CLIMAT DE CHERBOURG
ÎNous avons été à même d observer les influences climatériques de l’extrême pointe de la Noimandie, sur de nombreuses ti’oupes de passage, ayant à souftiii de toutes les misères inhérentes aux désastreuses circonstances de leur mobilisation, pendant un hiver rigoureux.
Les troupes de passage étaient réparties aux casernes du Val-de-Saire et du vieil arsenal, ou disséminées à domicile chez les habitants.
Nous ne voulons pas faire le dénombrement des milliers d’hommes qui sont passés par Cherbourg, ni faire la statistique de tous ceux que nous avons visités, nous voulons seulement donner un aperçu des maladies régnantes, d apiès les billets d hôpital que nous avons délivrés, pendant le mois de décembre 1870 et le premier trimestre de 1871.
Mois
cle décembre 1870.
Angine et fièvre ....
Ervsipèle
bronchite aiguë
Otite. . i ; . . .
Pleurésie
Oreillons
Pneumonie .....
Fluxions
Embarras gastrique fébrile .
Ophthalmies
Diarrhée
Rhumatismes
Dyssenterie
Phlegmons
Fièvres d’accès
Plaies
Variole
1 Congélations des pieds . .
Scarlatine.
Rougeole
Total . .
Mois
de janvier 1871.
Angine et fièvre
Erysipèle
bronchite aiguë ....
Otite
Pleurésie
Oreillons
Pneumonie
Ophthalmies
Embarras gastrique fébrile .
Rhumatismes
Dvssenterie
Phlegmons
Fièvres d’accès
Plaies par blessures. . . .
Scarlatine .......
Congélations des pieds . .
Variole
Rougeole
Total . .
Mois
de février 1871 .
Angine et fièvre
Variole
bronchite aiguë
Erysipèle
Pleurésie .
Otite .
Pneumonie
Fluxions
Embarras gastrique fébrile .
Rhumatismes ....
Diarrhée
Phlegmons . . , . .
Dyssenterie
Congélations des pieds
Fièvres d’accès
Total . .
MALADIES CLIMATÉRIQUES
Mois de mars 1871.
Angine
Bronchite
Diarrhée
Fièvres d’accès .
Variole Erysipèle .
Phlegmons
Total.
Enfin en avril nous n’avions presque plus de malades.
On voit par ces chiffres :
1° Que les affections des voies respiratoires et les fièvres éruptives, surtout la variole, ont été prédominantes;
2° Que les fièvres d’accès et les rhumatismes viennent ensuite, et que les flux dvssentériques sont en petit nombre.
3° Que toutes ces maladies climatériques ont été produites en raison du froid de l’hiver, qui fut exceptionnellement rigoureux à Cherbourg.
Plusieurs fois la glace et la neige furent persistantes. Deux fois nous avons vu une pellicule de glace, à la surface de la partie close du port marchand.
En décembre et janvier nous avons eu le maximum des mouvements dans les hôpitaux, en février ce mouvement (pour les entrées), a un peu diminué, et avec les beaux jours de mars et surtout d’avril, il n’y avait relativement presque plus de malades.
L’influence de la misère en route, par le froid surtout, s’est manifestement traduite sur les mobilisés. C’est eux qui fournissaient le plus de malades. Les troupes de la garnison en avaient moins, proportion gardée, et les militaires détenus à la prison maritime, dont nous avions aussi le service, n’en avaient pas.
La part de ces circonstances exceptionnelles étant faites, disons quelques mots de la topographie et du climat de Cherbourg. La position de cette ville maritime de guerre de premier ordre, est au pied d’un arc de cercle de monticules qui l’encadrent dans leur concavité tournée au nord. Ce bourrelet qui n’a guère qu’une centaine de mètres d’élévation, l’abrite peu du côté du sud, et la laisse ouverte sur l’Océan à tous les vents, qui soufflent parfois avec violence aux équinoxes et pendant l’hiver.
Le piton culminant est celui du Roule, qui au point de vue géologique offre un spécimen de redressement de couches des plus remarquables.
Les stratifications, relevées verticalement, sont mises en évidence par les rainures de leurs interstices qu’on peut suivre de l’œil et compter de la base au sommet; elles donnent au rocher du Roule un aspect aussi pittoresque que curieux à étudier.
Le fort cfu Roule domine l’étroite gorge où passe la voie ferrée, et fait face, à l’entrée delà gorge aussi, à un autre rocher qu’une main intelliligenlc a transformé en jardin d’acclimatation, peut-on dire, car on y voit, à côté d’une luxueuse flore indigène, des plantes exotiques les plus
CLIMAT DE LA BRETAGNE. G99
rares, depuis les végétaux des Tropiques à ceux du Cap et de l’Australie (t).
La prospérité de celte flore prouve à elle seule que le climat de Clierbourg u a rien de trop excessif en hiver, et que la localité bénéficie, à distance, d une part d’influence des courants d’eaux chaudes du Gulfbtieam, qui îendent si temperes certains points des côtes de Normandie et de Lretagne, Roscol par exemple, où, au milieu des lauriers, nous avons admiré un immense figuier, rivalisant en développements avec les arbres dits multipliants ou figuiers des Banians de l’Indo-Chine.
Mais si 1 hiver à Cherbourg n a rien d’excessif, les chaleurs de l’été ne sont pas excessives non plus, presque toujours tempérées par des brises du large.
Février est d’ordinaire d’une douce tiédeur; mars, avril et mai sont plus variables; juin inaugure l’été, et les mois de juillet et août y sont surtout propices pour prendre les bains de mer, sur uneplage sablonneuse tiès bonne, très sure et où se trouve un bel établissement, à la création duquel se rattachent, particulièrement, les noms de MM. Ilainond et Estebé (2).
Climat de la Bretagne.
Le climat de la Bretagne est l’analogue de celui de la Normandie. Toutefois l’exposition de la Bretagne plus au sud-ouest sur les plages de l’Océan, rend son climat relativement plus doux, quoique très pluvieux et très humide aussi. Nous n en ferons pas l’étude le baromètre et le thermomètre a la main, ni par des chiffres statistiques sur les étals sanitaires de cette contrée de 1 ouest de la France, nous dirons simplement quelques mots de la médecine en Bretagne.
En nous rendant en garnison à Ponlivy en 1857, avec le 5,: hussards, nous eûmes un de nos derniers séjours à Blain, et un heureux hasard nous fit descendre sous le toit hospitalier d’un excellent confrère, le docteur Bizeul.
« Ah ! vous venez en Bretagne, me dit mon hôte, soyez le bien-venu! Si vous aimez la chasse, les sites pittoresques, les populations primitives, pauvres, simples, bonnes, laborieuses et honnêtes, vous serez bien parmi nous. »
Le soir, au coin du feu, nous vînmes à parler médecine; de quoi parleraient donc deux médecins?
«Tenez, ajouta mon interlocuteur en nous disant bonsoir, j’ai résumé là, dans ce vieux manuscrit, ce que je viens de vous raconter en partie
■(1) Parc et villa de M. Hamond, consul d’Angleterre.
(2) Nous ne*. quitterons pas Cherbourg, sans redire combien nous gardons bon souvenir (bi bien veillant accueil qui nous a clé fait.
MALADIES CLIMATÉRIQUES
sur la médecine de nos campagnes, parcourez-Ie pour faire venir voire sommeil. »
Nous le lûmes, el le piquant intérêt que nous trouvâmes à ce travail, loin de nous endormir, nous tint en éveil jusqu'à sa dernière page.
