‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 122 sur 215 · M A LADIES C L 1 M A T KHI Q U E S · texte numérisé non relu

M A LADIES C L 1 M A T KHI Q U E S

ditions hygiéniques dont sont entourés les individus préalablement soumis à son influence. On verra qu’elles sont plus que suflisanles pour rendre raison de la gravité exceptionnelle de cette épidémie. Tout le pays que nous avons parcouru depuis Franka jusqu’à Kargalick (180 kilomètres de distance), était déjà bien avant notre excursion, d’après les renseignements que nous avons recueillis, sous l’influence d’une constitution cholérique; et depuis Mangalia surtout, le choléra avait une grande intensité. Il n’est sans doute pas possible de déterminer d’une manière absolue, si la puissance du genre cholérique était plus grande dans la Dobrutscha que dans la région que nous venons de quitter, mais ce qu’il y a de certain et d’important à établir, c’est que le fléau n’y a pas été importé par nos troupes; et ce qui le prouve d’une manière évidente, c’est que la division n’avait eu aucun cas de choléra tranché avant son départ, c’est que l’épidémie n’a paru au milieu de nous qu’en pénétrant dans ce pays et qu’elle nous a abandonnés subitement en le quittant; c'est qu’ènfin les habitants de la Dobrutscha étaient déjà frappés avant l’époque de notre passage. »

Ajoutons ici ce que nous avons déjà dit du choléra dans nos considérations générales de l’histoire médico-chirurgicale de la guerre de Crimée. Le choléra a été en Orient ce qu’il était en France et dans le reste de l’Europe. Il est apparu avec les caractères généraux que nous lui connaissions; il a éclaté en Orient comme il a éclaté en France simultanément, par suite d’une constitution médicale régnant sur ces lointains parages comme dans les nôtres. Ce serait une erreur de dire que nous l’avons importé, il s’est développé là bas comme ici parce que les influences climatériques ont été les mêmes de part et d’autre. Toutes les hypothèses étiologiques qui se fonderont sur le transport et la communication d’un germe infectieux seront chimériques, et rien, absolument rien de positif ne pourra être allégué par les contagionnistes. Quelles sont les conditions climatériques génésiques du choléra ? Est-ce, comme on a voulu le prétendre. par un mot vide de sens, un effluve marécageux? Mais le choléra a éclaté tantôt dans les pays les plus sains, les plus salubres, les plus secs, comme dans les points les plus marécageux. Bien plus, des villes, assises sur des rivières à l’atmosphère brumeuse, comme Lyon, ont été épargnées par toutes les épidémies 0 .

D’autre part, le choléra se propageait si peu par communication, qu’un des faits les plus saillants observés en Crimée, c’est que les corps qui arrivaient, notoirement atteints de ce fléau, se trouvaient bientôt dans un état sanitaire relativement meilleur. Force est donc de le reconnaître, ce sont les influences climatériques qui, a un moment donné, produisent l’explosion de celte maladie, et selon les idiosyncrasies, les dispositions individuelles, les mille causes occasionnelles, variables selon les individus, on le prend ou on l’évite. Des recherches très intéressantes ont été faites du côté de l’état électrique de l’atmosphère. Sans pouvoir exactement préciser en

(1) V. Climat de Lyon. .Ïj

quoi consistent ce£ modifications, les physiciens de St-Pétersbourg, notamment, ont signalé d’assez grandes perturbations électriques, lors des invasions du fléau, pour laisser penser que c’est plutôt de ce côté que l’étiologie du choléra doit-être recherchée, et non pas dans l’invocation banale de prétendus germes miasmatiques, qui n’ont de sonore que leur gratuite dénomination, dispensant de creuser le côté scientifique de la question et masquant l’ignorance de ceux qui les invoquent. En résumé, le choléra est une maladie que les influences climatériques développent en certaines circonstances, comme ces mêmes influences développent les épidémies de dyssenterie, de fièvres, de gastro-céphalites, de méningites, des fièvres rémittentes pernicieuses cholériformes ou cholériques, ictériques ou ictérodes, depuis la simple fièvre intermittente des pays tempérés jusqu’à la fièvre jaune des Antilles.

Scorbut de Crimée. — On lit dans les Aphorismes de Boerhave, commentés par Van Swieten, que le scorbut est la maladie des voyages de long cours et des pays du Nord. Il y a de grandes présomptions pour admettre que c’est la maladie décrite par Pline, et qui aurait affligé l’armée de César Germanicus. Le nom même de la maladie vient des peuples du Nord : Olaus Magnus parle (1), en cas de siège, de la coutume de tout tenter pour s’approvisionner de vivres frais, de peur que le manque de viandes fraîches ne donne une cruelle maladie appelée schorbuk , caractérisée par des ulcérations de la bouche et des gencives, des taches à la peau, des douleurs lancinantes dans les os des membres, etc. Le scorbut est le résultat d’un vice de nutrition : le séjour dans les milieux ou des contrées à air froid et humide, une mauvaise nourriture, le défaut de vivres frais, surtout l’abus des viandes salées et des eaux corrompues, sont les causes les plus efficaces de son développement, plus encore, si à ces conditions défavorables viennent s’ajouter des fatigues excessives, des chagrins profonds, de fortes émotions ou peines morales. Voilà pourquoi il attaque les équipages des vaisseaux, qui restent longtemps en mer, qui sont privés de viandes et de végétaux frais, et restent par suite à l’usage continu des salaisons, de mauvaise eau, mal logés, mal nourris, dans d’étroits espaces mal aérés et toujours humides. Il se déclare dans les casernes, dans les prisons, dans les hôpitaux, dans les campements, parmi les soldats qui sont soumis à des conditions analogues.

La crase du sang est altérée, ses éléments constitutifs sont viciés et dans leur composition et dans leur affinité; il perd sa plasticité, sa couleur, sa vie, et tout l’organisme frappé du manque de nutrition vivifiante, tombe dans un délabrement général, qui se traduit par des symptômes multiples. Un grand abattement, de la tristesse, la pâleur et la bouffissure du visage en sont les prodromes. La prostration musculaire est telle que le moindre mouvement est cause d’essoufflement et d’accablement.

1) llislor, de gent. Soptenl.

M A L A DIRS CL I M A T i; IUQ II R S .

Les gencives gonllées, livides, saignent au moindre contact et s’ulcèrent; leurs fongosités rendent l’haleine fétide. Des taches lenticulaires, brunes, jaunâtres, devenant bleuâtres, pourpres, noirâtres, envahissent la peau en gagnant d’étendue, surtout aux cuisses, aux bras, à la poitrine. L’œdème parait bientôt aux pieds et aux jambes. Puis surviennent les hémorrhagies par le nez, par les poumons et la bouche, par le rectum et par les surfaces ulcérées. Le tronc comme les membres sont le siège de vives douleurs surtout aux articulations. Des périostites et des douleurs ostéocopes surviennent aux os longs ; les dents se déchaussent, l’haleine est d’une repoussante fétidité, elles tombent parfois entraînées par la carie des maxillaires et une salivation saniense, pendant qu’une diarrhée séro-sanguinolente passe bientôt à l’état de diarrhée colliquative. En même temps, les taches livides ou purpurines de la peau ont gagné en extension et en profondeur, faisant bientôt place à des plaies fongueuses, constituant les ulcères scorbutiques sur des membres infiltrés. Les fractures, surtout celles qui onl été produites par des coups de feu, ne se consolident pas, le cal même d'anciennes fractures se ramollit, et le tissu des os semble devenir cartilagineux ou friable. Les déchirures et les épanchements intra-musculaires forment des abcès sanieux, l’anasarque gagne tout le corps, des syncopes surviennent et les malades s’éteignent dans la torpeur de l’intelligence et la décomposition générale de l’organisme. Si ces phénomènes, qu’on pourrait dire se passer à froid, d’ordinaire, viennent à se compliquer de mouvements réactionnaires et inflammatoires, il se produit cette variété qu’on appelle le scorbut chaud.

