien que réel, et rendu manifeste par les phases géologiques, est cependant presque insensible depuis les temps historiques, se traduisant à peine par la rétrocession de quelques espèces végétales comme le palmier, le cactus, le citrus medica, la canne à sucre, la vigne, l’olivier, vers des latitudes un peu plus méridionales; que d’autre part un climat ne saurait être changé dans sa nature propre par la main de 1 homme, que tout au plus les sociétés parviennent, à force d’efforts soutenus, à se créer temporairement des milieux plus ou moins protecteurs, contre les intempéries des saisons, modifiant ainsi la modalité de leurs influences, sans atteindre les constitutions climatériques dans leur essence; que tout ce que les anciens Romains ont opéré de modifications ou transformations locales au sépticollis et ses environs, n’a porté, en définitive, que sur une faible parcelle de l’Italie centrale, on serait porté à conclure à priori î°, que la constitution climatérique de la campagne de Rome, où les déboisements ont peut-être rendu les chaleurs un peu plus sensibles, est à peu de chose près ce qu’elle fut toujours ; 2’ que les mêmes causes produisant les mêmes effets, la pathogénie, en rapport constant avec les conditions climatériques, a imprimé de tout temps le même cachet, à quelques nuances près, à la physionomie pathologique de Rome. A plus forte raison arrive-t-on à la certitude, si les vues de l’induction sont confirmées par la tradition. Que trouvons-nous en effet à chaque page de l’histoire? Sur le premier point : que les limites des divers travaux agricoles et des diverses phases du cycle annuel de la végétation, telles que semis, floraisons, fenaisons fl J, moissons, maturations, vendanges (2), sont pour les mêmes lieux et les mêmes altitudes, identiques dans l’Italie ancienne et moderne, et ce sont là les principales données sur lesquelles s’est appuyé M. Dureau de la Malle, pour en tirer la preuve de la constance du climat de l’Italie pendant vingt siècles (3).
(1) Comme au temps de Caton et de Paladius, la première fauchaison se fait aujourd’hui au-commencement de mai; au 13 de ce mois 1849, en allant prendre position sur les plateaux d’Àcqua Traversa, nous avons passé dans des prairies qu’on n’avait pu faucher, et dont le foin était trop mur.
(2) Comme à l’époque des Bacchanales, c’est encore comme mois des vendanges que les Transleveraines fêtent l’arrivée d’octobre, avec cette différence toutefois que les Bacchantes modernes au lieu de courir echevelées, couvertes de peaux de tigres, couronnées de pampres, hurlant Euhoë Evan Bacche, au milieu de Satyres, de Silènes d'ânes el de boucs, à la lueur de lorches et au sonde Ilules, de tambours, de clairons, de cymbales, se bornent, coquettement parées, el le tambour 4e basque à la main, à parcourir les rues, chantant en calèche découverte ; au lieu de brandir la coupe et le thyrse, en exprimant le jus ch' la treille, préférer dans leurs stations à Yostéria, boire toute liltrée la liqueur de Bacchus ; au lieu de se livrer à des orgies dont près de 2 siècles avant noire ère, la loi dut réprimer les débordemenls, s’adonner bien avant dans la nuit, à des danses accompagnées de musique el de chants, tenant pour la monolomie cadencée autant de ceux de l'Arabe que de l’Espagnol, ces peuples du bassin méditerranéen formanl ainsi un même cœur à 3 voix similaires.
(3) V. Comptes-rendus des séances de l’Académie des sciences, t. XXVII, p. 333,
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Quand au second point, nous trouvons encore qu’à toute époque, les fièvres ont sévi sur les habitants de Rome, c’est attesté par le témoignage d’Asclépiade, de Cicéron, d’Horace, de Celse, de Tilc-Live, de Plutarque, de Sénèque, de Strabon, de Tacite, de Pline, de Martial, de Galien, etc., aussi l’atmosphère de Rome fut-elle de longue date qualifiée d’infamis aer, à cause de ses influences essentiellement fébrigènes, et la superstition publique avait-elle voué un culte spécial à la déesse Febris.
