‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 116 sur 215 · SI · texte numérisé non relu

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sphère d'action des lieux bas, humides, marécageux est en effet la première règle à observer, quand on a le choix de séjour dans une contrée à occuper. Tandis qu’en s’exagérant la portée et l’elïicacilé des dessèchements qu’on compte exécuter, on s’engage souvent dans des plaines dont le bel horizon séduit toujours l’arrivant; puis la colonie nouvelle placée dans un milieu dont rien ne la protège encore, contre les rigueurs du climat, est le plus souvent compromise à sa naissance dès le premier été. C’est précisément ce qui est déjà arrivé dans la plaine de la Mitidja, où il est tels points, comme le Fondouc par exemple, qui à dû être abandonné deux fois, par les derniers restants des premiers occupants, et l'on sait que Bouffarik a plusieurs fois renouvelé sa population. L’autorité chargée de présider à l’établissement de centres agricoles, très circonspecte à cet endroit, ne songera pas tout d’abord à transformer en Edens les plaines basses de l’Algérie, et dirigera, toujours de préférence, les noyaux de colonisation dans les plaines relevées (!) et séchés, et surtout sur les pentes et dans les massifs des zones montagneuses, imitant ainsi la pratique de l’Arabe que nous appelons barbare, mais qui sous ce rapport prophylactique, comme surtout sous le rapport des préceptes hygiéniques, dont il a fait sa religion, nous donnera plus d’un enseignement.... Voilà les points propices par leur situation, leur altitude, d’où doivent partir les centres décolonisation, pour gagner en extension progressives, à mesure que les ressources augmenteront. Graduellement, par suite du surcroit de population, ces extensions pourront se faire jusques dans les points les plus déclives, procédant pas à pas, d’établissement en établissement, défrichant, bâtissant, complantant et tranformant ainsi des terres jusques là nues et incultes. Voilà comment nous comprenons qu’à force de bras, de grandes ressources et des efforts soutenus, on puisse. même, à la longue, parvenir à conquérir, à la culture, des terres en partie disputées aux eaux, comme les Latins dans les marais Pontins, comme les habitants des Pays-Bas sur l’Océan; crée‘r des milieux habitables dans des points jusques-là inhospitaliers comme Venise dans ses lagunes; réduire la fièvre à l’état endémique là où elle était endémo-épidémique, et là où elle était endémique, la réduire à l’état sporadique, mais on ne doit pas perdre de vue que ce résultat final est l’œuvre du temps et du progrès social.

Poursuivons nos aperçus au point de vue pratique, en motivant nos dissidences avec la doctrine de l’intoxication. Le centre d’une colonie étant désigné, les travaux d’installation vont commencer; quelles sont les heures les plus convenables pour les faire exécuter par les ouvriers, les colons, les militaires? D’après ses hypothèses, la doctrine de l’intoxication, considérant les prétendus dégagements miasmatiques comme inoffensifs dans le milieu du jour, serait amenée, pour être conséquente avec ses croyances, à conseiller les travaux de colonisation au plus fort de la chaleur,

(1) L’emplacement de Larnbessa et tant d’autres, prouvent que les Romains savaient choisir les plaines élevées, ponr avoir une température plus douce.

KTUDËS CLIMATÉRIQUES ET MÉDICALES

de même <[iie les corvées, les manœuvres, les marches, elc. Or. quiconque sait combien, en Algérie comme dans la campagne de Rome, l’insolation est pernicieuse dans le milieu du jour, sait aussi combien pareille manière de faire serait désastreuse. Aussi les faits n’ont-ils pas lardé à parler plus haut que la théorie, et l’on commence à comprendre que dans les pays chauds, il n’y a, dans le milieu du jour, qu’une prescription à faire aux hommes de peine, le repos en lieu abrité du soleil. Celte nécessité de s’abriter de l'influence solaire avait été parfaitement comprise anciennement, et Végèce donne cet excellent conseil pour les troupes qui doivent camper : « Ne aridis et sine opacitale arborum campis aut collibus ne sine tentoriis œstate milites cummorentur . »

Examinons une autre question ayant trait aux précautions individuelles : étant donné un climat où régnent les fièvres, étant accréditée la croyance quelles sont dues à des émanations miasmatiques qui infecteraient l’atmosphère, ceux qui seront obligés de vivre dans ce climat se croiront fatalement voués à l’intoxication, puisque le seul fait de la respiration de l’air vicié doit la produire, et iront insouciants de toute précaution hygiénique, qu’ils jugent tout-à-fait inutile, en face d’une perspective réputée inévitable. Combien leurs habitudes ne seraient-elles pas très heureusement modifiées, si d’un mot on leur signalait le danger à éviter ! Qui n’a été frappé dans le nord de l’effroi qu’inspirent chez les gens les plus ignorants, les plus imprudents, les plus contempteurs des lois de l’hygiène, ces deux mots : chaud et froid?