Les diverses phases que nous venons d’énumérer se 'produisent et se déroulent lentement le plus souvent, mais au milieu d’un concours de circonstances fâcheuses et surtout chez certains tempéraments à idiosyncrasie particulière, c’est parfois très rapidement que le scorbut arrive au degré le plus grave. Une modification avantageuse, la guérison même, arrivent rapidement si l’on peut soustraire les scorbutiques aux influences pernicieuses qui ont concouru au développement de leur état ; mais s’ils restent entassés dans les prisons, les vaisseaux, les hôpitaux, les campements défectueux, si les conditions physiques et morales restent mauvaises, si l’humidité, le froid et toutes les misères de la guerre, comme en Crimée, sévissent sur les hommes, le scorbut se développe sur une proportion et une gravité désespérantes.

Les désordres anatomiques qu’on trouve à l’autopsie sont des infiltrations séreuses dans tout le tissu cellulaire, dans les membranes séreuses et les synoviales. Les articulations des genoux notamment sont le siège de vastes hydrasthoses, avec séparation complète des cartilages d’encroûtement laissant à nu les tètes articulaires avec ramollissement et rugosités des os.

On trouve des ecchymoses sous-cutanées et intra-musculaires, de vastes épanchements d’un sang noir à l’état de sanie fluide et visqueuse, les muscles sont parfois réduits à une espèce de putrilage. Diverses parties sont gangrenées et les cavités splanchniques envahies d'épanchements séreux.

Traitement. — Ici comme en tant d’autres cas, ce n’est pas à la polypharmacie qu’il faut demander le saint des malades, c’est à l’hygiène bien entendue et confortablement pratiquée. En première ligne viennent les végétaux frais et les viandes fraîches, J’eau et le vin de bonne qualité, l’air pur, sec et chaud, si c’est possible, le mouvement, les distractions et aussi le changement de milieu, le changement d’air. L’action bienfaisante et rapide des végétaux frais est remarquable, surtout ceux qui contiennent beaucoup d’eau de végétation. Le suc acidulé de l’oseille est supérieur au suc de cresson. En Crimée la salade, dite dent de lion, pissenlit, leontodon taraxacum , a été d’une immense ressource. Le raifort sauvage et la roquette, sisymbrium tenui folium e t eruca saliva, sont aussi d’un excellent effet. Les boissons acidulés avec jus de citron et d’oranges, de vinaigre, de grosseilles, sont d’un très favorable usage. En un mot, il convient d’employer les acides pour rendre au sang ia plasticité et la cohésion que les alcalis des salaisons surtout lui ont fait perdre. Les bouillons de veau, de poules, de tortues, quand faire se peut, sont d’un excellent emploi, de même que les viandes rôties, les légumes et autres végétaux frais et l’usage du bon vin et du pain de bonne qualité. Il’faut toutefois user modérément des spiritueux. Le café convient très bien.

Les écorces de chêne, de quinquina, de columbo, modérément administrées, selon la susceptibilité de l’estomac et du tube digestif, conviennent avec la diarrhée et la dyssenterie scorbutique. Les frictions avec l’alun et les gargarismes aluminés sont très efficaces contre les altérations des gencives. Le styrax, les plumasseaux imbibés de jus de citron ou d’eau vinaigrée, sont utiles pour les ulcères scorbutiques, de même que les poudres de quina, de charbon, avec des pansements méthodiquement compressifs. Mais nous le répétons, c’est surtout aune bonne hygiène qu’il faut s’adresser, tant pour guérir que pour prévenir le scorbut. Pendant que le scorbut exerçait de grands ravages sur les équipages et sur l’armée de Crimée, il fut bien démontré que cette maladie, comme nous l’avons dit pour le typhus, sévissait infiniment moins sur l’armée anglaise et sur sa flotte, placées dans les mêmes conditions; cela provenait de ce que, outre un régime mieux entendu, plus large, plus réparateur, les Anglais employaient comme moyen prophylactique contre le scorbut, surtout le jus de citron réglementairement distribué aux hommes, dans les proportions que nous allons dire. Depuis longtemps il est obligatoirement embarqué, à bord de tous les bâtiments de guerre ou du commerce anglais, une quantité de jus de citrons, suffisante pour que chaque jour tous les hommes des équipages sans exception en prennent une certaine dose. C’est de File de Malte qu’on tire en grande quantité ces citrons. Ils sont tout entiers, avec leur écorce soumis au pressoir comme on presse les pommes en Normandie. Le jus qui s’en écoule est recueilli sans autre préparation. Cependant avant de le mettre en bouteille, on a soin de l’additionner d’une faible quantité d’alcool. A bord, c’est quinze jours après avoir pris la mer que les ordonnances de l’amirauté anglaise prescrivent la distribution du suc de citron. Elle se

MALADIES C. IMVI KIUQI KS.

fait au repas de midi. La ration est de 14 grammes de jus de citron mêlé à 1 12 grammes d’eau et à 42 grammes de sucre.

M. Gallerand, chirurgien de la Cléopâtre , ayant un certain nombre de scorbutiques à son bord, obtint du docteur Murray, chirurgien de la frégate anglaise le Mccinder, qui les lui offrit en indiquant leur emploi, 44 litres de ce précieux jus de citron, et les scorbutiques qui en firent usage ne tardèrent pas à être complètement rétablis (*'.

Df.s congélations en Crimée. -- Pour dire ce qu’ont été les congélations en Crimée, il est nécessaire de dire préalablement ce qu’a été la température, surtout pendant les hivers où elles se sont produites :

Pendant l’hiver de 1854-1855, ces accidents produits par le froid ont commencé à paraître, alors que le thermomètre centigrade se maintenait encore à 4 degrés au-dessus de zéro. Plus tard, il est vrai, il y eut jusqu’à 12 degrés au-dessous de zéro, mais on fut plus souvent près de la glace fondante dans le jour, pour passer à quelques degrés au-dessous de zéro pendant la nuit. Et cependant, dit M. Valette (2), les cas de congélation ont été aussi nombreux et aussi graves que pendant l’hiver de 1855 à 185G où le thermomètre, toujours très-bas, est descendu à 22 degrés sous zéro.

En effet, depuis le mois de décembre 1855 jusqu’au mois de mars 1850, le thermomètre s’est presque constamment maintenu entre 10 et 45 degrés au-dessous de zéro, et est descendu à plusieurs reprises à 22".

Cette limite de froid a été dépassée encore, « le thermomètre, dit Serb e, pendant presque tout l’hiver (1855-1856) a vacillé de 7 à 8 et 12, de 18 à 22 et 24 degrés centigrades au-dessous de zéro; la neige s’est montrée fréquemment, et souvent des tourbillons insupportables étaient soulevés par la violence du vent de mer. »

Durant les mois de décembre 1854, janvier et février 1855, les troupes faisant le siège de Sébastopol ont vécu dans une humidité constante, produite par des pluies fréquentes et abondantes et par des quantités considérables de neige, qui fondait à mesure ou tenait peu. Dans cette intempérie les soldats restaient mouillés plusieurs jours durant, et avaient constamment, dans les tranchées, les pieds plongés dans des boues à la température de la glace fondante. Les cas de congélation des extrémités inférieures surtout furent fréquents, mais ils furent plus nombreux par les froids excessifs de l’hiver 1855-1856.

Ainsi, un froid modéré à partir de la neige fondante commence à produire des congélations, par soustraction lente, progressive et continue de la chaleur animale. C’est, pourrait-on dire, la congélation par épuisement de calorique, tandis que les froids excessifs, tout en enlevant plus rapidement encore le calorique, peuvent brusquement congéler les tissus à degrés variables d’intensité, depuis l’engelure superficielle jusqu’à la mortification ou sphacèle des membres, et passer par degrés successivement, des phlye-

(1) D'Hui court, 1871.