Si donc à Rome, aux époques où les palais des hommes le disputaient au temple des Dieux, où elle regorgeait d’amphithéâtres, de cirques, de théâtres, de gymnases, d’hippodromes, de forums et de toute sorte de monuments ou édifices d’utilité publique ou privée, où les piscines de ses immenses thermes, tout distribués pour les délassements du corps et de l’esprit, les naiimachies et d’innombrables fontaines étaient alimentées des eaux que colligeait au loin un immense réseau d’acqueducs, si à Rome et à l’apogée de sa splendeur, où tout était fastueusement disposé pour les plaisirs, la commodité et l’hygiène d’une population d’un million d’âmes, en même temps que sa campagne couverte de cultures et semée de villas, était sillonnée de nombreuses voies, dont la plus célèbre, la voie Appia, coupait au sud le bassin Pontin, la fièvre était la maladie dominante, l’influence du climat dut plus rigoureusement encore se faire sentir en des temps moins prospères.
En effet, lorsque énervés par la torpeur du sensualisme, les Romains de la décadence eurent laissé tomber en ruines la Babylone d’Occident, sous les attaques des Alaric, des Genseric, des Ricimer, des Odoacre, des Totila, auxquels l’audacieux Brennus avait frayé la première voie, et sur lesquels renchérirent encore les Normands de Robert Guiscard, appelés par Grégoire VII, Rome, ou plutôt son squelette, n’offrit plus, durant l’éclipse du moyen-âge, qu’une population maladive et misérable, s’étiolant, et s’éteignant avant l’âge.
Au commencement du 15e siècle, Innocent III, gémissant sur la brièveté de la vie des Romains, qui rarement atteignaient 40 ans. Aussi, sous le perpétuel fléau des fièvres, dont Pierre de Damien disait : romance febres stabile sunt jure fideles , la population était-elle réduite à 55,000 âmes, en 1 1 98, et descendit même à 17,000 sous Clément VII. Depuis elle s’est progressivement accrue pour arriver aujourd’hui à 170,000 âmes, résultat dont l’administration française peut revendiquer sa part, pour l’époque ou le Tibre comptait au nombre de nos départements. Mais celte population, celle des classes ouvrières, de la campagne surtout, reste avec sa physionomie jaunâtre iclérique, terreuse, cette teinte cachectique qu’imprime au faciès la maladie endémique, teinte qu’ont tour à tour signalée les poêles, les historiens, les médecins et que les peintres eux-mêmes ont fidèlement reproduite sous leur pinceaux.
Ainsi, de tout temps, les fièvres ont sévi sur la population romaine, chez les Anciens, au moyen âge comme de nos jours, toutefois avec une intensité variant, selon le plus ou moins de protection offerte par le
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milieu habité, les ressources hygiéniques, en un mot, selon la fortune publique. Mais, à part ces oscillations, en plus ou en moins, à toute époque, on retrouve les mêmes influences climatériques et les mêmes effets, voilà pourquoi 1 air de llome, appelé par les latins infamis, crassits et hnmi(ius,'-x*oç mp parles Grecs, s’appelle aujourd’hui malaria, aria cultiva, il n’y a donc guère de changé quel le nom, dans le climat de la ville aux inconstantes destinées.
Déductions de prophylaxie et d’hygiéne.
Toute théorie doit avoir ses applications.
De même que nous avons progressé, dans nos études étiologiques, en signalant et motivant nos dissidences avec la doctrine de l’intoxication miasmatique, de même, nous en signalerons de nouvelles, dans un rapide aperçu des déductions pratiques de la théorie physiologique et positive que nous venons d’exposer.
