en août, 1,90 en juillet
En regard de ces chiffres particuliers à la vieillesse, il faut, pour finir, et comme explication même de ces faits, examiner les causes de mort violente qui pèsent plus fortement sur le sexe masculin, et par conséquent abrègent proportionnellement pour lui la durée de l’existence. Ces faits
sont le suicide et l’accident. ..
Le suicide donne une moyenne totale de 588 par an, ce qui ai pour 1,000 décès de toute cause, et 5,21 pour 10,000 habitants. Mais ce chiffre brut se décompose par sexe en deux proportions bien éloignées toutes deux de la moyenne. Pour le sexe masculin, il y a 471 suicides, c’est-à-dire 5,12 pour 10,000 de la population mâle ; et pour le sexe féminin il y en a 119, c’est-à-dire 1,51 seulement. Ces chiffres seront encore rectifiés tout à l’heure, puisque les âges de l’enfance ne doivent pas cire
compris dans cette appréciation. i
Malheureusement le document municipal a modifié la' contexture es tableaux en 4868, et nous ne pouvons donner les résultats de Laperont entière qu’en faisant abstraction des sexes. Les chiffres sont alois . ( e B 15 ans, 4 suicides en moyenne par an, soit 1,75 pour 400,000 enfants cet âge, fait monstrueux mais authentique ; de 15 à 25 ans, 69 ^
20 65 pour 100,000 de cet âge; de 25 a 40 ans 166 suicides, — P 400,000, de 40 à 60 ans, 247 suicides, 56,2 pour 100,000: et au-des ‘
CLIMAT DE PARIS
de 60 ans 108 suicides, 78 pour 100,000. Cette progression est un résultat à noter, bien qu’elle soit un peu écourtée par les dispositions du tableau municipal.
Pour les trois années 1865, 1866 et 1867 nous pouvons donner les chiffres par âge et par sexe. On a alors : de 5 à 15 ans 1,74 pour 100,000 de cet âge parmi les hommes, et 2,62 parmi les filles; de 15 à 25 ans, 26,10 pour les hommes, 14,94 pour les femmes; de 25 à 40 ans, 46,40 pour les hommes, 10,65 pour les femmes ; de 40 à 60 ans, 91,50 pour les hommes, 18,70 pour les femmes; au-dessus de 60 ans 129,50 pour les hommes, 50 pour les femmes.
Ainsi le suicide est partout plus fréquent, et dans des proportions très fortes, parmi les hommes, sauf dans cette période au-dessous de 15 ans, ce qu’il faut attribuer certainement à un développement plus hâtif de la puberté avec toutes ses conséquences.
Les accidents sont aussi beaucoup plus fréquents parmi le sexe masculin. Il y en a eu en tout 2,042, dont 1 ,691 parmi les hommes, 85 pour 100. Les proportions annuelles sont : 5,68 pour 10,000 hommes, et 0,77 pour 10,000 femmes. Sur les 49 décès survenus par V hydrophobie, il yen a 55 du sexe mâle, et 17 du sexe féminin. Pour les deux causes principales de mort violente il y a, entre les deux sexes une différence de 6,72 pour 10,000. Si l’on veut se souvenir que la différence totale n’est que de 10, d’après les chiffres municipaux employés ici, et se reporter aux résultats constatés pour la fièvre typhoïde, pour la phthisie, pour l’état puerpéral, on se fera facilement une idée exacte des conditions d’inégalité signalées entre la mortalité des deux sexes.
Tels sont les faits principaux qui ressortent de l’examen approfondi et minutieux des différents documents statistiques officiels. Notre rôle de calculateur, dit M. Ely, a pu se prêter parfois à l’analyse et à la critique. Mais les chiffres sont là, accessibles à la vérification ; et si nous avons dû laisser sans explication un grand nombre de faits encore, chaque lecteur, guidé par l’exemple, pourra compléter par devers lui ce qui paraîtra mériter un examen plus détaillé (1).
Comme pierre de touche du climat de Paris nous allons examiner l’état sanitaire d’un régiment, dans le cours d’une année révolue.
En 1867, le 2 ! régiment des voltigeurs de la garde était en garnison à Paris, à lecole militaire et aux Invalides, avec un effectif moyen de 2000 hommes.
Voici le mouvement de ses malades :
Entrés à l'hôpital.
j Fiévreux 25
! IJ lusses 32
1867, \ Vénériens 7
lr trimestre. \ Galeux (soûl traités ù l’Inlir-
I morie) »
(I) V. Gazelle Hebdomadaire , 1872 .
MALADIES CLIMATERIQUES.
2° triirnislro.
3e trimestre.
4 e trimestre.
1* trimestre.
2e trimestre.
3e trimestre.
4e trimestre.
Report.
Fiévreux .
Messes. .
Vénériens .
Fiévreux .
Blessés.
Vénériens .
Fiévreux .
Blessés. .
Vénériens .
Total.
Soit près du sixième de 1
'effectif.
à V In firme. rie régimentaire.
Fiévreux .
Blessés. .
Vénériens .
Galeux. .
Fiévreux .
Blessés. .
Vénériens .
Galeux. .
Fiévreux .
Blessés.
Vénériens .
Galeux.
Fiévreux .
Blessés. .
Vénériens .
Galeux. .
Total.
Soit près du tiers de 1
l'effectif.
CLIMAT DE PARIS
Traités nu exemptés à la chambre.
lr trimestre.
2e trimestre.
3e trimestre.
4e trimestre.
Fiévreux .
Blessés.
Fiévreux .
Blessés
Fiévreux .
Blessés. .
Fiévreux .
. . . ISO
Blessés.' .
Total. .
Besoin n’est (le dire que dans ces tableaux statistiques on comprend sous le chef : blessés , tous les malades atteints de maladies du ressort de la pathologie externe.
État récapitulatif des maladies, blessures ou infirmités qui ont motivé l’envoi des militaires du dit corps aux hôpitaux, hospices ou ambulances, pendant l'année 18G7. Désignation des maladies par ordre de nomenclature du tableau n" 5, servant de buse à la statistique médicale.
Fièvre continue
» intermillente ....
» varioloïde
pp
Syphilis primitive
Consécutive . .
Encéphalite
Bronchite aiguë
# chronique ....
Pleurésie
Phthisie pulmonaire Angine
Corps étranger pliage . . .
Ivresse ....
Gastralgie. . .
dans
l’œso
Diarrhée
Ictère
Hématurie
Orchite blennorrhagiqued Rhumatisme articulaire .
Aliénation mentale. . .
Sciatique
Épilepsie
Ophthalmie
Otite
Adénite cervicale. . . .
Dartres
Phlegmons
Abcès
Total
(1 ) A rattacher aux vénérions.
MALADIES CLIMATÉRIQUES
Causes de décès pendant l’année :
Fièvre continue 2
Bronchite chronique .... 2
Phthisie pulmonaire. . . . 11
Exécution capitale (fusillé). . 1
Aliénation; — ramollissement. 1
Cause inconnue. (Mort dans ses foyers étant en congé de semestre; pas d’entrée à l’hôpital.) 1
Total. 18
En résumé sur 2000 hommes de choix, et dans la vigueur de l’àge, il y a eu, durant un an de séjour à Paris :
558 malades entrés à l’hôpital,
664 traités à l’infirmerie, et 1297 traités ou exemptés à la chambre.
C’est-cà-dire qu’il y a eu pour maladies graves, légères ou indispositions, plus d’indisponibles, en masse, que d’hommes à l’effectif, et cela étant bien vêtus, bien nourris et en garnison ! Comment expliquer pareil fait? l’explication est complexe, mais la raison principale est dans les fatigues d’un service excessif de tours de garde trop fréquents, et dans les fatigues personnelles que les hommes ajoutaient pour leurs plaisirs, le tout se traduisant par des excès et par le défaut de sommeil réparateur.
La principale cause de fatigue, disons-nous, était dans les tours de garde devenus si fréquents que, parfois, les hommes n’avaient pas une nuit de repos sur cinq. La trop grande multiplicité des postes était alors le plus grand écueil pour nos états sanitaires, nous nous bornons à constater le fait.
En dehors des fatigues inhérentes aux exigences du service, et dont nous n’énumérons pas tous les détails, les hommes, à Paris surtout, sont entraînés à ajouter les fatigues de leurs plaisirs devenus si faciles. Au lieu de dormir de bonne heure à la caserne pour se reposer longuement, c’était à qui en descendant la garde, demanderait la permission de 10 heures, de minuit, delà nuit, voire même de 24 heures ou plus, et cela surtout pour aller se fatiguer chez les femmes dont la population flottante et peu contrôlée infestait nos quartiers. Nous ne parlons pas des filles inscrites, qui elles sont soumises à un sévère contrôle de police médicale. Le principal écueil du côté de celles qu’on appelle les roulottières était la syphilis.
Aussi les vénériens, envoyés à l’hôpital au lor trimestre ont été d’abord
de :
7 puis de
12 au 2e trimestre ; de 18 au 5% et de 18 encore au 4°.
Total. 55 et 75 orchites comprises.
CLIMAT DE LYON. 655
Mais les vénériens, traités à l’infirmerie ont été bien plus nombreux :
24 au 1er trimestre;
49 au 2" ;
G5 au 5e ;
45 au 4e.
Total 181 qui ajoutés aux • *
75 ci-dessus, donnent un total général de
256 , c’est-à-dire plus du dixième de l’effectif.
Une autre considération, qui frappera l’attention des statisticiens, c’est, la proportion des phthisies pulmonaires, plilhisies qui sont acquises au service. Nous ne pouvons nous en rendre compte que par le séjour trop fréquent, trop continué dans l'air vicié des casernes et des corps de garde, aussi applaudissons-nous aux mesures nouvelles qui appellent, plus largement, le soldat à se former et à vivre dans les camps.
Climat de Lyon.
Concrétions fibrineuses polypiformes du coeur développées pendant la vie. — Etant élève à l’Hôtel-Dieu, eUprincipalement alors quenous étions chirurgien sous-aide à l’hôpital militaire de Lyon, nous avons vu se traduire, sur une large échelle, les influences climatériques de cette localité.
Placée au confluent de la Saône et du Rhône, froide et humide pendant les saisons d’automne et cl’hiver, la ville avec ses maisons hautes, serrées, sombres, des vieux quartiers surtout, semblait, il y a 50 ans, réunir toutes les conditions d’insalubrité possible. Et pourtant, fait inoui, inexpliqué, le choléra n’a jamais sévi sur Lyon.
Celte immunité serait-elle due aux terrains houillers de la contrée, à Jenorme quantité de houille qu’on y brûle, nous n’oserons pas l’affirmer, d’autres contrées houillères n’ayant point eu le même bénéfice. Faut-il faire entrer en ligne de compte prophylactique l’industrie métallurgique en cuivre? Cette industrie n’a pas préservé non plus d’autres localités. Tout énigmatique qu’il soit, ce fait de l’absence d’épidémie de choléra à Lyon, reste comme fait pour exercer la sagacité des écologistes.
Mais à côté de ce bénéfice capital, que d’autres malignes influences ! Le cachet lymphatique et scrofuleux s’est imprimé surtout sur la population ouvrière. La phthisie pulmonaire prélève partout un fort tribut.
Les rhumatismes sont fréquents, et la tumeur blanche, en grand nombre, conduit trop souvent à l’amputation, quand diverses cachexies ne s’opposent pas à son recours.
Les affections des voies respiratoires sont entre toutes les plus nombreuses, et les fièvres éruptives y révèlent toutes un caractère de fréquence et de gravité épidémique notoire.
Puis quand viennent les chaleurs très fortes de l’été, la dyssenterie
AI A L A DIRS C L 1 M A T fi H 1 QU ES .
règne fréquemment épidémique, surtout sur les militaires de la garnison, pénible et dangereuse à tous égards, car les fatigues du soldat y sont excessives.
A la saison froide, les fièvres éruptives, mais surtout les maladies des voies respiratoires, sont essentiellement dominantes : bronchites, laryngites, pleurésies, pneumonies, dominées parfois parla bronchite capillaire épidémique, alors que la constitution médicale se caractérise par l’état hyper -fibrineux du sang, au point de créer alors une désespérante réalisation morbide : les concrétions fibrineuses polypiformes du cœur développées pendant la vie.
Nous avons, dans notre dissertation inaugurale (1), traité ce sujet en nous appuyant sur des faits nombreux et significatifs.
Donner plus de publicité à ces faits qui sont d’une rare importance sur un point encore obscur et contesté de la science, les accompagner d’autres observations, développer les considérations qui s’y rattachent et formuler les conclusions qui en découlent, tel est l’objet de ce travail que nous diviserons comme il suit :
Définition. — Aperçu historique. — Epidémie de Lyon, 1840-41. Observations recueillies à l’hôpital militaire.
lre série.- — Cas de concrétions fibrineuses, sans complications que nous appellerons concrétions idiopathiques. *
série. — Cas de concrétions fibrineuses et de bronchite capillaire. série. — Concrétions fibrineuses entées sur d’autres affections; ana-
tomie pathologique. Etat du sang; étiologie et mode de formation; symptômes et diagnostic. — Caractères. — Marche.— Durée. — Terminaison. — Pronostic. — Complication. — Traitement. — Conclusions.