(2' .Vent île méd mUit.

tènes de 1 épiderme a 1 ulcération du derme, à la mortification de la peau et du tissu cellulaire, des muscles en partie ou totalité.

La gangrène se produit alors par extinction graduelle de la vitalité, sans phénomènes de réaction locale. Le caractère des congélations à tous les degrés, des plus superficiels aux plus intenses c’est la lenteur des évolutions vers la guérison, quand elle n’est pas rendue impossible par les désordres locaux ou généraux. La diarrhée, le tétanos, le typhus, la bronchite pseudo-membraneuse, la pneumonie adynamique ont fréquemment enlevé les malades atteints de congélation à divers degrés. La fièvre intermittente quotidienne survenait parfois sur les hommes atteints de congélation grave des deux pieds surtout. Le pronostic est toujours grave en cas de sphacèle des membres, moindre pour les mains que pour les pieds. Comme traitement local les lotions avec teinture d’opium, de digitale et addition d’alcool camphré, ouate et flanelle. Plus tard le vin aromatique tiède.

Les portions sphacelées doivent-être enlevées, non pas jusqu’au vif, mais à peu près. Plus tard, on favorise le développement des bourgeons charnus que parfois on est obligé de réprimer.

« Quand, dit Valette, le sphacèle frappe la totalité des deux pieds, il faut se décider hardiment à une double amputation qui seule pourra conjurer la mort du malade, par suite surtout d’une diarrhée incoercible. Il sera utile, si l’on peut remettre l’intervalle d’une semaine entre les deux amputations.

Pour toute congélation partielle il faut savoir attendre : Le côté clinique des congélations est par lui-même assez attristant, mais ce qui lest davantage, c’est le tableau général des misères, souffrances et dangers encourus, à chaque instant, dans un siège aussi terrible que le fut celui de Sébastopol, et dans un climat aussi inclément. Levons un coin du rideau :

« Le 2 et 5 janvier, dit Scrive, l’atmosphère commença à se refroidir., et dans la nuit du 4 au 5, le thermomètre descendit à 6 degrés sous zéro; in vent violent chasse la neige en poussière très fine et incommode beaucoup les hommes. J’apprends que quelques soldats sont morts de congélation.

Un grand nombre de militaires, atteints de congélations à tous les legrés, entrent aux ambulances, à la suite de cet affreux temps, qui dure iuatre jours. Le dixième environ des congélés perdront un membre ou me portion de membre. Le temps qui s’était amendé, redevient mauvais ît froid. Le 45 neige toute la journée, le IG tempête, faisant tourbillonner a neige en poudre fine et empêchant d’y voir à courte distance. Le thermonèlre est à 5 degrés sous zéro.

Le dégel arrive le 21 janvier. De nombreux congélés sont encore mtrés aux ambulances qu’ils remplissent.

Le chiffre général est de deux mille cinq cents, huit cents ont succombé. )(iS une des opérations fait s n’a réussi ; il a fallu s’abstenir d’opérer. Les

MALADIKS CL IM VTI.UIQUIÎS.

mois île décembre et janvier ont donné quinze mille cinquante entrées aux ambulances, dont :

fiévreux, quatorze mille j blessés par le feu, quinze cents ( Les scorbutiques vont à deux mille cinq cents;

les congelés le typhus le choléra

deux mille six cents :

deux cent cinquante; douze cent cinquante.

Le chiffre des décès a atteint dix-sept cent. » Tirons un voile sur ce lugubre tableau.

Des ûux Intestinaux diarrhéiques et dyssentériques des pays chauds.

Nous avons dit, dans la partie étiologique de ce travail, que les flux intestinaux reconnaissaient pour principale cause les influences thermohygrométriques, dont l’intensité et la variabilité d’action s'exerçaient plus spécialement en opérant, outre l’impression générale du système nerveux, une sorte de répercussion du mouvement expansif des téguments cutanés sur le tégument interne, devenant ainsi le siège d’un mouvement fluxionnaire spécial. Que les flux dyssentériques sévissent en été ou dans la saison froide, c’est toujours par suite de l’impression du froid humide plus ou moins brusque, plus ou moins prolongé sur l’organisme mal garanti. Comme cause de retentissement plus spécial sur la muqueuse, intestinale, il faut placer à la suite du défaut de protection, du vêtement et de l’habitation. l’insuffisance de l’alimentation, la mauvaise qualité de la nourriture et des eaux. Mais c’est surtout la chaleur qui est la principale cause de la dyssenterie, et par son action propre et par les refroidissements auxquels elle expose, surtout vers la fin de la saison chaude. Pringle avait fort bien noté ce point important d’étiologie : « il parait, disait-il, dans ses Considérations des maladies des armées , que la chaleur et l’humidité ne sont pas moins les principales causes éloignées et externes de la dyssenterie, que des Fièvres intermittentes et rémittentes . Aussi les dyssenteries régnent généralement dans les camps, vers la fin de Tété ou en automne, apres de grandes chaleurs continuelles. »

’ Les causes prédisposantes sont donc toutes les causes de débilitation directes ou indirectes, telle que la mauvaise qualité de la nourriture, l’abus des fruits non parvenus surtout à maturité (0,. les fatigues excessives, les affections morales déprimantes et surtout 1 intensité et la Aana bilité d’action des influences thermo-hygrométriques. La dyssenterie est en effet plus généralement une maladie des pays chauds et de la saison chaude, et la cause déterminante la plus fréquente, la plus active est dans le refroidissement plus ou moins subit et intense, le corps étant en sueur .

FLUX INTESTINAUX DIARRHÉIQUES El DYSSENTÉRIQUES. SOI

Ce fait capital a été noté par tous les observateurs. Pringle Je signale spécialement et Stoll dit même n’avoir jamais vu survenir cette maladie sans 1 intervention de cette cause : « Nunquam uccidisse morbmn vidinisi corpore s adore manenti adminmm frigus fuerat. »

Quant a la cause prochaine elle réside dans le mouvement fébrile qui provoque et détermine une manifestation localisée sur le gros intestin. Cette localisation qui peut aller de l’hypersécrétion à la phlogose, au ramollissement, à l’ulcération de la muqueuse, à la gangrène, à la perforation, n’est donc que la conséquence d’un trouble général et primordial.

On s’est demandé si la dyssenterie n’était pas contagieuse. N’est-il pas plus rationnel de reconnaître que les mêmes conditions qui en ont préparé et produit le développement, en ont aussi opéré la multiplication et l’extension en raison du nombre des individus placés dans les mêmes conditions pathogénésiques. « Je n’ai rien observé, dit M. Laveran (i) , qui me permette d’établir la contagion de la dyssenterie, et mon attention a tellement été dirigée sur ce point de son. histoire, que si les faits négatifs peuvent prouver la non contagion d’une maladie, je me crois autorisé à dire que la dyssenterie n’est pas contagieuse. Quant à l’infection putride, je n’ai pas constaté que l’air de l’amphi théâtre put développer la dyssenterie ou aider l’action d’autres causes. »

On a défini la dyssenterie, une affection du gros intestin caractérisé par des selles sanguinolentes. Cette définition est inexacte, les individus atteints d’hémorrhoïdes internes peuvent avoir des selles sanguinolentes sans avoir la dyssenterie, et des malades pris de coliques, de tranchées abdominales, de ténesme et de fièvre, ont bien la dyssenterie, quoi qu’ils né rendent parfois que des selles muqueuses, séreuses, mueoso-bilieuses et nullement sanguinolentes. Aussi a-t-on appelé à juste titre la dyssenterie en ce cas incruenta. Toutefois celte dyssenterie incru enta n’est le plus souvent que le prélude de la dyssenterie sanguinolente, comme la diarrhée simple précède aussi la dyssenterie incruenta. Voilà pourquoi nous avons groupé ces trois manifestations morbides, sous le nom générique de flux intestinaux diarrhéiques et dyssentériques.