Si, un médecin intoxicationniste pouvait assister, de nos jours, à l’un des nombreux sacrifices que l’on faisait autrefois pour calmer le courroux de la déesse Fébris, déversant, croyait-on, le germe de la fièvre sur les populations désolées, il n’aurait assurément pas eu assez de dédain pour pareille superstition. Eh bien! le même n’hésite pas à conseiller certains moyens prophylactiques que, pour notre part, nous l’avouons, nous rangeons bien près de la superstition. Conseiller, comme cela a été fait, de respirer à travers une toile de gaze, à cette fin d’intercepter des miasmes au passage, c’est une bizarrerie prophylactique contre une chimérique fiction, et dont la conséquence pratique, dans les contrées où régnent les fièvres, serait de s’affubler de celte espèce de sareau à masque de pénitent gris, que la peur a introduit et conserve encore dans les lazarets.
Une autre proposition non moins bizarre, en fait de prophylaxie antimiasmatique, et qui nous étonne autant en elle-même que par son considérant, a été, dernièrement, de distribuer des rations de tabac aux soldats, « parce que, est-il dit, pour qui sait que c’est principalement par la bouche que pénètrent les particules miasmatiques, il ne saurait y avoir de doutes , sur l’utilité probable d’augmenter le ton de la muqueuse buccale. »
Que penser encore de la course et de la danse préconisées comme moyens propres, en déterminant des sueurs, à éliminer « une partie du poison déjà introduit. » On voit à quel dérèglement d’hypothèses une première peut conduire. Consignons encore dans les annales curieuses de la prophylaxie, les aspersions de chlorure de chaux, qu’un anglais fit répandre à la surface de terrains à défricher.
Mais laissons ces petits détails, dont l’indifférence générale fait justice,
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et arrivons à l’examen d’une haute question qui, après tant de dissidences avec les intoxicationnistes, nous permettra, en partie du moins, d’être d’accord avec eux, nous voulons parler des dessèchements. Oui, nous le proclamons, en fait les déssèchements des contrées marécageuses sont éminemment utiles, mais nous ajouterons aussitôt, l’erreur est de s’en exagérer la possibilité, la portée et l’efficacité ; d’en faire une condition sine qua non , en dehors de laquelle il n’y aurait plus rien à espérer, et d’y trouver une fausse sécurité théorique, source de bien des mécomptes en pratique. Il n’est que trop de localités, il est vrai, essentiellement marécageuses, où macèrent de pauvres populations se débattant sous les étreintes de la fièvre, s’étiolant et dépérissant sous la pernicieuse influence de la cachexie fébrile, obligées de rester, au sein de ces milieux, autres saturnes dévorant leurs enfants. Impuissantes à agir sur la constitution hydrologique du sol, c'est tout au plus si elles y glanent misérablement leur pain, en escomptant ce qu’elles ont à vivre. Et, cependant, la doctrine de l’intoxication n’a guère d’autre conseil à leur donner que de dessécher leurs marais, car d’après ses vues, hors du dessèchement pas de salut, le prétendu empoisonnement miasmatique étant fatalement nécessaire, diton, tant que la source des effluves subsiste. Mais proposer les dessèchements comme seule ressource à ces habitants de vastes contrées marécageuses, dont l’exploitation fait l’industrie, c’est le plus souvent encore leur proposer une entreprise impossible et dès lors l’idée où ils restent, d’être voués à respirer un air réputé empoisonné, vient encore ajouter la peine morale aux autres conditions fâcheuses.
