‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 171 sur 215 · M A L A D I E S C L I M AT KHI QU ES · texte numérisé non relu

M A L A D I E S C L I M AT KHI QU ES

l’homme en santé, produisait un effet désastreux sur un sang essentiellement malade. Dès lors, arrêt plus ou moins prompt des deux grandes fonctions de la circulation et de la respiration, et cessation de la vie le plus souvent avec une rapidité effrayante.

On pourrait objecter que, dans les bronchites capillaires, il y a difficulté de respirer, par suite de la nature même de l’affection suffocante, d’où arrêt plus ou moins prononcé de la circulation, et formation de polypes dans le cœur. Nous avons déjà fait la part de la bronchite capillaire comme cause adjuvante, mais il est impossible de la regarder comme cause première, surtout si l’on réfléchit que, chez le plus grand nombre des malades, cette affection manquait, ainsi qu’il appert de nos observations. Mais d’ailleurs, si l’on invoquait la gêne de la respiration, sans tenir compte de l’état du sang, nous demanderions comment il se fait que, dans certains accès d’astlime, rien de pareil n’a lieu. Et si la stase sanguine avait l’influence qu’on lui attribue, toute syncope, toute asphyxie, toute léthargie, serait nécessairement mortelle, car si, dans ces cas, l’action du cœur n’est pas abolie, comme les recherches de M. Bouchut tendraient a le faire admettre, du moins le cours du sang est-il ralenti, au point de paraître suspendu, en même temps que l’acte respiratoire semble anéanti. Jamais alors la formation de concrétions fibrineuses dans le cœur ne devrait manquer. Or, je le demande, l’expérience de tous les jours ne prouve-t-elle pas le contraire? Que deviennent donc ces prétendues causes qui, même pour ceux qui les admettent, ne sauraient être que des exceptions ?

Ces mêmes réflexions s’appliquent à la scarlatine, aux pneumonies, aux

maladies du cœur, etc.

Qu’on ne nous taxe pas, au sujet de nos vues étiologiques, de partialité, en faveur de tel système, plutôt que tel autre; nous aimons la vérité partout où elle est, et c’est assez dire que nous ne sommes pas exclusif. Du reste, ne concilions-nous pas toutes les doctrines, en disant que le système vivant est modifié dans son ensemble, et qu’il le montre spécialement dans le sang? Celui-ci est altéré dans sa constitution ; ses éléments tendaient à se dissocier et à réaliser certaines prédominances. L’état pathologique est un fait, intéressant à la fois les solides et les humeurs; et la fibrine, cet élément du sang spontanément coagulable, donne lieu à des concrétions qui deviennent corps étrangers et produisent dans les milieux,

où ils ne sauraient être tolérés impunément, des accidents funestes. Les phases de l’évolution morbide des concrétions fibrineuses du cœur sont donc celles-ci : lésions vitales, première altération, source de toutes les autres: lésions humorales, effets secondaires; lésions matérielles solides,

effets tertiaires; modification profonde ou destruction de la vie, résultat final. Cette opinion nous paraît avoir tout à la fois l’avantage de formuler la signification vraie des faits que nous venons d'exposer, et d’être en rapport exact avec ces paroles dont nous reconnaissons la haute philosophie : « Notre siècle a lié, par un pacte fécond, le solidisme, l’humorisme et le

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» dynamisme, triple lace de la science qui comprend l’homme à l’état sain » et à l’état malade » 0).

Symptômes et diagnostic. - Sénac, après avoir parlé d’un grand nombre de symptômes des concrétions du cœur, finit par cette réflexion dont on a lieu de s’étonner : « On voit par là que, de tous les effets que produisent les polypes, il n’y a que l’inégalité variable du pouls qui puisse nous faire soupçonner leur existence. »

» Lorsque les battements du cœur jusque-là réguliers, dit Laënnec, deviennent tout à coup tellement anormaux, obscurs et confus, qu’on ne peut plus les analyser, on peut soupçonner la formation d’une concrétion polypifonne. » Et il ajoute : « Si le trouble n’a lieu que d’un seul côté du cœur, la chose est à peu près certaine. »

Cette réflexion parait un peu subtile; quoi qu’il en soit, nous n’avons pas pu nous servir de ce symptôme, les concrétions s’étant formées dans toutes les cavités.