Nous le transcrivons textuellement :
De quelques usages et préjugés, conservés dans nos campagnes, relativement a l’art de guérir, par un médecin breton (l). — Je ne veux point faire ici l’histoire primitive et philosophique des doctrines médicales en général; ce travail, d’un ordre si élevé, a été traité par tant et de si savants maîtres, que prétendre ajouter à leurs œuvres, serait une vaine et chimérique entreprise, de la part d’un praticien qui, tout en désirant s’instruire, rend à la modestie le plus sincère hommage. Je me propose seulement de réunir, dans un même cadre, une partie des moyens curatifs, des usages, des préjugés et de quelques pratiques plus ou moins singulières et curieuses, concernant certaines maladies, encore existants et suivis dans nos campagnes, et qu’une assez longue expérience ma mis à même d’observer. Ce simple aperçu qui, je crois, n’a pas encore été présenté comme je le comprends, pourra, peut-être, offrir quelque intérêt, au point de vue de l’ancienneté et de la valeur réelle des usages, préjugés, moyens curatifs, pratiques, manœuvres, etc., dont nous venons de parler. Il aura encore pour avantage de faciliter l’étude de différents sujets, en démontrant, par de courtes indications, la série d erreurs, de notions incomplètes, de vues approximatives par lesquelles la science a dû passer, pour arriver à une appréciation juste et précise de chaque chose. Il est tel mot, telle description ou tel article, qui peuvent offrir seuls un moyen de vérification des lois du développement de l’esprit humain dans les sciences, ou dans l’acquisition des lumières en général, et par suite, de quelques vérités en particulier. Il pourra être utile a ceux qui aiment à s élever a des vues d’un certain ordre, par la voie des rapprochements, des étymologies et des dates.
La médecine, qui, chez les Romains, fut pendant longtemps abandonnée aux esclaves, ne parait pas, au moyen-âge, s’être beaucoup relevée, quant aux personnages qui l’ont exercée : on ne sait trop quel était, dans la société d’alors, le rang de ceux qu’on nomma mires ou mières : on les retrouve assez souvent dans les romans de chevalerie^ mais en concuirence avec de nobles damoiselles qui, de leurs mains délicates, pan-
saient les plaies des preux chevaliers et y appliquaient des plantes et baumes salutaires, qu’elles avaient appris à connaître. Gérard de Nevers, ayant été blessé, fut mené dans un chastel. Alors vue ptteellc de céans le pi'ist en cure ; sy en pansu tellement que en peu despote Commença fort à amender., tant le fist assoulagier , que assez conpètemment le fist inangier et boire , tellement et si bien en pansa la pucelle , que avant que le moys fue passé , il fut remis sus et du tout guary.
(1) M. Bizcul, docteur médecin ;i Bluin.
CLIMAT DE LA WIETAGNÉ
Cette concurrence indique que le nombre des Mires était assez restreint, et la mention qui en est faite, peut nous porter à croire que tout leur art se bornait au pansement des blessures et à la connaissance des simples qui pouvaient en amener la guérison, c’est-à-dire à quelques parties de ce que nous nommons aujourd’hui la chirurgie et la matière médicale.
La médecine pathologique était totalement inconnue, par l’entier oubli où étaient tombées les doctrines hippocratiques et galéniques : aussi, pour un certain nombre de maladies, on avait recours à l’intercession des saints, parce que l’art humain était impuissant à les connaître et. à les guérir : c est probablement à cette époque d’ignorance que fut lancé ce dystique :
Qui court après le mière (1),
Court après la bière.
Molière, dans son temps, n’a guère fait qu’amplifier cette épi gramme, et, malgré tous les progrès de la science, quelques mauvais plaisants pourraient bien ne pas se faire faute de le répéter aujourd’hui.
Toutes les maladies endémiques et épidémiques étaient alors nommées pestes , par le peuple effrayé qui y cherchait presque toujours une cause surnaturelle. Il accusait les sorciers, les hérétiques, les Juifs, d’avoir* empoisonné 1 air, les puits, les fontaines. Nous avons vu se reproduire ces brutales accusations aux jours néfastes du choléra. Le peuple change peu. Chose bizarre ! en même temps qu’on attribuait aux sorciers, aux Juifs, etc., les maladies contagieuses, c’était à eux qu’on s’adressait pour les guérir. Beaucoup de Juifs étaient alors médecins, et parmi ceux qui, sans être Juifs, prenaient ce titre ou s’en attribuaient les fonctions, nul n’était exempt d’une imputation de sorcellerie, soit que leurs pratiques curatives, enveloppées d’un profond mystère, parussent étranges au vulgaire, soit que, comme les charlatans de nos jours, ils s’appliquassent, par leur maintien, leur costume, leurs paroles, etc., à frapper vivement l’imagination . Cette imputation, loin de leur nuire, contribuait au contraire à attirer près d’eux la fou’e, pénétrée en même temps d’un grand respect pour leur savoir, et d’une certaine crainte de leur pouvoir occulte.
Depuis ces ténébreuses époques, la science médicale a marché, le nombre des médecins s’est accru dans d’énormes proportions, ils sont répandus sur tous les points du pays, ils peuvent donner, ils offrent leurs soins à toutes les souffrances ; eh bien ! nos campagnes, qui reçoivent ces soins, sont encore aujourd’hui à peu près ce qu’elles étaient au inoven-âge, c’est-à-dire que loin d’apprécier, dans le médecin, une science puisée aux véritables sources, loin de lui savoir gré des efforts qu’il fait pour leur porter des secours elïicaces, ce n’est qu’avec une sorte de répugnance, ce n’est qu’à la dernière extrémité, que son assistance est invoquée, et jamais l’axiome du sage Salomon : Honora medicum propter necessitatem, n’a reçu une plus juste application. Le penchant naturel est encore aujourd’hui comme autrefois sur le sorcier, le charlatan, le rebouteux ; pour les remô-
(1) Le médecin.
702 MALADIES CLIMATÉRIQUES
des mystérieux, pour les pratiques plus ou moins absurdes que leur a transmis la tradition.
Chapitre I"r. — Invocation des saints, chapelles, etc. — L’invocation des saints est au premier rang de ces pratiques, et un certain nombre de maladies ont chacune un saint particulier, auquel on doit spécialement en aller demander le remède, dans la chapelle où ce saint est honoré; delà, d’innombrables pèlerinages. Le dictionnaire breton, de Legonidec, nous a donné une sorte de catalogue de ces saints et des maladies pour lesquelles on demande leur intercession. Ainsi,
L'épilepsie est le mal de saint Jean.
V érysipèle, le mal de saint Antoine.
Les écrouelles, le mal du Roi ou de saint Cado.
Le furoncle, le mal de saint Kivio ou de saint Cloud.
La folie, le mal de saint Colomban ou de saint Mathurin.
La fistule ci l’anus , le mal de saint Fiacre.
La rage, le mal de saint Hubert, de saint Tajan ou de saint Gildas.
L'hydropisie, le mal de saint S tropes ou Eutrope.
‘ L'ivresse, le mal de saint Martin.
La gale, le mal de saint Méen.
La goutte ou, comme dit le savant Ambroise Paré, les gouttes, le mal de saint Urlou ou Urlau.