On pourrait nous objecter, que ce n’est pas ordinairement aux individus qu’on propose les grands travaux de dessèchement, c’est aux efforts réunis d’un canton, d’une commune, d’un arrondissement, d’un département, d’une province, d’un état, c’est en un mot, aux bras puissants d’un être collectif. Eh bien ! examinons jusqu’à quel point une puissance collective a pouvoir d’assainir un climat par les dessèchements. Le bras le plus puissant que nous trouvons, en remontant les siècles, est sans contredit celui de Rome ; sa force en travaux d’utilité publique est devenue proverbiale, et cependant Rome avait un ennemi qui brava toujours le bras qui soumit le monde, cet ennemi nous l’avons vu, c’était Yinfamis aer de sa campagne, des marais Pontins, de son climat. De nombreux aqueducs, dont les majestueux arceaux serpentent encore à travers les ondulations de la campagne, en colligeaient les sources diverses pour les distribuer à la ville aux quatorze quartiers. Le fleuve avait été encaissé par des quais, pour garantir les quartiers bas des débordements qu’atténuait encore un canal de dérivation au Delta; un réseau considérable de canaux sillonnait les marais Pontins dans tous les sens, canaux sur lesquels fut jeté, comme un immense pont,. la célèbre voie Appienne, et dont le principal, le canal d’Auguste, permettait surtout la nuit, nous dit Horace, de traverser les paludes dans des bâteaux remorqués par des mulets. Toutes les eaux avaient été réduites à la plus petite surface possible, de grands espaces
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furent mis en culture, plusieurs villes et des myriades de villas y surgirent, et cependant la campagne de Rome et surtout les marais Pontins, l’estèrent le pays classique de Yinfamis aer , à toutes les époques, car, nous insistons particulièrement sur ce point, ce serait une grande erreur de croire que les influences fébrigènes de la campagne de Rome n’auraient été seulement que le résultat accidentel des secousses et des transformations politiques qui entrainèrent la dépopulation et l’inculture ; on sait à. n’en pas douter que ces influences fébrigènes du climat de l’Italie centrale et de la campagne de Rome, en particulier, étaient redoutées même aux temps de la plus grande prospérité romaine. Asclépiade, nous apprend que de son temps la fièvre intermittente dominait la pathologie de Rome. Cicéron signalait le danger des fièvres qui régnaient dans le Latium. Pompée lui même, en Campanie, faillit être emporté par la fièvre. Horace s’excusait auprès de Mécène, de ne point l’aller voir, dans sa villa, redoutant de traverser la campagne de Rome, au gros des chaleurs, c’est-à-dire à l’époque où « les (lèvres inspiraient la (erreur à tous » (1). Il dit encore en parlant du mois d’août : « Adducit febres et testamenta résignât. » Plusieurs historiens, notamment Strabon, dans sa géographie générale (2), s’accordent à reconnaître qu’il existait plusieurs lieux plus particulièrement insalubres (Palustria etMorbosa), entre Lavinium, Antium, Neptune, Ardée, Pométia, Terracine. Ajoutons plus au sud, la retraite de Marius fugitif, les marais de Minturne. Martial disait encore, se plaignant de l’air d’Ardée, et quos pestifera Pontini uligine campi Cependant, les tra-
vaux d’utilité publique et d’assainissement dans la campagne comme dans le bassin Pontin surtout, depuis le censeur Appius, avaient fait la constante — nous pourrions dire l’impuissante — préoccupation des administrateurs. Aussi, Jules César, convaincu de l’insuflisance des travaux tentés jusqu’à lui, avait eu le gigantesque projet, nous apprend Suétone, de combler les marais Pontins, par d’immenses terrassements, mais il ne tarda pas de reconnaître que l’entreprise était au-dessus des forces de Rome elle-même.
Après les efforts des Anciens, vinrent, nous l’avons vu, ceux des générations plus modernes; aux travaux de Boniface VIII, s’ajoutèrent ceux de Calixle III, de Léon X, de Sixte V, de Clément XIII, de Pie VI, et cependant aucune amélioration n’a été apportée pour cela dans l’atmosphère de Rome, écoutons M. de Tournon sur ce point : « La solution de ce problème a occupé les plus grands papes, secondés par des savants de premier ordre, et après de grands travaux la question est plutôt obscure que résolue. L’opinion que les grands amas d’eau étaient la cause principale des maladies ayant été adoptée, on songea à les dessécher; les marais Contins étant les plus étendus de ces réservoirs, on fit dépendre de leur dessèchement l’amélioration de l’air. Grâce à Pie VI, la surface constam-
(lj Lib. 1, Ep. VII.
