‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 132 sur 215 · CLIMAT DE I’E K ING · texte numérisé non relu

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cence générale, et môme à l’anéantissement de l’espèce, qui bientôt, il faut le croire, aura disparu de ce coin de terre qu’on appelle l’Europe. »

Enlisant ce compte-rendu dans la Gazette de Peking, de Yeddo ou de Hué, vous hausseriez les épaules de pitié, sur les dires de ces voyageurs superficiels qui, pour faire grand effet, se hâtent de conclure du particulier au général, et donnent l’exception pour la règle. Voilà pourtant le travers dans lequel sont tombés la plupart des narrateurs, ou compilateurs, qui ont parlé de l’usage de fumer l’opium.

Tout le monde, peut-on dire, fume le tabac en Chine, hommes, femmes et môme beaucoup d’enfants, et cela depuis longtemps, car il y a plus de mille ans que le tabcico et ses usages ont été décrits, dans un traité chinois spécial (l), mais quant à l’opium, c’est le très petit nombre qui en use, faisant une minime fraction de l’immense population du Céleste-Empire, s’élevant a plus de 400 millions d’habitants, et fournissant, d’après l’appréciation la plus approximative, 5 millions de fumeurs d’opium. 11 y a donc à peine 1 fumeur d’opium sur 100 personnes de la population chinoise. Nous donnerons plus loin, par des chiffres, la preuve de notre appréciation. Il n’y a donc pas assurément là de quoi crier à la dépravation générale, si tant est que dépravation il y ait à fumer l’opium. D’autre part, on a tort de dire que quiconque fume l’opium est abruti; les fumeurs excessifs, abusant passionnément de l’opium, pour arriver à l’ébriété et au narcotisme, ne forment relativement jqu’une minime exception.

Sir Pottinger, gouverneur-général et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique en Chine, écrivait sur ce point : « Je ne puis admettre, en aucune manière, l’idée adoptée par un grand nombre de personnes quel introduction del’opium est, pour la Chine, unesourcede maux de tout genre et une cause de misère. Il ne m’a pas été possible personnellement de voir un seul de ces effets de désastre qu’on raconte, quoique je reconnaisse que lorsque l’abus est excessif, il peut être extrêmement nuisible. Du reste, la même observation est applicable à toute jouissance portée à 1 excès; mais d’après ce que j’ai vu depuis que je suis arrivé en Chine, d’après les recherches que j’ai faites sur tous les points, enfin d après ce qu’avouent les hauts mandarins eux-mêmes, je suis depuis longtemps convaincu que la démoralisation et la ruine, que quelques personnes attribuent à l’opium, sont probablement, par suite d’informations imparfaites, fort exagérées, el qu’elles n’équivalent pas à la centième partie des liistes et déplorables conséquences que l’on voit, quotidiennement découler de l’usage excessif des liqueurs spiritualises et d’autres stimulants, largement et constamment consommés tant en Angleterre qu’aux Indes. »

De son côté, don Sinibaldo de Mas, ministre plénipotentiaire de la reine d’Espagne en Chine, dit sur le même sujet : « Dans l’Inde, dans la presqu ile de Malacca, a Java, aux Philippines, à Bornéo, à Soulou, les Chinois

(1) V. l’ouvrage de M. Sinibaldo de Mas. La Chine. Paris, I808

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fument l’opium on toute liberté, et l’achètent à meilleur marché qu’à Canton ou à Sang-IIaï, pour ne point parler des villes situées à l’intérieur de l’empire et loin des côtes. Il est. constant, néanmoins, que dans tous ces pays, malgré la rigueur du climat qui est très chaud, les Chinois sont remarquablement sains et robustes, et que ce sont ceux qui, comme cultivateurs, maçons, portefaix, etc., exécutent les travaux les plus pénibles. Dans les colonies chinoises, la mortalité ne dépasse pas le chiffre ordinaire, et je dois déclarer, qu’ayant connu un grand nombre d’émigrants dans les diverses localités que je viens d’énumérer, je n’ai jamais ouï dire qu aucun d’eux fut mort ou eût été gravement malade pour avoir fumé l’opiuin. Ce ne fut qu’en arrivant en Chine que j’appris les funestes effets de ce narcotique, et que j’entendis qualifier de poison la vapeur qu aspirent ceux qui le fument. Je dois ajouter que dans aucune des diverses localités de la Chine que j’ai visitées, je n’ai eu connaissance d’un décès positivement produit par l’opium, et qu’ayant demandé à plusieurs indigènes, dignes de foi, s’il était vrai que celte habitude ait été jusqu’à occasionner la mort, ils m’ont répondu que ce qui peut arriver, c’est qu’un fumeur consommé, s’il vient à se voir privé d opium, meurt par suite, de cette privation. »