L'enflure aux genoux (tumeurs blanches), le mal de saint Mandez.
Ce catalogue, incomplet sans doute, concerne particulièrement la Basse- Bretagne, mais il trouve de nombreuses applications dans toute la partie du pays nantais située au nord de la Loire. Ainsi, nous appelons feu saint Antoine , une certaine éruption à la face où elle se localise, espèce de maladie vésiculaire du genre pemphigus.
Nous invoquons saint Cloud contre les clous ou furoncles ; saint Mathurin contre la folie, saint Gildas contre la rage, saint Méen contre la gale. On trouve dans la vie de ce dernier saint, donnée par le bénédictin dom Lobineau (vies des S. P. de Bret., p. 242), un passage qui vient confirmer ce que j’ai dit sur l’intercession demandée aux saints, dans certaines maladies :
« On invoque particulièrement saint Méen pour une espèce de gale hor- » rible à voir, et qu’on nomme le mal de saint. Méen ; c’est une gale opi- » niàtre et corrosive, dont la malignité attaque particulièrement les mains, y> ce qui a donné lieu à la dévotion à cause du rapport de Méen à mains ; » comme les rapports d’Eutrope à hydrope ou hydropisie, et de Louis à » l’ ouïe, ont donné lieu d’invoquer saint Eutrope pour guérir Y hydropisie » et saint Louis pour guérir Y ouïe affligée de surdité. On voit, tous les » jours, un grand nombre de pèlerins aller au tombeau de saint Méen, ce » qu’il faut faire, dit-on, en demandant l’aumône, quelque riche qu’on soit, » et l’on assure qu’ils y sont presque tous guéris. 11 se peut faire que la » vertu minérale de la fontaine dans l’eau de laquelle ils se baignent, ne » contribue pas peu à leur guérison. »
CLIMAT DE LA BRETAGNE
Ces pèlerinages se font au bourg de Saint-Méen, à huit lieues à l’ouest de Rennes, à l’église de l’une des plus anciennes abbayes de Bretagne, fondée en ce lieu en l’honneur du saint qui lui a donné son nom, et qui y a son tombeau.
Je ne veux point mentionner ici tous les lieux consacrés qui sont devenus, en Bretague,le but de pèlerinages plus ou moins célèbres. La tâche serait immense, je me bornerai à en citer un petit nombre des plus rapprochés de Nantes et de mon observation.
1° La chapelle de Saint-Roch, dans la paroisse de Blain, est fréquentée, toute l’année, pour la guérison des maladies épizootiques sévissant particulièrement sur les moutons, et les offrandes en laine forment un petit revenu : on s’y rend aussi pour se délivrer des fièvres opiniâtres, et on emploie un moyen curatif assez singulier : en se rendant à la chapelle, on coupe une branche de genêt, dont on forme un petit balai; après avoir fait en priant, une station à la chapelle et le tour de l’édifice à l’extérieur, on y revient pour en balayer le pavé avec la branche de genêt qu’on laisse ensuite dans un coin : j’y ai vu réunis plus d’une vingtaine de ces petits balais : pour mener à bonne fin l’opération, il est de toute nécessité de se réunir au nombre de neuf , de là est venu le nom de neuvaine. La vertu fébrifuge du genêt (surtout du genista tinctoria), entre-t-elle pour quelque chose dans le choix de cet arbuste, ou cette branche est-elle destinée tout simplement à balayer la fièvre?
Il se fait, à la chapelle de Saint-Roch, trois processions par an : à la fête du saint, à celle de saint Marc et le second jour des Rogations ; ces processions ont probablement pris leur source dans celles qu’on y faisait jadis, aux temps de pestes et d’épidémies.
2° La chapelle de Saint-Clair, commune de Plessé, est très fréquentée le 10 octobre, jour de la fête du saint et d’une foire considérable qui se tient autour de la chapelle : on y va pour obtenir la guérison des maladies des yeux. C’est encore ici une sorte de calembourg, comme ceux rappelés par dom Lobineau à l’occasion de l’invocation de saint Méen, de saint Eutrope et de saint Louis, auxquels nous pouvons ajouter saint Cloud : il est évident, en effet, qu’on invoque saint Clair pour y voir clair : quoi qu’il en soit, les pèlerins y abondent, et après une station à la chapelle, descendent vers une fontaine près de laquelle ils s’agenouillent, et se font frictionner et laver les yeux, -avec un linge trempé dans la source consacrée, mais qui est fort loin d’être limpide.
5° Un pèlerinage fort en vogue pour les douleurs rhumatismales est celui qui se fait à Cesné, dans le canton de Pont-Château. Dans l’église de cette paroisse, derrière le maître-autel, sont les cercueils en pierre coquillière de saint Friard et de saint Second ou Seconde I ; le souffrant se couche dans ces cercueils aujourd’hui vides, mais qu’on croit avoir été sanctifiés par les ossements des deux bienheureux solitaires. Au sortir de là, on doit aller faire des ablutions à une fontaine consacrée à saint Second , puis en revenant, s’arrêter et prier sous un dolmen nommé la Pierre d lierlhe , et
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en faire le tour à deux genoux. Celte pierre, évidemment celtique, ferait croire que, dans l’origine, ces pratiques sanitaires appartenaient à la religion des Celtes, et remontent à la plus haute antiquité.
4” Deux chapelles de la paroisse de Cambou sont l’objet de nombreux pèlerinages; 1° celle de saint Victor, patron du lieu, et qui a été, dit-on, son ermitage : j’ignore sa spécialité sanitaire; 2° celle dédiée à Notre- Dame de Plinté (Quilly). Dans la muraille même de cette chapelle sont trois fontaines qui ne tarissent jamais : les nourrices y vont demander un accroissement de lait, et s’y font sur les seins et sur les bras des ablutions avec l’eau fort limpide de ces fontaines. Ces ablutions ont lieu surtout le 8 septembre, jour de la Nativité de la sainte Vierge et auquel se tient, près de la chapelle, une assemblée considérable. Le mot de Plinté, en vieux français, signifie abondance et indique ce qu’on vient chercher à la chapelle. Là se retrouve, comme à toutes les fontaines de croît-lait, l’anccdote de ce mauvais plaisant qui, par moquerie, s’avisa d’imiter les ablutions qu’il voyait faire aux femmes, devint à l’instant une fort bonne nourrice et ne put se débarrasser de cette importante faculté, que par un sincère repentir et un pèlerinage à là même chapelle de Plinté.
L’abondance ou la Plinté de lait n’est pas la seule chose qu’on y aille demander. Près de la chapelle principale et y attenant, est une petite maisonnette dédiée à sainte Anne ; onyprie pourêtre débarrassé delamigraine et de différents autres maux de tète : hommes et femmes y sont debout; et, à la fin de chaque Ave, Maria, chacun pique une épingle dans une nappe qui couvre un autel ; il en reste des milliers qu’on vend au profit de la chapelle. Quelquefois, la foule est si grande dans cet étroit espace, qu’on pourrait bien y gagner le mal que l’on cherche à soulager, ou dont on veut se garantir.