■2) Lib. IV. Italia.
42() * ÉTUDES CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES
inCnt submergée fut réduite de dix-sept-mille hectares à deux mille, mais on reconnut bientôt que cet immense changement n’avait eu aucune influence sur l’état sanitaire de Rome (*).
Donc les travaux de dessèchement] et de canalisation, quelque utiles qu’ils puissent être, pour diminuer l’état hygrométrique d’un lieu, ne sauraient annihiler complètement les influences fébrigènes d’un climat, par quelque mains qu’ils soient exécutés, car à défaut de l’humidité palustre, il } a l’humidité marine et toutes les autres sources entretenant l’humidité atmosphérique, il y a de plus la chaleur qui imprime aux oscillations thermo-électro-hygrométriques une nocuité variable, selon létal des lieux, mais généralement croissante en raison inverse de 1 altitude et de la latitude.
Sans doute que si une rivière déborde et forme des étangs sur un territoire arable, il sera utile d’en faire le dessèchement; si un éboulement obstrue un cours d’eau et le fait refluer à travers champs, on pourra par une saignée rétablir le cours interrompu, et rendre à la culture le terrain desséché, si un plateau a des étangs dans ses dépressions, on pouira pai des canaux émissaires le dessécher, et tout cela plus particulièrement au point de vue de la colonisation, de l’extension agricole, mais quelque réduction qu’on ait faite de la surface aqueuse, on n’obtiendra qu’une amélioration relative dans les influences du lieu, sans atteindre l’essence même du climat, fût le dessèchement aussi parfait que possible.
Nous avons vu én effet, que dans les pays chauds surtout, la fièvre règne même dans les lieux élevés et dépourvus de marais; quelle sévit avec plus de fréquence et d’intensité dans les lieux bas et marécageux; dessécher complètement ces derniers, c’est les ramener aux conditions communes de la contrée, c’est obtenir une amélioration relative mais non absolue, comme se le figure l’intoxicationniste qui suppose, qu’en admettant comme possible la suppression de tous les marais, toutes les sources présumées d’effluves fébrigènes seraient taries, et les fièvres rayées du cadre de nos affections. — Compter ainsi c’est compter sans les influences thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère, qui tout en trouvant des conditions de suractivité dans les marais, ne s’en passent pas moins pour faire prédominer l’élément pyrétique — d’autant plus que les climats sont plus chauds et les lieux plus bas. Car nous l’avons vu, les fièvres sont les manifestations morbides plus particulièrement propres aux pays chauds, * comme les affections franchement inflammatoires sont plus spécialement le produit des climats septentrionaux. Pour nous, la grande source étiologique des fièvres c’est le climat, selon qu’il est plus chaud, le sol plus bas et plus humide; le marais n’est que l’accident, augmentant ces conditions, pour l’intoxicationniste le marais est le principal, le climat nest que l’accessoire. D’après nos vues, il est aisé de sé rendre naturellement raison de l’existence des fièvres partout où on en rencontre; avec les vues de
(1) Etudes statistiques.
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l’intoxication, il faut faire dégager des marais un poison fébrigène, puis les marais types n’existant point partout, invoquer des auxiliaires tels que marais infinimenl petits, marais souterrains, fissures et crevasses des terres fendillées desséchées par le soleil — enfin toutes ces sources ne suffisant point encore invoquer l’expansion et le transport illimité du miasme supposé, toutes hypothèses tombant comme autant d’impossibilités devant l’observation. D’autre part, pour l’intoxicalionniste, encore, supposant qu’il n’y avait que les effluves paludéens qui donnent la fièvre, toute la prophylaxie se rétrécit dans la question du dessèchement, opération qui est trop souvent inexécutable dans les contrées trop déprimées, et qui n’est pas même entièrement efficace alors qu’il est complet, citons un exemple des plus authentiques et des plus signiticatifs. Au nord de la campagne de Rome surgit la chaîne duCimino, ce massif volcanique est parsemé de cratères reconnaissables comme au jour où ils ont cessé de fumer, et qui pour la plupart ont leur infundibulum rempli d’eau à une hauteur variable, formant ainsi des lacs, tels sont ceux de Bolsène, de Vico, dont nous avons déjà parlé, de Bracciano etc. Entre les deux derniers il en existait un autre, celui de Baccano, dont les eaux étalés fournissaient une abondante évaporation à l’atmosphère du lieu.
