GLACIERS
leurs limites présentes clans les Alpes, le Jura, l’Écose et tout le nord de l’Europe.
Mode de formation. — La neige qui tombe sur les montagnes au-dessus de la limite des neiges permanentes ne fond pas, elle s’amoncelle dans les vallées et les dépressions du sol. L’eau cpii provient de leur fonte superficielle produite par la chaleur des jours d’été, s’infliltrant peu à peu dans leur intérieur, se congèle de nouveau et passe à 1 état de nèvé, corps intermédiaire entre la neige et la glace, masse grenue qui se compose de cristaux arrondis et agglutinés entre eux, par l’effet de la pression qu’ils supportent. La densité du nèvé tient le milieu entre celle de la neige et de la glace. La ligne de démarcation entre la glace et le nèvé n’est pas bien tranchée ; suivant la pression à laquelle il est exposé , le nèvé passe successivement par une série de phases caractérisées par des densités différentes : il devient d’abord glace bulleuse compacte qui forme la substance des glaciers. Il tombe environ dans les Alpes 18 mètres de neige par an, qui équivalent à une couche de 2 mètres oO de glace. Dans ces régions élevées la chaleur solaire est insuffisante à fondre une pareille quantité d’eau solide ; il y a donc chaque année un résidu ou stock de glace qui forme le noyau des glaciers. Amassées sur place, ces couches annuelles finiraient par former de véritables montagnes, mais elles s’écoulent par le mouvement de progression ou chute lente et continue sur le plan incliné des montagnes et des vallées. A mesure qu’elles descendent, ces masses de glace sont rongées à leur base ou fondues par la chaude température des basses vallées. Il faut une altitude de 2G00 mètres pour la formation d’un glacier ; à une température de 8 à 10 degrés au-dessous de zéro, la neige devient pulvérulente et s’amoncelle dans les vallées, entraînée qu’elle est par les avalanches. La température des glaciers se maintient à zéro, température de la glace fondante. Dans le Nord, l’abaissement de la température compense la hauteur des montagnes pour la formation des glaciers. Ainsi en Norwège,sous le 61° de latitude, les glaciers descendent à 400 mètres, et au Spitzberg on les trouve au bord de la mer, où la glace s’effondre en blocs, à mesure qu’elle est dissoute parle contact des flots. De là l’énorme quantité de glaces flottantes. Nous verrons que dans les régions polaires plus boréales, ce sont les glaciers aboutissant aux rivages qui, par le même phénomène, poussent en plan-incliné ces énormes blocs de glaces qui constituent les banquises.
Les glaciers sont animés d’un mouvement de progression, qui fait sans cesse avancer leur extrémité inférieure et descendre la partie supérieure; ainsi s’établit plus ou moins l’équilibre entre la fusion et la progression .
De nombreuses crevasses, les unes larges et béantes, les autres capillaires, sillonnent les glaciers. Au Spitzberg ils sont adhérents au sol, en Suisse l’action simultanée des sources et de la chaleur atmosphérique, les fond et produit des excavations voûtées de cristal. — Un glacier, en effet, par sa partie inférieure n’est pas en contact avec la roche sous-jacente; il
GEOLOGIE.
en est séparé par des cailloux, des graviers et des blocs de pierre, provenant de la partie supérieure des montagnes où Je couloir a été creusé. Au-dessous de ces traînées pierreuses, on trouve que la roche est polie et canaliculée.
Les stries sont parallèles au grand axe du glacier, elles sont d’autant plus marquées que la roche est plus tendre. Dans les glaciers du Spitzberg et dans les névés de la Suisse, on voit des blocs enchâssés dans l'épaisseur de la glace.
Moraines. — Tous les glaciers en effet portent sur leurs bords et poussent devant eux les débris de roches souvent énormes, détachés des parois des montagnes par l’action de l’air, par la gelée, les eaux infiltrées, par la chiite des avalanches, comme aussi par le mouvement du glacier même. Formés de granit et de protogine, roches éminemment altérables, les sommets aigus des Alpes très exposés à l’action des agents atmosphériques se délitent, se réduisent en fragments plus ou moins volumineux qui tombent à la surface du glacier. Dans leurs mouvements de progression les glaciers emportent ces débris, comprenant parfois des êtres humains, trop souvent précipités dans l’abîme dans de téméraires ascensions. De nombreuses roches tombant au même point, se placent derrière les premières et glissent à la suite.
Ainsi se forment des traînées longitudinales quelquefois sur deux ou plusieurs rangées, qui ont reçu des montagnards suisses le nom de moraines , lesquelles, allant parfois s’accumuler dans des points d’arrêt, forment alors des moraines frontales. Il y a aussi des moraines intérieures, fournissant des cailloux broyés ou galets, unis ou striés à leur surface.
On ne trouve pas seulement des blocs erratiques autour des glaciers; les glaciers de la Suisse et le Jura sont couverts de blocs granitiques, qui proviennent des Alpes. Dans les glaciers de l’Allemagne, de la Russie, des Pays-Bas, sur les côtes d’Angleterre et d’Écosse, on rencontre des blocs originaires des Alpes Scandinaves. Ces masses ont été transportées, soit par des*glaces flottantes détachées des glaciers, soit par les glaciers euxmêmes.
Près de l’embouchure de la Léna en Sibérie, on a trouvé conservé dans les glaces un éléphant d’une espèce qui n’existe plus à la surface du globe. Il était couvert de poils et de sa chair parfaitement conservée, qui a servi de nourriture à un grand nombre d’animaux. Son squelette et sa peau se trouvent dans le muséum d’histoire naturelle de Pétersbourg.
Ajoutons qu’il y a des lacs formés par les eaux des glaciers dans des dépressions volcaniques de terrains, par exemple les lacs du Mont St-Bernard, du Mont Cénis, etc.
Plaines, steppes et déserts. — L’Europe renferme des terres basses d’une immense étendue : telles sont les vastes plaines du nord de la France, des Pays-Bas, du nord de l’Allemagne et du sud de la Russie.