Cette toute petite chapelle de Sainte-Anne me remet en mémoire le célèbre pèlerinage de Sainte-Anne d’Auray, où l’on va chercher remède a tous maux. Nous en avons, dans le diocèse de Nantes, plusieurs succursales, et entre autres celle de Sainte-Anne-de-Vue et de Sainte-Anne de la chapelle des Marais. Un autre pèlerinage très fréquenté est celui de Saint- Julien de Vouvanlis. Saint-Julien comme saint Clair, guérit les yeux, mais je crois qu’on l’invoque aussi pour la fièvre et beaucoup d’autres maladies : enfin, la chapelle de Notre-Dame-des- Langueurs , commune de Joui, indique, par son nom même, le grand nombre de maladies dont une foule de croyants y va demander la guérison.
Au reste, je crois, on peut affirmer que beaucoup d’églises paroissiales et presque toutes les chapelles rurales un peu anciennes, certaines croix, ou même des emplacements de croix détruites, sont des lieux de pèlerinages privilégiés, pour le soulagement de certaines maladies plus ou moins nettement définies.
Chapitre II. — Des fontaines. — Il n’est guère de chapelles qui n’aient, dans leur voisinage, une fontaine dont les eaux sont réputées curatives :
CLIMAT DR LA BRETAGNE
elles sont généralement consacrées au patron et en portent le nom : quelques-unes sont renfermées clans l’édifice religieux ou dans ses murailles. Oes fontaines sont aujourd hui sous la protection d’un saint chrétien ; mais il est bien à croire que les premiers apôtres du christianisme, dans nos contrées, les ont mises sous cette protection, pour changer des idées religieuses d un autre ordre cjui y étaient attachées depuis longtemps, et ic montaient a une époque très reculée. La tradition veut que la première apparition de quelques-unes de ces sources soit due à la baguette des fées, qui ont, en même temps, doué leurs eaux de merveilleuses vertus sanitaires. Il en reste encore plusieurs au milieu de nos landes, près desquelles aucun édifice sacré n’a été placé, et qui ont conservé le nom de Fontaine des Fées.
Chapitre III. — Plantes médicinales. — Nos campagnes ont aussi leur botanique pharmaceutique. Au premier rang, figure le guy de chêne, que nos antiques druides gaulois cueillaient dans les forêts avec une serpe d’or. Cette plante assez rare, mais qui n’est rien moins que fabuleuse, passe chez nous pour la panacée universelle.
La verveine, autre plante druidique, a conservé sa vieille réputation.
La fougère mâle (osmunra regalis).
L’armoise.
L’ache.
L’asphodèle.
La petite centaurée.
La chélidoine ou éclaire.
La joubarbe,
La molène ou bouillon blanc.
La pariétaire ou aumure.
La persicaire ou curage.
La pervenche.
La sauge.
Le sureau.
La véronique.
Le mille-pertuis.
L’hiéble.
Le lierre terrestre.
La vesse de loup. ,
La sabine.
La rue, etc., etc.,
sont toutes fort connues des habitants de la campagne, et très employées pour une foule de remèdes intérieurs ou extérieurs, tant pour les hommes que pour les animaux. Une tradition constante leur a transmis la connaissance de cette botanique usuelle, qui remonte à une époque qu'il est fort difficile, peut-être impossible, de bien déterminer. Les auteurs de la première Maison rustique, maistres Charles Estienne et Jean Liébaud, docteurs
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en médecine, ont au surplus, dans leur ouvrage, dont la première partie éditée parut en 4564, réuni, au livre 2, chapitre 52, en traitant des herbes médicinales, tout ce qu’on avait dit avant eux, sur les propriétés curatives d’une foule de plantes, et quand on aura lu ce chapitre, écrit par deux des plus savants hommes du xvi° siècle, mais rempli d’un bout à l’autre des plus étranges naïvetés; quand on saura que ce chapitre a été reproduit dans toutes les éditions postérieures jusque vers la fin du xvue siècle et peut-être plus tard encore, on cessera sans doute d’être surpris que nos ignorants paysans aient conservé, religieusement, les traditions botaniques que leur ont transmises leurs pères.
Au surplus, il faut dire aussi que parmi les plantes qu’ils connaissent et qu'ils emploient, presque toutes ont été reconnues dignes d’une étude approfondie et d’un usage fréquent, par les praticiens les plus célèbres.
Chapitre IV. — Je vais réunir dans ce dernier chapitre, un certain nombre d’observations sur diverses pratiques usitées à la campagne, dans certains cas ou certaines affections morbides; je les diviserai par articles sans suivre un ordre régulier, cependant je réunirai le plus possible, tout ce qui concerne la grossesse, l’accouchement et la première enfance.
| I. Grossesse. — 1° Signes , envies, précautions. Une femme enceinte se garde bien de retordre du fil pendant qu’elle porte son enfant, parce que, dit-on, cette action de retordre du fil serait cause que le cordon ombilical entourerait le cou de l’enfant, ou toute autre partie de son corps. Je n’ai jamais fait d’accouchement ou cette anomalie assez fréquente arrivant, on ne m’ait fait cette judicieuse observation.
Quand une femme enceinte s’occupe à quelque ouvrage de couture, elle a le pics grand soin de ne point jeter au tour de son cou le fi! coupé pai aiguillées d’une certaine longueur, comme cela se pratique ordinairement pour l’avoir plus commodément à sa portée ; les grands parents et les matrones voisines du lieu la réprimanderaient vertement de celte impiudence, qui pourrait produire sur l’enfant V entortillage du cordon.
C’est ici l’occasion de parler des envies, signes , seings, marques, nœvus, etc., que le fœtus apporte en naissant. Les gens de campagne croient fermement aux influences que peuvent avoir sur le physique et sur le moral même, certains désirs immodérés, puissants, involontaires, de choses plus ou moins bizarres, survenant pendant l’état de grossesse : on s empresse de les satisfaire quand cela est possible, dut-on s'imposer des privations par ailleurs : les anecdotes sont, à ce sujet très nombreuses et plus ou moins véridiques ou vraisemblables ; l’amour du merveilleux jette le conteur dans des descriptions où la longueur du détail ne le cède en rien au burlesque et à l’impossible; mais les faits dont la vérité est reconnue ou du moins qui obligent la science à une abstention prudente poui le oui ou le non, ne peuvent manquer de laisser une impression vive et durable sur leur esprit et leur conviction. Jl n’est guère de localité on l’on ne rencontre des individus ayant apporté en naissant des seings on
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nœvus plus ou moins extraordinaires. Leur histoire serait trop longue pour trouver place dans cet aperçu. Je ne dirai point comment certaine chronique fort répandue rapporta qu’au village de la Paudais, près de Blain, une femme mit au monde un lièvre qui se sauva immédiatement sous le lit etc., etc. Ambroise Paré, dans l’histoire de ses monstres, nous en apprend déjà beaucoup, et Jacob nous donne le secret d’obtenir des variétés de couleurs chez les brutes, en exposant à leur vue, pendant la gestation, des objets d un aspect nouveau et remarquable : igitur quando primo tempore ascendebantur oves , ponebat Jacob virgas in canalibus agitai uni ante oculos arietum et ovinm , ut in ecirnm contemplatione conciperent . (Gen. cap. 50, v. LI.)
S H- Accouchement . 1° Lorsqu’une femme est en mal d’enfant, et
lorsque le travail se prolonge au-delà du temps ordinaire, les assistants proposent presque toujours de faire venir près d’elle une jeune fdle : on pense généralement que la présence d’une vierge , devra soulager la malade et hâter l’accouchement, tout en le rendant plus facile. Multiplicabo œrumnas tuas et conceptus tuos in dolorepctries füios. (Gen., cap. 5, v. XVI.)