La diarrhée se manifeste très facilement chez les individus qui, manquant de précaution pour être convenablement vêtus, subissent les refroidissements intempestifs; chez ceux qui en été dorment à découvert; chez ceux qui font abus de boissons aqueuses et de fruits; chez ceux qui après des privations mangent abusivement de la viande fraîche, comme après les razzias d’Afrique où l’on distribue des bestiaux aux troupes.

D’autre part, nous avons vu dans le Dalira de véritables épidémies de diarrhées, par suite d’ingestion et d’indigestions de figues, que les Arabes font sécher en grande quantité, soit enlacées en chapelets, soit tassées en épais et larges pains de plusieurs dizaines de kilogrammes.

1 ) Médecin-inspecteur .

MALADIES CLIMATÉRIQUES

Ce trouble intestinal quand il n'est qu’accidentel, disparait promptement par un régime convenablement réglé et l’observance des précautions hygiéniques, au nombre desquelles on doit noter spécialement une ceinture sur l’abdomen, soit en flanelle, placée immédiatement sur la peau ou sur la chemise, soit en laine ordinaire par dessus les vêtements.

Il est des individus qui ont toute l’apparence d’une bonne santé et qui ont constamment la diarrhée, quelquefois durant nombre d’années. Ce sont ceux qui restant en position sédentaire ont contracté l’habitude de boire démesurément une foule de boissons aqueuses, de manger beaucoup de fruits, de prendre des glaces, et d’autre part ceux qui abusent des boissons alcooliques; de telle sorte que la quantité de liquide qu’ils avalent est en grande partie rendue par des selles diarrhéiques, qui semblent n’avoir d’autre inconvénient que de fréquents besoins de retour à la garde robe. C’est une sorte de lientérie par excès de liquide. Ces individus mangent peu ordinairement, et cependant ils ont l’apparence quelquefois d’un certain embonpoint.

Nous ne passerons pas en revue toutes les affections dont la diarrhée est le symptôme, la complication, l’épiphénomène ou la conséquence, depuis le simple trouble intestinal accidentel et passager, jusqu’à la diarrhée colliquative et de consomption. Bornons-nous a dire, en thèse générale, qu’assez rares au printemps, les diarrhées le plus souvent piodromiques delà dyssenterie, deviennent plus fréquents en été et en automne, tandis que pendant la saison humide et froide, les diarrhées séreuses sont le plus souvent consécutives aux fièvres rebelles, à la dyssenterie chronique.

Dyssenterie. — La dvssenterie peut s observer en toute saison, mais cest sous l’influence des chaleurs prolongées, exposant à de grandes variations thermo-hygrométriques du jour à la nuit et vire versa , qu’elle devient endémo-épidémique. L’épidémie se continue et reçoit souvent de lasuractivité des perturbations atmosphériques à l’entrée de l’automne. On peut dire que dans les climats mixtes, tenant des climats tropicaux et tempérés, comme l’Algérie, par exemple, la saison dyssentérique dans notre hémisphère est en août, septembre, octobre et novembre. En effet, les deux tiers des grandes épidémies de dyssenterie ont eu lieu en été, un tiers en automne. En même temps l’état fébrile primordial reste le plus souvent manifeste et. dominant, durant le cours de la maladie, ce qui a fait dire a Sydenham que la dyssenterie est la fièvre de la saison qui se jette sur les intestins. Huxam, Fœderer, Wagler, 1>. Frank considèrent la dyssenterie comme la fille de la fièvre intermittente. En Algérie, M. Haspel dit qu il est fort difficile d’isoler complètement l’étude de la dyssenterie de celle des autres maladies (fièvres intermittentes, rémittentes, congestions hépatiques), « tant parfois ces diverses affections sont partout confondues et mêlées. » Il ajoute en parlant des flux de ventre, vers la tin de 1 été qu on remarque leur prompte conversion en état adynamique ou putride, et loin dépendance toujours plus ou moins étroite, du génie des fièvres intermittentes.

FLUX INTESTINAUX DIARRHÉIQUES I.T DYSSENTÉRIQUES . o()ü

En parlant pareillement du la dyssenterie un Afrique, M. Deleau dit aussi : « il est a noter que dans bien des cas cette affreuse maladie s’accompagne d’accès de fièvre tierce, sous l’influence desquels elle devient promptement mortelle. »

« Les fièvres intermittentes, ditM. Cambay, peuvent compliquer la dysenterie; quelquefois celle-ci cesse brusquement et est remplacée par une fièvre intermittente, mais lu plus souvent la dyssenterie succède à cette dernière affection. »

L’anglais Grigor, pendant la guerre de la Péninsule (1809), a vu cette maladie régner intermittente d’abord, puis rémittente en juillet, août et ^septembre, puis continue. C’est précisément ce que Werthof et Torti ont exprimé par les qualifications de dyssenteria febricnsa , dyssenteria intermittent, dans lesquelles les symptômes dyssentériques même offrent une marche intermittente, apparaissant avec les accès de fièvre, et disparaissant dans leurs intervalles.

Les symptômes prédominants qui caractérisent la dyssenterie sont les •coliques, les tranchées, les borborygmes, de fréquentes envies d’aller à la ■ selle, suivies de faibles déjections alvines avec ténesme. Il y a perle d’appétit, dégoût, langue chargée; aux frissons du début, pendant lesquels le pouls est petit, la face grippée, quelquefois avec vomissements bilieux, porracés, succède un mouvement de réaction caractérisé par la chaleur.

L’affection progressant, la quantité de sang augmente encore, il semble jqu’il y ait hémorrhagie intestinale, lus selles sont involontaires, ut dans ce cas le malade arrivé au dernier degré de l’épuisement, a un écoulement ■sanglant continu par le rectum; l’insomnie l’accable, sa voix devient rauque et faible jusqu’à l’aphonie, il survient parfois des crampes et un îhoquet toujours de fâcheux augure (t).

A la peau, de la céphalalgie, la fréquence du pouls qui parfois est plein :hez les individus pléthoriques. C’est ordinairement vers le soir qu’a lieu cette exacerbation avec transpiration fétide, urines rouges, épaisses, rares quand il n’y a pas dysurie ou acrynie ; le nombre des selles varie de 10 à >0, à 100 et 120 ; le ventre est brûlant, dur, ballonné, douloureux, la peau, souvent sèche, prend parfois une teinte subictérique. Les envies d’aller à a selle deviennent déplus en plus fréquentes et sont comme incessantes, Je même que les épreintes et le ténesme. Les matières visqueuses, muqueuses, glacicuses, bilieuses, écumeuses, sanguinolentes, contenant des lébris membraneux, deviennent tout-à-coup sanglantes et les douleurs dniominales sont accablantes.

L’état algide peut devenir mortel si l’on n’obtient, par révulsion, une •éaction salutaire. En ce cas, il y a souvent suppression des selles, et l’état pernicieux algide se termine par le coma. Dans d’autres cas, le malade ombe dans l’état adynamique, putride, typhoïde avec fuliginosités, pété-

1) Anlonini, tourmenté par ce, hoquet pendant son agonie, à Alger, disait à ceux qui ntourairn' : -Si j’en réchappais, je serais le premier, après pareil sign 1 *

MALADIES CLI M AT É RI OLE S

chies, lâches scorbutiques, abcès à la marge de l’anus, escarres au sacrum. Il peut arriver qu’il y ail invagination, perforation et péritonite consécutive. Si la maladie se poursuit, au 5" ou K" septénaire, on voit parfois survenir l’hépatite, l’ascite, l’anasarque. Dans tous ces cas graves on remarque la petitesse du pouls qui devient filiforme. Au contraire, dans les cas bien rares de terminaison heureuse dans les pays chauds, le retour à la santé s’opère par l’amendement progressif de tous les symptômes graves. Parfois la dysscnterie disparaît par une sorte de métastase, par le développement des symptômes rhumatiques, pleurétiques, pneumoniques et autres phénomènes critiques, tels que : abcès sous-cutanés, parolidites, etc. Enfin la maladie peut se prolonger parfois plusieurs mois, et passer trop souvent à l’état chronique, auquel cas l’européen doit se hâter de fuir les pays équatoriaux.