Les habitants de la circonférence avaient beaucoup à souffrir des fièvres, et au milieu du dix-septième siècle, le pape Alexandre VII en fit opérer le dessèchement, au moyen d’un canal allant se déverser dans la petite rivière de la Volca. « De beaux champs de blé, ditM. de Tournon, de riantes prairies tapissent maintenant ce sol de laves recouvertes par le limon des eaux. Mais te dessèchement du lac , quoique complet , n’a pas amélioré l’air , et quelques familles d’aubergistes luttent péniblement à Baccano, contre la fièvre et la mort. »
Nous avons traversé ce godet, après les pluies du mois d’avril 1851, il n’y reste pas la plus petite flaque d’eau pouvant faire le compte de l’intoxication, mais il est vrai de dire que dans ce miroir concave, sans arbres, ceux qui y passent ou y séjournent sont par dessus tout en butte à une insolation pernicieuse. Voilà pourquoi les fièvres sont à l’époque des chaleurs, plus à redouter à Baccano qu’à Montérosi, qui est à une certaine distance, en dehors du cratère, et plus à redouter à Montérosi qu’à Caprarolla, qui est étagée sur le flanc du Cimino, qu’à Soriano qui est encore perché plus haut, toutes les localités qui pour n’ètre point marécageuses, n’en ont pas moins, à degrés variables, selon l’altitude, la fièvre pour maladie dominante en été, comme dans la plus grande partie de l’Italie. Donc le dessèchement, comme moyen prophylactique, impossible pour certaines contrées, ou du moins au-dessus des ressources qu’on peut y consacrer, inefficace pour d’autres, impraticable sans objet dans toutes celles qui n’ont pas de marais à leur voisinage, cl où cependant il y a des fièvres formant, on peut dire la plus grande étendue des pays chauds, le médecin hygiéniste est dans l’impérieuse obligation de rechercher des mesures prophylactiques, - autre part que dans les dessèchements, sans
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négliger assurément la part qu’ils peuvent avoir dans l’assainissement relatif des points marécageux.
D’après les vues étiologiques que nous avons formulées, ayant reconnu que les influences thermo-éleclro-hygrométriques de l’atmosphère, donnent la lièvre par l’intensité et la variabilité de leur action, trois grandes prescriptions en découlent d’elles-mèmes.
1° Rendre le sol, quand il est marécageux, le moins hygrométrique possible, tant par la canalisation que par le dessèchement des points humides ou submergés.
2° Atténuer les influences fébrigènes du climat, en s’abritant de l’intensité de la chaleur, de l’impétuosité des vents, du refroidissement et de l’humidité nocturne, en un mot de tous les phénomènes météorologiques, en disposant le plus hygiéniquement possible les centres d’habitations en lieux secs, relevés, cultivés, complantés et boisés. Outre ces deux grandes prescriptions de prophylaxie générale, et qui sont toujours subordonnées au degré de la fortune publique, tant sous le rapport de l’importance des ressources que de l’étendue des possessions, vient plus particulièrement :
5° Toute l’hygiène individuelle, pour atténuer l’intensité et la variabilité d’action des influences climatériqqes, devant surtout converger vers cette précaution dominant toutes les autres : d’éviter de subir le refroidissement du corps en sueur, d’éviter de prendre chaud et froid.