Ne serait-ce point dans le but d’apaiser cette grande colère que l’on amènerait cette jeune fille, victime sans tache offerte en holocauste? L’antiquité est remplie de ces exemples de sacrifices vrais ou simulés; on sacrifiait principalement dans des temps de détresse et de calamités publiques.
2" Une coutume non moins en vigueur, dans les circonstances qui nous occupent, est de réclamer l’assistance de certaines personnes avec qui on a pu avoir antérieurement quelque mécontentement, et par suite, quelques motifs de haine, altercations ou disgrâces : une réconciliation est jugée nécessaire dans cette espèce d’m extremis , pour dénouer heureusement les fils de cette scène, toujours un peu dramatique, mais à qui., cependant, cet intermède ne manque presque jamais de donner une
nuance plus ou moins comique.
5" Sainte Marguerite est fréquemment invoquée dans les mêmes circonstances. Je ne puis m’expliquer pourquoi on implore ici la protection de ■ctte sainte : rien dans sa vie ne vient justifier spécialement les prières pion lui adresse. « Elle était native d'Antioche, en Pisidie, fille unique fun grand-prètre des dieux, appelé Edise. Elle fut instruite dans la foi chrétienne par sa nourrice. Ayant été recherchée en mariage par un cerain Oibre, président de l’Orient, elle refusa, parce qu’il n’était pas chréien; celui-ci irrité lui fit endurer mille tourments, et ordonna ensuite (u’on lui tranchât la tète ; c’était environ en l’année 500, sous l’empire de Dioclétien. »
On représente St. -Marguerite foulant aux pieds un dragon ou serpent •lé (description en tombeau des Carmes à Nantes). lit ait Dominas liens ad serpentem.... inimicitias ponam inter te et mu erum et semen taum et, semen iliius; ipsa cnnteret caput tuum , et lu Midiaberis calcaneo ejus. (Gen., cap. 5, v. XV.)
MALADIES CLIMATÉRIQUES
Sainte Marguerite serait-elle prise ici connue la personnification (le cette femme coupable, mais puissante encore qui doit terrasser et vaincre le serpent, auteur premier de ses douleurs à venir, annoncées immédiatement après? Multiplicabo œrumnas tuas et conceptus tu os, in dulore paries
filios, etc.
gUI Délivrance. — 1° Pendant que le médecin fait la délivrance, on présente à l’accouchée une bouteille vide, dans laquelle elle souille jusqu’à la fin de l’opération. L’action de souffler peut avoir cela de favorable qu’elle exerce certains efforts ménagés qui peuvent quelquefois être utiles à l’expulsion du placenta, mais ce n’en est pas moins burlesque.
2» Le placenta expulsé est l’objet d’une attention spéciale . on le met à l’abri de la convoitise du chat et du chien de la maison, et on tache de ne
pas l’exposer à la curiosité des enfants.
Le plus ordinairement on l’enterre dans un coin du jardin où la terre ne devra pas être remuée de longtemps. D’autrefois, on fait un tiou profond dans la maison même et on l’y dépose soigneusement.
5-> Quand la délivrance est achevée, on présente le plus souvent le placenta à l’accouchée, pour quelle s’en frictionne le bout des seins; les savants du lieu prétendent que cette friction favorise la sécrétion du lait, et empêche le bout des seins de s’excorier, de se gercer.
g IV. Sommeil de l’accouchée. — Un des grands principes en vigueur parmi les femmes du peuple, c’est de ne souffrir, sous aucun prétexte, que l’accouchée s’endorme immédiatement après sa délivrance ; on met tout en œuvre pour s’opposer à ce qu’un sommeil bienfaisant vienne réparer ses forces et lui procurer un repos dont elle a tant besoin, après tant et de si longues fatigues.
En conseillant de la tenir éveillée pendant quelques heures, pour éviter l’hémorrhagie, suivant Delamotte, celui-ci n’a certainement pas distingué, dans ce phénomène morbide, l’effet de la cause. Dionis, qui était obligé de faire la lecture près de la reine, pendant quatre heures, pour 1 empêcher de dormir, remarque qu’il ne comprend pas la nécessité de celte méthode, qui était probablement celle de Clément, et que Saint-Germain recommande, comme Fournier et plusieurs autres, afin d’éviter des accidents graves. Si des femmes s’endorment avec les apparences de la santé pour se réveiller bientôt après, au milieu d’une perte abondante, il en est un bien plus grand nombre qui ne doivent leur bien-être qu a 1 action bienfaisante d’un sommeil réparateur. Seulement la prudence veut quon surveille le pouls, et (pie de temps en temps on porte la main sur 1 h}po gastre, pour s’assurer que la matrice ne tombe pas dans 1 inertie.
g V. — Lorsquel’enfant vient au monde, couvert extraordinairement de cet enduit graisseux et sébacé que l’on remarque presque toujours au pli des articulations, on ne manque jamais d’attribuer ce phénomène, au lait que la femme a dû manger en trop grande quantité, pendant sa grossesse. >ous citerons un trait plus bizarre encore, en faisant un accouchement: le fœtus présentant la position des fesses, le travail fut assez long et l’enfant rend
CLIMAT DE LA ÜUETAGNE
une certaine quantité d’un mœconium de couleur vertë. Les assistants émerveillés se hâtèrent d’expliquer que la mère, ayant mangé la veille une salade de laitue, il était tout naturel que l’enfant s’en ressentit.
MM. Burdach, Berard et Magendie, n'ont pas encore atteint ces profondeurs de physiologie transcendante.
§ VI. Cordon ombilical. — Lorsque le cordon ombilical vient à se détacher et à tomber, les plus grandes précautions sont prises pour qu’il ne fortune pas : c’est une opinion bien arrêtée que le sort de l’enfant est étroitement lié à celui de son cordon ombilical. Si par mégarde il tombe dans le feu, l’enfant se brûlera; et si par aventure il est porté à la rivière en même temps que les couches du nouveau-né, celui-ci se noiera; s’il est mangé par quelques animaux carnassiers, l’enfant devra se tenir en garde contre leurs griffes et leurs dents, etc.; l’usage est de l’enterrer cérémonieusement dans un carré du jardin ; suivant la longueur où l’on coupe le cordon ombillical, l’enfant chantera bien ou mal ; la plus belle voix sera en raison directe de sa longueur.
| VII. Tète allongée .■ — Quand après un accouchement difficile, l’enfant arrive avec une tête plus ou moins allongée, le nez plus ou moins épaté, les savantes du lieu sont toujours très disposées à reformer la tête, refaire la tète et pincer fortement les narines, pour que plus tard le nez soit bien conformé et bien effilé ; ces manœuvres plus ridicules que meurtrières, peuvent cependant s’accompagner d’un danger bien réel.