Définition. — Aperçu historique.- — Une question préalable est à résoudre : Y a-t-il une différence entre les polypes du cœur et les concrétions fibrineuses? Sous les diverses dénominations de polypes du cœur, de caillots, de caillots sanguins du cœur, de concrétions sanguines, de concrétions fibrineuses, de concrétions fibrineuses polypiformes ou polypeuses du cœur, les auteurs ont toujours eu en vue les concrétions sanguines formées dans cet organe et principalement composées de fibrine.
Mais y a-t-il, comme l’ont dit quelques auteurs, des concrétions véritablement charnues? Sénac répond qu’il ne parait pas qu’un examen attentif l’ait prouvé. De nos jours, il y a eu quelques tendances à admettre que, outre les productions qui proviennent directement du sang, il pourrait se développer dans le cœur de véritables excroissances des parois de cet organe, auxquelles devrait être plus spécialement réservée la dénomination de polypes. On lit dans la Revue médicale, 1858, t. 11, p. 482, une
(1) Armand. Des concrétions fibrineuses polypiformes du cœur, développées pendant la vie (polypes des anciens), thèse couronnée, prix d’anatomie et de physiologie. Montpellier, 184i. ii° G7.
CLIMAT DF. LYON
observation de polype vrai du cœur, relatée par M. Clioisy, et qu’il considère comme unique dans la science. — ■ Homme de 47 ans, vigoureusement constitué, respiration devenue courte à 50 ans; toux, palpitations très intenses cinq mois avant sa mort; oreillette gauche dilatée d’un tiers, polype pédiculé recouvert de la membrane interne de l’œillette, et venant s’engager dans l’orifice auriculo-ventriculaire.
M. Pigeaux, dans les réflexions dont il fait suivre cette observation, paile de deux ou trois faits analogues, rapportés dans des auteurs anciens qu’il ne cite pas. Se fondant sur ces données, M. Pigeaux tend à prouver qu'il y a nécessité de faire, entre les polypes du cœur formés pendant la vie, la distinction dont nous venons de parler.
Nous dirons à ce sujet : 1° que cette distinction ne répugne pas à la théorie; 2° que sa démonstration laisse encore beaucoup à désirer; car nous verrons plus tard que même des productions fongueuses, sarcomateuses, globuleuses du cœur, sont regardées comme des variétés des conœrétions fibrineuses, et rien ne prouve absolument qu’il n’en soit pas ainsi du polype, réputé vrai susmentionné; 5° que si le fait pathologique de d’existence des polypes dits vrais, serait bon à noter au cas où on en aurait la démonstration irrécusable, il échapperait du moins entièrement aux ressources thérapeutiques et serait toujours mortel, cà moins d’arrêt de Ié\ eloppement, comme il faut croire qu’il en advint du prétendu polype du •’œur, pour lequel le célèbre Jean-Jacques entreprit à pied son voyage à dlontpelliei ; 41 que le temps, il paraîtrait, n’a pas confirmé les vues que dl. Pigeaux émettait sur les polypes réputés vrais du cœur, en 1835, ouisque dans son Traité pratique des maladies dit cœur , publié ultérieurement, il n’est pas question de cette distinction, car le chapitre VIII a pour litre : Des concrétions sanguines polypi formes de quelques auteurs, polypes 'les anciens.
Donc, jusqu à démonstration plus ample du contraire, nous pensons que i ous les polypes du cœur n’ayant d'autre base de composition que la fibrine, >ol}pes et concrétions du cœur doivent rester synonymes comme par le jassé ; que si, d une part, 1 appellation de polypes conviendrait mieux ux redoutables productions pathologiques qui nous occupent qu’à toute u Ire, à cause de leur plus grande ressemblance avec les mollusques de ce om par leurs prolongements, ce qui avait fait dire à Sénac : que les i.olypes du cœur portent la raison de leur nom dans leur figure, il nous arait préférable, néanmoins, d’adopter la dénomination de concrétions brineuses, en raison même de leur nature intime.
Très anciennement, les auteurs s’étaient préoccupés de leur élude, mlien avait noté leur développement pendant la vie, il rapportait à leur résence de l’inégalité dans le pouls, des palpitations, de la difficulté de aspirer, et enfin une mort subite.
•Salius, qui suivait la même conjecture, dit Morgagni dans sa vingtlatnôme lettre {De setlibus et causis morborum), ajoutait à ces indices aelques apparences d’hydropisie et des lipothymies.
(»yjg MALADIES CLIMATÉRIQUES.
Hélidéus de Paduani, qui vivait dans le xvie siècle, trouva sur le cadavre d’im homme mort à la suite d’une fièvre quarte de longue durée, de grands morceaux, longs, blancs, pituiteux, dans le cœur et les veines de tous les
membres.
Yésale trouva une énorme concrétion dans le ventricule gauche dilaté, comme un utérus , sur le cadavre d’un homme qui avait présenté un pouls extraordinairement inégal et varié.
L’anatomie pathologique comparée fournit aussi des cas analogues. Des chevaux morts subitement à Bologne avaient, dit-on, des lézards multipèdes dans le cœur. Yalsava, prévenu du fait, trouva des concrétions polypeuses qui imitaient plus ou moins la forme de ces sauriens.
Gasp. Bauhin, en 1005, dessina des polypes du cœur, avec des racines polypeuses, qui s’étaient implantées dans la substance des deux ventricules, ayant des prolongements jusque dans l’aorte, les sous-clavières, les carotides et les vertébrales.
Rio] an avait trouvé des morceaux de chair, de la grosseur du poing, dans le ventricule droit et à l’orifice de la veine cave, sur certains sujets emportés par une mort subite et inattendue, et notamment sur l’évêque de
iVIcii | lozciis
Kirsten croyait que les concrétions polypeuses du cœur donnaient lieu surtout au catarrhe suffocant, par la raison que tous ceux sur lesquels il avait observé ces polypes étaient morts de ce catarrhe, qui dépendait de ce que les concrétions de cette espèce arrêtaient entièrement le cours du sang. Kirsten avait parfaitement saisi ce point important dans certains cas, et nous verrons que son opinion a reçu une éclatante confirmation,
surtout dans l’épidémie de Nantes, en 1840.
Malpighi, dans sa dissertation de 16GG, sur le polype du cœur, dit que les apparences seules ont dû porter les auteurs à dénommer ces polypes : graisses, chairs, pituites, membranes, etc., qui ne sont d’autre substance que de la couenne inflammatoire. Wepfer, Blasius, Bonet, Peyer, Zollicofer, Snell, Kruyskerken, Golil, Homberg, Bontius, Ramazzini, Alberti, Ludolf, Scacher, Gotz, Grateloup, Morand, Kœnips, Macoppe, Bohmer et beaucoup
d’autres, s’occupèrent de ce sujet.
Ce fut là la première période de l’histoire des concrétions fibi ineuses, celle où de nombreux matériaux furent recueillis, souvent faussement interprétés, mais qui servirent enfin à prouver que des concrétions po ypiformes pouvaient se développer pendant la vie, et devenir cause de a mort. Toutefois, on eut le tort d’invoquer trop souvent leur existence, e les donner comme une explication, toute prête, de 1 issue funeste de )ea coup de maladies de poitrine et du cœur très différentes.
Aussi, And. Pasta, en 1739, osa le premier s’élever contre la forma i ^ des polypes du cœur pendant la vie; il avança que celte croyance était n * sible à la médecine, et ne voulut pas même regarder, comme cause mort ceux qui existaient sans autre espèce de lésion qui put 1 exp iq Il ouvrit ainsi la période de réaction quil’entraina fatalement dan
excès contraire.
CLIMAT DR LYON
Négri, Techmayer, Boe.haave, F. Hoffmann, langguth opposèrent des laits qui infirmèrent cette manière de voir; Heisier, Huber, Vaughan
Consbrucli, Storlte, Gotzke, Home, Bader, eurent sur ce point des opinions diverses. r
De son côté, Morgagni, dans sa vingt-quatrième lettre, donne une note bibliographique très étendue des auteurs qui ont parlé des polypes du cœur, et se plaît surtout à reproduire une à une toutes les objections de asta. De sa lettre, il ressort évidemment que, n’ayant jamais observé luimeme des concrétions polypeuses, il s’est laissé influencer par les idées de ce dernier, sans toutefois les partager d’une manière absolue. Ses paroles n en produisirent pas moins une fâcheuse impression sur le monde médical, car on en vint presque à oublier la question des concrétions polypiformes, et la négligence actuelle de beaucoup d’auteurs sur ce sujet important reconnaît sans doute la même origine. Cependant, Morgagni nese prononça pas pour une négative formelle, car il fait ses réserves en terminant par cette réflexion : « Il faut donc attendre un autre homme expérimente et savant qui réponde à la lettre de Pasta, et en dissipe les doutes avec force et clarté. » Evidemment, s’il n’eût fallu qu’un savant, Morgagni aurait trouvé la réponse; ce qu’il faut, ce sont des faits probants, et c’est parce qu il nous a ete donné d’en recueillir un grand nombre, que
nous laisserons parler leur langage significatif là où l’autorité des noms s'efface.
. enac, dans son chapitre IX, traite longuement des polypes du cœur, et des considéré comme synonymes de concrétions fibrineuses se formant pendant la vie, et devenant cause de mort. C’est à tort qu’on lui a fait dire 'le contraire; il n’a nullement suivi l’exemple de Morgagni, puisque, loin •de partager son doute, il est nettement pour l’affirmative : « Lorsqu’il se i trouve des corps polypeux forts, durs, élastiques, tenaces, membraneux, (jaunâtres, dans les ventricules du cœur; lorsqu’il est survenu des accidents qui marquaient que le cours du sang était troublé dans ce viscère* orsqu en meme temps il n’y a point eu quelque vice dans son tissu, on peut s assurer que les polypes existaient avant la mort.
A lui et à Joseph Franck commence la période moderne qui est appelée juger la question à sa véritable valeur. Cet illustre praticien après 1V°n déroulé un ]™S article bibliographique (0 des auteurs qui ont écrit !es concrétions fibrineuses, intervient comme médiateur des deux opinions qui les ont partagés. Il s’exprime ainsi dans son traité de patho- °gie interne : « Il faut bien distinguer les véritables concrétions polypiormes dont il est question et qui existent chez l’homme vivant, comme -ause primitive de la maladie ou, du moins, comme un de ses effets les •lus remarquables, des simples caillots ou faux polypes qui se forment
1 0) Choston, Fonfoni Hewson, Selle, flaen, Sloll, Bach, CliOon, Maucourt
bicbter, Dielrich, Wichmann, Tiedmann, Garlliner, Vood, Thoman ukon.sk. , Nass, Rosolawki, etc.
Borsieri, , Ilasles.
MALADIES CLIMATÉRIQUES
dans les derniers instants de l’agonie ou peu de temps après la mort. C’est en faisant celle distinction, que se trouve conciliée la fameuse dispute sur la question desavoir, si les polypes du cœur ne sont que le produit de la mort ou s’ils se développent chez l’homme vivant. »
La première de ces deux opinions a été soutenue par Kerkering, Lieutaud, Baillie, Andréas et Joseph Pasta; parmi les partisans de la seconde, ' on distingue Malpighi, Manget, Pechlin, Payer, Boerhaave, Haller,
Lancisi, etc.
Jean-Pierre Franck admet qu’il se développe, dans le cœur et les gros vaisseaux, des polypes, produits morbides semblables, par la forme, avec la sema octopedia , qu’on a cru à tort se former seulement après la mort, car, à l’autopsie, on ne trouva souvent d’autre cause delà mort qne ces
polypes, dans les vaisseaux et dans le cœur.
Corvisart fit aussi la distinction fondamentale des concrétions fibrineuses du cœur, en celles qui se forment pendant l’agonie ou après la mort, et celles qui sont de beaucoup antérieures à la cessation de la vie. Il s efforça de préciser les symptômes susceptibles de faire diagnostiquer la formation de ces produits, si dangereux pour le cours du sang.
Aux travaux antérieurs, Laënnec vint ajouter les précieuses lumières de son investigation. Au chapitre XVIII, t. 5, de son ouvrage sur l’auscultation, il s’exprime ainsi : « Si, d’une part, on a eu tort d’attribuer aux concrétions polypiformes du cœur, des affections qui dépendaient de l’hypertrophie ou de la dilatation de'cet organe, d’un autre côté, ceserait commettre une grande erreur si, comme Pasta et Morgagni, on croyait qu’elles ne se forment qu’après |la mort, ou tout au plus à l’agonie; beaucoup de faits prouvent qu’elles peuvent se développer alors que le sang circule
encore .