Entre autres symptômes, M. Bouillaud désigne les suivants : battements tumultueux du cœur, avec obscurité et, pour ainsi dire, matité des bruits qui les accompagnent, ou bruit de soufflet tantôt simple, tantôt peut-être sibilant; bruit de piaulement dans un cas.

« Un signe pathognomonique, dit M. Legroux, est la diminution ou l’absence du son, dans une ou plusieurs cavités du cœur. »

Ce n’est pas en procédant par voie d’isolement, en s’adressant à tel ou tel signe plutôt qu’à tel autre qu’on trouvera le véritable caractère de l’alfection qui nous occupe, mais bien en les groupant.

Lorsque la maladie était dégagée de toute complication, et c'était le cas le plus ordinaire, le malade éprouvait une gêne considérable de la respiration et une douleur précordiale marquée; il n’y avait alors ni céphalalgie, ni toux, ni expectoration, ni fièvre, ni enfin tout autre signe qui put faire présumer un état inflammatoire ou catarrhal. La faiblesse du pouls augmentait constamment et avec les progrès de la dyspnée; il y avait toujours un rapport parfait entre ces deux phénomènes. Enfin la circulation sensible avait déjà entièrement cessé, que les mouvements respiratoires continuaient à s’exécuter pendant quelques instants. Le malheureux succombait suffoqué, en conservant jusqu’au bout l’intégrité la plus complète de ses facultés intellectuelles (2).

La présence des concrétions simultanées dans les cavités droites et gauches du cœur, ne nous a permis de constater des différences de bruits

(1) M. Amiral, Hématologie palholoyique.

(2) Liant de garde, nous fumes plusieurs fois témoin des scènes déchirantes offertes par ces agonisants qui n’avaient pas même la ressource de mourir en délire. L’un d’eux, tourmenté par I anxiété la plus vive, l'orthopnée la plus prononcée, et que nous cherchions à rassurer, pendant que nous lui faisions prendre une potion antispasmodique, nous

répondit à voix entrecoupée: «Oh! c’est inutile , avant une demi-heure je serai

mort. ...» Ces désespérantes paroles, qui ne tardèrent pas à se réaliser, ne nous étaient pas nécessaires pour être convaincu et désolé de notre impuissance.

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et de sons stéthoscopiques telles, que nous ayons pu sûrement établir la priorité de formation. Toutefois, on supposera avec raison que l’obstacle sera plus voluminenx dans les cavités gauches du cœur, quand le regorgement sanguin portera et sur le système veineux et sur les pommes surtout, que l’anxiété et l’orthopnée seront au plus haut degré, et la marche de la maladie très rapide. On comprend, d’autre part, que les symptômes arriveront moins rapidement à leur paroxysme, si les cavités droites seules étant obstruées, les poumons peuvent se décharger dans l’oreillette gauche de la quantité plus ou moins faible de sang qui peut leur arriver encore par l’artère pulmonaire. Remarquons que cette différence, dans la rapidité du développement et de la marche de la maladie, résultant de la prédominance de formation des polypes à droite ou à gauche, ne change rien à sa gravité, ce n’est qu’une question de temps, car la mort arrive aussi inévitablement par l’obstruction des cavités droites, du moment qu’elle est portée au point d’arrêter la circulation.

Ajouterons-nous, à notre tour, pour donner un symptôme caractéristique et spécial que, par l’auscultation, nous avons le plus souvent observé un mélange de bruits de cuir et de râpe produisant en quelque sorte, comme M. Leriche l’a remarqué, un borborygme du cœur? Non, pas plus que les troubles d’un seul côté du cœur, pas plus que le bruit de piaulement ou la diminution du son dans ses cavités ; le borborygme du cœur, pris isolément, n’est un signe absolu de concrétions dans cet organe. Ce signe absolu ne peut être que collectif; aussi nous dirons :

Toutes les fois que chez un individu, qui jusque-là n’a ressenti aucun trouble notable dans ses fonctions, on verra survenir brusquement, sans cause appréciable et sans fièvre, une dyspnée considérable, la poitrine donnant un son clair et l’air y pénétrant aisément avec absence de râles et d’expectoration ; une douleur précordiale fixe, la fréquence, la petitesse et l’irrégularité du pouls correspondant à des mouvements tumultueux et saccadés et précipités du cœur, avec mélange de divers bruits et matité de sa région ; une vive anxiété sans délire et la lividité de la face ; que le plus souvent, malgré toute médication, l’affection allant croissant, les extrémités se refroidissant et la surface du corps devenant cyanosée, menacera de faire périr le malade comme asphyxié, à coup sûr, on pourra diagnostiquer la présence des concrétions fibrineuses dans les cavités du cœur.

