MA LA I) I RS CU M ATR RIQL'ES
conditions hygiéniques mauvaises, à l’encombrement surtout, les rapports des médecins de la marine infirment complètement cette assertion trop absolue, en ce qui concerne la fièvre typhoïde. Il est fait mention de cette maladie à Taïti, à la Nouvelle-Calédonie, à Madagascar (Cotterel et de Méricourt), dans la Plata (Petit, Saurel), au Chili où elle est connue sous le nom de chanalongo.
Selon Sigaud l’existence de la fièvre typhoïde a été constatée au Brésil par des autopsies; ltagot, chirurgien-major de YÊrigone, a eu à traiter beaucoup de cas de cette affection, pendant une traversée de Manille à Macao. Fournier sur le iVisus (1845-44), en a recueilli des observations très détaillées à Sierra Léone. D’après Lecoat Kernoter, la fièvre typhoïde est assez rare à la Havane, mais elle y est grave, il en est de même à la Guyane. Enfin, en parcourant les Transactions des Sociétés médicales de Calcutta, de Bombay de Madras, on trouve des observations qui établissent nettement l’existence, assez rare il est vrai, de la Fièvre typhoïde dans ces présidences.
Epidémie de fièvre typhoïde au cap Jacob ( Guadeloupe ). en 1867. — Quelques cas de dothiénenterie s’étaient montrés dans le cours du lr trimestre, la maladie prit dans le 2mK le caractère évidemment épidémique, et continua pendant le 5,no.
La physionomie de cette épidémie fut à peu près celle de la fièvre typhoïde dans les climats tempérés .
M. Dutrouleau en signale cinq cas dans une année aux Antilles (Guadeloupe), et des ulcérations caractéristiques ont été révélées par des autopsies, à la Basse-Terre en 1848 et 1849.
D’après M. Brassac, les états des divers hôpitaux de la colonie (Guadeloupe), portent 69 cas de fièvre typhoïde pour une période de trois ans.
L’existence de la fièvre typhoïde, dans les régions intertropicales, ne saurait faire doute désormais.
Nous ajouterons qu’à l’hôpital militaire de Cho-koan, à Saigon, (Basse- Cochinchine), contrée presqu’équatoriale (à 8° de latitude N.), dont nous étions le médecin-chef en 1861-1862, nos tableaux nosologiques mensuels portent les chiffres ci-après des cas de fièvre typhoïde, parfaitement caractérisés :
Mois de mars 1861 : o cas de fièvre typhoïde, terminés par la mort.
Mois d’avril — 1 idem .
Total 6 en une année, pour un mouvement de 2474 (fiévreux, blessés et vénériens réunis), c’est peu, mais c’est un appoint de plus en confirmation de la question ci-dessus énoncée.
On observe, aux Antilles, chez les indigènes, quelques affections spéciales telles que la maladie du sommeil, le mal de cœur, le béribéri, 1 ulcéré phagédénique.
Mal de cœur ou mal d’estomac des nègres. — C’est une névrose gastrointestinale, particulière aux pays intertropicaux, affectant exclusivement
CLIMAT DE LA GUADELOUPE
les individus de couleur, et s’accompagnant d’un état cachectique, de la diffluence du sang, avec anémie et suffusions séreuses. Cet état se rapproche beaucoup de la cachexie fébrile, et se complique quelquefois de scorbut. Aussi convient-il d’employer le quinquina et les ferrugineux.
Ce mal et celui des mâchoires ont dépeuplé la Dominique.
Les nègres ayant le mal de cœur, sont portés à la géophagie. Plusieurs observateurs affirment que les créoles et les Européens eux-mêmes, peuvent avoir le mal de cœur.
Cette névrose spéciale diffère peu, avons-nous dit, de l’hypohémie fébrile, et a des analogies avec le pica des chlorotiques. Aussi doit-on employer comme traitement : les toniques, les analeptiques, les amers, le citrate de fer, le rhum, le citron.
Plus on s’éloigne de l’équateur, plus le mal de cœur diminue.
Les nègres subissent peu l’influence palustre, et la maladie s’observe même dans des contrées exemptes de paludisme, ce qui ne l’empêche point d’être liée à la cachexie fébrile.