Plusieurs auteurs de notre époque ont cherché à démontrer, dans di\eis écrits dont nous ferons mention, que les concrétions polypeuses peuvent se former pendant la vie et occasionner la mort. Cependant la question ne paraîtrait pas complètement résolue aux yeux de tout le monde. On lit dans la Gazette médicale (1859, 2esér., t. 7, p. 555) : « Le point le plus important de la question des concrétions fibrineuses du cœur, cest l’époque de leur formation, après ou avant la mort; et, dans ce dernier cas leur influence sur cette dernière. Il est peu de sujets d’une plus grande importance, car s’il était démontré qu’il se forme très fréquemment dans le cœur, ainsi que le pensent quelques contemporains, des
concrétions fibrineuses longtemps avant la mort, et qui, par leur présence, doivent suffire pour l’amener, nous serions sur la voie de comprendre ces morts nombreuses, et jusqu’ici inexpliquées, qui arrivent plus ou moins subitement dans le cours d’affections diverses où, d’après la marche tes maladies, elles ne devraient pas arriver. C’est là le point capital, et qm ne tarderait pas à devenir d’une utilité pratique, des concrétions li rieuses du cœur; mais jusqu’ici, malgré les travaux publiés sur ce suje , elles nombreux matériaux que l’observation journalière a amasses, il n pas été traité avec toute la sévérité désirable. »
CLIMAT DE LYON
Ce langage, nous l’avouons, joint à la divergence et aux doutes que 1 on voit fréquemment encore régner à cet égard, dans les opinions enregistrées par la presse médicale, ou émises dans des assemblées des médecins, nous détermine à faire nos efforts pour faire partager la conviction pleine et entière qu’il nous a été donné de -nous faire lors d’une épidémie meurtrière, à savoir : que non-seulement ces concrétions peuvent sé former dans le cœur pendant la vie, durant le cours de diverses maladies inflammatoires, mais encore se développer spontanément, chez des individus de bonne santé en apparence, par suite d’un état idiopathiquement morbide du sang, devenir obstacle mécanique à la circulation et à la respiration consécutivement; enfin, entraîner la mort par asphyxie.
Laissons parler le langage des faits.
Épidémie de Lyon, 1840, 1841. — Observations recueillies a l’hôpital militaire. - Ir' Série. — Cas de concrétions fibrineuses idiopathiques. — Nous plaçons dans cette série les malades qui, brusquement saisis par l’épidémie, au milieu de leurs occupations journalières, et sans prodromes notables qui pussent les en détourner, moururent rapidement, sans autres accidents que ceux que nous rapportons aux concrétions fibrineuses, lesquelles pouvaient seules rendre compte et des symptômes observés et de l’issue funeste qui s’ensuivit.
Obs. ire. Célerier Jean, du 19e léger, âgé de 24 ans, dun tempérament lymphatico-sanguin et d’une constitution moyenne, est apporté à 1 hôpital, le 22 janvier 1841 . Il est mal à l’aise depuis quelques jours, mais il n’a cessé son service que la veille. La face est violette, les extrémités sont fioides; le pouls est irrégulier, petit ; il y a par moments un peu de toux convulsive sans expectoration ; il n’y a pas de symptômes de pleurite ni de pneumonie; rien du côté de l’abdomen ni de la tête, mélange dun bruit de cuir et de râpe du côté du cœur, qui offre une matité considérable, tandis que la poitrine fournit un son clair, et donne à 1 air un accès facile. Le malade s’agite, répond par monosyllables et souvent par gestes; il porte instinctivement la main du côté du cœur où il accuse une vive douleur, son anxiété est extrême.
Prescription : Diète, saignée de 600 grammes (caillot volumineux, pas de couenne fibrineuse) (t), 16 ventouses scarifiées sur la poitrine, sinapismes aux jambes, boissons gommeuses, potion opiacée.
25. Pas d’amélioration. — Vésicatoire aux membres inférieurs; potion émétisée. — Quelques vomissements ne font qu’ajouter aux angoisses du malade dont l’état empire de plus en plus ; la face est cyanosée et la mort
(1) Comme il est bien démonlré (pie ce qu’on appelle couenne intlammatoire, peut exister 1res consislanle même à la surface des saignées faites à des individus anémiques et cliloVoliques, el que souvent elle manque dans de franc-lies inflammations, nous nous servirons désormais de l’expression couenne fibrineuse, plus en rapport avec le véritable caractère de cet t e concrétion.
MALADIES CLIMATERIQUES.
survient dans la journée du 24, au milieu des symptômes de l’asphyxie par suffocation.
Nécropsie. Raideur cadavérique légère, système veineux gorgé de sang, offrant quelques traces de caillots fibrineux dans les veines caves, rien du côté des plèvres, ni du péricarde; les.poumons sont congestionnés, mais non hépatisés; la muqueuse bronchique n’offre pas de trace d’inflammation ; il n’y a rien d’anormal dans la quantité de mucosités quelle contient; le cœur est distendu par des concrétions fibrineuses qui en remplissent à peu près toutes les cavités, et s’irradient par des prolongements dans les gros vaisseaux ; ces concrétions adhèrent aux parois du cœur par des entrelacements aux colonnes charnues et par quelques adhérences
membraneuses; cependant on peut s’assurer que cet organe, dans sa structure et sa couleur, n’a rien de notable et qu’il n’est le siège d’aucune altération évidente.
Les concrétions polypiformes que l’on extrait des cavités droites et gauches, imitent assez bien le corps et les tentacules d’une sèche. Leur aspect est d’un blanc mat, grisâtre, d’une consistance presque cartilagineuse et d’une ténacité telle qu’il fallut des efforts, pour les détacher, et qu’il n’était pas possible de les déchirer avec les doigts.
Obs. ii. Bouré, André, âgé de 24 ans, du 12e de ligne, a été pris subitement de gêne dans la respiration, il y a deux jours; cette gêne ayant graduellement augmenté, il a été envoyé à l’hôpital, le 28 décembre 1840. Il présente à la visite une douleur précordiale, de la dyspnée, des mouvements tumultueux du cœur, un pouls petit et irrégulier. Diète, saignée du bras ; 50 sangsues sur la région précordiale; boissons délayantes.
29. L’amélioration n’a été que faible et passagère ; son clair de la poitrine, accès facile de l’air, matité du cœur. Du 50 décembre au 4 janvier, l’état du malade va en empirant, la respiration s’est de plus en plus embarrassée, l’anxiété est des plus vives, les mouvements du cœur ne peuvent plus être analysés, la face devient livide, et la mort arrive par la suffoca-
tion qu’occasionne l’arrêt de la circulation.
Nècropsie. Engorgement veineux, cavités droites et gauches du cœur obstrués par des concrétions prolongées dans l’aorte et l’artère pulmonaire, adhérant aux colonnes charnues du cœur, qui ne présente rien de particulier dans sa texture ni sur ses surfaces. Les polypes, d’une cohésion trèsprononcée, offrent le blanc grisâtre de la fibrine délavée.
Obs. ni. Aarnol, Pierre, du 12' de ligne, âgé de 25 ans, d’un tempérament sanguin, fut apporté â l’hôpital, le 5 janvier 1841, avec tous les symptômes de l’épidémie, remontant â la veille seulement. Face violette, douleur précordiale, anxiété; pouls irrégulier, battementsdu cœur tumultueux et précipités, son mat â la percussion du cœur et clair dans la poitrine; du reste, pas de troubles du côté de l’abdomen ni du cerveau; lucidité entière des facultés intellectuelles; inquiétude prononcée.
La diète, une saignée de 000 grammes (caillots volumineux, presque
CLIMAT DE LYOïN .
pas de couenne fibrineuse), 50 sangsues sur la région précordiale, des sinapismes et des vésicatoires aux jambes ; les boissons gommeuses, les purgatifs, etc., ne modifient en rien la marche de la maladie.
Le 5, tous les symptômes ont repris une intensité plus grande; le malade s’agite continuellement, il y a orthopnée; la face est livide, cyanosée; on perçoit le pouls veineux aux jugulaires; le son de la région précordiale est mat, l’oreille saisit un bruit de cuir se rapprochant par moment d’un bruit de piaulement ; le pouls, de filiforme qu’il était, cesse d’étre perçu, la respiration devient stertoreuse ; le cerveau s’embarrasse,
et le malade succombe asphyxié, le G.
JYécropsie. Raideur cadavérique; système veineux des trois cavités splanchniques gorgé de sang; du reste, pas de lésion notable des viscères qu’elles contiennent; congestion des poumons qui sont crépitants; peu de sérosité dans le péricarde; le cœur, distendu comme par une injection, contient dans toutes ses cavités d’énormes concrétions sanguines, fortement entrelacées aux colonnes des parois du cœur, aux valvules et aux orifices des gros vaisseaux dans lesquels elles se prolongent, leur couleur est d’un blanc grisâtre et elles offrent une ténacité fibreuse.
Obs. iv. Beck Auguste, âgé de 25 ans, du 55p de ligne, entre à l’hôpital, le 27 décembre 1840, avec des symptômes de concrétions fibrineuses. Traitement antiphlogistique, marche progressive de la maladie. Mort le 8 janvier 1841 .
JYécropsie. Polypes fibrineux dans les cavités du cœur et des gros vaisseaux.
Obs. v.Bresson, Jean, âgé de 21 ans, du 55e de ligne, entre le 27 décembre 1840, pour gêne prononcée de la respiration. Symptômes caractéristiques des concrétions fibrineuses, aggravation irrésistible. Mort le
Nécmpsie. Engouement pulmonaire, concrétions dans les cavités du cœur.
Obs. vi. Petit, Joseph, âgé de 21 ans, du 12e de ligne, est apporté à l’hôpital, le 17 janvier 1841, avec les symptômes propres de l’épidémie régnante ; leur manifestation a commencé la veille ; la poitrine est libre dans toute son étendue, pas de râles notables, bruits de cuir, mouvements tumultueux du cœur. Rien n’arrête la marche de la maladie qui se termine
par la mort, le 25. A l’autopsie, pas de lésions dans tous les organes, excepté le cœur, qui renferme de fortes et adhérentes concrétions, enlielacées ensemble par les orifices auriculo-ventriculaires et prolongées dans les gros vaisseaux.
Obs. vu. Chabert, Toussaint, âgé de 21 ans, du 12° d’artillerie, entré â l’hôpital le 15 -décembre 1841 . Nécropsie, ut suprà.
Obs. vin. Pâques, Jean-Baptiste, âgé de 22 ans, du 55e de ligne, saisi par l’épidémie, le 50 janvier 1841, entré â l’hôpital le même jour; progression incessante de tous les symptômes; mort le (.) février. Nécropsie, idem.
MALADIES CLIMATÉRIQUES
Obs. ix. Arnaud, Pierre, âgé de 2(i ans,' du 12,; de ligne, pris subitement, le 20 février, des symptômes de concrétions librineuses du cœur, est apporté à l’hôpital le même jour, et succombe le 25, malgré tous les soins qui lui furent prodigués, comme tous ses compagnons d’infortune, Nécropsie, idem.
Obs. x (t) . « Dupuis, soldat au 42e régimeut de ligne, entré à l’hôpital » militaire de Lyon, le 20 janvier, âgé de 22 ans, d’une constitution » athlétique, serrurier de son état; la veille, il avait travaillé à l’atelier » comme d’habitude, et le soir, il s’était couché sans aucun symptôme de » maladie. Dans la nuit, il fut pris de suffocation. A la visite du chirur- » gien du corps, il reçut un billet d’entrée pour l’hôpital .
» Etat du malade à son arrivée : Dyspnée portée au plus haut point ; » face pâle, lèvres violettes, pupiles dilatées; pouls petit et filiforme; » sueur froide couvrant tout le corps; poitrine sonore dans tous les points; » mouvements du cœur légèrement confus, bruit de borborygme perçu à » la région précordiale s’alternant avec une espèce de bruit de déchire- » ment; langue naturelle, douleur vive à l’épigastre, soif nulle.
« Prescription : Saignée de 20 onces; une heure après, 10 ventouses » scarifiées au-dessous dm téton gauche, cataplasme à l’épigastre, sinapis- » mes aux pieds, eau gommeuse pour boisson.
» 21, même étal qu’hier; le pouls se perçoit avec plus de difficulté et » est intermittent ; le sang obtenu de la saignée et des ventouses est d’une » couleur tellement foncée, qu’on croirait facilement qu’il y a une matière » noire ajoutée; il n’y a point de couenne inflammatoire.
» Prescription : Deux larges vésicatoires aux mollets, sinapismes aux » cuisses; eau gommeuse pour boisson.
» 22. Mort dans la soirée.
» Autopsie, dix-huit heures après la mort. Etat du cadavre : Embon- » point, rigidité assez prononcée.
» Tête. Les enveloppes du cerveau et le cerveau lui-même n’offrent rien » de remarquable.