Notre signe pathognomonique se tirera donc du groupe des symptômes que nous venons d’énumérer, lequel ne peut être appliqué en tout pointa nulle autre affection qu’aux concrétions fibrineuses du cœur et convient tout à fait à ces dernières.

Non-seulement ces symptômes étaient infaillibles pour établir le diagnostic des concrétions idiopathiques, mais encore lorsqu'ils apparaissaient chez des hommes déjà à l’hôpital pour des affections diverses, ils dominaient tellement, ils ressortaient si identiques partout, qu’il n’y avait pas 'à s’y méprendre.

Cl. IM VT DE I.YON.

Caractère , marche , duree, pronostic, terminaison , complication . — Tout ce qui nous a été donné d’observer à Lyon, en 1840 et 1841 , a suffisamment démontré que le développement des concrétions fibrineuses du cœur a affecté un caractère épidémique.

Ce fait est d’une importance sans égale, dans l’histoire de cette affection, puisque jamais on ne l’observa d’une manière plus tranchée, plus menaçante et sur un assez grand nombre de sujets en peu de jours. Le seul document que nous ayons pu rencontrer dans les auteurs anciens, relatif à la manifestation des polypes du cœur chez plusieurs individus, dans une même saison, est celui de Pissini, reproduit par J. Franck : Per autumni prœsentiam anni 1648, constitutionem adeô fréquenter poly pi isti in corde inventi sauf, ut ex quindecim qui malignâ ex fehre inlerierunt diligentissiotè disseciis, duodecim corclis polypo laborasse deprehensi surit.

Il n’y eut jamais, àLyon, de prodromes suffisants, chez ces individus, pour faire présager l’invasion de la maladie, qui apparut toujours inopinément, en troublant les deux grandes fonctions de la circulation et de la respiration. Dans tous les cas observés, il a été facile de suivre pas à pas la marche de la coagulation fibrineuse. Cette marche était tellement rapide que vingt-quatre, trente-six, quarante-huit heures, à dater de la manifestation des phénomènes morbides, suffisaient le plus souvent pour amener la mort, par la raison que les polypes arrivaient bientôt à un volume incompatible avec la vie, surtout si l’obstruction était prédominante dans les cavités gauches du cœur.

Nous n’avons jamais rencontré de symptômes adynamiques, les malades déployaient, même dans leur agitation, une force musculaire surexcitée,

et leur affaissement ne commençait qu’au râle de l’agonie. Quelquefois, mais plus rarement, la maladie épidémique se déclarait chez des sujets atteints de catarrhe bronchique; d’autrefois, comme nous en avons cité des exemples, elle s’entait sur des fièvres typhoïdes. Mais alors, à travers les signes propres à ces divers états pathologiques, on démêlait, avec la plus grande facilité, ceux qui appartenaient, spécialement à la présence des caillots fibrineux dans le cœur. La marche de la maladie, dans ces circonstances, ne paraissait nullement modifiée, elle parcourait toutes ses périodes, ni plus ni moins que dans les cas où elle éclatait dans toute sa simplicité.

Dans l’état actuel de la science, le pronostic des concrétions fibrineuses est des plus graves, surtout si le volume en est si considérable et la formation si rapide (pie dans l’épidémie relatée. Les symptômes, en effet, qui annonçaient leur présence, étaient tellement caractéristiques, qu’il était toujours facile de prévoir l’issue funeste de la maladie. Cependant, dans an cas dont nous allons parler à l’article traitement, une amélioration notable se dessina en peu de temps, au point de mettre, en quarante-huit heures, hors de danger un malade dont on avait désespéré. Dans tous les -as, on comprend que les symptômes de la nature de ceux que nous venons d exposer, arrivés a leur summum d’intensité, étant incompatibles avec la

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vie, à moins d’amendement rapide et notable, doivent promptement entraîner la mort.

