PLAINES, STEPPES ET TERRES
tude de son relief. Les crêtes que nous avons franchies dans sa portion appelée le Djebel-Amour, sont bien moins saillantes que celle de l’Ouareuseris appartenant à l’Atlas moyen et dont le pic principal (œil du monde des anciens), serait élevé de 2,400 mètres d’après Desfontaines. Le Jurjura (Mous Ferrât us) du petit Atlas, reste couvert de neige bien après que celles du grand Atlas ont fondu. Au voisinage de Fez, le petit Allas encore serait élevé de 4,000 mètres et aurait des neiges perpétuelles d’après Ritter. Répéterons-nous d’après ce dernier géographe et avec de Ilumboldt que, vu de profil, l’Atlas apparaît comme une colonne aérienne isolée supportant la voûte du ciel? Nous ne serions pas exact. Les chaînes de l’Atlas sont constituées par des bourrelets montagneux reliés en massifs. Que certains pics plus élevés que les autres, opérant la condensation des vapeurs des hautes régions de l’atmosphère, aient parfois leurs cimes enveloppées de nuages et paraissent toucher à la calotte des deux, ce n’est là qu’un phénomène météorologique bien ordinaire et qui est commun à toutes les montagnes élevées.
La hature vivante déjà si débile dans le Sahara algérien meurt-elle tout à fait à ses confins, et le Soudan ne serait-il qu’une mer de sables brûlants qui, agités par les tourmentes du Simoun, tantôt roule ses dunes en avalanches, tantôt les lance en tourbillons qui retombent en trombes, envahissent et engloutissent tout sur leur passage? Poser ces questions, c’est les résoudre par la négative, ou du moins par le doute, quand bien même l’exploration n’aurait pas prononcé. En vain invoquerait-on comme exemples les dunes de nos côtes, en vain invoquerait-on ce passage de Plutarque qui fait engloutir 50,000 hommes de l’armée de Cambyse, dans les flots de sables de la Libye.
Aucun phénomène physique ne saurait nous rendre compte de la production de ces sables, sur une aussi vaste étendue et dans une aussi énorme quantité; la mer aurait-elle plusieurs fois recouvert et abandonné l’Afrique centrale. En effet le fond des mers n’est pas comme le littoral où viennent déferler les vagues : il est le plus souvent, vu l’immobilité des masses profondes des eaux, recouvert de prairies sous-marines parfois très poissonneuses ; la Méditerranée en offre un exemple bien connu des pêcheurs des côtes de Provence et d’Espagne.
Ces sables du désert existeraient-ils d’ailleurs en telles quantités qu’on le suppose, que pour être soulevés et emportés avec la facilité et aux distances qu’une croyance erronnée leur fait parcourir, il leur faudrait du moins une légèreté spécifique exceptionnelle à nous inconnue. Quiconque parcourt le Sahara algérien, qui n’est autre après tout que la partie nord du Grand-Désert, conclut par voie d’analogie que le Soudan, outre certaines accumulations de sables que les Caravanes savent éviter, renferme aussi comme le Sahara des terres d’argile et d’humus, des kifar, des oasis.
Le fait a cessé d’être une hypothèse : depuis longtemps on sait et les itinéraires du Taleb-Haggy (•) accompagnés d’une excellente carte, le con*
(1) Itinéraires de Haggy Ebu el Dyn el A. Gouatty, 182(1,
GÉOLOGIE
firment d’une manière précise, que des caravanes mettent en communication le Tell et le Sahara algérien avec l’Afrique centrale; queduFalat elles passent par des stations lixes ; qu’à ces stations sont des puits et des oasis où elles sont rançonnées par les nombreuses tribus des Touaregs qui habitent, parcourent le Soudan et l’exploitent. En effet, les uns sédentaires ont surtout le monopole de l’eau avec laquelle ils font des échanges à gros bénéfices : ce sont les plus honnêtes; les autres en qualité de guides vendent cher une protection qui n’est parfois qu’un simulacre ou une trahison : ce sont les voleurs hypocrites. Enfin la troisième espèce se compose des écumeurs du désert qui montés sur leurs sobres et agiles Mah’ari, chameaux qui peuvent rester trois jours sans boire et faire des journées continues de trente lieues, pillent les caravanes qu’ils peuvent surprendre. Ainsi il est bien avéré que le grand Désert, quelle que soit son aridité relative, a cependant assez d’eau, de pâturages et d’oasis pour permettre à de grandes tribus d’y vivre avec leurs inombrables troupeaux. Qu’il y ait des régions complètement stériles, vastes solitudes que les caravanes mettent quelquefois dix jours à traverser sans trouver d’aignades, c’est vrai; que certaines zones, qui furent probablement les rivages que les Ilots ont battus autrefois, soient des bancs sablonneux c’est encore vrai ; mais la plus grande partie du Grand-Désert offre un sol tassé, résistant, qui, malgré sa pauvreté permet encore au règne végétal et animal de s’y développer en' espèces multiples sur des proportions considérables. Qu’est donc le dire de Plutarque ? l’expression d’un fait très naturellement explicable.
Le manque d’eau, le sirocco, le soleil, c’est-à-dire la soif, la chaleur et l’asphyxie qui s’en suit, sévissant pendant quelques jours, ont bien pu faire périr les soldats de Cambyse dans les régions des Syrtes, où à son tour l’armée de Caton devait éprouver des pertes considérables. Mais nous ne comprendrions pas que les sables eussent pu littéralement les ensevelir; il est même à croire que les ossements de ceux qui succombèrent ont jalonné longtemps le parcours de leur agonie, comme jadis ceux de nos ancêtres jalonnèrent longtemps les plaines de la Palestine où ils tombèrent en si grand nombre.
A ce sujet nous critiquerons aussi l’opinion émise sur cette prétendue propriété qu’aurait le sable brûlant du désert (G de momifier les corps, et qui, si elle existait, eut dispensé les Egyptiens de pousser si loin et si dispendieusement l’art des embaumements. C’est là une allégation fortuite : la putréfaction a son cours dans le cœur de l’Afrique comme sur le littoral. Quant aux cadavres qui restent gisant sur le sol, ou qui ne sont pas assez profondément enfouis, les oiseaux carnivores, les hyènes, les chacals et autres carnassiers (car il y a de tous ces animaux là et beaucoup d’autres, qui leur servent de pâture dans le désert), parachèvent le dépouillement des pièces osseuses, auxquelles le grand air et la rosée, alternant avec la
1) Ki relier