‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 152 sur 215 · MALADIES C L 1 M A T É R I QU E S · texte numérisé non relu

MALADIES C L 1 M A T É R I QU E S

gastralgies avec crampes d’estomac, les indigestions, les diarrhées bilieuses, se remarquent journellement.

Voies génito-urinaires. — Le diabète sucré est très fréquent chez les Indiens. La gravelle et les calculs ne se montrent que chez les blancs.

Les hydrocèles abondent. La leucorrhée, la métrorrhagie, l’aménorrhée sont très communes.

Maladies du système nerveux. — Les névralgies faciales, la sciatique, atteignent souvent les blancs ; il en est de même de la méningite tuberculeuse. Les convulsions, le tétanos déciment surtout les enfants des natifs; l’éclampsie puerpérale est presque toujours mortelle. La folie est fréquente. L’épilepsie est assez commune chez les Indiens qui font manger une corneille (graye) (0, d’où le nom de gra^e donné à celle maladie.

La rage est très rare.

Maladies des tissus musculaires et fibreux. — Les rhumatismes articulaires et musculaires sont au nombre des affections les plus fréquentes des Indiens. La goutte est excessivement rare. Les hernies sont très fréquentes.

Fièvres. — Parmi les fièvres étrangères au paludisme , on remarque les fièvres simples, éphémères et la fièvre typhoïde. Les rémittentes sont prédominantes.

Maladies des sens. — Les otites se voient souvent. Les maladies des yeux sont les plus fréquentes. Les amauroses, les staphylomes, les cataractes affectent surtout les Indiens.

Chaque année, vers les mois d’août ou de septembre, règne une épidémie d’ophthalmie purulente qui a reçu le nom de dordeuil , de derd, dord, douleur, — qui demande dix à douze jours à être bien soignée, autrement elle aboutit à des laies, etc.

Maladies vénériennes. — La syphilis est extrêmement fréquente et

grave .

Entozoaires et épizoaires. — Parmi les épizoaires, il faut citer l’acarus de la gale; le dragonneau qui se montre quelquefois sur le dos du pied ou a la partie inférieure de la jambe. Les lombrics sont d une fréquence extraor dinaire.

Le tœnia est traité par une émulsion de 100 grammes de gi aines e fjourges et 100 grammes de huile de ricin.

Les accouchements sont ordinairement faciles. Une diarrhée chronique, appelée cranie, qui suit l’accouchement, se termine le plus souvent pai la mort.

Les avortements provoqués sont très fréquents parmi les indiennes. Ce sont ordinairement les blanchisseuses qui se livrent a cette déplorable industrie. Elles emploient les moyens violents : purgatifs, emmenagogues,

stimulants qui tuent la plupart de leurs victimes. Ces substances sont la

(1) La rjraillo du midi.

CLIMAT DE l'iîNDE. 0(J9

rime, le pignon d’Inde, le cumin, le gingembre, le galanga, et surtout le plumbago zeylanica, dont les propriétés vésicantes ont une grande activité.Elles forment avec le tout un électuaire auquel elles ajoutent de l’assa fœtida, comme correctif, et du sucre comme excipient.

Les accouchements chez les blanches et les mixtes sont ordinairement lents, parce qu’elles sont débilitées par le climat, manquent d’énergie et ne font pas assez d’exercice pendant leur grossesse. On a souvent besoin de leur venir en aide, en les faisant marcher jusqu’au dernier moment, en leur donnant du seigle ergoté, ou en appliquant le forceps.

Causes principales de décès à Pondichéry •

Tétanos. . . .

Choléra. .

Sénilité ....

Dyssonterie. .

Fièvres.

Phthisie pulmonaire Mort nés Hvdropisie .

Apoplexie .

Pour les adultes hommes .

Pied de Madura. — On observe dans les contrées méridionales de l’Inde anglaise, surtout au sud de la présidence de Madras, une sorte d’éléphantiasis du pied, spécialement chez les Hindous, qui offre des particularités suffisantes pour en faire une individualité morbide. L’hypertrophie du pied, quelquefois triplé de volume, son gonflement, la dégénérescence, totius substantiœ , des parties molles et osseuses, constituent bien une sorte d’éléphantiasis,mais à la longue, après quelques années (5, 5,7), il survient des tubercules durs ou ulcérés de la peau et de tissu cellulaire, et pénétrant dans l’épaisseur de ce magma pathologique. De là les noms de Pérical de Pondichéry (gros pied) ou pied de Cochin, anaycal (pied d’éléphant) et encore goufdou malidi, en raison de la ressemblance qu’auraient avec des œufs, les saillies irrégulières et tuberculeuses du pied malade, car il faut le noter, un seul pied en est atteint. (Très rarement le même mal survient à une main, mais il y en a des cas).