Dyssenterie hépatique et chronique. Il arrive fréquemment que la dyssenterie se complique d’hépatite au - ou o1- septénaiie, ce qui a fait dire qu’en Afrique, par exemple, la diarrhée et la dyssenterie précèdent presque toujours l’hépatite. Cette complication n’est le plus souvent ni brusque ni manifeste, mais sourde etlatente.Quandelle est assez prononcée pour attirer l’attention, elle s’annonce par un mouvement fébrile, caractérisé par des frissons, suivis le soir d’une réaction plus ou moins marquée, de la moiteur, de la transpiration et coïncidant avec la diminution des selles. Pouls accéléré, urines chargées, teinte ictérique delà conjonctive, quelquefois de la peau, rarement ictère. Douleur et tension à l’hypochondre droit, d’autant plus marquées que le point malade est plus superficiel. Il y a parfois une petite toux sèche, souvent douleur sympathique, s’irradiant à l’épaule droite. Il s’en faut toutefois que les symptômes soient toujours aussi significatifs, car il peut se faire que certains points du foie passent à l’état de suppuration, sans se révéler par des signes sensibles, et le fait n’être reconnu qu’à l’autopsie, qui dans quelques cas rares révèle entre autres altérations, l’induration, l’hypertrophie, l’état gras, quelquefois des tubercules du foie. L’hépatite est surtout consécutive à la dyssenterie chronique, laquelle fait suite le plus ordinairement à la dyssenterie aiguë, aux diarrhées, aux fièvres. La dyssenterie chronique est en effet très rarement primitive, elle est entretenue par les altérations intestinales diverses, consécutives à la dyssenterie aiguë : soif, dégoût, faiblesse et maigreur prononcées; 'entre quelquefois météorisé, plus souvent déprimé ; pesanteur au rectum plutôt

que ténesme; besoins pressants, selles variables, plus souvent muqueuses,

séreuses, purulentes que sanguinolentes; elle peuvent être comme gélatineuses, blanchâtres, vertes, noires, et contenir des détritus et des portions de membranes intestinales; la peau devient terreuse; le malade est très sensible au froid, dont l’impression amène toujours une recrudescence de l’affection. 11 y a alternatives de flux divers et de constipation, elpresque

toujours des exacerbations fébriles nocturnes.

Dans d’autres cas la dyssenterie chronique a une autre origine ; ce son

FLUX INTESTINAUX DIARRHÉIQUES ET DYSSENTÉRIQUKS.

ceux où à la suite de fièvres souvent récidivées, les congestions répétées du foie ont lentement amené l’hépatite confirmée. La maladie se révèle entre autres symptômes par des évacuations alvines diarrhéiques bilieuses, parfois sanguinolentes, avec ténesme, et offrant des alternatives très variables, quant à leur fréquence, leur couleur, la quantité ou l’absence du sang.

Les selles peuvent aussi contenir du pus, non par suite d’exsudation purulente de la muqueuse du gros intestin, mais par évacuation d’abcès du foie.

Cette dyssenterie bilieuse d’abord, revenue purulente et colliquative, qui mine lentement le malade, est ainsi produite et entretenue par une sorte de phthisie hépatique, et peut être appelée à juste titre dyssenterie hépatique.

Anatomie pathologique. — Les altérations pathologiques, observées chez les individus, ayant succombé à des flux dyssenlériques, sont très variables. La surface externe des intestins peut offrir des plaques grises ou violacées, correspondant à des altérations internes. En cas de perforation du rectum ou de l’S iliaque, on observe aussi la péritonite partielle ou générale. Il y a alors des sécrétions séro-purulentes, des adhérences intestinales des tubercules. Les gros intestins peuvent être déplacés, invaginés, renflés, épaissis ou rétrécis, et avoir leurs parois comme fibro-cartilagineuses .

Les désordres internes sont presque toujours limités au gros intestin: la portion supérieure du tube digestif n’offre en effet que des altérations accidentelles et variables, telles sont les fuliginosités et les ulcérations de la cavité buccale, les rougeurs par plaques ramollies de la muqueuse de l’estomac, la tuméfaction et les ulcérations des plaques de.Brunner et de Peyer, les arborisations de la muqueuse de l’intestin grêle, etc. ; le gros intestin peut être vide ou contenir quantité variable de produits morbides. La muqueuse offre diverses nuances; elle est rouge ou violacée, ou noirâtre; épaissie, ramollie ou indurée, surtout autour d’ulcérations variables en nombre et en profondeur; des points gris et celluleux forment des espèces de tubercules et de végétations muqueuses; ces plaques et bosselures sont jaunâtres à l’intérieur. Du pus peut décoller la muqueuse, quelquefois dans toute sa circonférence devenue noire et gangréneuse, se détachant parfois en portions cylindriques de longueur variable.

Traitement. — Les données thérapeutiques tour â tour formulées quant au traitement de la dyssenterie constituent, pourrait-on dire, un cahos de prescriptions contradictoires, plaçant le médecin dans une désespérante indécision au lit du malade. Dans un traité spécial de la dyssenterie, particulièrement étudiée dans la province d’Oran. M. Cambay, dit avec raison, qu’entre toutes les maladies (endémiques de l’Algérie), la dyssenterie est celle qui occasionne la plus grande mortalité. Ce n’est que trop vrai, mais aussi la valeur des moyens thérapeutiques employés à son époque est à dis-

M A L A D 1 E S GLI M A T l:. RI QL'ES .

culer et à contester. Les influences des pays chauds et de l’Algérie en particulier, quant aux modifications physiologiques imprimées à l’organisme, notamment a 1 hématose, éloignant les dispositions aux réalisations inflammatoires, tout en surexcitant le système nerveux, éloignent aussi l’indication des évacuations sanguines. Or, ce qui est vrai, en général, l’est encore en particulier, et ce serait une inconséquence de logique d’abord, de croire que la dyssenterie, plus que les fièvres, doivent faire exception. Ce serait aussi une inconséquence contre le langage des faits qui ont parlé d’une façon trop significative, trop désastreuse en pratique. « En arrivant à Oran, dit M. Jourdain (O, je vis que nos confrères, MM. Soucelyer, Yarlet, Martenet et Haspel, avaient déjà essayé la méthode

des saignées générales, mais qu’ils n’en avaient obtenu aucun avantage. Voulant m’assurer de l’exactitude de leurs observations moi-même (c’est toujours M. Jourdain qui parle), fai saigné dans les différentes formes de diarrhées et de dyssenteries qui se présentaient, et je fus bientôt convaincu que cette indication ne convenait nullement dans les colites que nous avions à traiter. Je ne trouvai les saignées véritablement indiquées que dans le début des colites hémorrhagiques sur-aiguës, avec des phénomènes évidents d’inflammation, chez des sujets vigoureux qui n’avaient pas été débilités par des diarrhées antérieures, et même dans ce cas elles ne diminuaient pas toujours la fréquence des déjections, et n’en modifiaient pas la nature, elles ne faisaient le plus souvent que calmer la vio-

lence des douleurs. Il convient donc de ne faire qu’un usage modéré des saignées générales, à moins (Ï indication bien précise (?). On doit hésiter à diminuer la masse du sang, car les causes déprimantes qui assiègent nécessairement le soldat, tendent suffisamment à en appauvrir la qualité, elles sont suivies d’une chute rapide des forces vitales qu’on n’est plus dans le cas de relever »

En écrivant ces lignes, Jourdain ne se doutait pas qu’il confirmerait la trop vraie réalité de ces dernières paroles, victime qu’il fut du fléau, de même qu’Antonini et Gasté, comme lui morts à la tache dans leur tournée d’inspection, comme aussi le doyen de la chirurgie militaire de l’époque, le baron Larrey (-).