» Poitrine. Poumons sains; une légère adhérence existe du côté droit; » péricarde à l’état normal; cœur gorgé de sang; concrétions occupant le » ventricule gauche et le ventricule droit; elles sont excessivement adhé- » rentes au sommet du cœur et aux colonnes charnues, leur couleur est » nacrée ; dans le cœur droit, il y a des concrétions à l’état gélatiniforme, » occupant la partie supérieure de la concrétion fibrineuse. A la courbure » de la crosse de l’aorte, nous avons trouvé une concrétion fibrineuse » ayant le volume d’un tuyau de plume d’environ un pouce de longueur, » sans adhérence aux parois ; la membrane interne du cœur ne nous a » offert aucune espèce d’altération.
» Ventre. Rien qui fût digne de remarque. L’estomac était â l’état » normal. »
(1) Nous devons celte observation, la suivante et la 16e de notre troisième série, à l’obligeance de notre confrère le docteur Lericlie.
CLIMAT DE LYON
Obs. xi. « Rougier, soldat au 8° régiment léger, entre à l’hôpital le 25 » janvier; il s’est accusé malade à la visite de santé du corps auquel il » appartient. Son entrée a eu lieu vers midi, dans la journée du 25.
» Etat du malade : Dyspnée au plus haut point; pouls rare et filiforme; y> face ayant une teinte plombée, lèvres violettes; mouvements du cœur » inégaux et tumultueux, bruit du borborygme très marqué ; sueur froide » couvrant tout le corps; pupilles dilatées, conjonctives non injectées; le » malade répond difficilement aux questions qu’on lui fait; douleur vive à » l’épigastre et dans le dos; vomissements d’une matière verdâtre, peau » froide, langue blanche.
» Prescription : Diète absolue, saignée de 16 onces, 10 sangsues sur » l’épigastre; eau gommeuse pour boisson, potion antispasmodique; sina- » pismes promenés sur les membres thoraciques et abdominaux. A la » visite du soir, même état; six ventouses scarifiées sur la région du » cœur. Le sang de la saignée n’offre point de couenne inflammatoire.
» 24. Mort à dix heures du soir.
» Autopsie, dix-huit heures après la mort. Aspect général du cadavre. » Embonpoint; raideur des membres.
» Tète. Cerveau légèrement injecté, point d’épanchement séreux.
» Poitrine. Poumons roses; on sent, à travers le parenchyme des espèces » de cordons durs; en coupant un de ces organes avec le scalpel, on voit » que les ramifications bronchiques sont obstruées par une matière » fibreuse dont on enlève facilement des bouts; cœur gorgé de sang; » cavités remplies de concrétions fibrineuses nacrées entièrement organi- » sées; elles se continuent du ventricule droit dans l’artère pulmonaire, » et du ventricule gauche dans l’aorte, de manière à en former un arbre » parfait.
» L’aorte descendante en contient de même que la veine-porte. »
Plusieurs auteurs anciens, Porstenius, Bonnet, Kirstenius, Hoffmann, Wepfer, Frims, entre autres, ont laissé des observations analogues à celles que nous venons de relater, et nous avons vu qu’on avait opposé, au raisonnement de Pasta, les cas de mort dans lesquels on n’avait trouvé d’autre lésion que la présence des polypes dans le cœur qui peut en rendre compte. Dans les auteurs modernes, on ne trouve pas d’observations de concrétions fibrineuses idiopathiques, à l’exception des deux ci-dessous; c’est ce qui avait fait dire à M. Blaud, sur ce sujet ( Revue médicale , 1855, t. 4) : « Les concrétions fibrineuses, qui se forment dans les cavités du cœur, n’ont été considérées jusqu’ici que comme des faits accessoires, liées à d’autres affections. On ne les a point encore étudiées comme formant des affections particulières ayant une existence propre; cependant, ces concrétions sont plus fréquentes qu’on ne l’imagine. ..t »
Suivent des observations dont la première se rapproche tout à fait de celles que nous avons rapportées; nous la reproduisons.
Obs. xu . « Dupin, Pierre, âgé de 22 ans, fusilier au 27' de ligne, d’une » forte constitution et d’un tempérament sanguin, s’était toujours bien
MALADIES CLIMATÉRIQUES
» porté jusqu’au 12 décembre 1852, où il fui pris subitement de difficulté » de respirer et d’un sentiment de pression dans la région du cœur. Cet » état empira les jours suivants; et, le 25, onzième jour de sa maladie, il » fut transporté à l’hôpital, il offrait alors les symptômes suivants : Dysp- » née, oppression, douleur vive à la région du cœur; pulsations avec „ mouvements tumultueux à l’auscultation médiate, bruit sourd, étouffé » pendant la contraction des oreillettes et des ventricules; pouls petit, » fréquent, irrégulier, inégal ; tous les autres organes exercent leurs
» fonctions d’une manière régulière.
» Saignée de 12 onces, 12 sangsues sur la région du cœur, décoction
» d’orge et bouillon.
» Le 24, la douleur de la région cordiale est moins aiguë; mais les » autres symptômes persistent. Prescription : demi-grain de digitale en » poudre, de quatre heures en quatre heures.
» Le 25, dans la matinée, l’oppression augmente, la face s’injecte, » bleuit; le malade s’agite, ses mouvements, brusques et violents, s'affai- » Missent; il survient un raie apoplectique, le corps se couvre d’une sueur » froide, les extrémités deviennent glacées; et, le soir, à dix heures, il
» avait cessé de vivre.
» Autopsie, vingt-quatre heures après la mort.
» Face violacée; poumons sains; cœur un peu plus volumineux que le 1 » poing du sujet; son tissu, qui n’a rien d’anormal, offre un peu moins de » coloration que dans l’état ordinaire; l’oreillette gauche est remplie et » distendue par une concrétion fibrineuse, consistante, d’un blanc grisa- » tre, du volume d’un œuf, qui pénètre à travers l’orifice auriculo-ven- » triculaire et va dans le ventricule gauche, se divise en branches qui » partent d’un mamelon commun de la grosseur d’une noix, enchevêtrant » les colonnes charnues de cette cavité à laquelle elles adhèrent assez foi - » tement, et dont elles conservent l’empreinte. »
Tout démontre que cette concrétion était idiopathique, et ne dépendait
nullement d’une affection du cœur.
Une observation du môme genre est consignée dans le tome xl des Mémoires cle médecine , de chirurgie et de pharmacie militaires, page 27, et
relatée par M. Aubry, médecin militaire, en voici la substance : ^
Obs. xiii. «T...., Jean-Pierre, fusilier au 1er régiment de ligne, âgé de 24 ans, d’une forte constitution, jouissant habituellement d une bonne santé, fut pris tout à coup, durant la nuit du 14 janvier 1856, de dyspnée et d un léger délire. Entré à l’hôpital militaire de Lyon quelques instants apres, ce militaire fut largement saigné. La soustraction subite de 24 onces de sang et l’application de deux sinapismes, le soulagèrent momentané
ment. % .. , c
» Le 15, teinte violacée de la face, telle qu’elle existe chez les îndivui us
menacés d’asphyxie; dyspnée extrême, pouls peu développé, battements du cœur irréguliers, donnant lieu à un bruit obscur derrière la partie inférieure du sternum; délire passager, anxiété portée au plus hau
CLIMAT DE LYON. 667
degré; le sang qu’avait fourni la veine était plastique et couvert d’une couenne jaunâtre.
» Dans une consultation qui eut lieu, M. Peysson, médecin en chef de l’hôpital, diagnostiqua la formation de concrétions dans le cœnr. Une nouvelle saignée de 12 onces, 25 sangsues sur la région précordiale, l’application d’un large vésicatoire sur la partie antérieure de la poitrine, n’amenèrent aucun soulagement. A quatre heures, il y avait diminution plus notable de la vie, caractérisée par une lividité très prononcée de la face, une respiration râlante, l’absence de la chaleur aux extrémités, la mollesse, l’irrégularité, l’insensibilité du pouls... la mort arriva dans la nuit (vingt-quatre heures après l’invasion).
«Autopsie. Cavités droites du cœur, celle de l’oreillette surtout, remplie de concrétions sanguines remarquables par leur ténacité; le cœur et les autres organes ne présentaient pas d’altération appréciable; toutefois, la stase sanguine était manifeste. »
II' Série. — Cas de concrétions fibrineuses et de bronchite capillaire. ■ — Nous avons rangé dans cette deuxième série les cas où, avec les autres symptômes, la toux se montre dominante. Nous ferons remarquer, toutefois, que, si le plus souvent à la nécropsie l’inflammation de la muqueuse bronchique était évidente, s’il y avait dans les bronches des mucosités séro-purulentes, quelquefois aussi ces altérations étaient peu prononcées ou manquaient tout à fait.
Obs.i. Blaignat, François, âgé de 24 ans, du 19e léger, d’un tempérament lymphatico-sanguin, est apporté à l’hôpital, le 15 janvier 1841, pour une bronchite qui s’est déclarée subitement, et dont le caractère principal 1 est constitué par des quintes prolongées, pendant lesquelles la dyspnée habituelle devient forte encore; c’est, en un mot, un véritable catarrhe suffocant. L’expectoration est muqueuse; l’auscultation fait entendre les râles muqueux et sous-crépitants dans certains points de la poitrine, qui, du reste, donne un son assez clair à la percussion. Il y a en même temps une douleur précordiale marquée. Les battements du cœur et du pouls sont irréguliers.
Prescription. Diète, saignée du bras (légère couenne), 8 ventouses scarifiées sur la poitrine, boissons gommeuses et potion opiacée.
A la contre-visite du soir, pas d’amélioration ; au contraire, tous les symptômes ont pris une gravité extrême : il y a orthopnée; la face est livide, cyanosée; il y a pouls veineux aux jugulaires. Le malade s’agite et se trouve dans une anxiété extrême; il porte la main du côté du cœur dont les mouvements sont accélérés et tumultueux, et donne à l’auscultation un mélange de bruit de cuir et de râpe, pouls filiforme irrégulier; râles muqueux à grosses bulles dans la poitrine qui s’embarrasse ; l’ex-
pectoration est devenue visqueuse, plus épaisse et jaunâtre.
Une nouvelle saignée amène une défaillance; une potion émétisée, de larges vésicatoires aux jambes, des frictions stibiées sur la poitrine
MALADIES CLIMATÉRIQUES
n’améliorent pas l’état du malade, qui conserve cependant toutes ses facultés intellectuelles. Pendant la nuit, la gravité de ces symptômes va croissant, le pouls est à peine perceptible; il y a matité complète à la région du cœur dont on ne peut plus analyser les mouvements; le cerveau s’embarrasse, les extrémités se refroidissent, et la mort termine cette terrible agonie le lendemain, 16 janvier.
Nécropsie . Bronches remplies de mucosités, leur muqueuse est épaissie; les poumons sont incongestionnés, le système veineux est gorgé de sang; le cœur contient, surtout à gaùche, de volumineuses concrétions tenaces et adhérentes, se prolongeant dans les gros vaisseaux; cet organe, dans sa consistance et sa couleur, ne présente rien de particulier.
Obs. n. Meynard, Jean, âgé de 53 ans, du 51' de ligne, entré à 1 hôpital, le 25 décembre 1840, pour une bronchite capillaire, dont un traitement approprié n’arrète pas le cours. Son caractère suffocant et tous les aulies symptômes des concrétions fibrineuses deviennent manifestes, le 5 jamier,
et vont empirant jusqu’au 11, jour de la mort.
Nécropsie. — Grande quantité de mucosités dans les bronches dont la muqueuse est enflammée ; concrétions sanguines dans les cavités du cœui , surtout à droite.
Obs. in. Mazargue, Pierre, âgé de 22 ans, cannonier au 12e d artilleiie, entre à l’hôpital, le 22 décembre 1840, pour une bronchite capillaire à laquelle s’ajoutent tous les symptômes de concrétions du cœur. Le malade
meurt comme asphyxié, le 15 janvier 1 847 .
Nécropsie. — Poumons congestionnés, mucosités dans les bronches, concrétions fibrineuses très tenaces dans les cavités droites du cœui .
Obs. iv. Cazez, Pierre, âgé de 26 ans, du !2r de ligne, entre à 1 hôpital, le 8 janvier 1841 , pour une bronchite qui devient suffocante à un très haut degré. Manifestation de tous les symptômes de l’épidémie régnante. Mort le 16.
Nécropsie. Rien de notable dans les poumons, si ce n est la congestion. Cavités du cœur obstruées par des concrétions tenaces.
Obs. v. Vidal, François, âgé de 26 ans, du 12" de ligne, est apporté a l’hôpital, le 13 janvier 1841, pour un catarrhe suffocant avec des symptômes très prononcés de concrétions du cœur. Toute médication est infructueuse. Mort par asphyxie, le 16.
Nécropie. Concrétions très volumineuses dans les cavités du cœur.