Tuberculous foot (pieds tuberculeux, maladie tuberculeuse du pied) rend très bien le caractère principal de la maladie. Fongus de l’Inde, fongus ’ éléphantiasique convient moins, et la dégénération endémique des os du pied est trop restrictive, car nous le répétons c’est un mal totius substantiœ;

>1 n’y a guère que les tendons (pii résistent, encore sont-ils désorganisés à la longue.

Quelle est la cause de cette hideuse maladie ! On l’ignore. Les Indiens se

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bornent à dire que c’est un mal provenant de piqûres, notamment par des épines de mimosa.

Les chirurgiens, éclairés par l’anatomie pathologique, se sont bornés à dire <pie c’était une dégénérescence tuberculeuse spontanée. Sont survenus les micrographes qui ont fait intervenir la présence d’un champignon du genre des myxoporées. Autant dire que nos tumeurs blanches sont dues à l’intrusion articulaire de champignons. Nous douions que les vrais chirurgiens donnent jamais créance à de pareilles bizareries étiologiques.

Quelle que soit la cause de ce mal, il n’en est pas moins d’une gravité excessive, marchant lentement, mais marchant vers une issue funeste. Plusieurs années durant, la santé générale du malade ne paraît pas trop.atteinte, mais après G, 7, 8 ans, la diarrhée colliquative survient et le conduit au marasme et à la mort, si l’amputation pratiquée à temps ne l’arrête sur cette pente fatale.

Le plus ordinairement, le mal ne dépasse par l’articulation tibio tarsienne, mais quelquefois il gagne la jambe, et l’amputation doit être pratiquée au lieu d’élection. Ce devrait même être la règle, car on a vu des cas ou après une amputation sus-malléolaire, le mal gagnant le moignon et audessus, il a fallu recommencer une 2m(' amputation sur lemême individu (b. L’anatomie pathologique montre les os spongieux, ramollis, friables, et farcis d’un substance granuleuse tuberculeuse.

En outre que les Hindous seuls paraissent avoir le triste privilège du mal de pied de Madura, il ne s’observe guère que sur des individus âgés de 20 à 25 ans. D’après M. Collas, 12G amputations pratiquées pour le pied de Madura ont donné 114 succès.

Du pied de Madura, addition à l’histoire du parasitisme végétal par le DrHirsch, espèce d’éléphantiasis,/ôm/i/s éléphanthiasique à tubercules, avec dégénération des os, maladie propre à l’Inde (parasitaire épiphytique). Pied de Madura, pied de Cochin, (pied de d’éléphant), bien que la maladie ne soit pas limitée à la ville de Cochin ni à Madura, mais soit très commune dans une foule de localités de l’Inde, surtout dans les contrées du sud de la présidence de Madras (par 15 et 16 degrés de lat. N.), très répandue dans l’Inde méridionale, la main se prend quelquefois comme le pied (éléphantiasis fongueux totius substantiæ), pied quelquefois triplé de volume, marche lente 5, 5, 7 ans.

Collebrock et Lovell, ont trouvé des cas remontant sur la jambe et nécessitant l’amputation au-dessous du genou. Ce n’est que très tard que surviennent les diarrhées coliquatives, le marasme et la mort. Les os deviennent plutôt spongieux que cariés, ramollis et friables, garnis d’une substance pulpeuse et granuleuse dans leur coque, tuberculeuse pour bien des observateurs. Carter croit la maladie de notion épiphytique, qui ne seraient que des transformations, des modifications d’une même espèce

(1/ Collebrock et Lovell.

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île champignons et de myxosporées, s’évissant spécialement sur les Hindous de 20 à 25 ans.

Par quelles voies pénètrent les spores? — ■ Par des excoriations, dit-on, (disons plutôt que cest une tumeur blanche fongueuse du pied.)