Cette dernière assertion de M. de Mas n’est qu’une manière de dire des Chinois, comme chez nous un grand fumeur dira quil mourrait s il n a\ait plus de tabac. Or on sait ce qu’il advient de ces privations, quand il faut les subir; en voici un exemple. Un des plus grands fumeurs que nous ayons connus était M. B..., officier au ofi de ligne en Afrique, et qui fumait, pourrait-on dire, jour et nuit, moins deux ou trois heures de sommeil qu’il prenait par intervalles, dans les vingt-quatre heures. En paitant pour l’expédition du Sahara algérien en 1847, il fit d abondantes provisions de tabac, qui s’épuisèrent toutefois bien avant le retour sur nos points de ravitaillement. Pendant quelques jours M. B..., très contrarié de n’avoir plus de tabac, mélangeait des feuilles et herbes sèches à des crottes de gazejle qui, en brûlant, sentent le musc, et il trompait ainsi son avidité pour le tabac. Au bout d’une quinzaine M. B... dormait mieux, avait bon pied, bon œil, et mangeait d’un appétit à lui depuis longtemps inconnu.

Eh bien ! lui dimes-nous, en lui frappant sur l’épaule, pendant qu’il déjeunait, vous n’ètes donc pas mort? — Comment mort! Mais je ne me suis jamais si bien porté. — Vous m’aviez pourtant assuré que vous mourriez quand vous n’auriez plus de tabac? — Oh ! ne m’en parlez pas; les babines m’en brûlent d’envie, mais on s’en passe tout de même.

On ne meurt pas plus pour se passer de fumer de l’opium.

Ainsi, continue M. de Mas, les Chinois fumeurs d’opium sont passionnés pour cet usage, à cause surtout de la force de l’habitude, et il leur en coûte infiniment d’y renoncer, quoiqu’ils reconnaissent que cela leur serait avantageux. Tant qu’ils fument modérément, il n’en résulte pour eux aucun Inconvénient; mais s’ils le font avec excès, ils perdent l’appétit,

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leur teint devient terne, et quelques-uns maigrissent à tel point qu’on les prendrait pour des squelettes ambulants. J’ai eu chez moi, dit M. de Mas, pendant trois ans, un individu qui, sous ce rapport, était un véritable type. (Tétait un lettré de Peking, qui enseignait le chinois à deux jeunes Espagnols. Tous ses moments de loisir, il les employait à fumer l’opium, et pourtant je n’ai pas souvenir qu’un seul jour il soit resté dans sa chambre pour cause d’indisposition. C’était l’homme le plus calme de toute la maison; il passait des journées entières avec sa pipe. J’ai eu chez moi d’autres fumeurs, et non-seulement je leur ai donné de l’opium à discrétion, mais encore j’ai recouru quelquefois à la ruse pour les amener à en user avec excès, et aussitôt après, leur ayant parlé d’affaires sérieuses, ils m’ont répondu avec autant de lucidité qu’ils auraient pu le faire avant de fumer.

Ce qui d’ordinaire arrive de plus fâcheux aux fumeurs immodérés, c’est qu’ils perdent l’habitude et le goût du travail, résultat auquel contribue la position horizontale que l’on prend pour mieux savourer la fumée de l’opium; on en voit qui abandonnent leurs affaires au point de finir par se ruiner; et il est certain alors que les familles, victimes de ce vice, maudissent et l’opium et les étrangers qui l’apportent en Chine.

Le gouvernement chinois commença à se plaindre du commerce de l’opium, et songea à le prohiber seulement alors qu’il vit que les métaux précieux sortaient de la Chine. A d’autres époques, l’empire avait reçu par le moyen du commerce des sommes considérables; mais la balance commerciale commença à lui être défavorable juste au moment où l’importation de l’opium acquit de l’importance.

Résumons d’abord en quelques mots ce qui a trait aux diverses provenances de l’opium, dérivé de ottoc, suc épaissi de plusieurs espèces de pavot, notamment du ( pupciver aomniferum) . On le recueille surtout en Syrie, en Turquie, en Egypte et en Perse. L’opium de Smyrne est le plus estimé. L’Algérie commence à produire de l’opium d’excellente qualité. L’opium de Perse est plus particulièrement importé en Angleterre. Les Indes anglaises en produisent d’immenses quantités, dont la presque totalité est absorbée par la Chine, le Japon, les îles de la Sonde. Cet opium se distingue en trois sortes principales : le malwa, le patna et le benarès. La première est aussi appelée opium de Bombay, et les deux autres sont souvent confondues sous la dénomination commune d’opium du Bengale.