Quant aux concrétions polypiformes que l’on rencontre isolément, qui se sont formées lentement et restent d’un petit volume, elles seront d’autant plus dangereuses que, par leur position, le lobe maintenu par le pédicule, pourra s’engager dans les ouvertures, soit du coeur, soit des vaisseaux aboutissants.

Si les concrétions fibrineuses, au lieu d’être polypiformes, sont étalées en membranes à la surface interne du cœur, ainsi que M. Bouillaud en a observé à la suite d’endocardites, le pronostic en sera moins fâcheux. C’est ce qui a fait dire à M. Pigeaux que ces concrétions peuvent quelquefois se résorber, mais très lentement, et c’est la cause de la longueur et du danger de la convalescence.

Les complications ou plutôt les épiphénomènes les plus fréquents que nous ayons observés sont la stase sanguine, la cyanose, l’œdème et quelquefois l’anasarque. On a signalé l’hémoptysie, 1 hydrothorax, 1 hydropéricarde, l’apoplexie pulmonaire et cérébrale ( 1 ) , et quelquefois la rupture des veines caves, comme effets de la présence des concrétions du cœur; il ne nous a pas été donné de les rencontrer.

Faut-il considérer les hommes atteints par l’épidémie, étant déjà à l’hôpital pour d’autres affections, comme ayant offert des complications de concrétions fibrineuses? Non, ces hommes furent saisis par la maladie régnante d’une manière si violente, que tous les symptômes antérieurs furent dominés, effacés par ceux des concrétions qui enlevèrent les malades, en ce cas, comme, dans d’autres circonstances et d autres lieux, le choléra enleva des phthisiques, des pneumoniques, etc. C’était d’une évidence absolue, même pour les plus jeunes, dans l’art de 1 observation.

Traitement . • — Les saignées et les boissons aqueuses sont conseillées par Sénac, pour prévenir la formation des concrétions fibrineuses. Parlant ensuite de ses expériences directes sur les polypes et sur la couenne, il dit : Les seuls agents qui ont fait une dissolution de la lymphe figée et durcie, c’est l’esprit volatil de sel ammoniac, le sel de tartre et de savon. Ces dissolvants n’agissent pas aussi efficacement encore que l’eau de chaux et les eaux de Lamothe (sulfate de soude, muriate de soude, carbonate de magnésie). Plus loin, il ajoute : Ce n’est qu’un essai (pic je propose.

D’après J. Franck, on prévient la formation des polypes du cœur par les antiphlogistiques et surtout par les saignées; mais lorsqu’ils sont formes, on ne saurait les combattre avec avantage. « On a proposé, dit-il, les plantes marines, le corail, l’eau de chaux, le savon, vains essais! cest

(1) Un homme atteint de concrétions polypiformes du cœur et d’anasarque symptomatique, mourut d'apoplexie cérébrale, le 24 juillet 1811, à l’hôpital militaire de la rue e Cliaronne. — Polype flottant, de nature manifestement fibrineuse dans la cavité droite. M. Perrier, Mémoires de médecine militaire, I. LUI, p. 50.)

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qu i1 ne s’aol1 I)as seulement de résoudre le polype, mais encore de dissiper les maladies avec lesquelles il se complique. » On pourrait plus

exactement dire : Mais bien de modifier l’état du sang dont il est la conséquence.

D après M. Legroux, la liase du traitement est constituée par les saignées, les révulsifs, les antispasmodiques, les boissons aqueuses, les sels de potasse et de soude. Il rappelle que des tumeurs anévrismales ont ete dissoutes par l’acétate de .plomb à l’intérieur et à l’extérieur

m. Brouillaud conseille d’employer la saignée de temps en temps et les boissons aqueuses, comme pouvant favoriser la dissolution des concrétions qui ne sont pas très volumineuses, car celles qui sont organisées sont audessus des ressources du médecin.

Tout traitement est nul aux yeux de M. Blaud.

Ici, ajoutent les auteurs du Compendium de médecine, la théorie et nullement la pratique, a cherché à résoudre la question.