De même que dans ces deux mots il y a tout un code étiologique, de même il y atout un code prophylactique et hygiénique. Ainsi impuissant à modifier les climats dans leur essence, l’homme peut atténuer leurs influences morbigènes, par les précautions hygiéniques individuelles, et par le séjour en milieux protecteurs. Cette formule qui s applique à toutes les contrées quel que soit le cachet de leur constitution médicale, n est ni à étudier ni à vérifier, elle a été démontrée efficace de tous les temps et dans tous les lieux, et notamment dans les pays dont la manifestation moi
bide dominante est l’élément fébrile.
Quand les peuples du Latium eurent semé un grand nombre de Ailles dans les marais Pontins, comme autant d’oasis autour desquelles se giou paient en foule les maisons de plaisance, ce furent autant de milieux protecteurs ou l’on pouvait braver les influences fébrigènes, selon le degié des conditions hygiéniques qu’y avaient les habitants. Lune des plus remarquables de ces villes lut Antium, dont les Césars et les patricien8 avaient fait un séjour de délices (D. C’est entre Antium et Ostie que Pline, llortensius, Scipion, Lætius, etc. avaient leurs villas. C est Ldans les mêmes contrées qu’à diverses époques se trouvaient Laurentum, Ficana, Tellena, Goptitorium, Lavinium, Ardée, métropôle des Ridules, puis, a partir du rivage, dans- la direction de Cisterne, Aphrodisium, Longula, Polusca, Corioles et, au bord de la mer, Cceno-Portus, une villa de Cicéron
(1) Antiuni liodic urbs ea principium olio cl vacalioni eivilium dieala est: iteiquc magnifica ibi sunt edificia permultao - Strab.ou, lib. V.
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près de Neptune, et une autre de Lueullus. au bord de l’étang Fogliano. Et cependant c’est entre Antiuni, Lavinium, Ardée, Neptune que se trouvaient les lieux Palustria et Morbosa.
Ce que Strabon nous apprend de Ravenne est plus significatif encore. C’était entre toutes les villes la plus entourée de marais, et néanmoins, grâce surtout au mode de ses constructions qui étaient en bois, elle constituait tellement un milieu protecteur, que son climat passait pour très salubre, et que Rome le choisit comme le plus favorable pour former des gladiateurs destinés à ses Cirques. «Mirabile igitur, ajoute Strabon (1), hic locus iste habet quod in palude aer est innoxius »
Mais, pour cela, le climat n’avait pas été changé; car en dehors de ces milieux protecteurs, artificiellement et laborieusement créés, il reprenait ses droits en exerçant ses influences morbigènes sur quiconque en bravait les rigueurs, nous avons vu sur ce fait les attestations les plus explicites et les plus irrécusables, et lorsque les cataclysmes sociaux eurent englouti ou ruiné à peu près toute œuvre de main d’homme dans ces contrées, l’inclémence du climat se fit sentir uniformément partout. Ce qui s’est passé dans tout le Latium, advint pareillement en Afrique.
Dans les Mauritanies, toutes les colonies romaines furent autant d’oasis protectrices semées à la surface de Lybie, dont le climat brûlant n’était point changé pour cela, mais seulement modifié dans sa modalité d’influence, dans ces centres d’occupation, et qui, emportés par le temps, ont du moins laissé sur le sol les vestiges de leur fondements comme autant de jalons pour guider la France, à son œuvre de colonisation et de civilisation.
De nos jours, Bone à offert un exemple très remarquable de la variation de salubrité, eu raison de la variation du milieu protecteur. Au temps des Turcs, qui certes ne songeaient guère à entreprendre des travaux de dessèchements, la plaine de la Seybouse était dans des conditions plus marécageuses qu’à présent, et cependant Bone était recherchée pour sa salubrité relative, en particulier par les convalescents qui fuyaient les influences fébrigènes de Lacalle. Mais alors Bone était une gracieuse ville' du littoral, sur un bourrelet relevé, aux maisons mauresques bien tenues, aux rues étroites, ombragées par de nombreux arceaux, et sous tous les rapports Irès hygiéniquement disposées. Puis lorsqu’elle eut été ruinée par la guerre, des abris suffisants ayant fait défaut, surtout aux premiers occupants, Bone fut un des postes les plus insalubres de l’Algérie.