La consommation d’opium qui se fait en Europe, pour l’usage médical, ne peut en rien être comparée à celle qui a lieu dans tout l’Orient, et principalement en Chine où l’opium est devenu, plus encore que chez nous le tabac et le café, un objet de première nécessité, tant pour le manger que surtout pour le fumer.

Manière de fumer l'opium. — Et maintenant qu’est-ce que fumer l’opium? Vainement vous chercherez la réponse nette et précise à cette question

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dans tous les écrits qui ont parlé de l’usage de fumer l’opium. Les indications trop vagues données à ce sujet, ne permettraient assurément pas de deviner comment il faut s’y prendre, si on ne l'a pas vu faire ou fait soimême. C’est là non-seulement un point de curiosité à satisfaire, mais une explication indispensable, pour quiconque veut se rendre compte physiologiquement de l’influence de cette habitude, et surtout pour ceux qui veulent en parler et en écrire.

Le tuyau d’une pipe à opium ressemble aune flûte, qui n’aurait pour toute ouverture latérale que celle de l’embouchure. C’est donc un tuyau fermé par un bout, près duquel est percé latéralement un trou où s’adapte la pipe, et l’on aspire par le bout opposé, offrant uû trou central qui n’a pas plus de 2 millimètres de diamètre. Quant à la pipe à opium proprement dite, elle ne ressemble en rien à la pipe à tabac; elle est en forme de petite pomme d’arrosoir, n’ayant qu’un très petit trou au milieu de sa surface légèrement convexe. Ce trou, qui n’a pas plus de 1 millimètre de diamètre, est entouré d’une légère dépression, formant un infundibulum de 5 à 4 millimètres de diamètre, sur un d’excavation. La pipe enterre peinte ou en métal, a de 7 centimètres de diamètre sur 4 de profondeur; elle est creuse à l’intérieur, et se termine par un collet métallique de 1 centimètre de diamètre. C’est ce collet que l’on visse, avons-nous dit, sur l’ouverture latérale du tuyau.

Pour charger la pipe on prend la valeur d’un ou deux grains (de o centigrammes à 1 décigramme) d’extrait d’opium, au moyen d’une aiguille d’acier, longue de 9 à 10 centimètres, qui offre une petite cuiller ou bec d’un bout, et une petite pointe très effilée de l’autre. On pose au centre de la pipe cette faible quantité d’extrait d’opium , bien circulairement disposé en bourrelet, de façon à laisser libre le. petit trou, sans quoi l’aspiration ne serait pas possible. C’est justement pour cela qu’on retourne l’aiguille, pour en enfoncer la pointe dans le trou central, et s’assurer avant tout qu’il livre passage à l’air. Cela fait, ce n’est ni le filibus , comme à Strasbourg, ni la braise, comme en Flandre, ni l’amadou ou l’allumette qui vous permettront d’allumer votre pipe ; il vous faut une petite lampe qui brûle en permanence sur votre table, ou plutôt sur un lit de camp recouvert d’un tapis, si vous voulez faire secundum artcm des Chinois.

Votre pipe étant chargée, comme nous l’avons dit, vous la présentez à la flamme delà lampe, et vous aspirez en brûlant ainsi l’extrait d’opium comme au chalumeau, mais par retrait, pour ainsi parler, car votre aspiration dirige de dehors en dedans un courant d’air, et par suite un jet de flamme sur l’opium qui bouillonne et s’évapore, en pénétrant en fumée dans l’intérieur de la pipe. L’opium qui brûle ainsi bouillonne en effet, de la même façon et avec le même aspect qu’un grain de sucre que vous brûlez sur une pelle chauffée. Ce bouillonnement fait étaler et boursoufler l’opium qui ne tarde pas à obstruer le petit trou de la pipe; de là la nécessité d'y passer votre aiguille après chaque aspiration.