La thérapeutique est complexe, dit M. Pigeaux : activer la circulation, •si elle est ralentie, mais remonter à la cause même de l’inertie, sous peine

de faire un empirisme banal et nuisible Les pilules de strychnine

conviennent, si l’atome est nerveuse, et si elle est inflammatoire, elles

sont nuisibles Administrer les ferrugineux en temps opportun, rétablir

harmonie dans les fonctions digestives, supprimer les flux immodérés, suppléer par les exutoires à un flux supprimé, employer des saignées moderees, s’il y a état inflammatoire ; régime végétal et purgatif, s’il y a trop de plasticité dans le sang. '

L incertitude du traitement des concrétions, on le voit, vient de l’incertitude de l’étiologie, et l’on trouverait ici une nouvelle preuve s’il le fallait, du fait généralement reconnu qu’il y a toujours un rapport’intime entre la thérapeutique et la science des causes. Nous n’avons pas la préention de trancher la difficulté que nous reconnaissons bien grande; égayons cependant d’émettre quelques considérations en rapport avec les eues étiologiques que nous avons indiquées.

Nous avons vu que la modification de la constitution du sang entraînait ans ce cas, l’augmentation de la fibrine et surtout sa tendance à se séparer les autres principes constituants et d se concrèter . Dès lors, l’indication à ‘emplir est celle-ci : Atténuer et combattre le plus possible la plasticité Ju sang, par tous les moyens indirects et directs, pour arrêter le pelotonlement de la fibrine et faire absorber, par la niasse de ce fluide, les lolypes déjà formés. Sans doute qu’il n’entre pas dans notre pensée de retendre dissoudre les concrétions fibrineuses, dans l’intérieur du cœur, lVec autant de facilité que dans un verre à réactions chimiques : nous aisons la part de l’action des substances, et dans les vases inertes et dans ? sein de 1 organisme ; mais trop d’exemples de modifications manifestes

®an* nous fournis, pour ne pas chercher à en produire d’utiles ontre les concrétions. L’absorption de certaines émanations délétères, de erlains virus, venins et poisons agit plus ou moins directement sur le sang

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et l’altère dans ses propriétés. D’autres substances opèrent un effet réparateur sur le même fluide que les agents précédents ont pathologiquement affecté; ainsi, un courant de chlore gazeux, employé en temps opportun, rétablit les ravages de l’acide prussique, en le transformant en acide oxalique. Tous les jours l’analyse chimique démontre que des quantités variables de médicaments passent dans le torrent circulatoire, etse trouvent encore en nature dans des produits de sécrétion. Ce n’est donc pas forcer les analogies que nous adresser, pour combattre la maladie qui nous occupe, aux substances que l’expérience nous démontre efficaces pour dissoudre la fibrine, et parmi lesquelles nous plaçons surtout les solutions

salino-alcalines.

Lorsqu’on met, au fond d’un vase destiné à recevoir le sang dune saignée, une faible (1) quantité d’un sel neutre réduit en poudre ou en dissolution, la fibrine, au lieu de se coaguler pour former le réseau du caillot, conserve sa liquidité. Les sels qui ont le plus d action sur cette substance qui, d’après M. Denis, jouerait le rôle de base, sont le chlorure de baryum, l’azotate de potasse, le sulfate de soude; le sucre se comporterait comme les sels neutres. Une solution saturée de nitre à 50 ou 56° opère la dissolution de la fibrine pure; le liquide filtré est de l’albumine (Liébig). Il y a possibilité d’obtenir ainsi un sérum artificiel, jouissant de toutes les propriétés du sérum naturel. Enfin, d’après les grandes probabilités auxquelles conduisent les études hématologiques, le sang qui circule dans l’organisme ne doit sa fluidité qu’aux sels neutres et à 1 alcali qu’il contient : sulfate de potasse et de soude, phosphate de soude, chlorure de sodium et de soude; ces données sont très importantes, et nous mettent sur la voie des véritables sources auxquelles doit puiser la thérapeutique; car, en dernière analyse, le but à atteindre dans le cas dont il s’agit, c’est d’arrêter, nous le répétons, dans leur formation, les concrétions, d’opérer la disgrégation de leurs masses fibrineuses, de les entraîner dans le torrent circulatoire dont, abandonnées a elles-mêmes, elles suspendraient le cours.