Après des déclarations pareilles et motivées, qu’espérer de l’importation en Algérie de la méthode Peysson, consistant en l’emploi de la saignée générale plus ou moins répétée, faite coup sur coup, aii début de la dyssenterie? Ce qu’on doit en espérer, on le sait; ce qu’on doit en penser, le voici, d’après Peysson lui-même. Le médecin de l’hôpital militaire de Lyon, dit en parlant des saignées poussées jusqu’à 2048 grammes (64 onces), à Gibraltar : « Ce traitement est trop étrange pour être discuté, on n’égorge pas les malades sous prétexte de guérison! » Et Peysson ne s’aperçoit pas que par cette seule réflexion, du même coup, il fait la condamnation et s’ôte la priorité d’une méthode dont il s’était exagéré la

(1) Mémoires de médecine militaire.

Fi.UX JNTESTI.YU-X DIARRHÉIQUES ET DYSSENTÉR1QUES. 0<)7

portée, au point de la qualifier dans sa préface de : « découverte moins brillante, mais certainement plus utile que !a vaccine elle-même, puisqu’elle doit anéantir le fléau dyssentérique, » jusqu’où va donc, hélas! le vertige de l’illusion? Ajoutons comme corollaire que Peysson en était arrivé à proscrire l’emploi des sangsues comme inutile ou dangereux, par la raison que le sang tiré par les sangsues, dit-il, n’est pas soustrait au seul organe malade (comme si la saignée générale avait un effet plus direct !), qu’on a ensuite l’inconvénient plus ou moins grave des piqûres toujours douloureuses, et ayant dans quelques circonstances des suites fâcheuses, telles que les hémorrhagies inquiétantes ou mortelles, l’ulcération érysipélateuse ou gangréneuse des piqûres, derniers inconvénients qu’on peut reprocher aux ventouses scarifiées. Un praticien, dont le jugement fait autorité dans le traitement des maladies des pays chauds, le Dr Segond, en parlant de la dyssenterie, dit : Les circonstances ou la saignée est indispensable sont on ne peut plus rares.

Que si nous passons en revue les autres moyens préconisés contre la dyssenterie, nous trouverons encore des jugements peu favorables à leur \aleur curative. Bien que Sydenham voulut parler aussi de la vertu de l’opium dans la dyssenterie, quand il disait qu’il renoncerait à la pratique médicale plutôt qu’à l’emploi de ce médicament, il n’est pas moins vrai cependant, qu’il n’a pas eu la même valeur aux yeux de tous les praticiens, et qu’il a même été regardé comme nuisible par Philomenon, et tout à fait proscrit par Bruning.

Quant aux astringents, M. Forget déclare 0) qu’il y a rarement recours, « et j’avouerai, dit-il, que je me défie de ces agents pour les avoir vu échouer le plus ordinairement, et pour les avoir vu donner lieu, non moins fréquemment, à des accidents et à des symptômes de recrudescence. Pour les évacuants gastro-intestinaux M. Forget continue : «Nous arrivons à une médication dont l’utilité est diversement appréciée par les praticiens, que les uns proscrivent d’une manière absolue et dont les autres proclament la merveilleuse efficacité, c’est la méthode évacuante qu il convient de subdiviser en vomitive et en purgative. Les vomitifs ont assez peu de proneurs, ils sont néanmoins autant et plus rationnels que les purgatifs, en ce que, provoquant le mouvement antipéristaltique du tube digestif, ils agissent en sens opposé du ténesme intestinal. Ceux qui les emploient n’en usent guère qu’au début et préfèrent l’ipécacuanha aux autres émétiques, tant parce qu’il passe pour moins irritant et moins laxatif que le tartre stibié, que parce qu’il est réputé jouir de propriétés spécifiques donné à faible dose. Il en est de même du calomel, non plus comme purgatif, mais à dose altérante, lui aussi a reçu le nom de panacée anglaise. Il serait tour à tour antiphlogistique fondant; il agirait spécifiquement sur le foie, lequel est souvent affecté dans la dissentérie des pays

(I) Bulletin 'le Ihérnpe"! que.

MALADIES CLIMATERIQUES.

ripéeacuanlia au calomel ; puis ayant égard à la puissance au moins aussi réelle de l’opium, on a combiné celui-ci soit à l’ipécacuanha, soit au calomel, soit à l’un et à l’autre. Cette dernière combinaison constitue la méthode favorite des Anglais dans les Indes, méthode préconisée par Segond dans la dyssenterie de la Guyane française, et qui consiste à donner des pilules contenant quelques centigrammes d’extrait d’opium, d’ipécacuanha et de calomel. J’ai, dit Forget, le triste privilège d’avoir observé la dyssenterie épidémique et sporadique au Brésil, aux Antilles, en Espagne, comme en France; deux fois au Brésil et en Espagne j’ai failli succomber à cette cruelle maladie ; des centaines de malades traités par cette méthode me sont passés par les mains. Eh bien, il ne me souvient pas d’avoir recueilli des résultats heureux qu’on put manifestement attribuer, soit à l’ipécacuanha, soit au calomel à dose altérante. Lorsqu’on les associe à l’opium, comme dans la poudre de Dower, comme dans la méthode anglaise, je soupçonne fort que c’est à l’opium qu’ils doivent leur vertu. Que si l’ipécacuanha cause des évacuations, que si le calomel occasionne la stomatite mercurielle (surtout dans les pays chauds), il est impossible de faire abstraction de ces accidents dans l’appréciation des résultats curatifs. »

En définitive, Forget en arrive à terminer le procès de l’ipécacuanha,en disant que tel ou tel de ses voisins en Espagne se faisait tuer (sic), par les médecins de Cadix, armés de l’ipécacuanha. Tout ceci soit relaté pour compléter notre exposition, mais avec toutes réserves. Du moins devant tous ces témoignages d’insuccès, dans un assez grand nombre de cas, pour faire considérer la dyssenterie comme l’affection entraînant la plus grande mortalité, y a-t-il urgence à rechercher une médication plus efficace; faudrat-il pour cela administrer au malade tous les agents de la matière médicale, et attendre du hasard la révélation d’un spécifique. On peut mieux que cela, on peut mieux attendre d’une méthode rationnelle, déduite et des analogies et des faits acquis. Comment! tons les écologistes s’accordent à reconnaître que les mêmes causes qui produisent la fièvre produisent aussi la dyssenterie, que la fièvre et la dyssenterie s’allient ensemble au point de se confondre à ne pouvoir plus les isoler ; Sydenham déclare même que la dyssenterie est la fièvre de la saison qui se jette sur les intestins, idée reproduite par d’autres en disant que la dyssenterie est la fille de la fièvre; de là, avons-nous dit, les dénominations de dyssenteria febriricosa,dyssenteria intermittent ; puis quand vient le moment de formuler des données thérapeutiques, perdant de vue ce que l’étiologie et la symptomatologie fournissent de plus saillant, on oublie aussi l’indication principale!