§ VIII. Mamelle s du nouveau-né. — • Une pratique bien extraordinaire, et qui ne trouve dans les explications ou les suppositions les plus hasardées aucune espèce de raison sérieuse, ou un peu fondée, s’exerce quelquefois sur les enfants du sexe féminin, peu d’instants après leur naissance. Pour faciliter, dit-on, un allaitement futur et déjà prévu, on applique la bouche sur les petites mamelles de la jeune enfant ; et par des mouvements de succion assez énergiques, on leur arrange le bout des seins: cette manœuvre doit les préserver, pour l’avenir, des conséquences fâcheuses d’une lactation pénible et douloureuse, et les exempter de tout le cortège des accidents qui peuvent en être la suite ou le résultat.
| IX. Premier baiser. — Le premier baiser donné à l’enfant nouveau-né, porte avec lui la prérogative d'exempter du mal de dents , aussi cette faveur est-elle recherchée avec beaucoup d’empressement, malgré la répugnance quedevraient nécessairement exciter l’enduit sébacé, le sang et quelquefois bien autre chose, qui recouvrent les joues et la figure presque tout entière.
| X. Bains de main dans l’eau froide. — • Souvent on plonge les mains de l’enfant dans l’eau froide, pour que plus tard il soit insensible à l’action du froid, aux engelures etc. Cette coutume, renouvelée des Russes, 11e peut donner lieu qu’à des accidents plus ou moins graves.
% XI. Vin sucré. — Quand l’enfant est paquelé et que sa petite toilette est achevée, on lui donne un peu du vin d’une rôtie que, selon l’usage presque invariable , 011 a fait prendre à la mère aussitôt après son accouche-
MALADIES CLIMATÉRIQUES
ment; ce vin est ingéré à l’aide d’un petit linge imbibé, qu’on lui l'ait sucer pendant quelques instants. S’il boit bien on ne manque pas de dire qu’il a déjà, comme son père, une tendance à devenir ivrogne.
§ XII. Première nourriture. — Dès le lendemain ou le surlendemain de
sa naissance, on gorge l’enfant d’une bouillie épaisse ; de là ces indigestions souvent falales, ces coliques presque continuelles, ces diarrhées rebelles, etc., etc.; bien plus, il est de règle établie dans nos campagnes que, pour apaiser les coliques des enfants nouveau-nés, il faut leur faire manger le plus possible de celte bouillie au froment, épaisse, mal délayée et très
souvent mal cuite.
§ XIII. Lactation. Urine du mari. — Lorsque le lait se fait attendre, on conseille quelquefois à la mère, de se mettre sur les seins un grand bonnet de laine, trempé dans l’urine de son mari; on l’y maintient jusqu’à la montée du lait.
Il survient parfois des accidents à la suite de cette imprudente manœuvre. Une jeune femme accoucha très heureusement, son lait se fit attendre comme de coutume, pendant deux jours à peu près; au bout de ce temps les voisins empressés conseillent de lui appliquer le dit bonnet sur les seins, et on l’y laissa pendant trois jours; cinq jours après elle succombait à une métro-péritonite avec état typhoïde.
§ XVI. Vomissements, régurgitation, gourmite . — Ce n’est qu’à l’aide d’un examen scrupuleux qu’on vient à bout de distinguer, chez les enfants, ce qui est léger ou de peu d’importance, d’avec ce qui est grave et dangereux; il faut quelquefois un tact particulier pour saisir l’indication qui se présente, et pour mieux aviser aux moyens d’y satisfaire; en partant de ce principe nous dirons que le vomissement, qui est le plus souvent une indisposition peu dangereuse, doit cependant être étudié de très près, dans un certain nombre de cas et dans une certaine classe de la société.
Les gens de la campagne s’en préoccupent très peu, et semblent au contraire voir avec plaisir leur jeune enfant régurgiter ou régorger, sans effort, les matières accumulées outre mesure dans l’estomac, celte espèce de vomissements presque naturel et nullement pénible, a mis en faveur cet axione aussi paradoxal que dangereux, par la confiance qu’il semble consacrer :
L’enfant gourmite.
L’enïant profile.
De celle fausse appréciation peuvent surgir et s’aggraver les accidents les plus nombreux et les plus diiïiciles à maîtriser; ainsi les maladies encéphaliques, si communes et si pernicieuses à cet âge, les troubles plus ou moins profonds du tube intestinal, la présence des vers et le cortège de ses manifestations si variées; certains cas d’empoisonnement par des substances vénéneuses ingérées à l’insu des parents ou des nourrices, tout cela passe le plus souvent sur le compte de ces vomituritions qui sont regardées généralement, sinon sans plaisir, du moins sans aucune inquiétude.
'CLIMAT DE* LA BRETAGNE
g XV. Filet frein (lingual}. — 11 arrive très fréquemment que certains enfants ne prennent pas le sein delà mère, avec cet appétit presque vorace qui annonce le besoin impérieux de nourriture et la bonne conformation des organes qui, de l’un et l’autre côté, président et servent à la fonction de l’allaitemenl ; de là naissent des préoccupations légitimes, mais qui dans le plus grand nombre de cas reconnaissent pour cause l’idée d’un vice quelconque du côté du fdet ou frein de la langue : ainsi pour expliquer le refus manifeste et persistant du nouveau-né à prendre naturellement le sein maternel, on ne s’inquiète point si ce nouveau-né se trouve dans les conditions requises de santé générale, si le bout du sein est convenablement préparé, si le lait est suffisamment monté et engraissé , si ce lait est donné ou non par une nourrice étrangère etc., etc. ; on proclame imperturbablement la présence d’un filet vicieux, qui doit être cause unique de
tous ces accidents.
Ici l’intervention du médecin est jugée nécessaire et de première urgence; on se hâte de lui porter l’enfant qui, s’il y a lieu, subit plus ou moins patiemment l’opération de la section faite à l’aide de ciseaux mousses. Cette opération, simple par elle-même, n’est cependant jamais pratiquée par des personnes étrangères à l’art. Il est à croire que certains accidents (hémorrhagies survenant à la suite de la section des veines et artères ranines), auront éveillé l’attention des parents et des personnes à qui est confié le soin des nourrissons. Vingt-cinq centimes et jamais plus sont accordés à l’opérateur, c’est un prix fixe et qui pourra se maintenir autant de temps que vivra cet ancien dicton , en grande faveur dans les campagnes, pour désigner quelqu’un qui parle facilement et beaucoup :
« il a la langue bien pendue , celui qui lui a coupé le ligneul a bien gagné ses cinq sols. »
Le mot ligneux, ligneul, est généralement employé pour désigner ce que nous appelons filet ou frein de la langue.
| XVI. Des vers. — Dès qu’un enfant éprouve la moindre incommodité, on s’empresse de l’attribuer a la présence delà vermine intestinale, cette étiologie doit être releguée parmi le vulgaire qui ne se donne jamais la peine d’examiner attentivement les maladies qui se présentent, ou qui est incapable d’en rechercher les véritables causes. Il est indubitable que le premier âge est sujet aux vers, mais cette affection n’est pas aussi fréquente qu’on le croit communément.
Un grand nombre d’autres maladies propres à l’enfance, peuvent dans, une infinité de cas présenter les mêmes symptômes : de cette fausse appréciation proviennent ordinairement celte dangereuse quiétude, cette inaction fatale, où l’administration de remèdes et de pratiques plus ou moins intempestives ou meurtrières; ainsi l’ail appliqué en topique, la suie bouillie dans du lait doux, l’absinthe pilée et passée, et bien d’autres substances dont la raison thérapeutique ne se trouve que dans l’ignorance traditionnelle des premiers éléments du bon sens; le semen-conlra, la mousse de Corse, certaines compositions où l’eau vulnéraire prédomine,
MAL A DI ES CLIMATERIQUES
sont en grande renommée, surtout quand ils sortent des mains du charlatan forain. Sans blâmer ni exclure complètement l’usage de ces derniers médicaments, je crois, pour le moins, que dans le grand nombre des cas, cet usage doit être surveillé de très près, et exige une minutieuse circonspection de la part de celui qui le met en pratique.
