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TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE LA BASSE-COCHINCHINE. 58Ô

Le mal de ce pénis est facile à deviner.

Il fallait donc que les maladies contagieuses provenant des déhanches de la luxure lussent bien communes dans la société romaine, pour que les écrits des poètes fourmillassent ainsi de tant d’allusions et même de tant de crudités de langage ! Mais :

Le latin, dans les mots, brave l’honnêteté.

Un auteur plus compétent sur la matière, Celse, n’a rien omis sur les maladies vénériennes, dans son chapitre : De obscœnarum parti dm r itiis et ciirationibus.

Dans son livre VI, chapitre 18, il commence par s’excuser de l’indécence du sujet qu’il va traiter, en disant qu’il est nécessaire de guérir des maux qu’on ne montre jamais aux autres, que malgré soi. Il décrit d’abord lephimosis, et dit que quand on est parvenu à découvrir le gland, on trouve à sa surface ou à la partie interne du prépuce des ulcères qui quelquefois sont secs, d’autrefois humides et purulents. Il parle également des ulcères gangréneux et phagédéniques de la verge, de l’inflammation des testicules (orchite), des rhagades de l’anus. On le voit, il ne manquait à la collection de ces maladies que les noms de vérole ou de syphilis, et encore est-il vrai de dire que le mot vérole provient du latin varias , varié, par allusion aux changements de coloration de la peau par macules, taches, papules et pustules que nous appelons aujourd’hui syphilides. Mais Galien, à son tour, à son livre VI, chapitre 14, De sanitate tuenda, donne des définitions du phimosis, du paraphimosis, des rhagades, des bubons, des condylomes etc. Il parle des ulcères, de la verge, du prépuce, de l’anus. Il décrit la gonorrhée et en distingue deux espèces. Il dit qu’un malade qui le consulta pour une gonorrhée accompagnée de douleur et d’un sentiment de brûlure lors des évacuations, lui rapporta qu’il communiquait le mal aux femmes qui avaient des relations avec lui . N’est-ce pas là de la contagion ? Aetius d’Acnide a réuni, dans un seul corps d’ouvrage, sur le sujet qui nous occupe, tout ce qu’il avait trouvé de plus important dans les livres des médecins grecs qui l’avaient précédé. Arêtée, dans son livre l'r, chapitre IX, De signis morborum, décrit les ulcères qui rongent les amygdales, le voile du palais et la luette, qui, d’après M. Rosenbaum, étaient des accidents primitifs produits par la fellation. Hensler, en parlant des affections locales des organes génitaux, cite un grand nombre de passages d’auteurs du moyen-âge, pour prouver qu’avant la fin du quinzième •siècle on avait connu et décrit les écoulements des parties génitales chez les deux sexes, les ulcères de ces mêmes organes, les bubons, les engorgements des testicules, les végétations et autres accidents faisant partie des maladies vénériennes.

Mais à l’époque des Croisades les affections des organes génitaux devinrent plus fréquentes ; aussi les médecins occidentaux du moyen-âge en parlent avec plus de détails, et ne laissent aucun doute sur leur contagion, 0,1 peut en dire autant des Arabes, Ali-Abbas, Avicicenne, Avenzoar, Albucasis .

.MALADIES CUMATÉWQUES.

Guillaume de Salicel qui enseigna la chirurgie à Vérone vers 1270, dit dans sa chirurgie, que des pustules, des scissures, des corruptions se manifestent sur la verge et autour du prépuce, par suite d’un commerce avec les femmes publiques ou les courtisanes infectées. Il parle aussi des bubons qui se montrent à l’aîne, à la suite des maladies du pénis.

Lanfranc, disciple de Guillaume de Salicet, disait formellement que les ulcères de la verge causent les abcès de l’aine, lorsque ces ulcères viennent de la conjonction chranelle. Argellela (1410) affirme pareillement qu’il survient souvent des pustules au membre viril : ex matériel venerosa q uœ retinetur et remanet inter prœputimn et pellem virgœ actione viri cum fœda ■millier e. Matériel venerosa , d’où les mots de lues venerea et maladies vénériennes.

Enfin Jean de Gaddesden (1505-1517) donne le conseil suivant dans un chapitre ayant pour titre : De postulas quœ cidveniunt virgœ propter conversationem cum fœda muliere : Si quis vult membrum ab omni corruptione servare cum recedit a muliere quam habet suspectant immunditie, lavet illnd cum aqua frigida cum ciceto mixta vel de urina propria , interîusvel exterius intra prœputium .

Voilà le précepte prophylactique donné pour se préserver des maladies vénériennes, bien longtemps avant l’apparition de l’épidémie delà fin du 15l‘ siècle. Mais voici d’autres preuves de mesures de prophylaxie et d’hygiène publiques contre les maladies vénériennes bien avant cette époque : Dans un statut, cité par Astruc, de Jeanne I'% reine des Deux- Siciles et comtesse de Provence, daté de 1547, pour la maison de débauche d’Avignon, il est dit : « La Reine veut que tous les samedis la baillive et un chirurgien préposé par les consuls, visitent les courtisanes et s’il s’en trouve quelqu’une qui ait contracté du mal venant de paillardise, elle soit séparée des autres pour demeurer à part, afin qu’on évite le mal que la jeunesse pourrait prendre. »

D’après les statuts de 1405, relative à la surveillance des lieux de débauche de Londres, les femmes publiques doivent être visitées afin d’opérer la séquestration de celles qui auraient des maladies aux organes de la génération ( mulieres habentes ne fandam infirmitatem.)

. . Ne qua in lupanari prostet, fænaina Arsurcc morbo infecta.

Comment donc après tout ces témoignages, qui prouvent que la syphilis est aussi ancienne que les relations sexuelles, oser rendre les indigènes de l’Amérique responsables de la transmission prétendue originelle d’un mal dont nous trouvons la cause, le nom, les effets, le traitement et même la prophylaxie, signalés tant par les auteurs des anciens peuples que par ceux du moyen-àge, ayant écrit bien avant la découverte de l’Amérique! N’enipêche que tous les ans on annonce pompeusement quelque nouveau livre devant nous donner le dernier mot sur la syphilis, et n’en donnant jamais le premier, car au chapitre historique on reproduit toujours quant à son origine le banal anachronisme américain.

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