Avant tout, on devra soustraire les malades, autant que faire se peut, a l'influence du milieu où ils se trouvent, en les entourant de toutes les

précautions hygiéniques suggérées par les circonstances. Il faudra cesser de fournir au sang des matériaux de produits morbides, employer, par conséquent, une diététique sévère. D’autre part, comme il y a toujours exubérance sanguine, regorgement du système vasculaire sanguin, pouls veineux aux jugulaires, le plus souvent une saignée déplétive faile au début sera un puissant adjuvant des autres moyens de médication. Néanmoins, elle ne devra pas être trop forte, et il faudra mieux être dans la nécessité de la renouveler, même plusieurs fois, que de s’exposer a une syncope qui pourrait être funeste. Voilà le cas où, vu la disposition du

(1) Ajouter au sang, par rapporl à son volume, 1/7 d'une solution saturer de su fa le de soude.

CM MAT DE LYON

sang, nous concevons que sa slase pût devenir cause occasionnelle et non cause première de mort. Disons, toutefois, que cette crainte ne doit pas être exagérée; nous avons observé, chez les victimes de l’épidémie de Lyon, des lipothymies à la suite de saignées qui n’ont pas été suivies d’accidents qu’on eût pu redouter.

Les saignées générales auront leur utilité, non-seulement comme déplétives, mais comme spoliatives. Elles enlèveront, en effet, une quantité notable de la fibrine qui tend à enrayer la circulation; et à ce titre, on se demande s’il ne serait pas opportun de les pousser graduellement le plus loin possible. Mais la spoliation sanguine serait-elle portée jusqu’à la limite extrême compatible avec la vie, ne pouvant suffire à elle seule pour faire disparaître des cavités du cœur des concrétions déjà volumineuses, au point de produire les phénomènes caractéristiques qui révèlent leur présence, il faudra se hâter de faire prendre, en abondance au malade, des boissons aqueuses et chargées de tous les principes médicamenteux susceptibles d’augmenter la fluidité du sang, tels que les gommes, les mucilages, le sucre, le miel et, en première ligne, les substances alcalines, entre autres les hypochlorates et les sulfates de potasse et de soude, le chlorure de sodium, le bicarbonate de soude. Ce dernier médicament, en particulier très facilement absorbé, a une action rapide.

Les boissons mucilagineuses, en même temps que le système veineux est désempli par la saignée générale, augmentent promptement les parties aqueuses du sérum de sang, dont les autres éléments ne se réparent que plus lentement et en très faible quantité, le malade étant tenu à une diète absolue d’aliments. Le seul fait de rendre le sang plus séreux, est un point capital dont l’importance est considérablement accrue, si, par l’absorption de substances alcalines, on le rend moins concrescible encore. Non-seulelement alors la fibrine cessera de concréter, mais on pourra espérer que la masse sanguine, ainsi modifiée, pourra opérer la dissolution des concrétions déjà formées.

Du reste, tout n’est pas hypothétique à cet égard : un cas de guérison, le seul cas heureux que nous ayons vu dans la cruelle épidémie que nous avons relatée, fut celui d’un vénérien qui, soumis à un traitement antisyphilitique depuis plusieurs jours, offrit tout à coup l’apparition du cortège des symptômes caractéristiques des concrétions fibrineuses du cœur. Leur développement, signalé au médecin en chef dont le jugement sûr était servi par une vaste expérience, fut pleinement confirmé par son examen; bien plus, il conclut à un pronostic fâcheux, que tant de cas précédents l’autorisaient à formuler. Le malade tenu à la diète fut saigné largement, et par un recours tardif à des vues de médication plus humorale, à l’emploi des alcalins. Dès le deuxième jour, la maladie parut stationnaire; on continua les boissons délayantes et alcalines. Le troisième, il y eut des sueurs en même temps que, l’anxiété cl la douleur précordiale diminuant, la respiration devint plus facile. A partir de ce moment, les symptômes alarmants se dissipèrent, cl, le rétablissement se

M A LADIES CLI M AT ERIQU ES

fit, assez rapidement les jours suivants : on comprendra, en eifet, qu’une affection de cette nature se juge promptement.