Colebroock attribue la maladie à des piqûres du pied par des épines,

notamment de mimosa", aucun traitement n’y fait, il faut recourir à l’amputation.

Nous devons rapprocher de l’étude du pied de Madura celle de 1 ainhum, particulière à la race éthiopienne et affectant les petits doigts des pieds (H.

Cette affection n’a pas d’influence sur la santé générale, ses effets ne s étendant pas au-delà du petit doigt du pied, dont la perte est fatalement nécessaire. Aussi les guérisseurs hâtent-ils la mutilation ou l’excision. La résorption des parties osseuses des phalanges, avant la mortification des tissus, rapproche cet*e affection partielle de la résorption scrofuleuse de nos climats. Les nègres Nayos l’appellent ainhum, ou traduisent cette expression par le mot frieira (crevasse-engelure).

La maladie paraît consister dans une dégénérescence graisseuse lente et progressive des petits doigts des pieds, envahissant tous les éléments anatomiques, s’étendant de la face dorsale à la face digilo-phalangienne, et produisant inévitablement la chute de tout l’orteil, après un temps plus ou moins long. (Les causes sont inconnues, cependant si l’on réfléchit que le mal commence par un sillon circulaire, que les nègres esclaves étranglent souvent a dessein les petits doigts pour s’exempter du travail, il pourrait bien se faire que cette extraordinaire maladie, toujours limitée aux petits orteils, ne fut qu’une sorte de sphacèle localisée et provoquée par la construction d’un lien placé avec intention.) Il faut dire toutefois que l’extrémité de 1 oi teil acquiert, par hypertrophie, 2 et o fois son volume ordinaire. L épiderme devient chagriné, rugueux, l’ongle reste intact, mais tourne en dehors. La première phalange est d’abord résorbée, puis la 2™, puis la phalangine.

Le 1) \\ ucherer formule ainsi son opinion que nous partageons. « La maladie parait consister en une atrophie ou dégénérescence adipeuse des paities par défaut de nutrition, ce défaut de nutrition serait-il le résultat de la constriclion à laquelle l’orteil est soumis? On a confondu à tort 1 ainhum avec la quiglia ou gaferia.

Voici le tableau symptomatique de la gaferia, tel que l’a tracé le D,r Antonio Gomez : « éléphanliasis sans tubercules, amaigrissement delà région métacarpienne, contraction et déformation des doigts, accès de

douleur comme arthritiques, crevassesou larges ulcérations aux extrémités,

apparition, à l’extérieur de la seconde phalange des petits doigts et de annulaire d une des mains, de rougeurs éléphantiasiques, parfois pré-

!•) D'après le l)r Silva Lima, médecin portugais à Duhia.

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cédées chez les blancs de quelques tubercules, chez les nègres de l’éruption particulière (pityriasis œthiopum). »

Ce qui est dit des métacarpiens s’applique également aux métatarsiens.

Goa. — Goa est située dans la province de Béjapour, à 75 lieues au sud de Bombay, par 15 degrés de lat. N., sur une langue de terre comprise entre deux rivières. La principale culture du riz augmente encore les conditions palustres de la localité.

La moyenne la plus élevée (en mai) est de 50", la plus basse (en décembre) est de 26°. Le maximum observé est de 52° de la saison chaude et de 21° de la saison fraîche.

A Goa, comme dans toutes les localités de la zone torride, on divise l’année en deux saisons : l’hivernage comprenant les mois de juin, juillet, août et septembre, et la saison fraîche, qui se compose des mois de novembre, décembre, janvier, février et mars. Les mois d’avril et d’octobre sont des mois de transition.

Les vents d’ouest sont prédominants. Pendant la saison fraîche les vents d’est, appelés termes (vents de terre), se font régulièrement d’octobre à mars. Les fièvres sont dominantes, vers la fin surtout de l’hivernage. La diarrhée est plus fréquente que la dyssenterie. L’hépatite en est parfois la conséquence. Les morsures de serpents venimeuses sont fréquents et souvent mortelles, on observe la fièvre typhoïde chez les nouveaux arrivés. Les bourbouilles, lichen tropicus ( calmar ia ) sont insupportables. Les fièvres éruptives, notamment la variole, sont fréquentes.

Pendant la saison fraîche (novembre, décembre et janvier), il y a beaucoup de bronchites, pneumonies, rhumatismes, pleurésies, la phthisie pulmonaire marche avec une très grande rapidité.

