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TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE LA BASSE-COCHINCIUNE

rareté des accidents arthropatiques et encéphalopathiques, une durée moindre des accidents et une guérison assez rapide et presque sans traitement. Sur 51 cas, il a noté 25 fois la colique sèche et six fois la colique (Je plomb. D’après un relevé des cas observés à la Guyane dans l’espace de 6 ans, de 1854 à 1859, les pénitenciers et l’hôpital de Cayenne auraient donné 557 cas de colique sèche.

M. Vidal, qui a observé 5 ans à Cayenne, donne dans sa thèse les conclusions suivantes (t) :

1° La colique sèche est une maladie fréquemment observée à la Guyane ; 2° Elle y est endémique ; 5° elle tend quelquefois à revêtir le caractère épidémique; 4° elle se produit sous forme de névralgie intestinale; 5° enfin le plomb n’est pour rien dans sa production.

Après ces témoignages et tant d’autres qu’on pourrait ajouter, d’après ce que nous avons observé nous-même en Cochinchine, nous avons la conviction que les controverses interminables, que soulève la question étiologiqne de la colique sèche, proviennent de ce vieux sophisme l'ignorance du sujet, ou du moins de la confusion dont on l’obscurcit. Le tort est de croire qu’il faut absolument choisir ou entre les influences climatériques des pays chauds, ou entre les influences saturnines. Là est le tort, là est l’erreur. QueM. Lefèvre poursuive avec une louable ardeur investigatrice l’intoxication saturnine partout où elle peut se trouver, qu’il ait de nombreux imitateurs, ce sera de l’hygiène bien entendue, pour signaler le dédale des conditions particulières, qui constitue le domaine de celte cruelle maladie, qu’on appelait primitivement la colique des peintres. Mais est-ce une raison, parce que la colique saturnine s’est révélée dans une foule de cas où on ne le soupçonnait, point pour nier l’existence de la colique dite végétale, nier la colique sèche climatérique des pays chauds, l’entéralgie viscérale que tous les observateurs rattachent évidemment aux refroidissements subits, surprenant à l’improviste des organismes enervées par la chaleur et mal garantis à moment donné, prédisposés aussi par des boissons acides ou aigris, et dans des conditions où il est impossible d’admettre la moindre émanation plombique? non jamais!

Signalons la colique de plomb toutes fois et quand nous la rencontrerons, mais ne rayons point du cadre pathologique la colique sèche des pays chauds, qui a été de tout temps, chez les peuples des Tropiques, et sans doute bien avant l’usage des ustensiles de plomb. Que ces derniers soient venus ajouter leur nouvelle influence à celle des climats à bord des fiatiments à vapeur et peints à la céruse etc., etc., soit!

Mais il n’en reste pas moins incontestable que s’il y a la colique de plomb, il y a aussi la colique sèche des pays chauds, névrose ou névralgie gastro-intestinale climatérique, et que l’une n’est point l’autre, que la colique sèche n’est pas plus la colique de plomb, que cette dernière n’est colique sèche.

(l) Montpellier 1803.

M. Chassaniol dit très finement : « un médecin de la marine, d’un grand mérite, soutient que les coliques sèches reconnaissent pour cause l’empoisonnement saturnin. Cependant depuis l’époque où le Sénégal nous a été rendu (1816), chaque année un grand nombre de noirs sont embarqués comme marins sur les divers navires de la station locale et de la station extérieure. Ils vivent à bord de la vie commune, et jamais ils ne présentent des cas bien constatés de colique sèche. Si cette immunité est un point nettement constaté, il resterait à prouver que les nègres sont réfractaires à l’intoxication saturnine, qui à priori nous paraît insoutenable. »

On no saurait mieux protester contre la prépotence de l’étiologie saturnine qu’on veut imposer de force urhi et orbi et quand même.

Il y a parmi les officiers de la marine de très bons observateurs sans qu’ils soient médecins, ils observent et recueillent des faits d’autant plus précieux qu’ils sont recueillis par des hommes exempts des préjugés et préventions systématiques de certains médecins.

Nous tenons de plusieurs commandants de navires de l’état, qu’ils n’ont jamais évité la colique sèche en arrivant au Gabon et cela sur la proportion de 40 pour cent de l’effectif de leur équipage.

En s’éloignant vers des climats tempérés, lacolique sèche disparait.

M. Barrallier, médecin en chef à Toulon, regarde, avec M. Laurel b, la colique sèche comme une maladie à part, ayant droit à une personnalité pathologique bien déterminée, trouvant ses causes spéciales dans un ensemble des conditions hydro-thermo-électriques qui se trouvent si facilement réunies dans les pays chauds, puis il ajoute : En d’autres temps, quand toutes les marines n’avaient que des navires à voiles présentant très peu de plomb dans leurs installations, et n’ayant pas de cuisines distillatoires, nous observions la colique sèche aussi intense, aussi cruelle que celle d’aujourd’hui, et bien que la similitude des symptômes nous fît parfois penser à la colique de plomb, jamais nos idées ne purent s’arrêter longtemps sur cette étiologie, car le métal toxique faisait entièrement défaut. Aussi, fort de notre expérience personnelle, des faits nombreux recueillis dans les rapports des médecins de la marine, des renseignements précieux que nous lisons dans l’ouvrage de M. Laure (-), [nous reconnaîtrons, avec lui et un grand nombre de nos confrères, qu’on ne peut admettre l’identité de la colique sèche des pays chauds avec la colique saturnine .

En notre qualité de médecin en chef de l’hôpital militaire de Cho-Koan en Corhinchine, où lions aussi avons observé lacolique sèche, et étudié les conditions dans lesquelles elle se développe ou survient, nous adhérons

(1) Archives de médecine navale T. Il .

(5) Histoire médicale de la marine française pendant l'expédition de Chine et dt Cochinchinc. Paris, 1804.

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