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La fumée cl opium ainsi aspirée, où va-t-elle? Si vous faites une simple aspiration buccale, comme pour nos pipes à tabac, la flamme de la lampe attiiée tiop faiblement biulera très peu d’opium, ou ne le bridera qu’à la surface de la pipe, et cest a peine s’il vous arrivera un peu de fumée dans la bouche. La véritable manière des bons fumeurs, ou plutôt de tout fumeui habitue, cest de faire une aspiration, non pas simplement buccale, mais pulmonaire ; en un mot, une forte inspiration aussi prolongée c[u on le peut, et remplissant les bronches d’air chargé de fumée d’opium. Cette inspiration faite, on ote la pipe des levres cju’on tient fermées 5 on expire lentement et on rend la fumée par le nez à pleines narines, si l’on est familiarisé dans l’art de fumer l’opium. Quand on a achevé, on fait un imperceptible mouvement de toux, et la fumée qui n’était pas sortie spontanément par l’expiration simple, est rejetée alors du foud des ramifications bronchiques. Dans le langage vulgaire, on appelle peut-être cela avaler la fumée; mais qu’un médecin dise :

« On aspire la fumée lentement, on V avale et on la rend après l’avoir conservée le plus longtemps possible; » c’est là une erreur de fait et une hérésie qui prouve qu’on a observé superficiellement, si l’on a observé, et qui tout au moins fait croire que celui qui parle ainsi, n’a jamais essayé de fumer l’opium lui-même, ce qui pourtant est un peu nécessaire pour en pailei , surtout quant aux effets physiologiques. Avaler la fumée, la faire arriver dans l’estomac proprement dit ( ventriculus , 7 x^p), c’est une impossibilité quand on fume l’opium. Nous savons bien que quelques personnes peuvent arriver à avaler de l’air en faible quantité ; nous sommes du nombre, mais c’est un jeu assez difficile, presque anliphysiologique; aussi trouverez-vous dans nos traités les plus modernes, notamment dans celui de M. Béclard, que la déglutition proprement dite s’exerce sur les substances solides et liquides, bien qu’on puisse encore, par les mouvements de déglutition, faire parvenir cle petites quantités d’air dans l’œsophage et jusque dans l’estomac. Mais nous le répétons, ce n’est point là le cas ni le fait des fumeurs d’opium, qui n’ont pas trop d’une large inspiration à pleins poumons, pour arriver à obtenir la combustion et la fumée de la bouillie d’opium au contact du jet de flamme prolongé qu’il faut pour cela.'

Lorsque l’extrait aqueux d’opium qu’on veut fumer est trop liquide, on lui donne plus de consistance, et on le ramène à l’état mou en présentant à la flamme de la lampe et sur le bec de l’aiguille ad hoc, la parcelle qu’on veut poser sur la pipe; au contact de la flamme, l’opium se boursoufle en se desséchant, mais il ne faut pas pousser trop loin celte petite opération préalable, parce qu’il perdrait la propriété d’adhérer sur la pipe, condition indispensable, puisque pour fumer, la pipe doit être penchée verticalement sur la flamme par sa surface convexe, ou, pour mieux dire, cette surface doit être parallèlement juxtaposée à la flamme.

Cette obligation de tenir, avec précaution, la partie convexe de la pipe l>ien en contact avec la flamme, par sa partie centrale inclinée, fait regar-

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(1er obliquement, ce qui ne laisse pas de fatiguer la vue, en y ajoutant l’intensité de la flamme rendue plus éclatante par le fait de l’aspiration qui l’attire et l’active. On s’aperçoit surtout qu’on est un peu ébloui quand, s’interrompant de fumer, on va à la recherche du petit trou central de la pipe pour le désobstruer avec la pointe de l’aiguille.

Pour celui qui veut fumer une pipe d’opium, la flamme d’une bougie suffit pour un moment; mais pour continuer à fumer plusieurs heures comme l'habitué d’une fumerie chinoise, il lui faut une flamme bas placée, pour qu’il puisse fumer accoudé ou couché sur le côté, et de plus une lampe qui dure longtemps. A Singapore particulièrement, les lampes des fumeurs sont alimentées d’huile de coco qui donne très peu de fumée. Une lampe à esprit-de-vin brûlerait trop vile, et chez nous, il serait nuisible, sinon dangereux, d’aspirer la fumée d’opium à un bec

de gaz.

Pourquoi le trou central de la pipe à opium est-il si étroit qu'il est presque imperceptible? C’est évidemment pour que l'inspiration soit plus prolongée, et par une ouverture assez étroite pour éteindre la flamme au passage, en rendre du moins le jet assez mince pour ne pas trop échauffer les voies respiratoires du fumeur. C'est dans le but de refroidir la fumée que la pipe est entièrement creuse dans l’intérieur de sa pomme, et que le tuyau très large aussi a une longueur de 40 à oO centi-

mètres.

Maintenant que nous connaissons les divers détails sur la maniéré de fumer l’opium, arrivons à l’évaluation des quantités fumées, à l’effet d’établir une moyenne individuelle et journalière, pour en venir par là, connaissant l’importation de l’opium, à reconnaître aussi le nombre proportionnel des fumeurs de la Chine.