Obs. vi. Dalier, Louis, âgé de 21 ans, du 51r de ligne, entre a l hôpital, le 7 janvier 1841, pour une bronchite qui devient suffocante. Symptômes concomitants des concrétions du cœur. Mort le 18.
Nécropsie-. Mucosités abondantes et séro-purulentes ; concrétions fibri-
neuses dans les ventricules surtout.
Obs. vu. Genibre, Jean, âgé de 21 ans, du 12 de ligne, entre a l’hôpital, lo 7 janvier 1841 , pour une bronchite avec symptômes manifestes de concrétions fibrineuses. Mort le 16.
Nécropsie. Concrétions fibrineuses dans toutes les cavités du cœur.
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Obs. vni. Faucillon, Benoit, âgé de 21 ans, du 12e de ligne, est apporté à l’hôpital, le 17 janvier 1841, pour une bronchite capillaire qui, malgré un traitement approprié, s’accompagne graduellement de symptômes caractéristiques des concrétions, et se termine par la mort par asphyxie, le 27.
JYécropsie. Mucosités séro-purulentes dans les bronches, cœur rempli de concrétions fibrineuses.
Obs. ix. Chateloube, Léonard, âgé de 51 ans, du 51e de ligne, est apporté à 1 hôpital, le 22 janvier 1841, avec des symptômes manifestes de bronchite capillaire et de concrétions fibrineuses. Rien ne peut modifier son état; il meurt le 28.
JYécropsie. Cœur plein de concrétions tenaces, adhérentes et volumineuses, entrelacées onsemble.
Obs. x. Plasson, Jean, âgé de 21 ans, du 55e de ligne, est apporté à 1 hôpital, le IG janvier 1841, avec des symptômes de concrétions fibrineuses et de bronchite capillaire. Mort le 26.
JYécrupsie. Concrétions compactes dans les cavités du cœur.
Obs. xi. Arnal, Pierre, âgé de 22 ans, du 19e léger, entre à l’hôpital, le 13 janvier 1841, pour une bronchite qui devient suffocante, avec des symptômes de concrétions fibrineuses, et succombe le 28.
JYécropsie. Mucosités dans les bronches, concrétions fibrineuses dans le cœur.
Obs. xu. Martial, âgé de 26 ans, du 22" de ligne, est apporté à l’hôpital, le 28 janvier 1841, avec tous les symptômes des concrétions fibrineuses et de catarrhe suffocant. Rien ne peut modifier la marche rapide delà maladie, qui amène la mort, le 1er février.
Nècropsie. Mucosités dans les bronches; grosses et adhérentes concrétions dans les cavités droites et gauches du cœur.
Obs. xm. Percollet, Jean-Baptiste, 21 ans, du 33e de ligne, est apporté à 1 hôpital, le 31 janvier. Tout le cortège des symptômes de catarrhe suffocant et des concrétions fibrineuses s’empire irrésistiblement, jusqu’au 4 février 1841, jour du décès.
JYécropsie. Concrétions tenaces et volumineuses, surtout dans les cavités gauches du cœur.
A Nantes, il régna une épidémie de bronchite capillaire avec concrétions fibrineuses dans le cœur, précisément à la même époque que celle de Lyon exerçait ses ravages, c’est-à-dire, à la fin de 1840 et au commencement de 1841.
MM. Mahot, Bonamÿ, Marié et Malherbe, médecins suppléants à l’Ilôtel- Dieu de Nantes, en ont fait une relation dont un compte-rendu est consigné dans la Gazette médicale, t. xi, p. 779; nous en citons un extrait :
« L’épidémie portait spécialement sur les militaires de la garnison. Dans » les salles des malades civils, on n’observa qu’un petit nombre de ces » bronchites, et fort peu de malades succombèrent à la bronchite capillaire » suffocante.
MALADIES CLIMATERIQUES.
» Les crachats pituiteux d’abord, transparents, demi-opaques, glaireux » et souvent visqueux, furent plus tard blancs, jaunâtres, opaques, sans » bulles d’air, et mêlés quelquefois à des stries sanguines.
» Les mouvements respiratoires étaient tout à fait libres, et offraient » quelque rapport avec ceux des asthmatiques. Quelquefois il y avait » une anxiété très grande, une dyspnée extrême, forçant les malades à » s’asseoir sur leur séant. Dans les cas qui se terminaient par la mort, » l’oppression paraissait ordinairement tout à coup et s’aggravait très » rapidement. Les malades succombaient généralement à un état de demi- » asphyxie.
» L’auscultation révélait divers râles et spécialement le râle sous- » crépitant.
» Le pouls était irrégulier, accéléré, dépressible; les malades éprou- » vaient des lipothymies, si on les saignait. A l’autopsie, on trouvait le » larynx, la trachée artère et les bronches remplis d’un liquide muco- » purulent, une rougeur prononcée des bronches augmentant vers les » capillaires.
» Tous les autres organes étaient imprégnés de sang et injectés comme » chez les sujets qui sont morts dans un état d’asphyxie.
» Aucune médication n’a compté assez de succès pour qu’on ait pu lui » donner une préférence motivée. »
Quel rôle a joué la bronchite capillaire, appelée aussi bronchite ramusculaire, catarrhe pulmonaire profond, catarrhe suffocant, dans les cas où elle s’est manifestée ?
A mes yeux, voici ce qui s’est passé :
On sait la relation qui existe entre certaines affections du cœur et la production de la toux : aussi Lieutaud admettait-il que la bronchite capillaire dépend presque toujours d’une lésion du cœur, et qu’elle est idiopathiquement très rare pour le moins.
De son côté, le docteur Abercrombie pense que la maladie connue sous le nom d’angine de poitrine, dépend, pour la plus grande partie, sinon en totalité, des dérangements de l’action musculaire du cœur, et M. le professeur Ribes a fait ressortir, dans son Traité d’anatomie pathologique ,
1 influence des troubles nerveux et des lésions nerveuses sur la production de cette affection.
Toutes les causes signalées par ces auteurs recommandables se trouvaient réunies dans les cas qui nous occupent; les concrétions, par leur présence insolite, irritaient l’agent central de la circulation, déterminaient
des troubles nerveux, autant qu’elles gênaient mécaniquement ses mouvements, et enrayaient le cours du sang qui stagnait surtout dans les veines et les poumons. Tout ce concours d’accidents fâcheux est plus que suffisant, pour expliquer comment une toux convulsive pouvait s’observer chez les malades qui n’étaient pas atteints de bronchite, et comment la bronchite, chez ceux qui en étaient atteints, parfois plusieurs jours avant d’avoir été pris par les symptômes propres aux concrétions fibrineuses,
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pouvait revêtir les caractères du catarrhe sulïocant. Chez ces derniers, 1 affection bronchique primitive, ou concomitante, devait donc aux phénomènes morbides qui se passaient dans le cœur, d’une part, son caractère suffocant, de l’autre, une suracuité dans sa nature, au point qu’à l’autopsie on trouvait, dans un certain nombre de cas, des mucosités séropurulentes dans les bronches.
D’un autre côté, la tuméfaction de la muqueuse enflammée et la présence de ces mucosités, par la gène inévitable qui en résultait pour la respiration, augmentaient d autant les troubles que la formation des concrétions occasionnait. Deux affections étaient donc en présence, réagissant l’une sur l’autre, comme il arrive toujours; et en ce cas, cette réaction réciproque accélérait la rapidité de la marche de la maladie principale, car l’issue funeste arrivait le plus souvent en très peu de jours.
5e Série. — Concrétions fibrineuses entées sur diverses maladies. — Les hommes rangés dans cette catégorie, en traitement depuis plus ou moins de temps, pour diverses maladies, offrirent inopinément les symptômes de concrétions fibrineuses du cœur, qui vinrent les enlever, alors que rien dans leur état ne faisait prévoir une terminaison funeste si prompte.
Obs. i". Pleurite chronique et concrétions fibrineuses. — Germain, Cyprien, âgé de 22 ans, du 12e de ligne, entre à l’hôpital, le fi octobre 1840, pour une pleurite qui passa à l’état chronique, et amena un état de marasme prononcé. Il fut saisi par l’épidémie, le 12 janvier 1841, et succomba le 15.
N écropsie . Epanchement séro-purulent, fausses membranes, épaississesement des plèvres, concrétions fibrineuses dans les cavités droites et gauches du cœur.
Obs. ii. Hypertrophie du cœur et concrétions fibrineuses. — Alauzet, Pierre, âgé de 2G ans, d’un tempérament sanguin, sujet à des palpitations, entre à l’hôpital, le 25 décembre 1 840, présentant les symptômes suivants : Douleur précordiale; battements violents et tumultueux du cœur; bruit de soufflet, gène de la respiration ; commencement d’œdème.
Prescription : Diète, saignée du bras, de fiOO grammes, huit ventouses scarifiées sur la région du cœur; potion avec la digitale, tisane nitrée.
24. Le malade va un peu mieux, mais il est toujours bouffi. Continuation, de la digitale et des boissons nitrées. — Jusqu’au lur janvier, son état s’améliore peu; mais, le 2, il fut pris d’une dyspnée plus prononcée; le cœur battait irrégulièrement et faisait entendre un bruit de râpe.
Prescription : Saignée du bras qui, celte fois, ne produisit pas d’amélioration, et se couvrit d’une légère couenne fibrineuse; révulsifs aux membres inférieurs; six ventouses scarifiées à la région précordiale; boissons nitrées.
Le 5 janvier, l’état du malade empire de plus en plus; il y a orthopnée, matité à la région précordiale, bruit de cuir et de râpe; le pouls est filiforme, irrégulier; la face est violette; l’anxiété est extrême; l’anasarque
MALADIES CLIMATÉRIQUES
est générale; les extrémités sont froides, et la mort survient le 4 janvier.
JVécropsie. Infiltration séreuse générale, système veineux gorgé de sang; sérosité dans le péricarde; cœur plus volumineux que dans l’étal normal et distendu par des concrétions fibrineuses polypiformes fortement organisées, comme fibro-cartilagineuses, avec ossification du pourtour de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche, confondues avec la valvule mitrale, enlacées aux colonnes charnues du cœur dont elles occupent toutes les cavités presque entièrement, surtout à gauche, y adhérant dans plusieurs points, et s’irradiant par des prolongements dans les gros vaisseaux veineux et artériels.
Il est à présumer qu’une maladie déjà ancienne du cœur, constituée par un commencement d’hypertrophie et d’altération de la valvule mitrale, occasionnait les palpitations que le malade éprouvait depuis longtemps ; que, sous l’influence de la constitution épidémique, les concrétions polypiformes. augmentèrent l’obstacle de la circulation, et déterminèrent en grande partie l’anasarque, les phénomènes observés et enfin la mort du sujet.
Obs. ni. Tubercules et concrétions fibrineuses. — Baupoil, Lazare, âgé de 25 ans, du 12e de ligne, d’un tempérament lymphatique et d’une constitution moyenne, entre à l’hôpital, le 9 janvier 1841, pour une affection de poitrine assez obscure. Il tousse, depuis plusieurs mois, sans avoir été trop fortement fatigué ; mais depuis deux jours, il a une gêne considérable
de la respiration.
Le 10, tous les symptômes de l’épidémie de concrétions fibrineuses sont évidents, rien ne peut arrêter les progrès de la suffocation qui se terminent par la mort, le 13.
Nècropsie. Concrétions polypiformes dans les cavités du cœur; tubercules au sommet des poumons avec ramollissement de quelques-uns, mais pas de cavernes.
Il serait difficile, en ce cas, de méconnaître le rôle à peu près exclusif qu’ont joué les concrétions fibrineuses dans la production de la mort, car nul doute que cet homme, dans un milieu plus salubre, n’eût vécu peutêtre plus longtemps encore, avec cette phthisie commençante.
Obs. iv. Pneumonie et concrétions fibrineuses. ■ — Daumard, Pierre, âge de 21 ans, du fil'' de ligne, est apporté à l’hôpital, le 2fi décembre 1840, pour une pneumonie aiguë. Sous l’influence d’un traitement approprié, le malade paraît marcher difficilement vers une terminaison heureuse, jusqu’au G janvier; mais, le 7, la respiration devient plus pénible; douleur précordiale très vive, face violette, bruit de cuir dans le cœur, pouls irrégulier, suffocation imminente ; mort le 9.
Nècropsie. Hépatisation rouge en grande partie des poumons, concrétions fibrineuses dans le cœur, plus volumineuses dans les cavités droites.
Obs. v. Fièvre typhoïde et concrétions fibrineuses. — Marchand, Pierre,
âgé de 2 fi ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin et d’une constilu-
CLIMAT DE LyON.
don moyenne, entre typhoïde (t).
1 hôpital, le 28 décembre 4840, pour une fièvre
La maladie suivait ses diverses périodes, tenant toujours le malade en danger, lorsque au commencement de février, les symptômes de concrétions fibrineuses se déclarèrent chez lui et amenèrent la mort, le 9.