Leur effet est magique; il réveille les moins attentifs, il devient pour chacun la base de tout un code hygiénique, parce que chaud et froid, pour l’homme des champs comme pour le citadin, signifie presque infailliblement cause de maladie grave*, et le plus souvent de fluxion de poitrine. De même dans les climats fébrigènes, si l’on disait, si l’on répétait cet avis : quiconque prend chaud et froid, s’expose à la fièvre, on verrait les populations faire, instinctivement, de l’hygiène dans les limites compatibles avec leurs ressources et leurs habitudes, et une notable amélioration dans l’état sanitaire s’en suivre.

En effet, de même que dans le nord on se garantit des affections inflammatoires en s’abritant contre les vicissitudes atmosphériques, de même dans les pays chauds on se garantit des affections qui y dominent, et particulièrement des fièvres en s’abritant contre l’intensité et la variabilité d’action des phénomènes thermo-électro-hygrométriques de l’atmosphère. C’est dans l’emploi de tous les moyens, dans la pratique de toutes les habitudes qui sont les plus efficaces pour pallier ces influences, pour protéger l’organisme contre l’excès de leur action morbigène, que la prophylaxie et l’hygiène puiseront leurs lois les plus efficaces.

Entre toutes les précautions particulières, variant suivant les circonstances, citons les suivantes : On est frappé en Algérie de la légèreté avec laquelle sont vêtus les enfants européens, et surtout du peu de protection que leur donne leur coiffure contre l’insolation; le défaut de précaution

CLIMAT DR ROME

sous ce rapport, n’esl pas la moindre des causes de la mortalité grande, qui pèse sur la classe enfantine. De même bien des lièvres rémittentes et Pernicieuses, chez des colons et des soldats, proviennent aussi de la même cause, et cependant tous les jours les Maures par leur turban, et l’Arabe par les capuchons de ses burnous de laine, souvent entourés de tresses en poil de chameau, nous avertissent qu’une impérieuse obligation en Algérie, est de se couvrir la tête d'une coiffure suffisamment isolante, pour la protéger de l’action solaire.

De même encore le danger du saisissement par les courants frigorifiques, quand le corps est en sueur, impose la nécessité d’un vêtement suffisamment protecteur, et de préférence en tissu de laine, au lieu de ce deshabillé intempestif (D, démodé trop générale, qui expose à chaque instant à la fâcheuse influence du refroidissement, quand on est en transpiration, en même temps qu’au danger de l’humidité froide des nuits, qu’on ne saurait trop soigneusement éviter, en se couvrant convenablement.

A cet effet aussi 1 on doit se garder de dormir les fenêtres ouvertes, ou hors de la tente, comme souvent des soldats et des colons sont portés à le faire, pour rechercher une fraîcheur toujours pernicieuse. Pour le même motif, les sentinelles, pendant la factiou de nuit, devront garder leurs cou- \eitures, dont certains soldats savent si ingénieusement se faire un caban de bivouac, qui n est nulle part plus nécessaire que dans les pavs chauds. D'autre part, quand ils seront en grande transpiration, le soldat et le colon tourmentés par la soif, ne se laisseront pas aller à boire immodérément de l’eau fraîche, imprudence qui cause tant de maladies en Afrique.

En un mot, sous l’influence de cette idée qu’en évitant de prendre chaud et froid, on évite la fièvre, les habitants des pays où elle règne, feront spontanément tout ce qu’il est pratiquement possible de faire, pour se garantir des vicissitudes atmosphériques, au lieu de les braver, sous ce faux prétexte, trop répandu, qu’il est bon de s’habituer à tout.

Entre l’organisme mal garanti et les intempéries des climats, la lutte est aussi inégale qu’entre le fer et la lime.

S’il est d’une hygiène bien entendue pour tout le monde, d’éviter l’intensité et la variabilité d'action des agents atmosphériques, à plus forte raison est-ce une impérieuse obligation pour le convalescent et le malade; aussi devons nous signaler une coutume, dont trop souvent nous avons vu les mauvais effets, c’est le lavage à grande eau des salles d’hôpital, comme cela se pratique, par exemple à Rome, à l’hospice civil du Saint-Esprit, dont les salles basses et déjà humides du rez-de-chaussée, sont parfois complètement inondées et lavées, alors qu’il s’y trouve un quadruple rang de fébricitants. Il se fait alors, par l’évaporation, une telle soustraction de

(1) L’allégement prématuré du vêlement au printemps, et continué trop avant dans l’automne, est pour beaucoup pareillement dans la fréquence des fièvres à ces époques, dans les climats tempérés.