La misère, la nostalgie, l’abus des boissons alcooliques, contribuent à son développement .
Les prodromes sont l’alanguissement physique et moral, le malaise, la céphalalgie, les courbatures; * puis la chloro-anémie avec douleurs épigastriques, diarrhée, perversion d’appétit, anorexie profonde, suivie bientôt de boulimie et de pica. Il y a décoloration de la peau et des selles, essoufflement, palpitations anémiques, œdème des jambes, lipothymies.
Au lieu d’un noir lustré, la peau devient brun-terne. Il y a perversion du goût : allotrophagie, c’est-à-dire tendance à manger diverses substances minérales et végétales, qui ne sont point alimentaires.
Eléphantiasis des Grecs. — Lèpre phymatoïde et aphymatoïde. — Elèphantiasis des Arabes ou maladie glandulaire des Barbades (I). — La dénomination de lèpre [Aznpx), a été appliquée par les médecins grecs à plusieurs dermatoses, la plupart squameuses.
Deux variétés : l’une tuberculeuse, l’autre non tuberculeuse, (éléphanthiasis des Grecs).
La dénomination d’éléphantiasis devrait être exclusivement réservée à la maladie décrite par les Arabes. D’autre part on devrait rejeter la lèpre vulgaire, dermatose squameuse, voisine du psoriasis.
C’est en Afrique et en Asie que la lèpre existe, depuis les temps les plus reculés.
En Norwège la lèpre a pris une grande extension, sous le nom de spedalskhcd. On trouve encore la lèpre endémique dans quelques localités de l’Italie, du midi de la France (Martigues, lierre, etc.).
En Amérique la lèpre est répandue au Mexique, au Brésil, et est appelée morphea .
Symptomatologie. — Trois périodes : D'% apparition de macules ou
(I) D’après le I)1' Brassac.
725 MALADIES CLIMATÉRIQUES
taches; 2‘‘, formation de tubercules; 5°, ulcération des tubercules et des points occupés par les macules. C’est dans cette dernière période qu’éclatent les désordres graves, menaçant directement la vie.
Les tubercules sont sphériques ou plats. Siège : sur les joues, le front, les oreilles, le pénis, le scrotum, la vulve, l’anus, le tronc, et quelquefois
pédiculés.
La face bosselée est hideuse. Les tubercules du tronc sont pisiformes. Les tubercules plats siègent sur les mains, aux avant-bras et aux jambes. Altération des ongles. Les poils blanchissent et deviennent cassants. Paralysies et atrophies musculaires partielles.
Lèpre aphymatoïde , appelée aussi anesthésicfue . Commence pai une
éruption de pustules ou de bulles, aux extrémités des membres. Ce sont le plus souvent des bulles de pemphigus qui éclatent en très peu de temps, de un jour à quelques heures, et laissent écouler leur humeur visqueuse. L’épiderme qui forme la bulle se détache par lambeaux, et laisse à nu une surface ulcérée qui suppure quelques jours, puis se recou\re d une croûte noire peu épaisse. Ce n’est pas un acheminement vers la guérison, dit M. Brassac, caria croûte, tombant spontanément, laisse voir une destruc-
tion plus avancée des tissus par l’ulcération. La douleur est alors très vive, tandis qu’elle faisait défaut lors de l’éruption.
Le développement de la maladie n’est pas général, son évolution se fait par groupes. Quelques-unes des pustules s affaissent, se dessèchent et font place, après plusieurs semaines, à une cicatrice blanchâtre froncée. 11 en est de même d’un certain nombre d’ulcères.
Fait remarquable à noter : au début de l’affection il y a souvent hyperesthésie qui, peu à peu, fait place à l’anesthésie L’insensibilité périphérique gagne en profondeur, on cite des cas où des amputations ont été pratiquées, sans douleur ressentie par le patient.
Des crevasses, surtout aux pieds, deviennent l’occasion d ulcérations douloureuses et profondes. Des phalanges se détachent en lambeau, et sur des portions de membre.