En attendant l’elïet des médicaments, employés pour combattre de prétendus vers, la véritable affection s’augmente et s’aggrave dans d’effrayantes proportions, en raison directe des moments perdus : les convulsions, l’état comateux, certains petits cris caractéristiques, la chaleur du front, la fréquence du pouls, etc., qui annoncent vers le cerveau des désordres plus ou moins profonds, ne pourront jamais en quoi que ce soit, être avantageusement modifiés par l’administration de lait, de la suie ou du semen-contra, pas plus que les coliques, une petite fièvre, des selles liquides et mal liées, l’insomnie, la soif, etc., etc., qui annoncent, vers le tube intestinal, un travail morbide redoutable et trop souvent mortel.
| XVII. Bâches, teignes , poux. — Ces différentes maladies du cuir chevelu, de la face et de certaines autres parties du corps, préoccupent assez peu les parents des enfants qui en sont affectés ; quelques remèdes grossiers, quelques précautions vulgaires plus ou moins prolongées, voilà les armes dont on se sert pour combattre des états morbides, d’autant plus menaçants qu’ils existent ordinairement chez des sujets pauvres, étiolés, cachectiques et quelquefois accablés de mauvais traitements, en raison du dégoût et de la répugnance que ces petits malheureux inspirent à ceux qui en ont la charge. La nature fait le plus souvent tous les frais de la guérison, quand certaines crises métastatiques, d’un mauvais genre, ne viennent pas subitement la rendre impossible.
§ XVIII. Coqueluche, dyssenterie. — On peut mettre ces maladies, quant aux soins qu’on leur apporte, au même rang que celles dont nous venons de parler : ordinairement épidémiques, elles font dans les campagnes (surtout la dyssenterie), de nombreuses victimes ; le médecin est rarement appelé pour leur donner ses soins, et quand il en ordonne, il rencontre le plus souvent autant de difficultés à vaincre du côté des petits malades, que de négligences, incurie, pénurie ou mauvaise volonté de la part des parents. Les œufs durs, les cormes, une mixtion faite avec partie d’huile, de sucre, d’eau-de-vie et un jaune d’œuf, voilà pour la dyssenterie; pour la coqueluche, l’expectation prise dans tout son sérieux et ses désolantes conséquences.
§ XIX. Vaccine. — Quelques préjugés planent encore sur l’opportunité, la valeur réelle et les conséquences ultérieures de la vaccine; il est des pères de famille qui la refusent complètement; d’autres permettent qu’on vaccine leurs enfants, tout en ayant l’air de douter de l’ellicacité du préservatif; d’autres accusent très volontiers la vaccine de produire, chez l’enfant, certaines gourmes, certaines éruptions, certaines maladies des yeux, des oreilles etc. ; qui assez fréquemment l’attaquent, soit plus tôt,
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soit plus tard. Les parents, dans leur petit amour-propre un peu blessé, sont très disposés à déverser ainsi sur le fait de l’opération, tout le poids de leur mécontentement, pour donner le change, devant leur voisinage au moins, sur les vraies causes de ces affections, qui le plus souvent dénotent un principe lymphatique ou scrofuleux, une constitution malingre cachectique ou des soins très incomplets.
O11 ne consent jamais à prendre du virus vaccin sur le bras d’un enfant dont la famille, par une tradition plus ou moins ancienne, est réputée atteinte de vice scrofuleux, c’est de la prudence excessive, mais tout le monde n’est pas à même de connaître le principe généralement admis par la science et soutenu d’une manière bien remarquable par M. Bousquet, dans cesderniers temps (1 866), à savoir quele virus vaccin est et reste inaltérable et toujours le même, n’empruntant jamais rien de bon ni de mauvais aux dispositions ou aux états actuels des individus sur qui on le récolte.
§ XX. Intelligence précoce. — Lorsque par ses petits mouvements, son air intelligent etc., l’enfant montre à ses parents un certain degré de gentillesse, ceux-ci, loin de s’en réjouir, sont au contraire disposés à s’en affliger, et la raison, suivant eux, en est toute simple : avec tant d’esprit, disent-ils, il est impossible que cel enfant se laisse vivre. Poursuivant rigoureusement la conséquence de ce principe, où en serait notre pauvre société, si tous les hommes d’esprit étaient morts en bas âge ?
§ XX. Frayeurs nocturnes. — Cette affection peu grave dans le plus grand nombre des cas, mais qui pourrait le devenir, si on l’abandonnait à elle-même, est dùe selon toute apparence à un état anormal des premières voies digestives, qui réagit plus ou moins fâcheusement sur les organes encéphaliques et peut par suite occasionner des convulsions, l’épilepsie etc. Les gens de la campagne, sans se préoccuper davantage, ont l’habitude de porter le petit malade à l’église et de le faire évangéliser . Le prêtre se met i l’autel de la Sainte Vierge, place le bas de son étole sur la tête de l’entant, récite des prières pendant quelques minutes et congédié les assistants.
.* XXII. Parotides , oreillons, jottereaux. — Comme toutes les affections idiopathiques de ce genre, les parotides qui révèlent le plus ordinairement '•elle forme, sont bénignes et se terminent le plus souvent par résolution, au bout de 7 ou 8 jours; elles régnent quelquefois épidémiquement ; elles sont très sujettes â disparaître tout à coup par métastase. Cette maladie prend vulgairement Je nom d’oreillons ou jottereaux.
Le mot jottereaux vient, probablement, du bas breton jot, qui signifie joue. Une pratique fort répandue dans les campagnes, pour la combattre avec succès, est de conduire le petit malade dans l’étable aux vaches, et de lui frictionner le cou et les mâchoires avec la poitrine interne du collier m nache d’une vache noire; puis on l’enveloppe de laine non échaudée
au non dégraissée, h XXIII. Glandes, abcès froids,
ver, ver-taupe.
— Les abcès froids ne se
•eneontrenl guère que dans le tissu cellulaire et dans les ganglions qui suivent, de distance en distance, le trajet des vaisseaux lymphatiques,
MA L A DIES CLI Al A TÉ 1UQUES .
symptomatiques d’une affection locale., ils dépendent généralement d’un vice essentiel de l’économie et portent le caractère d’abcès froids ,* c’est évident pour ceux surtout d’origine scrofuleuse. Cependant, certaines "landes se gonflent d’une manière toute sympathique, quand elles se trouvent situées aux environs d’un foyer de douleur ou d’inflammation quelconque; aussi les glandes maxillaires, inguinales, axillaires, etc., subissent presque toujours cette conséquence à la suite de violentes odontalgies, amygdalites, maux d’oreilles, coups ou plaies de tête, gonorrhée, chancres, fractures, érysipèles phlegmoneux, etc. Il est assez rare qu’une collection purulente vienne modifier les tissus, à ce point de produire l’issue d’un pus bien formé et normal; dans le plus grand nombre des cas, une délitescence complète s’opère dans les parties atteintes, et les débarrasse définitivement sans produire le plus léger accident métastatique. Cette disparition merveilleuse a attiré l’attention des habitants de la campagne, et a dû donner un grand degré de confiance au pansement du ver ou du ver-taupe. ,
Le grillon-taupe, courtillière, ver-laupe , est un insecte d’un aspect hideux, de la longueur du doigt, etc.; il fouit et élève la terre en petits monceaux et pratique, comme la taupe, certaines voies souterraines qui lui servent cle refuge, et qui lui facilitent les moyens de chercher et trouver sa pâture.