ÉTUDES CL1MATÉRIQI ES ET MEDICALES.

calorique, l’air se sature tellement d’humidité, qu’il en survient fréquemment des récidives inopinées, et l’impression (pie les malades reçoiventdc tous ces phénomènes thermo-électro-liygrométriques est si défavorable, <pie trop souvent aussi il en résulte un surcroît de mortalité. Sous l’influence de pareille pratique intempestive, on voit encore survenir chez des blessés, des opérés, de légers frissons d’abord, puis de véritables accès qui peuvent entraîner les plus graves conséquences, et notamment la résorption purulente.

Il en est de même sous l’influence des irrigations continues ou lotions prolongées, nous en avons eu plusieurs fois la preuve, nous mentionnerons le cas le plus récent. Ayant eu à traiter à l’hôpital du Viterbe, un soldat atteint entre autres blessures de fractures du col du fémur et du radius, et qui au premier jour de la réaction dut être saigne deux fois, toutes les parties contuses furent enveloppées de compresses, maintenues imbibées par des lotions résolutives. Mais au cinquième jour nous dûmes les suspendre, à cause d’un mouvement fébrile paraissant la nuit avec chaleur vive. Au sixième jour même phénomène suivi de sueurs et d’un peu dè délire par rêvasserie. Le lendemain, pour empêcher la fièvre intermittente de prendre plus de développement, potion à neuf décigrammes de sulfate de quinine. L’accès fébrile ne reparaît pas. En nous rappelant le cas analogue d’un maître d’équipage qui, atteint de fracture de jambe, avec issue des fragments supérieurs, soumis aux irrigations continues, a l’hôpital de la marine de Toulon, fut pris dès les premiers jours d’accès de fièvre quotidienne algide, dont le troisième fut mortel, nous avons la conviction que l’administration opportune du sulfate de quinine n a pas été la moindre de nos prescriptions, pour le blessé dont nous venons e

parler, et qui est aujourd’hui entièrement rétabli (b.

Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans toutes les considérations qui se rattacheraient à l’appréciation de l’emploi des lotions des irrigations continues, comme moyens thérapeutiques, nous nous bornons à en signalei un inconvénient ressortissant directement de notre sujet. Quant au lavage a grande eau il n’est pas indispensable à la propreté des salles. Notons a ce propos que ce serait une mesure de prophylaxie et d hygiene bien entendue, que de généraliser l’usage des parquets, dont on a fait 1 essai dans plusieurs hôpitaux de France, et qui sont si éminemment propres a garantir de l’humidité. Le lavage à grande eau à bord des navires a paroi lement été signalé comme dangereux, surtout dans- les contrées ou ri0 la fièvre jaune, aussi des chirurgiens de marine, notamment M. Dutrouleau, ont-ils conseillé, dans leurs mesures prophylactiques, d’entretenir la propreté du navire, en s’abstenant des moyens qui peuvent faire naître ou augmenter l’humidité. Disons encore qu’au cas où l’on devrait faire élection d’un local pour l’établissement d’une ambulance, ou d’un emplacement pour la construction d’un hôpital, à moins de ne pouvoir faire

(I) V. Gaz mécl., tl° du 17 janvier 18iM

CLIMAT DE ROME. /tfÿ

autrement, ce n est pas le bord des rivières qu’on doit choisir, afin d’éviter non seu ement le développement plus facile, dans leur voisinage, de 6 ebrile, mais aussi toute une série de complications fâcheuses

qui viennent, trop fréquemment, compromettre le succès des opérations pratiquées meme par les plus habiles mains.

Prophylaxie par changement de milieux.