3 en (rpv te. Ulcérations d un grand nombre de plaques de Peyer, dont quelques-unes sont en voie de cicatrisation. Le cœur contient de volumineuses concrétions, a droite et à gauche, très tenaces et adhérentes aux colonnes charnues.
Obs. vi. Pieu ro-pn s u m o a ie cl concrétions fibrineuses. — Poyade, Claude, du où de ligne, âgé de 24 ans, d’un tempérament sanguin et d’une forte constitution, entre a l’hôpital, le 15 janvier 1841 , avec tous les symptômes d’une pleuro-pneumonie aiguë.
Prescription : Diète, saignée de (100 grammes (couenne fibrineuse assez prononcée), six ventouses scarifiées sur chaque côté de la poitrine; eau gommeuse, deux potions gommeuses, un looch. Cette médication ne fait que soulager momentanément le malade.
14. La respiration est extrêmement gênée. L’anxiété du malade est très \be, la lace est \iolette, le pouls irrégulier et précipité.
Prescription : Diète, saignée du bras, révulsif aux membres inférieurs •
boissons gommeuses. A la visite du soir, pas d’amélioration sensible • potion émétisée.
Létat du malade s’aggrave de plus en plus; il y a matité considérable dans toute la poitrine; râle muqueux et crépitant, bruit de cuir dans le
cœurdont les mouvements sont tumultueux, pouls filiforme, face cyanosée ;
poub veineux aux jugulaires. Le malade meurt dans la suffocation, quarante-huit heures après son entrée.
IVécropsie. Commencement d’œdème, hépatisation rouge des deux poumons, épanchement de sérosité dans les plèvres et le péricarpe, cavités du cœur, et surtout à gauche, remplies de concrétions fibrineuses pohpiformes, unies entre elles par les ouvertures de communication, enlacées par des fibrilles aux colonnes charnues.
Obs. vu. Méningite et concrétions fibrineuses. — Robert, François, âgé de 25 ans, est apporté â l’hôpital, le 8 janvier 1844, pour une méningite, dont rien ne modifie la marche. Le 9, dyspnée extrême, face cyanosée, pouls irrégulier et filiforme, mort le 10.
" Wécropsie. Épanchement séro-purulent dans les méninges, concrétions fibrineuses dans les cavités du cœur.
Obs. vm . Pieu ntl? et concrétions fibrineuses. - lloberl, Denis, âgé de 22 ans, d’un tempérament lymphalico-sanguin, du 12' de ligne, entre à 1 hôpital, le 2o décembre 1840, pour une pleurite qui, traitée par les antiphlogistiques, les révulsifs et un régime approprié, marchait vers une
(U C’élait un des derniers cas de celle s"r In garnison, en novembre e! décembre
fièvre qui 18 b).
venait de régner épidémiquemenl
MALADIES CLIMATÉRIQUES
terminaison heureuse. Le 10 janvier, il commença à offrir les symptômes des concrétions fibrineuses, et succomba le 14.
Nècropsie. Léger épanchement dans la plèvre du côté gauche; quelques adhérences du côté droit; concrétions fibrineuses dans les cavités du
Obs. ix. Hypertrophie du cœur et concrétions fibrineuses. — boue, Jacques, âgé de 24 ans, du 12' de ligne, entra à l’hôpital, le 29 décembre 1840, pour un anévrisme actif du cœur commençant, qui, depuis quelques jours. lui occasionnait des palpitations plus vives et des mouvements tumultueux. Le 10 janvier 1844, il présenta des symptômes manifestes de
concrétions fibrineuses qui amenèrent sa moit ié IG.
Nècropsie. Cœur plus volumineux et parois plus épaisses que dans 1 état normal, concrétions fibrineuses très tenaces dans toutes les cavités.
Obs x Pleuro-pneumonie et concrétions fibrineuses. — Chaffreix, Louis, àaé de 26 ans, du 55p de ligne, entra à l’hôpital, le 5 janvier 1841, pour une pleuro-pneumonie double qui parut s’améliorer, dès les premiers jours,
sous l’influence d’un traitement approprié. 3
Le 42, il présenta des symptômes de concrétions fibrineuses qui s accrurent graduellement, et amenèrent la mort le 17.
Nècropsie . Hépatisation rouge en divers points des poumons; épanchement dans les plèvres peu considérable ; concrétions fibrineuses plus
volumineuses dans les cavités droites.
Obs. xi. Fièvre typhoïde et concrétions fibrineuses. — Mathieu, Jean, âge de 21 ans, du 12e d’artillerie, fut apporté à l’hôpital, le 15 janvier 1841, avec des symptômes typhoïdes. Bientôt la dyspnée et les autres caractères de l’épidémie régnante se manifestèrent, et le malade succomba
le 20- , ^
Nècropsie. On trouva quelques ulcérations des plaques de Peyer, pies
de la valvule iléocœcale, et des concrétions très fortes et très adhérentes dans le cœur.
Obs. xu. Rougeole et concrétions fibrineuses. — Vindrier, Laurent, âge de 54 ans, du 51° de ligne, est apporté à l’hôpital, le 19 janvier 1841, pour une rougeole intense qui ne tarda pas à se compliquer de tous les symptômes des concrétions fibrineuses; il succomba trois jours apres son (3 II tr(3G •
Nècropsie. Toutes les cavités du cœur sont remplies de concrétions très tenaces et très adhérentes aux parois, qui offrent des traces dendo
cardite. . ,
Obs. xiu. Rougeole et concrétions fibrineuses (0. — Moreau, Louis, âge de 21 ans, du 12" de ligne, entre à l’hôpital, le 48 janvier 1841, pour une
(1 Des cas analogues ont été observés par M. Ménard, chez des enfants qui, durant une épidémie de rougeole à Lunel, en 1844, succombèrent brusquement dans les > de la suffocation, après avoir offert des palpitations et des mouvements umu ^ cœur, dans lesquels l’autopsie révélait des concrétions fibrineuses se prolongeant . gros vaisseaux. (Gazette médicale de Montpellier, 1845.)
CLIMAT DE LYON
rougeole bien caractérisée. Il est saisi bientôt par l’épidémie, et succombe, comme asphyxié, le 24.
ù\ èci opsie. Concrétions fibrineuses très tenaces et très volumineuses dans toutes les cavités du cœur, dont les parois offrent de légères traces d’endocardite.
Obs. xiv. Pneumonie double et concrétions fibrineuses. — Klein, Auguste, âgé de 25 ans, du 35« de ligne, entre à l’hôpital, le 10 janvier 1841,° pour une pneumonie double. Après quelques jours d’amendement, les symptômes de l’épidémie apparurent et s’accrurent jusqu’au 25, jour de la mort du malade.
Nècropsie. Mucosités abondantes dans les bronches, hépatisation iouge et grise d une grande partie des poumons, cœur presque rempli de concrétions fibrineuses.
Obs. xv. Pneumonie et concrétions fibrineuses. — Allier, Jean-François, âgé de 2 1 ans, du 12° de ligne, est apporté à l’hôpital, le lfr février 1841 , pour une pneumonie double, avec des symptômes de concrétions. Tout traitement devient inutile, et le malade meurt le 7.
Aeaopsie. Hépatisation rouge des deux poumons, mucosités dans les bronches, concrétions très tenaces, surtout dans les cavités gauche du cœur.
Obs. xvi. « Ballot, soldat au 12e d’artillerie, entra à l’hôpital, le 25 » décembre 1840, pour une colite aiguë; le 10 janvier, il était en pleine » convalescence; b la visite du matin, il se plaignit d’une douleur qui » s irradiait a la région du cœur, au milieu du dos; la respiration est » devenue difficile, les lèvres sont légèrement violettes, le pouls est » filiforme, toute la peau est froide. L’auscultation fait reconnaître un » léger bruit de borborygme dans le cœur; les rhythmes de ce dernier » semblent être a l’état normal ; langue saine.
» Prescription : Six ventouses scarifiées à la région précordiale, sina- » pismes aux cuisses et aux avant-bras, vésicatoires aux mollets ; boisson » délayante.
» Le soir, même état. On donne une potion éthérée pour la nuit et on
* renouvelle les sinapismes.
» 1 7. La dyspnée a augmenté, le malade a peu dormi ; il se plaint moins 1 de la douleur qu’il nous a accusé hier. On continue les boissons et une » potion avec bicarbonate de soude, 20 décigramines.
» 18. ballot est mort à une heure du matin.
» Autopsie. — Quatorze heures après la mort; état général du cadavre :
* maigreur, rigidité prononcée.
» Tète. — Rien à noter.
» Poitrine. — Poumons sains gorgés de sang.
* Cœur. — Concrétions rosées occupant toutes les cavités de cet organe
* et formant une espèce de réseau fibrineux (pii se continue jusque dans
* les carotides primitives. Endocarde sain.
» Ventre. — bien de remarquable. »
MALADIES CLIMATÉRIQUES
Les cas do celle série ont, pour la plupart, la plus grande analogie avec ceux dont MM. Bouillaud 0) et Legroux ont retracé l’histoire.
M. Bouillaud, frappé surtout de la fréquence des concrétions fibrineuses dans le cœur des individus qui succombaient aux pneumonies aiguës, avait cru devoir formuler la loi pathologique suivante :
« Des concrétions fibrineuses existent constamment chez les sujets qui succombent à une pleuro-pneumonie aiguë, franche et bien caractérisée, et parvenue à son troisième degré. » (Gaz. méd. 1845, t. xi, p. 270.)
Cette loi tendrait à faire jouer un rôle presque exclusif à l’influence des
maladies inflammatoires des poumons surtout, dans la production des concrétions du cœur. Or, nous ferons observer :
4» Que nos observations 5% 5% 11° et 16e font une frappante exception à celle loi, de même que les 7S et 8e observations relatées par M. Legroux (concrétions sanguines suppurées chez deux hommes atteints de phthisie pulmonaire) ;
2° Que non-seulement après et avant l’épidémie de Lyon, mais encore dans d’autres villes, nous n’avons pas eu occasion de rencontrer, pour notre part, des concrétions fibrineuses dans le cœur d’individus morts d’affections inflammatoires et de pneumonies en particulier. Nous avons trouvé de simples caillots, mais non pas des concrétions essentiellement fibrineuses, compactes, coriaces et volumineuses au point de remplir a peu près toutes les cavités de cet organe, comme celles dont nous venons
de parler.
Réflexions sur l’épidémie de Lyon. 1840-1841. — Les cas de concrétions fibrineuses que nous venons de relater, dans nos trois séries d’observations, se sont présentés, de la fin de décembre 1840 à la fin de février 1841 , constituant ainsi un fait inouï dans les annales médicales, à savoir : le règne épidémique d’une affection qui, jusqu’ici, ne s’était révélée, que par cas isolés, à l’attention de ceux qui voulaient bien ne pas nier systématiquement son existence.
Cette redoutable épidémie sévit spécialement sur les militaires de la garnison, car nous n’avons pas eu la preuve qu’elle ait manifestement exercé son influence sur la population lyonnaise. Elle surprenait indistinctement l’homme malade, le convalescent, comme le soldat vigoureux dans l’exécution de son service, apparaissant ainsi tantôt comme affection concomitante ou intercurrente, et tantôt se montrant dans toute sa simplicité, comme chez les hommes de notre première série, qui, saisis inopinément (2), mouraient asphyxiés par le seul fait du développement de concrétions fibrineuses dans les cavités du cœur.
Le summum d’intensité exerça ses ravages au milieu de janvier 1841, car il y eut six décès le 16 de ce mois. Nous parlons exclusivement de
(1) Traité clinique des maladies du cœur, l. II, p. 591, Appendice.
(2) L’invasion étail si brusque, que. nous reçûmes des hommes apportés sur des brancards et qu’on venait de relever de faction.
CLIMAT DL LYON
l’intensité de l’épidémie, eu égard au nombre des malades; car, pour l’acuité de la maladie, elle fut toujours au même degré, c’est-à-dire jusqu’au bout mortelle, chez tous ceux qui en offrirent évidemment les symptômes, à l’exception d’un cas sur lequel nous reviendrons.
Je dis tous ceux qui en offrirent évidemment les symptômes, car nous avons été autorisé à conclure que le même génie épidémique qui révélait son action funeste sur les hommes dont nous rapportons les observations, agissait aussi sur les autres malades, vu la marche pénible, irrégulière, peu franche de la convalescence des diverses affections qui avaient motivé leur séjour à l’hôpital.
Voici un extrait du rapport que les officiers de santé en chef adressèrent au conseil de santé des armées, au sujet de l’épidémie qui nous occupe, inséré dans le Mémoire, de médecine , de chirurgie et de pharmacie militaires, t. ni, p. 65.