Une glande se gonfle sous diverses influences, une portion du tissu cellulaire se tuméfie, prend une certaine consistance en affectant une forme monticuleuse ; les résultats en deviennent quelquefois mauvais, suivant les dispositions actuelles ou les prédispositions antérieures de l’individu; le plus souvent, cependant, l’affection se termine comme ci-dessus. Le paysan né observateur, mais presque toujours mauvais appréciateur, procède ici par voie de comparaison et ne voit qu’un monticule. Cette observation l’amène à choisir un terme de comparaison, le monticule de la ver-laupe ; de là le nom de ver-taupe immédiatement appliqué aux glandes et abcès froids. Pour remédier à cette affection on s’empresse de chercher un individu né après la mort de son père ; il récité quelques prières, mouille de sa salive un doigt de la main droite, et le passe en traçant une croix sur l’abcès froid, glande ou ver-taupe , en disant :
Dieu n’a point de maître,
Feu n’a point de froid,
Eau n’a point de soif, f'er-!aupe sauve-toi !
§ XXIV. Cancer. — On sait que le cancer est une tumeur donll ulcération est d’un aspect repoussant, et qui par l’engorgement de certains vaisseaux et glandes lymphatiques, ressemble un peu à un crabe ou écrevisse dont les pattes seraient étalées. Généralement incurable, le cancer est soumis dans les campagnes à une grande variété de médicamentations. Les topiques narcotiques et l’emploi de la belladone surtout, on mis en réputation certaines bonnes femmes qui en font usage .
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Le mieux être momentané, une certaine amélioration, même assez notable dans les tissus atteints, suffisent amplement pour étayer une confiance facile à obtenir dans ces circonstances. Les arsenicaux connus et fréquemment mis en usage n’ont pas généralement le même succès, ni la même valeur auprès des crédules malades. Quelques chroniques mettant en souvenir l’histoire de morts presque subites accompagnées de douleurs intestinales violentes, ont jeté une certaine défiance sur ces médicaments, et ont appris aux paysans que beaucoup de toxiques, absorbés parla méthode endermique, pouvaient quelquefois produire des accidents d’empoisonnement plus ou moins terribles. Cependant la confiance est généralement acquise aux sages-femmes, aux armageurs ou affranchisseurs de bestiaux , qui, tout en vantant , habillant , mondant le froment, le seigle, l’orge, le sarrasin et diverses autres graines, conseillent et médicamentent les ignorants de leur espèce, et conservent précieusement dans leur gibecière, un certain nombre de formules ou ordonnances, comme celles de solutions ou potions dans lesquelles le bon vin tient le rang principal, et ils invoquent la bouture d'andouillcs comme un remède à tous les maux.
Les méchantes langues prétendent qu’ils ne manquent jamais de s’assurer, par eux-mêmes, de la qualité du vin, en mangeant une bonne partie de la dite andouille.
Lorsque la mort approche chez un individu atteint du cancer, on le fuit le plus ordinairement autant que possible : ceux qu’un devoir invincible attache au chevet jusqu’au dernier instant, ont la précaution de suspendre, au-dessus du lit ou dans la chambre, un morceau de viande fraîche pour que le cancer s’en empare, et ne vienne pas s’implanter sur une des personnes présentes, au moment où le dernier soupir vient d’être rendu par le malade.
§ XXV. Mois de mai. — On ne fait aucun mariage dans le mois de mai, dans la crainte d’avoir des enfants torts-cols , c’est-à-dire qui auraient le cou de travers. Il parait que les Romains ne se mariaient point aussi dans ce mois. (V. Mèm. de l'Acad. Celtique , t. II, p. 75). Brydone dans son voyage en Sicile (t. II, p. 271), dit que les Siciliens ne se marient pas dans ce mois.
Si on ne se marie point au mois de mai, on ne s’y fait pas saigner non plus dans les campagnes nantaises, nous voulons parler des saignées annuelles de précaution, dont l'usage banal est encore en vogue, ce qui d’après Brantôme aurait fait dire au maréchal de Tavannes, à la St-Barthelemy : « Saignez! saignez! la saignée est aussi bonne en août qu’en mai. »
% XXVI. Pansement des morsures de vipère. — Les personnes, hommes ou femmes, qui se mêlent de panser les morsures de vipère, mettent un grand mystère dans la pratique du pansement et la préparation du topique, filles prétendent que cette connaissance leur a été transmise par une personne à l’article de la mort, et que si elles en divulgaient le secret avant ♦l’être elles-mêmes sur le point de mourir, elles mourraient certainement
MALADIES CLIMATÉRIQUES
dans l’année. C’est comme le médecin d’Annibal, lequel avait appris de son père mourant, le talent de guérir que ce dernier tenait du ciel, atque is deinde suo moriens cœlestia doua monstrarat nato. (Silicus italiens ,
lib. V, vers 560).
§ XXVII. Des heurtes. — Les heurles ou urles sont une espèce de rhumatisme subaigu et goutteux qui se porte sur les articulations. Nous avons dit plus haut que la goutte est le mal de St-Urlou ou ürlau. Les rebouteurs et quelques bonnes femmes ont le privilège de panser des heurles, ce qu’ils font par de très légères incisions cruciales, pratiquées à l’aide d’un rasoirsur la partie atteinte. A Nantes un certain vieux cordonnier passe pour guérir les rhumatismes de tout genre, les entorses, les éclivements des nerfs etc., à l’aide d’attouchements du pouce pour les parties supérieures du corps, et du gros orteil pour les parties inférieures. Il prétend que son corps est comme une éponge qui s’imbibe et s’imprègne de tout le mauvais qui peut se rencontrer chez les personnes qui ont la charité de le consulter et d’avoir confiance.
Risum teneatis Soit M. Bizeul, mais retenez donc la superstition
de la crédulité maladive : Au camp de Chàlons, dix ans après le guérisseur Nantais, nous avions le zouave Jacob, ejusdem farines , faisant échec à la faculté !
Climat des îles Canaries.
L’archipel des Canaries est situé sur la côte nord-ouest de l’Afrique septentrionale, entre les 27° et 29'’ de latitude nord. Il y a 7 îles (et 6 ilôts), Ténériffe est la principale. Les saisons aux îles Canaries, participent et de la température du midi de l’Espagne et de la chaleur de la zone torride. Un suave printemps commence au mois de mars. Les brises de mer tempèrent les chaleurs caniculaires de l’été. Le vent de sud-est, dit Levante, est la désolation des Canaries.
Moyenne de température.
Janvier.
Février Mars Avril Mai .
Juin. .
Juillet .
YD
Août . .
Septembre.
Octobre. .
Novembre .
Décembre
Les oscillations thermométriques ne dépassent pas 10 degrés.
Sous le nom d 'undancio on désigne tantôt des maladies catarihah.s, tantôt des états typhoïdes ou des. exanthèmes.
Depuis la vaccination la variole a beaucoup diminué ses ravages.
La fièvre jaune et le choléra se sont manifestés plusieurs fois.
En 18a2, la peste à bubon apparut à San-Cristobal de la Laguna . Lu neuf mois 9000 malades périrent.