La nmiisiE dans l’Inde. — D’après le Dr Swarts, président de la société du Bengale, les relevés de l’hôpital du collège médical démontrent que de 1857 à 1867, on a admis 454 Indiens et Musulmans et 551 Chrétiens atteints de phthisie; les premiers ont fourni 285 décès et les seconds 159. De 1860 à 1867, 729 cas de phthisie s’étaient présentés à la consultation.

Enfin, 60 préparations anatomo-pathologiques de maladies tuberculeuses, déposées au musée du collège, autorisent à formuler les propositions suivantes : 1° la phthisie se présente chez tous les habitants de l’Inde, parmi les européens émigrants comme chez les Juifs, les Arméniens et les Indiens de l’Orient, ainsi que chez les enfants qui résultent du mélange de ces races; 2° elle est toutefois moins fréquente qu’en Europe, du moins à sa dernière période; 5" au contraire les scrofules sans tuberculisa-

tion sont plus fréquen tes, elles s’accompagnent de diarrhée; 4" la tuberculisation des glandes de Beyer est très commune, elle détermine l’ulcération et la mort, bien qu’il n’y ait pas de tubercules pulmonaires; 5" beaucoup

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d’Européens phthisiques succombent avant l’apparition des symptômes aigus de la phthisie; 6° l’avantage qu’il y aurait d’envoyer des phthisiques dans l’Inde est très problématique ; 7° l’expérience ne confirma pas les bénéfices qu’on attribuait à cette émigration en ce qui concerne les Anglais atteints de phthisie; 8° il est au contraire parfaitement établi que le climat de l’Inde est préjudiciable aux tuberculeux chez lesquels il y a commencement de ramollissement.

Béribéri. — • Parles phénomènes d’ataxie locomotrice, de paralysie et d’anémie qui la caractérisent et la rapprochent de la colique sèche, Bontius a décrit, sous le nom de béribéri , une maladie asiatique qui paraît être plus spéciale au climat de l’Inde, ou du moins c’est dans ces contrées qu’elle a été plus particulièrement observée. Elle est ainsi nommée parce que ceux qui en sont atteints font, en marchant, des mouvements qui se rapprochent de ceux de la brebis, dit Bontius.

Cet observateur pense que les causes les plus fréquentes de cette maladie sont les pluies continuelles qui ont lieu dans l'Inde, depuis les premiers jours de novembre jusqu’au mois de mai. Les alternatives de chaud et de froid, auxquelles les Indiens sont sans cesse exposés avec les vêtements légers qui les couvrent à peine, concourent à son développement avec l’abus des boissons aqueuses, principalement du suc de palmier, dont ils boivent avec excès pour étancher leur soif dévorante. Quoique dans le plus grand nombre des cas le béribéri ne se manifeste que par degrés, et que ses progrès soient insensibles ou très lents, on le voit quelquefois se déclarer subitement, pour ainsi dire, et marcher avec une grande intensité. Les malades éprouvent d’abord un abattement général, des lassitudes spontanées, peu après les membres deviennent engourdis, les mains et les pieds ne se meuvent qu’avec peine, la sensibilité s’émousse, et il survient des soubresauts précédés d une sorte de litillation ou fourmillement.

Chez quelques malades la voix s’altère, s’éteint au point, de ne produire que des sons faibles et inarticulés; Bontius éprouva lui-même cet accident. On reconnaît, parmi les caractères assignés au béribéri, plusieurs traits qui semblent se rapporter à la chorée ou même au delirium t'remena. Mais dirons-nous avec Biett, cette bizarre affection est encore à étudier. Il nous semble toutefois que par ses causes et ses symptômes caractéristiques, elle se rapproche davantage de la paralysie rhumatoïde, qui forme un des caractères et la complication la plus grave de la colique sèche. On regarde en général la maladie comme peu grave, tant qu’elle est bornée aux membres, mais lorsqu’elle attaque le tronc, la respiration devient irrégulière et si difficile quelquefois, qu’on a vu, dit-on, des malades mourir d’asphyxie.

Le traitement qu’on oppose au béribéri, consiste dans des frictions •stimulantes, des fomentations aromatiques, des onctions sur les pieds, notamment avec l’huile de girofle ou celle de maïs, l’arille de la muscade.

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