« Nous observons, en ce moment, une maladie sinon mortelle, du moins très rare en temps ordinaire, qui se multiplie depuis vingt à vingt-cinq jours, au point de nous faire craindre qu’elle ne devienne épidémique. 11 ne s’agit de rien moins que- de concrétions fibrineuses fortement organisées, qui se développent dans les cavités du cœur, en se prolongeant dans les gros vaisseaux, concrétions dont on peut suivre le développement par les symptômes qu’elles produisent, au point qu’au jourd’hui nous pouvons diagnostiquer cette terrible maladie, et pronostiquer la fin prochaine des sujets et l’existence de ces corps étrangers, d’une manière à peu près certaine.
« Le pouls est petit, vite, précipité, irrégulier, et semble le produit
d’un jet continu, entretenu par la contraction, pour ainsi dire permanente, du cœur, qui ne donne, le plus souvent, qu’un bruit tumultueux et confus. En même temps, la respiration paraît des plus laborieuses, et cependant l’air entre facilement dans les cellules pulmonaires, puisque les parois du thorax s’élèvent même plus que de coutume, et que leur sonorité est parfaite; les malades n’en sont pas moins étouffés, ils éprouvent le besoin sans cesse renaissant de respirer, parce que l’hématose est à peu près nulle : aussi, semblables aux asphyxiés, offrent-ils les lèvres violettes et un teint cyanosé; en même temps ils ont les yeux hagards, une agitation et, une inquiétude inexprimables; les plus funestes pressentiments les tourmentent avant leur mort qu’ils regardent comme certaine; si on les' interroge sur le siège de leur maladie, ils portent la main sur le cœur et vous disent qu’ils étouffent ; il n’y a jamais, ou du moins bien rarement, le plus léger trouble dans les fonctions intellectuelles, et s’il survient parfois un faible'délire, ce n’est qu’aux approches de la mort.
« En moins de vingt-quatre jours, il y a eu douze cas bien caractérisés, chez des jeunes gens forts, vigoureux et n’ayant aucune maladie à laquelle on puisse rapporter une mort aussi prompte que cruelle : car les sujets sont souvent enlevés dans les vingt-quatre heures, au milieu d’une anxiété très grande et par su i le de l’arrêt mécanique de la circulation (20 janvier.)
MALADIES CLIMATÉRIQUES
Celle funeste maladie, loin de se ralentir, ne fait que multiplier de plus en plus ses victimes, au point de nous faire croire qu’elle est réellement sous l’influence de la constitution médicale; non-soulement elle se montre dans son effroyable simplicité avec les seuls symptômes qui la caractérisent, mais elle complique en ce moment la plupart des autres maladies qu’elle termine brusquement, au moment même où l’on s’y attend le moins »
(Plus tard). « Le dernier cas que nous avons observé s’est présenté vers la fin de mars, et depuis lors nous explorons en vain les cavités du cœur, nous n’v trouvons plus de traces de ces corps anormaux. »
MM. les rédacteurs des mémoires ajoutent : « Les autopsies faites en grand nombre, par MM. les officiers de santé en chef de l’hôpital militaire de Lyon, en présence de médecins civils et d’un grand concours d’élèves, ont prouvé l’existence des concrétions fibrineuses chez tous les sujets qui en avaient offert les symptômes, et ces concrétions différaient entièrement des caillots que l’on sait se former après la mort. » « La mort désorganise tout et n’organise rien, dit M. Pevsson (0, et ces concrétions étaient dures, consistantes, plastiques, adhérentes et véritablement organisées. » Nous avons des échantillons de ces concrétions envoyées au conseil de santé, et nous avons pu constater leur consistance très grande, leur cohérence entière, les fibrilles imbriquées qui caractérisent la fibrine coagulée, etc.®
Anatomie pathologique. — Aspect, dispositions, formes, structure, altérations. — Époque de formations des concrétions fibrineuses. ■ — Il serait presque impossible de décrire toutes les bizarreries de formes des concrétions qui ont été notées par les observateurs, et dont Joseph Franck fait une très large énumération.
Laënnec les divise en récentes et anciennes. M. Legroux en admet de longues, de courtes et de membraneuses.
M. Bouillaud subdivise la deuxième espèce de Laënnec, en celles qui ont subi un premier degré d’organisation et celles qui sont parfaitement organisées, qui se pénètrent de vaisseaux et sont ainsi greffées sur des parties vivantes.
Une concrétion idiopathique formée pendant la vie, dit M. Blaud, offre une couleur blanchâtre et ne contient, dans son tissu, aucune molécule colorante de sang.
Quant à leur degré de consistance, on lit dans le Compendium de médecine (cœur, pathologie) : Depuis l’étal gélatiniforme, on trouve des différences nombreuses.
M. Rokilansivi, de Vienne (-): admet trois formes principales affectées par les caillots du cœur :
1° Concrétions fibrineuses en masses irrégulières, remplissant plus ou moins les cavités du cœur; 2' végétations sarcomateuses, fongueuses, con-
(1) Alors médecin on chef, cl dont nous devions trop loi déplorer la perle.
(2) Gazelle médicale, 18tl, I. ix, p. 187.
CLIMAT DE LYON
dylomateuses, pouvant se développer à la suite de l’endocardite, et aussi sans que cette maladie ait existé; 3° des végétations globuleuses formées par des concrétions arrondies.
Pour nous qui, pendant l’épidémie de Lyon, n’avons eu à observer que des cas où les concrétions fibrineuses se sont rapidement formées, voici ce que nous avons trouvé : Dans la plus grande partie des cas, le cœur était véritablement obstrué. Qu’on se figure une couenne fibrineuse, volumineuse, façonnée aux cavités de cet organe, se prolongeant dans les gros vaisseaux, et s’attachant aux piliers du cœur par des filaments ou fibrilles, ayant un aspect blanc mat ou gris, une consistance cartilagineuse, résistant au scalpel, une disposition à couches concentriques marquée dans quelques cas, et le plus souvent d’un seul bloc compact, sans stratifications, à surfaces plus ou moins sillonnées par les dernières ondées du torrent circulatoire, et ou aura une idée de ce qu’étaient les polypes qu’on rencontrait invariablement, chez tous ceux qui en avaient offert les symptômes.
Une espèce de collet, bouchant à peu près complètement les orifices auriculo-ventriculaires, unissait les lobes contenus dans les oreillettes a ceux des ventricules. On jie trouvait, dans leur intérieur, ni sérum, ni traces de globules rouges; toujours la coagulation de la fibrine se présentait avec les caractères indiqués, lors même qu’elle s’effectuait sur des malades atteints d’affections les plus diverses.
Les adhérences des concrétions aux parois du cœur s’étaient opérées, le plus souvent, par des vrilles fibrineuses, enlacées aux colonnes charnues, et quelquefois au moyen d’espèces de fausses membranes. Anciennement, ce caractère avait été noté. Panarole, rapporte Senac, en a vu de tellement attachées aux ventricules, qu’on ne pouvait les en séparer, et Rivière en a rencontré de si dures, qu’on ne pouvait les déchirer par 1 effet des mains.
Nous n’avons jamais trouvé d’altérations pathologiques dans l’intérieur des concrétions, telles que leur fonte purulente, leur dégénérescence cancéreuse, cérébriformes, notées par quelques auteurs, sans doute parce que, la mort étant survenue toujours rapidement, leur formation étant trop récente. Donc, quel que puisse être le siège des diverses altérations, cela doit être admis comme possible et vrai, lorsque des auteurs recommandables affirment l’avoir vu; mais cela n’a rien d’absolu, et on ne doit pas y attacher une trop grande importance.
M. Forget, de Strasbourg (Clin, méd ., 1845) (U, parle d’une concrétion accolée à la paroi externe du ventricule gauche, de la grosseur d’une baie de raisin, formée par une espèce de kyste fibrineux, rempli de pus crémeux, et dont les racines filandreuses étaient imbriquées dans les colonnes charnues.
1) Gazelle médicale, ir l it), 1840.
(2} Idem, 9 mai.
MALADIES C L IM A T É U I Q U li S ,
Dans le service de C. Broussais, un soldat de 2 2 ans mourut subitement, après avoir éprouvé quelque dyspnée, le 26 avril 1846, à son 70'* jour d’hôpital, pour une bronchite et le scorbut. A l’autopsie, pratiquée vingthuit heures après (parM. Fleury), on trouve deux caillots fibrineux delà grosseur d’une noisette, légèrement agglutinés à l’endocarde et suppurés à l’intérieur (2).
Quelle était l’origine de ce pus? Pour nous, sans énumérer toutes les hypothèses qui ont été nécessairement émises sur ce point, telles que la formation ou le transport de ce pus dans le cœur, son encâpuchonnement ultérieur par de la fibrine, etc., nous ler considérons comme un produit pathologique développé au sein d’un produit pathologique lui-même.
Quant à la signification de sa présence, l’on a dit que c’était un sûr moyen de reconnaître que les concrétions s’étaient formées pendant la vie.
Je répondrai à cela que la présence du pus n’a rien de constant ni de nécessaire; que de très anciennes concrétions peuvent n’en point contenir; que, d’ailleurs, serait-elle constante, tout au plus pourrait-on l’invoquer, si l’on avait à former la conviction de gens étrangers à la science, auxquels il faudrait faire toucher matériellement l’évidence du bout du doigt pour un cas de médecine légale, par exemple. Mais pour le médecin, ne seraitil pas déplorable d’avouer qu’il lui faut une vérification nécropsique, pour affirmer qu’il y a formation de polypes, avant ou après la mort, chez tel malade qu’il aurait à soigner? Ne serait-ce pas déclarer son incompétence en diagnostic et l'impuissance de son ministère, et n’est-ce pas dans la symptomatologie qu’il doit, avant tout, puiser sa conviction?
Je le demande, alors que des hommes, bien portants jusque-là, étaient pris subitement de gène dans la respiration, comme dans les cas de notre
première série surtout, sans symptômes d’affections préalables ou concomitantes du cœur ou des poumons; alors que la dyspnée allait croissant avec tout le cortège des troubles de la circulation, jusque-là l’asphyxie par suffocation, qui eût douté de ce qui se passait? Qui n’aurait compté et exactement évalué, au chronomètre des symptômes, les diverses périodes
de formation des polypes qui arrêtaient le torrent circulatoire? Il n’y avait pas à s’y tromper; à coup sûr, on portait un diagnostic que trop constamment l’autopsie venait confirmer. Pouvait-on alors songer à demander d’autres preuves de la formation de ces polypes pendant la vie?
C est probablement encore, parce que la formation de ces concrétions était récente, que nous n’avons jamais vu de réseau vasculaire sanguin, même dans les concrétions fortement adhérentes, et d’une consistance telle que le scalpel criait en les incisant. D’ailleurs, j’avoue que, comme celle du pus, la question de vascularité n’est (pie secondaire ici. Je trouve que la coagulation de la fibrine dans le cœur, portée au point d’arrêter la circulation et d’amener l’asphyxie, sans autres lésions susceptibles de rendre raison des symptômes et de la mort, est un fait qui tombait sous le sens, de visu, chez les malades dont nous avons retracé l’histoire. Qu’à la longue les fausses membranes qui ont amené des adhérences, et peut-être les con-
Climat de lVoN.
crétions elles-mêmes, puissent se pénétrer de vaisseaux, il n’y a rien là d impossible théoriquement, mais aucune démonstration rigoureuse n’en a été matériellement donnée jnsqu’ici (1).
Et puis, combien de (issus dont il ne serait pas possible de démontrer l’organisation par une vascularité apparente! Voit-on des vaisseaux à l’intérieur d un tendon? en voit-on sur le disque d’un fîbrocarlilage intervertébral, avec lequel la plupart de nos concrétions avaient une ressemblance si grande de couleur, de ténacité, déstructuré? Senac disait à ce sujet : « A n’en juger que par les apparences, on dirait que les polypes ne sont pas des concrétions fortuites, on croirait que leur tissu est un tissu organique; la forme extérieure en a tellement imposé aux yeux, qu’on s’est imaginé qu’il y avait dans ce tissu des vaisseaux sanguins. » M. Manget n était pas désabusé de ce préjugé qui a mérité la censure de M. Morgagni.
M. Rokilanski, après avoir établi les trois espèces de formes citées, ajoute : Aucune de ces concrétions adhérentes à l’endocarde ne présente des traces d’organisation à l’intérieur. Enfin, dans l’observation que 31. Choisy a citée pour type du polype vrai formé pendant la vie, et qui devait dater de dix-sept ans, d’après les symptômes observés, il n’est nullement question de vaisseaux aperçus dans sa substance. Bien plus, Meissner, qui passe pour avoir fait un traité très complet sur les polypes
en général, dit que, dans aucun, il n’existe de véritables vaisseaux sanguins.