Nous venons d’entrer dans des considérations de prophylaxie générale que nous pourrions appeler primitives, ayant trait à l’amélioration des milieux, exposons quelques réflexions de prophylaxie consécutive, en ce sens, qu elle a plus particulièrement pour but de prévenir, chez les convalescents de fièvre, les récidives qu’on voit se produire, et se reproduire avec une si grande facilité, en automne principalement. Avec la croyance a 1 intoxication, ces rechutes, dit-on. sont dues à un reste de levain miasmatique, dont l’organisme n’a pu se débarasser, ou dont on n’a pu neutra. liser les effets, et alors le médecin de douter de l’efficacité du sulfate de" quinine comme fébrifuge; le malade de s’en prendre à l’impuissance du médecin, et 1 empirisme d’offrir ses moyens souvent dangereux. Tous ces malentendus cesseraient, et ce qu’il y ‘a de plus avantageux par dessus tout, cest que la plus grande partie des récidives n’auraient pas lieu, seraient prévenus, si, cette vérité était vulgarisée, savoir : Que les récidives sont des fièvres nouvellement contractées, par le seul fait et sous 1 influence des variations thermo-électro-hygrométriques, dont l’action est d’autant plus nuisible et plus redoutable, que le convalescent, plus affaibli, offre moins de résistance, et reste, on pourrait dire sans défense contre les refroidissements, surtout par les temps froids et humides. Nous aAons dit, combien de fois nous en avons eu personnellement la preuve, pour nous être prématurément exposé à leur influence fébrigène. C’est que l’organisme devient impressionnable, en raison même, des atteintes antérieures. Ce fait étant donc bien établi, que les convalescents de fièvre sont d’autant plus sujets aux atteintes de récidives, que la saison devient plus mauvaise, et qu’ils s’exposent plus inconsidérément aux intempéries, on préviendra la plupart de ces récidives, en astreignant le convalescent a être d’une circonspection minutieuse et incessante. On l’obligera à être toujours chaudement vêtu, à garder la chambre, cà ne sortir qu’aux belles journées et aux meilleurs moments. On l’internera toutes les fois qu’il y aura brouillard, pluie où grand vent, et l’on tiendra du feu à sa portée, en même temps, qu’on lui fournira, avons-nous dit, l’alimentation la plus réparatrice possible. Puis l’état normal, étant revenu, le médecin n’autorisera pas trop tôt la reprise du service, où des habitudes à grosses fatigues, de longs ménagements étant nécessaires pour résister aux intempéries

ÉTUDES CLIMATÉIUQI’ES ET MÉDICALES

(jui, susceptibles d’atteindre l’homme jusques là bien portant, restent plus menaçantes encore pour le convalescent. C’est surtout pour l’agriculture que les travaux des champs ne doivent pas être repris trop tôt, pour le colon, par exemple, qui a été pris de fièvre rémittente pendant les chaleurs, il y a impérieuse obligation de se soustraire aux dangers de l’insolation et aux fatigues des gros travaux, pendant tout le reste de la

saison.

Dans le cas, où la position et les habitudes des convalescents, ne leur permettent pas d’être placés dans des conditions, où ils puissent trouver un abri suffisant, contre les intempéries du climat de la localité, ou ils ont pris la fièvre, si surtout, les récidives ont été nombreuses, il est prudent et utile de recourir au déplacement, comme pour rompre avec l’habitude morbide, en allant dans un nouveau milieu.

A conditions climatériques égales, tout changement dair est ordinairement favorable; l’avantage est plus marqué dans les pays chauds, si l’on passe de l’exposition sud d’une contrée à l’exposition nord, si l’on gagne en latitude. En Algérie la vallée du chélif est surtout en été défavorable a habiter, par suite de son encaissement, de l’absence des brises de mei , conditions qui y rendent la chaleur étouffante. Milianah, au versant sud du Zacchar, bien qu’à une certaine altitude, est dans l’almosphere embrasée de cette zone, voilà pourquoi, lors de notre convalescence (1), nous avons en bénéfice entre juin et juillet, à descendre dans la zone du littoral, en passant par Blidali, à Douèra sur les collines du Sahel, et de la a Alger. De même en été, particulièrement pour les convalescents du littoral de^l’Algérie, il y a bénéfice à venir chercher, sur les côtes de France, une aération plus tempérée. Ce déplacement par latitude est ordinairement préférable quand il s’opère dans l’air natal, c’est-à-dire dans le milieu ou l’organisme s’est, lentement façonné aux influences météorologiques, et où Te plus souvent, outre des conditions physiques plus favorables, le convalescent trouve encore des conditions morales à lui si propices. Le déplacement par latitude offre donc les plus grands avantages, quand il s’effectue sur une telle échelle qu’on passe d’un pays chaud dans un pays tempere. et surtout dans le pays dont on est originaire. Toutefois la transition doil être ménagée, autant que faire se peut, car si on passe trop brusquement de l’Afrique dans le nord de la France, surtout par des temps froids humides, ou à Vents impétueux, même celui qui n’a jamais eu la fièvre peut en ressentir des accès, à plus forte raison peuvent-ils se manifeste! comme récidives, chez le convalescent qui se rend trop promptement . destination. C’est pour ce motif qu’une mesure de prophylaxie, spécialement appropriée aux convalescents, serait, pour ceux d’Afrique, de faire une première station aux îles Majorque ou Minorque, à Mahon, par exem pie, où nous avons déjà eu un hôpital temporaire, ou de faire tout au moini une station, en rentrant d’Afrique et d’Italie, à Toulon ou a Marseille.

( !) Convalesmico do fièvre rômillonio. 1846

CLIMAT DK 110. MK.

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