Ou bien, si, dans certains cas, l’intermittence étant tellement manifeste quelle devenait prédominante, on administrait le fébrifuge, sans considérer ces cas autrement que comme des exceptions autorisant une thérapeutique exceptionnelle. Ainsi, par exemple, il y a plus de trente ans que Raymond Faure, parlant des constitutions médicales delà Morée, écrivait ces lignes : « la dyssenterie est souvent unie à la fièvre intermittente,

cellercj existait dès le principe ou venait se joindre au flux de sang. On

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cessera d’en être étonné si l’on songe qu.e les causes les plus capables de produire la dyssenterie, c’est-à-dire les vicissitudes du froid et du chaud, plus marquées vers la fin de l’été où les journées continuent à être très chaudes, tandis que les nuits deviennent très fraîches, sont aussi celles qui donnent ordinairement lieu à la fièvre intermittente. Il peut donc y avoir coïncidence de ces deux affections, comme aussi la dyssenterie peut être chez un individu une cause de plus, ajoutée à celles qui ont été près de produire en lui la fièvre intermittente, dont la dyssenterie à décidé l’apparition. Aussi dans le cas de co-existence de ces deux maladies, si les accès de fièvre sont très prononcés, y a-t-il de l’avantage à les arrêter par l’emploi du sulfate de quinine. »

Regrettons que M. Faure se soit borné à signaler l’association de la fièvre franchement intermittente à la dyssenterie, et qu’il n’ait pas reconnu l’association bien plus fréquente de la fièvre rémittente. Mais sachons un gré infini à cet éminent observateur d’avoir osé employer une médication si éloignée des idées en vogue à son époque. Pour nous, nous n’hésitons pas à le dire, le mot dyssenterie est une dénomination inexacte, qui détourne du. vrai caractère de la maladie, fait perdre de vue l’élément primordial qui tient tout sous sa dépendance. C’est fièvre dyssentérique qu’il faut appeler la dyssenterie, fièvre dyssentérique intermittente ou fièvre dyssentérique rémittente, il n’y a que ces deux groupes comprenant tous les cas, et la thérapeutique cessera d’être désastreuse, quand on attaquera hardiment l’élément fébrile, sans négliger, bien entendu, les moyens démontrés efficaces, pour agir sur les symptômes intestinaux. D’ailleurs, est-ce que dans les cas avec prédominance gastrique bilieuse, on hésite à attaquer la fièvre par l’anti périodique ! Est-ce que dans les cas de symptômes céphalo-méningiens on hésite à laisser de côté la gastrocéphalite, pour enrayer la fièvre par le sulfate de quinine ! Pourquoi hésiterait-on à attaquer la fièvre intermittente ou rémittente par le sulfate de quinine, toutes les fois qu’elle provoque une dyssenterie, se 1 associe ou se masque sous ses symptômes ?

Déjà nous venons de dire ci-dessus les essais fructueux du fébrifuge par M. Faure, dans les cas de fièvre intermittente dyssentérique, observés en Morée.

Voici ensuite M. Jourdain, qui déclare quen Algérie, le sulfate de quinine a paru convenir dans certaines diarrhées intermittentes et rémittentes. De son côté, M. Catteloup dit sur ce point (') :

« Nous croyons devoir réserver le sulfate de quinine pour les cas seulement où la dyssenterie semble compliquée d accès rémittents ou inteimitlents, ou bien encore lorsqu’elle aura succédé a ces fièvi es, qui pienncnt naissance dans les camps. Ce n est pas seulement comme antipériodique tpie ce sel s’est créé une place importante dans le traitement de cei laines dyssenteries, mais donné à petites doses comme tonique, il combat avan-

(1) Vémoir'es rie médecine mi! U dire '2e sérié, T. VII.

MALAD KS CL'.MATÉRIQUKS.

tageusemeiit l’adynamie et accélère la guérison. La décoction de quinquina et mieux le vin de quinquina, lorsque les malades sont dégoûtés du sulfate de quinine, nous sont d’une grande utilité pour ranimer les forces gastriques, après avoir préalablement fait disparaître les symptômes locaux de la dyssenterie. »

A notre tour, donnons des faits toujours plus significatifs que de simples assertions.

Obsehvation Ir>. — Fièvre dyssentérique rémittente. — Nous trouvant dans la vallée du Chélif, en 4846, Gentil, du ôG(' de ligne, fut atteint le 27 avril d’un accès dyssentérique algide, de caractère pernicieux. Pris de violents frissons, de céphalalgie, de vomissements glaireux bilieux, il était en proie en même temps au ténesme le plus douloureux, suivi de déjections sanguinolentes, qui devinrent involontaires, tant la prostration était grande.

Pouls petit, concentré, peau rendue visqueuse par une sueur froide. Eau de riz très chaude ; révulsifs aux extrémités; potion opiacée ; 2 grammes de sulfate de quinine en 48 heures.

Amendement de tous les symptômes ; dès le 2 mai le malade fut convalescent. Vers le milieu du mois, nouvel accès de fièvre intermittente aux trois stades caractérisés, à la suite d’un refroidissement par un jour de pluie : 4 gramme de sulfate de quinine suffit pour couper définitivement la fièvre.

Obs. ii. Fièvre dyssentérique devenue rémittente bilieuse et délirante, puis comateuse. Traitement quinique mixte. Guérison (G.

Obs. ni. Fièvre rémittente dyssentérique. Traitement quinique mixte. Guérison au 42° jour.

Obs. îv. Fièvre intermittente quotidienne et diarrhée. Traitement par le sulfate de quinine et le quinquina associé à l’opium. Guérison au 44° jour.

Obs. v. Fièvre rémittente dyssentérique. Traitement par le sulfate de quinine et l’opium. Guérison au 10- jour.

Obs. vi. Fièvre quotidienne dyssentérique. Traitement quinique opiacé. Guérison au 14e jour.

Obs. vu. Fièvre intermittente et dyssenterie. Sulfate de quinine et quinquina. Guérison au 40 jour. Cette thérapeutique féconde en résultats heureux en Algérie, l’a été plus encore en Cochinchine, comme nous le verrons.

Les cas de fièvre rémittente dyssentérique forment d’ordinaire la majorité pendant la saison chaude. Qu’on analyse attentivement les observations de dyssenterie aiguë rapportées par les auteurs, et l’on remarquera que les exacerbations séparées par des rémissions ont été toujours plus ou moins marquées. C’est ce dont il est aisé de se convaincre au lit des malades, surtout dans les pays chauds. Actuellement s’il arrive que la fièvre

(I) Voir l'Algérie médicale, p. 341.

FLUX INTESTINAUX DIARRHÉIQUES ET DYSSENTÉRIQUES. Si 1

dyssentérique progresse dans son cours, en affectant de plus en plus ses allures par accès et prenne une marche plus ou moins continue, faut-il recourir aux dénominations de lièvre dyssentérique pseudo-continue ou continue? Nous ne croyons pas cette dichotomie nosologique nécessaire; toute afleclion, si continue qu on la dise, a des exacerbations séparées par des intermissions : d’ailleurs les lièvres dites pseudo-continues et continues ne réclament pas un autre traitement que les intermittentes franches.