Les influences climatériques, à part des modifications, presque insensibles, restent donc partout les mêmes, — mais elles sont atténuées temporairement dans leur action, en raison des conditions hygiéniques, du degré de protection offert par les milieux artificiels que l’homme peut se créer. Tel est le secret en vertu duquel on arrive à la longue, par le pro-
(1) -:^rt fiiv ovv xcu zoïno bxv/Uxçrô'J toiv zvOx'h r’év s)v roùç àspa- ù6).c(6siç îïvxt tll(i)'fp7.p\f. 'Jtv ’ù&n'j'J TTÎ/^TTTOV .
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diiit accumulé du travail de nombreuses générations, à braver les inlluences des localités paraissant topographiquement les plus inhabitables, comme autrefois Ravenne.
L’exemple le plus frappant que nous trouvions de nos jours, c’est la ville bâtie sur pilotis, au milieu des lagunes de l’Adriatique, Venise. On trouve dans sa topographie, à un très haut degré, toutes les conditions regardées comme fébrigènes, par les intoxicationnistes, marais salants tantôt inondés, tantôt découverts, riches en végétation aquatique; canaux vaseux aux eaux stygiénes, réceptacle des détritus végéto-animaux de toute la cité. C’est pourtant en pareil milieu que vit une population de cent-vingt-mille âmes, et c’est au centre même de cette singulière ville, composée de l’agglomération de cent-cinquante ilôts, séparés par les canaux, que les fébricitants de la circonférence viennent passer leur convalescence. Nous nous bornons à signaler ce fait remarquable; les conséquences à en déduire ressortent d’elles-mêmes.
Tous les faits que nous venons d’examiner prouvent que si un climat reçoit de fâcheuses influences d’un état hygrométrique très prononcé du sol, surtout si les eaux sont peu profondes et étalées comme dans les marais, si en principe il est incontestable qu’il faille chercher à diminuer autant que faire se peut l’élément humidité, toute la prophylaxie ne saurait, être là, car outre l’insuffisance de nos movens très souvent radicaïement impuissants, il reste d’autres éléments que nous ne pouvons enlever à l’atmosphère. Or l’expérience de tous les temps démontre que, à défaut d’action directe sur les éléments atmosphériques, l’homme trouve un abri contre leurs fâcheuses influences, dans les conditions d’existence qu’il sait se créer. Aussi le vivre et le couvert sont-ils le principal dynamomètre de l’état sanitaire d’une contrée.
Prenons un exemple en Algérie : au temps de la domination du Dey, il y avait, dans la plaine de la Mitidja, une des plus nombreuse’s tribus de la régence, celle des Hadjoutes, qui ne comptait pas moins de quarante mille individus. Or les Hadjoutes, selon la coutume arabe, laissaient la Mitidja telle que la nature l’avait faite; ils faisaient paître leurs troupeaux dans les bas-fonds, et ils Cultivaient les céréales dans les points relevés où ils vivaient, en pleine prospérité, dans leurs nombreux Douars. Ruinés par la guerre, les débris de cette tribu sont allés dépérissant chaque jour, sous les étreintes de la misère et de la fièvre, et cela malgré tous les travaux décolonisation qui ont été exécutés dans la Mitidja, dont ils ont senti les rigueurs climatériques, eux indigènes, dès le moment surtout où les conditions d’existence qu’ils avaient précédemment, ne leur ont plus fourni le môme degré de protection.
Actuellement étant donnée une contrée à coloniser, quels sont les points d’élection à choisir tout d’abord? Par la raison que c’est dans les lieux bas et humides que les phénomènes thermo-électro-hygrométriques sont le plus à redouter, c’est vers les points d’une certaine altitude, et surtout boisés, qu’il faut, de préférence, établir les premières colonies. Eviter la
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