La paralysie suit l’insensibilité avec atrophie musculaire, avec contractions, déviations etc. A la face, la paralysie commence d’ordinaire par les muscles orbiculaire des paupières. Le globe de l’œil devient de jour en jour plus saillant, les canthus s’élargissent. Les paupières se plissent, la supérieure conserve son mouvement d’élévation, mais ne peut se reunir à l’inféreure : le clignement complet devenant impossible, les larmes s’écoulent sur la joue, en un sillon rouge, les conjonctives s’irritent, s’épaississent, la cornée s’ulcère, les cils tombent. La bouche subit des déviations. Lé jeu de la physionomie s’éteint, ou plutôt devient d’une horrible immobilité, par des tiraillements qui la déforment. Les ulcères des mains et des pieds vont parfois disséquant et usant muscles et os. On pourrait confondre alors ces ulcères avec le mal perforant .
Les médecins ÎVorwégiens nous apprennent que l’étal général se main-
CLIMAT DE LA GUADELOUPE
lient néanmoins satisfaisant, tant que la suppuration est active; quand celle-ci au contraire diminue ou se tarit et que l’ulcère se rétrécit, se contracte, il se produit des symptômes généraux et locaux très intenses, tels que céphalalgie, fièvre, oppression cardiaque, vomissements, douleurs lancinantes, adénites multiples; l’assoupissement succède au frisson et le malade succombe peu de jours après.
Il y a une complication singulière : il n’est pas rare de voir un malade atteint de la lèpre grecque, présenter ultérieurement un éléphantiasis des Arabes, et réciproquement. Il n y a pas parenté (?) entre les deux affections mais il n’y a pas antagonisme.
Prophylaxie. — Au temps de Moïse la séquestration était la loi absolue.il en était de même chez les Chinois, aux temps les plus reculés.
En Europe et notamment en France, la lèpre était un motif de dissolution de mariage (757, édit, de Compiègne). Ce fut surtout à l’époque des Croisades que la lèpre devint très fréquente en Europe; delà 1 institution généralisée des léproseries, où la séquestration devint excessivement rigoureuse. (Sis mortuus mundo et vivus iterum Deo, disait le prêtre au séquestré.)
La séquestration dans les léproseries, qui s’élevaient au nombre de plus de 2000 en France, au xinme siècle, empêchant l’hérédité, a pu contribuer à la diminution, mais non à l’extinction de la lèpre, qui est due bien plus à l’aisance, à l’hygiène publique.
Mais si la lèpre n’existe plus en France qu’à l’état erratique, dans quelques localités la maladie a envahi les pays inlertropicaux.
L’administration française entretient des léproseries dans nos colonies. La Réunion, la Guyane ont une léproserie, celle de l’île de la Désirade, située à 9 milles de la Grande-Terre de la Guadeloupe, reçoit les malades de la Martinique, de la Guadeloupe et de ses dépendances.
L’ile de la Désirade a 6 lieues de long sur 5 kilomètres de large, a une petite chaîne de montagnes, dont la côte N.-O, qui regarde la mer, est taillée à pic; la côte S.-S.-E. est en pente, et offre au bord de la mer une langue de terre sablonneuse, aride, où croissent des cocotiers. 11 y a près de 2000 habitants, vivant de la pêche ou du cabotage, le camp des lépreux est situé à 8 kilomètres du bourg, à l’extrême pointe N.-E.
La création de l’établissement remonte à 1728. On y reçoit, outre les lépreux, des malades atteints d’éléphantiasis, d’ulcères de diverses nature, et de pian, affection contagieuse, dont les rapports avec la syphilis sont probables. Traitement peu efficace.
Au Brésil, où la lèpre est commune dans certaines provinces, les naturels regardent le suc de Yassacou , (tlura Bresiliensis), de la famille des euphorbiacées, comme un spécifique contre la maladie. Il agit comme vomitif et purgatif (15 grammes de poudre d’écorce dans une potion, ou 10 et 15 gouttes de suc de la plante).
On doit au 1)r Boileau, de l’île Maurice, et aux médecins français et anglais de l’lndc:les premiers essais (1852-1 853), du traitement delà lèpre
MALADIES CLIMATERIQUES.
par l’iiydrocotyle asiatique (famille des qmbellifères). Avant ces praticiens cette plante était employée dans l’Inde, à litre de dépuratif, dans certaines dermatoses, et les indigènes du nouveau monde se seraient servis, dès le dernier siècle, contre la lèpre, de cette même plante sous le nom de chiachunchully .