Il est à regretter que ce cas unique de guérison ait eu lieu vers la fin de l’épidémie, et n’ait pas plus tôt fourni l’idée de tenter des essais nombreux qui eussent pu éclairer sur ce point obscur de la thérapeutique. Doit-on, en effet, attribuer cette heureuse issue tout entière à l’influence des alcalins, ou en rapporter une part' aussi, soit à l’influence des mercuriaux, soit, pourrait-on dire, à ia diminution du génie épidémique régnant? Quant à ce dernier point, nous n’hésitons pas à nous prononcer pour une négative absolue; nous avons dit que, pour l’acuité, la malignité, la maladie fut jusqu’au bout aussi intense; et nous venons de voir qu’elle apparut si identique à elle-même chez ce malade, qu’il avait été l’objet d’un pronostic désespéré.

Mais si l’on réfléchit que, durant l’épidémie, des hommes en furent saisis dans toutes les autres salles de l’hôpital, pendant que celles des vénériens, .où se trouvaient en moyenne trois cents malades, il n’y eut que le seul cas dont nous venons de parler, n’est-il pas permis de croire que le mercure, lïode et leurs diverses préparations, et tous les médicaments dits altérants employés, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur, dont l’action bien reconnue, qui leur a valu cette dénomination générique, est de diminuer la plasticité du sang, de le rendre diffluent, d’une part préservèrent, par leur mode d’agir, les vénériens de l’influence de l’épidémie, et, de l’autre, secondèrent puissamment l’efficacité du traitement auquel fut soumis le seul qui, parmi eux, fut exceptionnellement atteint?

Cette circonstance, qu’il est bon de noter, tire encore de l’importance du rapprochement de celle-ci : le sang, dans le choléra asiatique, est profondément modifié; ses éléments se dissocient; sa partie séreuse est en partie évacuée par les selles, et la fibrine se concrète dans les vaisseaux, d’où entrave de ia circulation, cyanose, aspect livide, défaut de calorification, crampes, etc. Le fluide qui reste dans les vaisseaux est tellement concret, que souvent on ne peut en obtenir ni par phlébotomie, ni par l’artériotomie. Eh bien! lorsque ce fléau sévissait en France sur les populations et sur les hôpitaux, on remarqua, dans quelques villes, que les salles des vénériens étaient généralement respectées, et le fait fut très manifeste à Toulon, en 1835, à l’hôpital de la Marine.

Nous sommes donc porté à croire que tous les altérants peuvent exercer une action favorable sur le sang dont la fibrine a de la tendance à se concréter ; et, à ce litre, nous pensons qu’on tirera des frictions mercurielles, en particulier, largement pratiquées comme dans les cas de péritonite puerpérale, un avantage marqué dans le traitement des concrétions fibrineuses du cœur. Les grands bains alcalins ne devront pas être négligés; par leur température, par l’absorption d’une certaine quantité de liquide et îles principes dont ils seront chargés, ils agiront favorablement sur toute l’économie, et contribueront à diminuer la

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concrescibilité du sang, but capital qu’on doit atteindre par les moyens possibles (1).

Les purgatifs, au cas où on serait autorisé aies employer, tant pour obtenir la liberté des premières voies et les préparer à l’absorption des boissons médicamenteuses, devront être choisis parmi les sels alcalins, le sulfate de soude, par exemple.

En général, les sangsues ne sauraient remplacer l’ouverture de la veine ; quant aux ventouses scarifiées, nous les regardons, avec les révulsifs, comme inutiles pour le moins; et nous croyons qu’il serait dangereux d’employer la digitale.

Dans tous les cas, on ne devra jamais perdre une minute d’agir; car, le plus souvent, la rapidité de la maladie est désolante pour le médecin et horrible pour le malade.

Ainsi, s’adresser aux précautions hygiéniques et surtout aux ressources de la médication dont nous venons de donner les principaux traits, telle est la ligne de conduite qu’il nous paraît rationnel d’adopter, non-seulement pour arrêter la funeste tendance qu’a le sang à laisser la fibrine se séparer des autres éléments et se concréter, mais encore pour mettre la masse sanguine en telles dispositions que les concrétions déjà formées soient usées, dissoutes, réassimilées.

