‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 17 sur 215 · PLAINES, STEPPES ET DÉSERTS · texte numérisé non relu

PLAINES, STEPPES ET DÉSERTS

la circonférence de la terre. Sa superficie est évaluée à deux millions de kilomètres carrés. Le Sahara est une plaine basse interrompue ça et là par des collines rocailleuses et sablonneuses, le reste est le plus généralement du sable tassé ou mouvant entremêlé de petits cailloux, de sel marin et de coquilles. Les monticules de sables entassés par le vent divisent le grand désert en douze déserts plus petits. Ces monticules arrêtent les nuages et les vapeurs d’eau et donnent aussi naissance à quelques ruisseaux qui fertilisent quelques points clair-semés, ce sont les oasis formant pour les caravanes des gîtes d’étape très éloignés les uns clés autres. Les plantes qui poussent sur des points du sol exceptionnellement favorisés, ont peu à peu produit de la terre végétale, et c’est ainsi qu’avec le temps se sont formées les oasis où s’abritent les tribus sahariennes. La grande oasis de Thèbes a une longueur de près de 100 kilomètres sur une largeur de 15. La pluie n’y tombe qu’entre le mois de juillet et d’octobre. Ce qui rend surtout dangereux les voyages dans le désert c’est le simoun ou vent chaud. En 1805 une tempête de sirocco étouffa et ensevelit dans les sables une caravane de 2000 personnes avec 1800 chameaux. Un des phénomènes les curieux qui s’observent dans ces parages brûlants et arides sont les effets de mirage que les arabes appellent le lac des gazelles. Le phénomène de réfraction de lumière qui constitue le mirage consiste principalement, en effet, de faire voir par illusion d’optique, une belle nappe cl’eau là où il n’v à que du sable échauffé (l).

Nous allons dire ce que nous avons vu du désert dans nos expéditions du sud en Algérie. Salluste donnait cette description laconique du nord de l’Afrique: « Pays sans bois, sans eau et sans maisons. » Cette définition qui ne saurait s’appliquer qu’en partie à l’Algérie, convient parfaitement au Sahara, nom que les arabes donnent aux vastes étendues incultes et inhabitées. Dès qu’on franchit en effet la deuxième ligne de l’Atlas, l’Atlas moyen, on entre dans une série d’immenses plaines où la culture est impossible, et où la grande végétation cessant a été remplacée parles maigres pâturages, presque sans eau que parcourent les troupeaux de nomades pasteurs. Ces plaines dont l’étendue est pour le moins égale à la superficie de l’Algérie sont de l’ouest à l’est les Chott, le Sersou ou désert d’Angad, le Zarez, le Hodna, le Sèbkah; elles sont limitées au sud par le grand Atlas troisième chaîne qui prend aussi naissance au massif montagneux de l’est. De sorte que les trois lignes de l’Atlas partant d’un tronc commun à l’est, s’étendent parallèlement à l’ouest, comme les trois branches d’un immense trident dont celle du sud se trouve notablement plus écartée des deux autres que ces dernières entre elles.

Emprison nées dans le moyen et le grand Atlas, les eaux de cette portion du Sahara algérien convergent toutes vers les bas-fonds, où elles forment les grands lacs salés appelés Chott ou Sebkah, dont les plus considérables .sont : le Chotl-cl-Chergui au sud de la province d’Oran, les lacs salés de

A) V, /'Ai (J éric Médicale, p, 21),

GÉOLOGIE

Zarez au sud de la province d’Alger, le lac salé de M’Sila et les Sebkah au sud de la province de Constantine. Le seul cours d’eau qui fasse exception est le Nahr-Ouassel (le fleuve naissant le Ilaut-Chelif). Il prend sa source dans le Sersou, région des hauts plateaux, faisant le gradin supérieur des plans étagés que forme tout le nord de l’Afrique, de la Méditerranée au grand Atlas. Après avoir reçu l’Oued Beïda, parti du Djebel-Amour et grossi de l’Oued-Taguin (t), le Chélif traverse le moyen Atlas par une coupure au-dessous de Boghar. Il sillonne la zone intérieure de l’Algérie, reçoit la Mina au-dessous tl’Orléansville, après avoir reçu au-dessus l’Oued- Ruina, l’Oued-Fodda et autres affluents, coupe le petit Allas et la zone du littoral pour se jeter dans la mer à l’est de Mostaganem. Il est à noter que le Clielif, le plus grand fleuve de l’Algérie, n’est cependant pas navigable.

Si l’altitude relative des plaines du Sahara algérien au sud de la province de Titeri ou d’Alger, est démontrée par le cours du Clielif, il n’en est pas de même de celles qui sont au sud des provinces d’Oran et de Constantine, où les Cliott et Sebkah indiquent de grandes dépressions de terrain. Biskara, par exemple, dans le Sahara algérien de la province de Constantine ne serait qu’à 75 mètres au-dessus du niveau de la mer, d’après MM. Demarquay et Fournel.

Au versant sud de la troisième ligne de l’Atlas, le Sahara se continue avec ses terres de parcours, ses sables, ses landes, ses chott; toutefois, les sources y étant moins rares, on y rencontre plus fréquemment qu’en deçà du versant nord, des ilôts de verdure formés par les vergers d’arbres fruitiers, principalement par les dattiers. Ces oasis sont entretenues par les habitants des Ksours , villages consistant le plus souvent en cabanes de pierres sèches, groupées autour d’un modeste caravansérail tout à la fois relai, hôtellerie et entrepôt pour les caravanes. Dans les points où les eaux sont relativement plus abondantes, il existe de véritables villes. De ce nombre sont : Ain-Maddhy, Lagouath, Gardeia etc. C’est là le Beledulgerid, le pays des dattes, qui s’étendrait jusqu’au Soudan, grand désert ou Falat, (50° 4. 5.), par un arc de cercle, formé de l’ouest à l’est d’après la carte de M. Carette et Warnier, des oasis, des Oulad-Sidi-Cheikh, des Beni-Nzab, d’Ouaregla, des Ouad-Souf.

Le Sahara algérien est donc composé d’une partie nord où ne se trouvent guère que des terres de parcours pour les nomades pasteurs : Kifar ; d’une partie sud qui est plus particulièrement le pays des oasis : Fiafi , séparées l’une de l’autre par la troisième chaîne de l’Atlas qui est aussi la ligne de partage des eaux sahariennes, dont le principal cours du côté des oasis est l’Oued-Mzi qui toutefois disparait et réparait plusieurs fois de l’ouest à l’est entre Tedjemou et El-Arouat (Lagouath). Cette chaîne du grand Atlas justifie plutôt sa dénomination par son étendue que par l’alti-

(1) C’est dans la plaine de l'Oued-Taguin que fui surprise, en 1813, la üeira d'Alul-el- Kadcr.

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