La quantité d’opium qu’on prend habituellement pour préparer ou charger une pipe est, avons-nous dit, de 1 à 2 grains au plus d extrait aqueux semi-fluide. Pour puiser cet extrait dans le petit récipient qui le contient, le charger et l’enrouler sur la cuiller de l’aiguille employée à cet effet, le déposer, soit directement, soit après l’avoir flambé, au pourtour du trou central de la pipe, pour disposer la lampe à la flamme de laquelle on doit le consumer, un fumeur exercé, mais méthodique et compassé dans tous ses mouvements préliminaires, qui ont pour lui un attrait et un charme tout particuliers, c’est le moins de temps qu’il faille que d’y employer cinq minutes.

Donc \" cinq minutes sont nécessaires pour charger une pipe d’opium.

2" Il faut encore b minutes pour la fumer en plusieurs aspirations. A chaque aspiration, le fumeur fait un temps d’arrêt, il hume et savoure la fumée à pleins poumons, et la rend lentement par les narines, puis par la bouche par une expiration finale. Entre ce premier temps et un deuxième, le fumeur méthodique fait une petite pause, il respire de 1 air libre, sa pipe se refroidit, car l’opium ne brûle, avons-nous dit, quau contact soutenu d’un jet de flamme, très activé par une forte aspiration.

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un

On peut ainsi mettre autant d’intervalle qu’on veut entre chaque aspiration, et l’on en profite pour passer la pointe de l’aiguille dans le trou de la pipe, afin de s’assurer, à chaque reprise, qu’il n’est pas obstrué par le boursouflement de l’opium déjà brûlé. La durée d’une pipe qui permet de douze à quinze aspirations peut ainsi aller longtemps, mais le moins qu’il faille, c’est cinq minutes, si l’on fume relativement vite. Donc, tout compris, dix minutes sont nécessaires pour chaque pipe que l’on fume, préliminaires compris. Nous avons nous-même pris ces moyennes, montre en main, nous conformant en tout point à la méthode chinoise de fumer l’opium, et pesant nos quantités à une balance de précision.

Un grand fumeur qui perd peu de temps à autres choses, telles que le jeu de dés, de cartes ou d’échecs, le fumeur qui a hâte de brûler l’opium en prenant quelques gorgées de thé, ne fumera pâs plus de six pipes dans une heure, soit 12 grains d’opium ou 6 décigrammes.

La plupart des hommes du monde, car il y a des mandarins, des lettrés qui fument l’opium, se contentent de quelques pipes par désœuvrement, dans l’intervalle de leurs occupations, comme nous fumons un cigare, et il y a ainsi un grand nombre qui se contentent de 5 à 6 pipes, ce qui, à divers intervalles, représente une heure par jour employée à cet effet. Mais de cette limite modérée à l’extrême limite il y a de la différence, comme chez nous entre les gens sobres et ceux qui passent tout leur temps dans les estaminets, c’est-à-dire qui, y entrant vers dix ou onze heures du matin, y restent, sauf l’heure du dîner, jusqu’à minuit.

Pour les fumeurs passionnés qui ne fument pas l’opium par simple distraction, mais par passion, et vont pour cela dans les fumeries ad hoc , pour y fumer jusqu’à l’ivresse et au sommeil ou torpeur opiatique, c’est beaucoup de leur accorder douze heures, sommeil compris. Mettons pour maximum huit ou dix heures passées à fumer, cela représentera GO pipes, soit une consomihalion d’environ 120 grains, soit G grammes par jour. Maintenant comme il faut prendre une moyenne entre ceux qui fument le moins et ceux qui fument le plus, nous croyons être dans le vrai en disant qu’on peut l’évaluer à cinq heures de fumée, soit 50 pipes, ayant consumé GO grains d’opium, soit 5 grammes.

Si chaque fumeur consume c n moyenne 5 grammes d’extrait d’opium par jour, sa consommation annuelle sera de 1,095 grammes, soit, en nombre rond, 1 kilogr. par an.

Le docteur Hobson a adopté la moyenne de G grammes par jour; celte moyenne nous paraît trop élevée et, d’ailleurs, le fumeur n’en arrive pas tous les jours à sa limite extrême ou à son maximum; il y a des temps de réduction où d’arrêt : on peut être mal disposé, malade même et parfois surtout sans sapèques. L’opium est très cher, c’est un objet de très grand luxe; n’en fume pas qui veut; et de même qu’en France bien des gens u’ont pas toujours de quoi acheter des régalia ou des manille , ni même du tabac de caporal , de même en Chine on manque souvent d’opium, faute de

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