Le Dr Boileau annonçait, en 1854, quatre cas de guérison. Cependant atteint de lèpre lui-même et suivant le même traitement par l’hydrocotyle, il a fini par succomber à cet horrible mal.
Cependant l’hydrocotyle en poudre, administrée à la dose de 1 à 2 grammes, agit comme diurétique et stimulant, et à la longue parait donner de bons résultats, à Madras notamment.
Au Brésil on a essayé, sans succès, de la morsure des serpents à sonnette. Sigaud cite un cas de mort ainsi occasionnée.
En dehors de l’hérédité, la cause de la lèpre est inconnue. La contagion a été un prétexte pour la séquestration.
Dans une note sur la léproserie de Pondichéry, M. Brassac fait les réflexions suivantes, à propos de l’étiologie de la lèpre : Quelques malades, les hommes surtout, incriminaient des affections vénériennes, antérieures et, en effet, beaucoup présentaient des stigmates non douteux de syphilis. Chez quelques-uns la syphilis constitutionnelle se traduisait par des accidents graves, ulcérations des fosses nasales avec ulcération des os, affaissement du nez, ulcères du pharynx avec destruction du voile et de la luette, ulcérations laryngiennes et épiglottiques, et lésions osseuses diverses.
Mais entre ces lésions et la lèpre y avait-il relation évidente de cause à effet, ou bien simple coïncidence? Chez deux de ces malades, l’invasion de la lèpre avait suivi de très près l’évolution de chancres et de bubons, et les accidents tertiaires se sont montrés plus tard, se développant concurremment avec les phénomènes de la lèpre.
Ce qui a pu surtout accréditer cette opinion de la provenance syphilitique de la lèpre, c’est la fréquence extrême de la syphilis dans l’Inde, fréquence qui rend tout moyen prophylactique bien difficile, sinon impossible. Les médecins natifs, peut-être sans trop raisonner leur opinion, acceptent volontiers cette idée de la provenance syphilitique de la lèpre, a laquelle ils donnent pour cause la dépression excessive produite par l’abus du coït.
En résumé :
1" La lèpre grecque (des Antilles), va de la macule jusqu’aux ulcérations qui emportent successivemcut toutes les phalanges des mains ou des pieds, qui creusent dans les profondeurs de la face d’horribles cavités, et qui s’accompagnent des symptômes généraux les plus graves. Des poignets sont amputés, par la chute successive de tous les éléments de la main. Le mal serait héréditaire et contagieux.
2° L’éléphantiasis des Arabes, très commun aux Antilles, où il est connu sous le nom des Barbades, s’attaque surtout à la race noire, mais n’épargne
CLIMAT DE LA GUADELOUPE
pas la race blanche, s’accompagnant de la production d’ostéopliytes nombreux, autour des articulations, et de l’ossification des parties ligamenteuses qui va parfois jusqu’à confondre, en une seule masse, presque éburnée, les deux os de la jambe ou de l’avant-bras.
L’amputation qui compte peu de partisans en France, est pratiquée presque journellement, à la Guadeloupe, avec d’incontestables succès.
Climat du Mexique.
Épidémies de fièvre jaune et maladies de la Vera-Cruz (Mexique), pendant la lre moitié du 19e siècle, d’après les registres de l’hospice civil de Saint- Sébastien (i). — Vera-Cruz par 19° de latitude Nord, est assise sur le littoral et au fond du golfe du Mexique. Sa rade est formée par une ceinture de coraux. Des interruptions dans cette chaîne de bas-fonds, constituent les passes naturelles pour l’entrée ou la sortie des navires; population : 10 à 12,000 habitants.