Conclusions. — Résumant ce qui précède, nous dirons :

1° Des concrétions fibrineuses du cœur peuvent se développer pendant la vie et devenir cause de mort, tantôt chez des sujets atteints d’autres affections, tantôt chez des convalescents, d’autres fois chez des individus d’une santé parfaite jusque -là ;

2° Les polypes peuvent se développer épidémiquement ; ce fait important, que les observations de Kyrsten et de Pissini faisaient pressentir, est irrévocablement confirmé par l’épidémie de 4840-184? , à Lyon ;

5° L’invasion de la maladie se présentait sans phénomènes précurseurs, la gène de la respiration ouvrait la marche de cette néfaste symptomatologie qui, se continuant par une douleur précordiale fixe, par l’anxiété la plus vive, l’orthopnée, les mouvements tumultueux du cœur, l’irrégularité et la faiblesse du pouls, une sueur froide et visqueuse, la lividité de la face, se terminait par les angoisses de l’asphvxie dont aucun trouble de l’intelligence ne venait pallier l’horreur;

4° La maladie était dégagée ordinairement de toute complication dans les cas de la première série surtout; il n’y avait ni céphalalgie, ni toux, ni expectoration, ni fièvre, ni enfin tout autre signe qui pût faire présumer un état inflammatoire ou catarrhal ;

o° Les symptômes, lorsqu’ils apparaissaient chez des hommes déjà à l’hôpital pour des affections diverses, dominaient tellement, ils ressor-

(I) Ces mêmes indications, disons-lcen passant , trouveraient probablement une utile, application dans le traitement du choléra asiatique, pour lequel la thérapeutique n'a jusqu'ici enregistré que d’impuissantes contradictions (1804).

MALADIES CLLMATKHIQUES.

taient si caractéristiques et si identiques chez tous, qu’il n’y avait pas à s’y méprendre un instant; à coup sûr, onv diagnostiquait la formation des concrétions dans les cavités du cœur, et la mort' n’arrivait ni plus vile, ni plus lentement que dans les cas les plus simples;

0° A l’autopsie, on trouvait les cavités du cœur et des gros vaisseaux aboutissants obstruées par des polypes fibrineux adhérents, blancs, nacrés, d’une résistance comme fibro-cartilagincuse, affectant quelquefois une agrégation irrégulièrement concentrique ;

7° Ces énormes productions pathologiques ne pouvaient être extraites que d’une quantité considérable de sang, le seul fait de leur volume expliquerait donc leur formation pendant la vie, si leur symptomatologie ne parlait bien plus haut encore aux yeux du médecin ;

8U L’absence de toute maladie antérieure ou coïncidente dans les cas de notre première série, la marche épidémique de la maladie, mettent en défaut l’admission des pneumonies, des endocardites et autres affections quelquefois concomitantes, sans doute, mais fortuitement considérées comme cause des polypes du cœur, et conduisent impérieusement à reconnaître une cause spécifique ;

91 Toutes les conditions où se sont trouvés les soldats qui en ont été atteints, milieu, époque, régime, habitudes, etc., n’ayant rien produit de semblable, ni avant ni après l’épidémie, la nature de celte cause nous échappe ;

10° Quoi qu’il en soit, elle reste très saisissable dans ses effets : modifition générale de l’organisme, disposition spéciale du sang à laisser la fibrine se séparer des autres éléments et à se concréter en masses volumineuses au battage du cœur, obstruction des cavités de cet organe, arrêt de la circulation, mort par asphyxie ;

11° Les bases du traitement doivent reposer sur les données suivantes : opérer activement la déplétion veineuse, employer tous les moyens propres à diminuer la coagulabilité du sang et à opérer la dissolution des concrétions formées, en mettant en première ligne les boissons délayantes et alcalines surtout, dont l’efficacité est démontrée jusqu’ici par un cas de guérison qui, toutefois, ne nous autorise pas adiré d’une manière absolue : d6 mio dise c omnes U).

Climat de Cherbourg.

Après la capitulation de Metz, rentré en France en vertu de la convention de Genève, nous avons été attaché au service de santé de la place de Cherbourg, par lettre ministérielle datée de Tours, du 28 novembre 1870.

(1) Un souvenir, qui est resté pour nous un précieux encouragement, se rattache ace travail ; Lallemand, en lions serrant la main, nous dit de sa parole brève: «je vous félicite, c’est ainsi qu'on fait marcher la science. »

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