TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE LA BASSE-C0CII1NCIIINE
La lèpre des Chinois. Les Chinois, dit-on, sont fréquemment atteints d’une sorte de lèPre 9u’ils ne savent pas guérir. Et d’abord, qu’est-ce que la lèpre? aujourd’hui fort peu de chose en la réduisant, comme on l’a faitaux psoriasis circinnatus, alphos , leuce mêlas , voire même aux éléphantiasis des Grecs et des Arabes, mais autrefois une maladie terrible, objet d’horrem chez les Hébreux, en Perse, et parmi les autres peuples de l’Asie. Cette maladie, résultat des mœurs licencieuses, des abus des relations sexuelles bien plus que les climats, car tout porte à croire que la lèpre anciennement était l’ensemble de tous les accidents primitifs et consécutifs dune affection aussi vieille que le monde et qui, en tout temps, en tout lieu et chez tous les peuples de la terre, fut partout et toujours le résultat et la punition du libertinage et de la débauche, la syphilis dont nous menons de parler. Cette maladie qu’on appelait vérole quand, pour certaines analogies pustuleuses, on donna le nom de petite-vérole à la peste érupthe, qui fit surtout des ravages à la fin du 9" siècle et dans le cours du 10 . Or, si le diminutif petite fut employé comme qualificatif de la maladie, que nous appelons de préférence variole aujourd’hui, il faut bien reconnaître que le qualificatif grosse désignait déjà d’autres pustules très contagieuses pai toutes les voies de la luxure. C’était cette hideuse maladie qui prit un surcroit de développement au retour des Croisades, à tel point qu’on dût créer partout des ladreries, des maladreries (d’où maladeries), des léproseries, lazarets séquestrés, charniers infects, oubliettes, sortes de vade in pace, où l’on était enterré vivant, car on y entrait pour n’en plus sortir, on n’y entrait que pour mourir, comme Job sur son fumier, à tel point qu’il était d’usage de chanter le chant des morts poulies malheureux qui étaient condamnés à ce sordide enfer, sur la porte duquel on aurait dû écrire aussi lœsciate ogni speranza !
C était cette maladie qui s’appela en Espagne la gorre , la grande gorre
(avec las babas), bien avant que Christophe Colomb n’eût visité les peuplades américaines chez lesquelles, assurément, cette infection existait de longue date, mais qui certainement aussi ne la donnèrent pas aux Espagnols qui en avaient leur part dès avant la découverte de l’Amérique. C était cette maladie, que nous appelions le mal napolitain, quand les habitants de Naples l’appelaient mal français, les Polonais mal hongrois, et réciproquement, la mauvaise foi d’une fausse honte faisant alors rejeter,5 systématiquement sur les voisins, l’origine prétendue d’un mal qui fut de tout temps chez tous les peuples, et que Fracastor appela syphilis (de cruv avec, fi)tsc amitié ou ?ù.oç ami).
Les Chinois eux n’ont pas la sotte prétention de rejeter la provenance |le ce mal sur aucun de leurs voisins. Il y a toujours eu chez eux de nombreux foyers d’infection : outre la polygamie, la prostitution est arrivée aux dernières limites du dévergondage. Les ravages de la syphilis répandue dans l’Asie cl toute l’Océanie, sont d’autant plus désastreux que ees peuples ne connaissant par le traitement spécifique qui leur convient,
' 'sons mieux, qui est indispensable d’après les éludes comparatives qui
580 MALADIES CLIMATÉRIQUES
ont été faites en France, surtout dans les hôpitaux militaires et spécialement au Val de Grâce. Notre conviction et notre expérience nous ont fait un devoir d’en agir libéralement à l’égard des Chinois, et de leur indiquer entre autres préparations les pilules que Barberousse enseigna à François I'r.
Colique sèche. — Les Chinois ont désigné une maladie à part sous le nom de vomissement .sec, han-hoh-louan, parce que le malade fait, pour vomir, des efforts qui n’amènent point de résultat. Il a de violentes douleurs d’entrailles, avec des alternatives de frissons et de fièvre, c’est la colique sèche.
L’impression du froid humide dans les nuits d’été et d’automne, surtout pendant les hivernages (saisons des pluies), paraît être la principale cause de cette entéralgie à laquelle prédispose l’usage des boissons aigres, qui débute soudainement par des douleurs d’entrailles très vives, intolérables, s’irradiant parfois dans toute la poitrine, vers les épaules et les membres. En même temps que la douleur de ventre, il y a constipation opiniâtre et des nausées.
Le malade est dans une agitation continuelle, tourmenté qu’il est par des douleurs névralgiques diverses, et principalement par une violente rachialgie. Aussi n’est-il pas rare que le mal soit promptement suivi de paralysies incomplètes des mains et des pieds. Il y a souvent délire, convulsions, puis coma et la maladie peut être mortelle.
L’anatomie pathologique ne dénote pas de lésions spéciales : tout porte à croire que cette entéralgie est dûe à une névrose du grand sympathique, se compliquant de celle du cordon rachidien et de l’encéphale, puis de paralysies.
Une crise salutaire pouvant parfois être produite par des évacuations spontanées, on a été conduit, autant par raisonnement que par expérience, à traiter la colique sèche par les purgatifs, les narcotiques et les vomitifs comme l’ipécacuanha.
Mais tout le monde, dit M. Barthe, qui a fait une monographie sur cettè intéressante question, tout le monde rejette l’emploi de la saignée.
Quand la paralysie des membres ne cède pas spontanément, on se trouve bien de l’emploi des bains sulfureux et autres, mais souvent le;> convalescents ne peuvent se rétablir en Chine, et pour les Européens, le retour au pays natal, le rapatriement, disent les marins, est alors indispensable.
Dans la Guyane française, à Cayenne, depuis que cette colonie est devenue un lieu de déportation, on a pu étudier la colique sèche sous toutes ses faces. M. J. Laure est convaincu que l’influence paludéenne n’est pas indispensable à son développement.
D’autre part, M. Chapuis croit que la colique sèche diffère de la colique de plomb par l’instantanéité du début, par l’aptitude des sujets anémiques à en être atteints, par la fréquence plus grande des vomissements, la