En résumé, l’indication principale dans le traitement de la dyssenterie, c’est de couper la fièvre, mais il ne faut pas négliger concurremment les moyens démontrés utiles contre le flux dyssentérique. Aussi dirons-nous : l’ipéeacuanha, souvent utile au début du traitement des fièvres intermittentes et rémittentes, convient d’autant plus au début de la fièvre dyssentérique qu’il a été considéré comme spécifique contre cette affection. On devra donc commencer le traitement de la dyssenterie par l’administration d’une potion avec un 'gramme d’ipécacuanha. Quelle est l’action intime de ce médicament ? Nous ne savons, et nous ne répéterons pas toutes les hypothèses émises à ce sujet, hypothèses dont on est si prodigue à propos de tout agent de matière médicale. De ce que les vomissements provoqués amènent le rejet de mucosités plus ou moins abondantes et plus ou moins bilieuses, nous ne dirons pas pour cela que l’ipécacuauha débarrasse les premières voies de matières suburrales. Nous nous bornerons à constater que l’ipécacuanha, par une action qui lui est propre, exerce sur l’organisme une action dynamique dont nous ne pouvons expliquer le mécanisme, mais qui a pour résultat de déterminer une influence salutaire sur les flux des basses voies. Qu’on appelle cela action dérivative, sédative, hyposthénisante ou révulsion dynamique, nous ne contestons pas, mais nous constatons que ce ne sont là que des mots à consonnances scientifiques, créées par le besoin de tout expliquer quand même. Nous le répétons, nous nous bornons à énoncer un fait expérimental, à savoir que l’ipécacuanha donné à dose vomitive, produit une action salutaire au début de la dyssenterie. Cette première indication remplie, ainsi que bon nombre ds praticiens ont coutume de le faire pour les fièvres ordinaires, il convient de combattre l’élément fébrile par une potion de sulfate de quinine à 10 ou 12 décigrammes, avec 50 ou 40 gouttes de laudanum, administrées autant que possible avant l’accès ou l’exacerbation qui doit se produire.

En même temps, le malade prendra pour tisane de l’eau de riz gommée, opiacée ou de l’eau albumineuse opiacée.

L’opium est utile tant pour agir localement sur le tube intestinal que sur l’économie toute entière; on doit le donner en pilules d’un à deux , grains, si l’insomnie persiste comme il arrive le plus ordinairement.

Les lavements amylacés opiacés trouveront en même temps un utile emploi. Le deuxième jour et le troisième au besoin le même traitement sera renonvelé, le malade, ayant des crèmes de riz ou des panades, avec

MALADIES CLIMATERIQUES.

œuf pour alimentation, si son état le permet. La fièvre une fois enrayée, le flux dyssentérique cesse bientôt aussi, mais on peut achever de le cumbattre par l’usage des pilules de Segond, si les symptômes bilieux ont été dominants, surtout s’il y a eu congestion du côté du foie, auquel cas le malade se trouvera bien aussi de frictions d’onguent mercuriel et d’extrait de belladone sur tout l’hypochondre droit. Cependant nous dirons, quant aux mercuriaux, et surtout du calomel à doses purgatives, que dans les pays chauds ils produisent la stomatite mercurielle avec une étonnante rapidité. En Cochinchine, nous avons dû renoncera leur emploi, malgré les nombreuses indications, offertes par nos malades. Comme application topique, la ceinturç de flanelle sèche ou imbibée de décoction émolliente opiacée, esl ce qu’il y a de mieux. Les cataplasmes sur l’abdomen ou de trop nombreux inconvénients pour le malade, qui est obligé de se lever à chaque instant du jour et de la nuit, pour aller à la selle, môme quand il a la possibilité de ne pas trop s’éloigner de son lit ; encore doit-il avoir à sa dispositien chaussure et vêtement, qui le protègent contre l’action pernicieuse des refroidissements.

Une température convenable et les moyens ci-dessus triompheront du mal, dans la plus grande généralité des cas.

Pour la dyssenterie chronique, mêmes bases de traitement, toutefois l’ipécacuanha à dose vomitive est moins indiqué, et l’on doit surtout recourir à l’emploi des apozèmes fébrifuges, de la décoction de quinquina et diascordium, ou d’extrait de quinquina et de simarouba. Lorsque les malades sont profondément débilités, surtout dans la dyssenterie scorbutique, le régime doit être en même temps réparateur et tonique, et il faut se hâter, si l’on est dans les régions équatoriales d’envoyer les convalescents à leur pays natal, c’est de l’hygiène physique et morale bien entendue, c’est dans les colonies la dernière planche de salut.

L’alimentation tonique et réparatrice est non-seulement indiquée pour la dyssenterie chronique, mais elle est encore,. un des éléments principaux de la méthode de traitement, mise en usage avec les plus heureux résultats par Boudin, durant les épidémies de Versailles en 1845,44, 45, 40, 47, épidémies dont M. Masselot a publié la relation dans les Archives générales de médecine.

Le traitement de Boudin consiste : 1° en s’abstenant de toute évacuation sanguine, à employer au début de la dyssenterie un éméto-cathartique, composé de 50 à 00 grammes de sulfate de magnésie et de 1 décigramme d’émétique, en solution dans 150 grammes d’eau distillée, à prendre dun seul trait; répéter une deuxième fois dans la journée, si 1 état du malade l’exige et si ses forces le permettent, dans tous les cas continuer jusqu à amendement du flux dyssentérique. 2J En vue de remédier à la dépression produite par les émèto-cathartiques, donner au malade du vin ordinaire ou du vin sucré à la dose de 250 à 500 grammes, et lui faire prendre concurremment du bouillon de viande ou des potages, pour peu qu il soit en état de les supporter. 5° Alimenter le plus tôt possible les convalescents

FLUX INTESTINAUX DIARRHÉIQUFS ET DVSSENTÉRIQUES. 515

en donnant la préférence aux viandes noires et rôties, et au vin à liante dose, porté quelquefois à un litre et au-delà.

On le a oit, nous sommes loin des prescriptions à la Broussais !

De l hépatite. La presque totalité des maladies du foie dans les pays chauds, surviennent à la suite des lièvres et de la dyssenterie, comme localisations secondaires, et hors les cas d’hépatite traumatique, rien n’est si rare que de rencontrer l’hépatite idiopathique. Toutefois si la glande biliaire a le privilège d’être rarement en butte à des atteintes morbides primitiv es, 1 hépatite, depuis la congestion jusqu’à la suppuration, survient ti es fréquemment, comme complication des fïevres et des dyssenteries répétées ou prolongées. Quant à la nature de ces congestions, nous dirons comme les auteurs du compendium : « les congestions si communes dans le foie, pendant le cours des fièvres intermittentes, sont demême nature que celles qui, par la même cause, se forment dans la rate ou dans d’autres parties, et dont les fièvres typhoïdes offrent de funestes exemples. »

Les fièvres intermittentes, rémittentes et dyssentériques sont tellement la cause presque exclusive de l’hépatite, qu’on a pour ainsi dire fait l’histoire des maladies du foie, quand on a fait celle des fièvres et des flux

abdominaux. M. Ilaspel dit en parlant des maladies pendant la saison chaude (i) : « Dispersées d’abord et perdues pour ainsi dire au milieu des maladies fébriles, les hypérémies du foie prennent bientôt avec l’avancement de la saison un développement remarquable. Toutefois, à leur naissance, un œil pénétrant, et accoutumé s’aperçoit, à la physionomie insolite que prennent les maladies, qu’elles ont faitl’alliance avec un état morbide tout nouveau. Cet état morbide étrange c’est l’affection du foie commençante, qui se dessine sous les dehors d’une simple variété pathologique ou d’une insignifiante complication. »

Il faut reconnaître cependant qu’un œil exercé ne suffit pas toujours, de l’aveu même de M. Ilaspel, car il le dit (p. 155), en parlant de l’hépatite : « La maladie ne se développe le plus souvent qu’à la suite d’accès répétés de fièvre intermittente, mais surtout de diarrhée et de dyssenterie grave, de sorte que le début échappe facilement à la sagacité du médecin. »

Bien plus : « Nous voyons tous les jours en Afrique se former une collection purulente dans le foie, sans qu’elle ait été précédée d’une phlegmasie bien caractérisée. »

Ajoutons que M. Laveran dit de son côté, à propos de deux observations d’abcès du foie : « Dans le premier cas l’affection a été méconnue au début, et prise dans le second pour une pleurite (-b. »

Les modes dont le foie est affecté et trahit ses souffrances, par des symptômes ou signes, de même que les altérations nécropsiques qu’il peut offrir, varient selon l’état des affections qui les produisent, et selon les

(1) Maladies de l' Algérie, t. I.

(i) Mémoires de médecine militaire, t. Lü.

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