Du reste, s’il fallait des preuves de la formation de ces polypes avant la mort, purement matérielles et du ressort de l’anatomie pathologique, nen trouvions-nous pas une péremptoire et incontestable dans le volume! la cohésion et la couleur des concrétions que nous avons rencontrées? Supposons que l’organe, primum rivens ultimum moriens , pût brusquement cesser ses contractions, à l’instant d’une mort subite, et que le saim se coagulât dans ses quatre cavités distendues comme dans un vase inerte à coup sûr, quelque plastique que fût ce liquide, on trouverait tout au plus une couenne à la surface de caillots rougeâtres, contenant les globules et nageant dans une certaine quantité de sérum. Donc quelle que soit la quantité de sang qui puisse se coaguler dans le cœur après la mort, il n’y aura jamais possibilité de rencontrer dans les cavités dés concrétions de fibrine aussi volumineuses, aussi tenaces, aussi blanches, aussi dépourvues de globules rouges et de sérosité que celles que nous avons signalées, qui n’ont été extraites, que d’une masse de sang très considérable, et par conséquent, durant le cours de ce fluide, c’est-à-dire pendant la vie!
Mais nous le répétons, les symptômes, mieux que tout le reste, démontrent la véritable époque de formation de ces terribles produits qui provenant d’une modification pathologique du sang, croissaient par l’addition
> \ L’opinion émise, sur ce point par AI Uidaull, est que la prHeÈue organisation des • ""ois du cœur se fait par une madère pseudo-membraneuse, sans que la fibrine coa-ulco
paru sse y participer autrement que comme trame d base de ce travail (Arch nm cln nicde-inc, 1847.) J ' H
successive de nouvelles couches, et répon circulatoires et respiratoires observés.
daient si exactement aux tro
ubles
Nature de ces concrétions. — La dénomination que nous avons adoptée indique la substance qui a été la base principale, sinon exclusive de ces productions pathologiques; ce que nous avons déjà dit confirme notre manière de voir sur le rôle de la fibrine, et ce que nous allons ajouter la corroborera.
Malpighi disait : Ces polypes ne sont d’autre substance que de couenne inflammatoire. D’après Senac, ils seraient constitués par la substance blanche ou lymphatique du sang; car, disait-il, ce fluide est composé de deux substances : l’une est rouge, ce sont les globules rouges ; l’autre est blanche ou lymphatique, qui en se séparant des premiers et se condensant, forme les polypes. Il indique que, pour séparer celte substance, il faut battre le sang ou laver le caillot.
On ne saurait évidemment admettre qu’un principe du sang, autre que la fibrine, pût donner naissance à ces produits anormaux; on sait que le sérum, composé d’albumine surtont, et contenant quelques matières grasses, colorantes et inorganiques, ne se coagule qu’à 75°; que les globules, composés d’hématosine et de corpuscules albumineux, ne peuvent eux-mêmes se coaguler sans le secours de la fibrine ; qu’enfin la fibrine seule est l’élément du sang spontanément coagulable. Le passage ci-api ès de M. Andral (réponse aux objections de l’analyse du sang, page 4), vient à l’appui de ce que j’avance, tant pour l’existence des concrétions que pour leur composition; la propriété d’éprouver la coagulation spontanée est l’apanage de la fibrine; c’est en vertu de cette propriété que la fibrine joue le rôle principal dans le phénomène de la solidification du sang, forme le canevas de la partie du sang extrait par la saignée, connue sous le nom de cruor, de caillot, d’insula, et sert de trame à ces nombreuses concrétions si diverses de forme et de couleur, qui se montrent dans le système cii dilatoire, soit après la mort, soit même pendant la vie , dans quelques circonstances particulières.
État du sang. — Le sang, qui fut tiré de la veine, offrit constamment le caractère spécial de se coaguler immédiatement, en offrant une consistance remarquable. Les mailles de la fibrine emprisonnaient tout instantanément, globules et sérum; puis le suintement du sérum s opérant graduellement, il restait un caillot très volumineux, très épais, très consistant, mais à la surface duquel il n’y avait jamais cette forte couenne fibrineuse qu’on trouve dans les saignées des pneumoniques. La raison de ce phénomène se trouve dans le fait énoncé : l’instantanéité de la coagulation fibrineuse ne permettait pas aux globules de se précipiter ; ds> étaient retenus à la partie supérieure en aussi grande proportion que dans le fond ou l’intérieur du caillot, masquant ainsi la surface des. saignées qui, sans cela, eussent paru couenneuses sans doute. La couenne
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était donc plutôt masquée qu’elle ne manquait. Nul autre élément que la fibrine ne pouvait produire la coagulation des saignées, et cette coagulation était immédiate et complète; l’état hyperfihrineux du sang, présumable pour ce fait dans le cours de la maladie, semblait démontré, après la mort, par les masses polypeuses qui, du moins, ne laissaient aucun doute sur la séparation de la fibrine des autres éléments.
A l’autopsie, le sang, examiné dans les troncs veineux, offrait cette particularité remarquable d’être fluide, et on aurait dit à son état normal. Le sérum et les globules étaient parfaitement mélangés et avaient l’aspect du sang qu’on a soumis au battage. C’était, en effet, du sang défibriné, tant l’élément fibrineux, ou la plus grande partie, du moins, s’était aggloméré dans les cavités du cœur et à l’origine des gros vaisseaux.
Nous donnons ces caractères^ tirés de l’examen physique du sang, comme ayant une valeur clinique préférable aux données de l’analyse chimique : l’aspect du sang seul, et surtout des concrétions, indiquait mieux le rôle de la fibrine que ne l’aurait fait l’analyse chimique, qui tend à confondre en une seule les trois substances si différentes physiquement, le sérum, les globules et la fibrine. Berzélius, en effet, les désignait collectivement sous le nom des parties albumineuses du sang (1).
A l’observation qu’il eut été intéressant de connaître les quantités relatives des éléments du sang des saignées, nous répondons que, pour fournir pareilles données, force est bien d’attendre que la science soit faite à cet égard. Comment, en effet, donner des résultats quantitatifs rigoureux sur les éléments du sang malade, quand les chimistes les plus distingués ne sont encore d’accord, ni sur les proportions, ni même sur le nombre des éléments du sang à l’état normal. Diverses analyses, variant toutes les moyennes quantitatives, oscillent entre vingt-six et quarantecinq éléments. Ce qui a fait dire aux auteurs du Compendium : « Il est » regrettable que, sur ce point, la science n’ait encore enregistré que des » opinions contradictoires. »
Nous ajouterons cependant que ces chiffres différents infirment moins la valeur dés recherches par lesquelles ils ont été obtenus, qu’il ne démontrent que peut-être la constitution, le tempérament, le sexe, l’àge, etc., font varier, selon les individus et les circonstances, la composition du sang, même à l’état physiologique.
Du reste, nous prions le lecteur de ne point oublier que ce n’est pas au point de vue des éludes hématolpgiques, qui ont reçu une nouvelle impulsion depuis l’époque où nos observations ont été recueillies, (pie nous envisageons notre sujet. Le problème dont nous entreprenons la solution, c’est de démontrer l’existence idiopathique des concrétions fibrineuses du cœur, limitant ainsi notre tâche à l’introduction dans l’édifice nosologique d’une espèce (pii n’a guère que les honneurs du péristyle.
d) Disons cependant, qu’en opposition avec l’opinion de lîerzcfus, soutenue aussi par •VU Licbijç, Denis, Andral cl Gavarrrt, MM Dumas et Caliours avancent que la Pbrino différait de l’albumine par plus d’azote et moins de carbone.
MALADIES C L I M A T É lll Q LES.
Etiologie ci mode de formation . — .1. Franck fait jouer un grand rôle à l’état inflammatoire du sang, dans la formation des concrétions fibrineuses.
Kreysig les considère comme une sécrétion morbide de la membrane interne du cœur.
Laënnec dit que ce n’est pas chez les sujets jeunes, pléthoriques, pleins de vie et éminemment disposés à l’orgasme inflammatoire, que se forment tout à coup les concrétions polypiformes dans le cœur. ( Gazette med., t. xi, p. 270.)
M. Andral, dans une note sur l’étiologie des concrétions, dans 1 ouvrage de Laënnec, admet, dans certains cas : 1° des conditions toutes particulières du sang, des altérations spéciales ; 2n des causes mécaniques; 5° l’inflammation de la membrane interne du cœur surtout.
M. Legroux place aussi des causes mécaniques à côté des causes vitales.
« Quant aux causes, dit M. Bouillaud, elles dépendent des conditions purement physiques ou mécaniques, qui s’opposent au cours du sang, ou bien de l’effet de causes qui agissent chimiquement, du pus, par exemple. » Le même auteur, frappé surtout de la fréquence des concrétions fibrineuses dans le cœur des individus qui succombent aux pneumonies aiguës, a cru devoir formuler la loi pathologique suivante : « Des con- » crétions fibrineuses existent constamment sur les sujets qui succombent » à une pleuropneumonie aiguë franche et bien caractérisée, parvenue à » son troisième degré. » ( Gazette méd ., 1845. t. xi, p. 270.)
M. Ilope, qui admet la stase sanguine comme cause des concrétions, puise des arguments contre l’inflammation dans l’état de cacochymie des individus qu’elle a affectés. Une autre opinion admet que les concrétions se forment d’abord, irritent les parois du cœur avec lesquelles elles finissent par contracter des adhérences.
On lit, dans le Compendium de médecine : « Les causes des concrétions doivent être cherchées dans le sang lui-même, ou dans les parois qui les renferment . » Personne ne conteste aujourd’hui les altérations du sang, et en particulier, la tendance qu’il présente à se concréter....
M. Rokilanski ( lue . cit.) émet la même opinion, le sang peut être altéré par une dyscrasie spontanée, ou par l’absorption de quelque principe délétère qui le rend plus coagulable.
M. Pigeau, après avoir signalé la stase du sang, sa plus grande plasticité, la prédominance de certains éléments, leur dissociation, l’inflammation du sang, ajoute avec raison : Plus on étudiera ce sujet, et plus on verra (pie jusqu’ici on s’est trop arrêté aux causes mécaniques, et qu’une large part doit être faite aux causes dynamiques ou vitales, dans la production des concrétions sanguines, et l’on reconnaîtra l’insuffisance des caractères physiques pour les différencier.
Outre les divergences d’opinions, on a lieu de s’étonner que plusieurs de ces auteurs mentionnant les altérations spéciales du sang, placent tout
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à côté la stase sanguine, par exemple. Sénac avait déjà dit à ce sujet : le repos où la cessation du mouvement progressif du sang ne sont que des
conditions favorables ; il faut donc s’attacher à une cause inconnue,
comme à un fait avéré, mais dans quel cas une telle cause déploie-t-elle son action ?
Revenons à l’épidémie de Lyon : La constitution médicale de 1840 fut très mauvaise. Parmi les maladies qui occasionnèrent un encombrement à l’hôpital, au point de nécessiter l’ouverture de salles militaires dans l’hospice civil de la Charité, nous citerons surtout la dyssenterie et la fièvre typhoïde qui régnèrent épidémique ment, la première, pendant la saison chaude, et la deuxième, en automne. Ce fut la même année (novembre 1840). qu’eurent lieu les trop fameuses inondations. Au milieu de ce concours de fâcheuses circonstances, six cents jeunes soldats environ incorporés dans les divers régiments de la garnison. On comprend que les grandes intempéries de l’époque, l’alimentation toute nouvelle, toute dilïérente de celle que la plupart de ces jeunes gens avaient dans leur famille; les fatigues qu’éprouve le soldat dans cette garnison difficile; le passage subit du ciel des départements du Midi dans l’atmosphère épaisse, humide et froide de Lyon, durent vivement les impressionner, alors surtout qu’une partie de ces nouveaux venus s’exposaient à des écarts de régime, et que d’autres étaient sous le poids d’affections nostalgiques plus ou moins prononcées. Ces circonstances durent avoir une influence pathogénique bien marquée, car nous avons vu que ce fut exclusivement sur les recrues, que sévit l’épidémie. La moitié des morts, en effet, provint de de ces six cents soldats, alors que la garnison était de douze mille hommes.
Cependant, à d’autres époques, d’autres soldats s’étaient trouvés dans dès conditions analogues, en apparence du moins, et pareille épidémie n avait pas éclaté : il faut donc reconnaître que les circonstances que nous avons mentionnées n’étaient que des causes prédisposantes, augmentant d’une part lasusceptibilité et l’impressionnabilité de certains organismes, et de l’autre, favorisant l’action du génie de la constitution médicale. De là, n’est-on pas autorisé à conclure que le ?o 0îiov d’Hippocrate, exerça sa luneste influence sur ces individus spécialement disposés par le changement de milieu, par un changement qui a intéressé particulièrement les fonctions digestive et respiratoire; que le système vivant, profondément modifié (1), eut pour effet premier de produire un état pathologique du sang, consistant en une augmentation de la quantité de fibrine, consistant surtout en la tendance de cet élément à se séparer des autres.
Cette tendance se décélait par la coagulation de la fibrine, qui forma plus spécialement des concrétions dans les cavités du cœur, à cause de la masse sanguine qui s’y meut, et y est si énergiquement agitée en sens opposé par un véritable battage. Celte cause mécanique, nulle chez
(I; Burdacli admet que l’exaltation vitale du sang produit l’excès de la fibrine.