C’est dans la partie nord-ouest de la ville que l'hôpital St-Sébastien fut inauguré en 1802, pour être affecté au traitement des cas de fièvre jaune qui se déclareraient parmi les mexicains de l’intérieur et les marins d’outremer. Il renfermait 200 lits, mais quelquefois on y a reçu jusqu’à 500 malades, l’hospice s’agrandissait alors des maisons voisines, qu’on louait pour y monter des lits supplémentaires. « La facilité avec laquelle ces maisons étaient réoccupées par les habitants, démontre que ce n’est pas d’aujourd’hui que la population de Vera-Cruz manifeste, à l’égard de la fièvre jaune, la plus complète indifférence, et qu’elle la considère comme une maladie que tout blanc, étranger au pays, doit avoir tôt ou tard, mais dont elle restera indemne. Si son intérêt ou son affection est en jeu, elle cède, sans répugnance aucune, une portion de ses appartements ou son propre foyer aux malades atteints du vomito le plus grave, et ne prend aucune précaution contre un pareil voisinage. Il faut ajouter du reste que pour ce qui concerne les Vera-Cruzaniens, ou les étrangers blancs qui ont eu une première fois la fièvre jaune, celle pratique ne parait avoir aucun inconvénient. »
Températures de la Vera-Cruz , notées à ï hôpital de la marine en 1805.
th. cent.
min. max.
Janvier 16 21
Février 16 21
Mars 19 23
Avril .... .20 24
Mai U 27
Juin 26 28
(lj D’après le, Dr Boullier
MALADIES CLIMATÉRIQUES
tl). cent.
min.
max.
Juillet .
Août. . .
Octobre.
Novembre .
Décembre .
L’écart de la température est de 12° (de 16 à 28°).
Le Sénégal a des variations plus grandes 18" (de 11 à 59").
Le nombre de jours de pluie àVera-Cruz, en 1803, a été de 94. Il n’y a pas à proprement parler une saison sèche. Février et avril sont les deux mois où la pluie a manqué.
En octobre et en novembre surtout, le vent du nord a quelquefois une violence extrême. C’est ordinairement après un ou deux de ces coups de vent, que la fièvre jaune se ralentit ou disparaît.
Notons cependant, dit M. Bouffier, qu’il n’en est pas toujours ainsi. Les indigènes redoutent beaucoup ces coups de vent du nord, bien connus parleur impétuosité dans le golfe du Mexique.
Le malaise, se traduisant par des impressions désagréables et par diverses affections, est le trait du climat du Mexique. Les maladies convulsives sont fréquentes chez les indigènes. Le trismus s’y observe à la suite d’un simple refroidissement, le tétanos aussi est fréquemment la complication du traumatisme, quelquefois le plus simple, par exemple l’avulsion d’une dent. En se basant sur des observations qui remontent à 1802, M. Bouffier admet que si à la Vera-Cruz, les épidémies de fièvre jaune peuvent, comme dans les petites Antilles, avoir une durée de plusieurs années, elles ne sont point cependant annuelles, ainsi queM.Dutrouleau est porté à le croire (l). A la Yera-Cruz, comme aux petites Antilles, des années entières s’écoulent quelquefois sans épidémie, mais il faut reconnaître que si l’espace qui sépare deux constitutions épidémiques, est de 7 à 10 ans, aux petites Antilles, elle n’est guère que de quelques mois à un an ou deux à Vera-Cruz.
Ce qui ressort des tableaux statistiques de l’hôpital de St-Sébastien, c’est que les mois les plus chargés, pour les cas de lièvre-jaune, sont ceux du printemps à l’automne, mais surtout de l’été.
En prenant les années qui ont des chiffres pour chaque mois nous trouvons :
en 1802 304 casée fièvre jaune dont 320 déclarés du printemps à l’automne.
1803 519 cas — dont 329 — —
1810 509 cas — dont -110 — —
1819 329 cas - dont 405 — —
1820 423 cas — dont 402 — —
l) Traite des mata lies des Européens dans les pa;/s chauds.
CLIMAT DU MEXIQUE
en 1802
cas
de fièvre jaune, dont
cas
— dont
cas
— dont
cas
— dont
cas
— dont
cas
— dont
soit pour 10 ans- 1030 cas
de fièvre jaune, dont 3106
les mois chauds et surlout ceux de l’été.
On ne saurait avoir une plus éclatante confirmation de ce que nous avions avancé au sujet des fièvres de l’Algérie, à savoir que, dans les pays chauds, le nombre des cas de fièvres graves est en raison de l’intensité de la chaleur.
La léthétalite a suivi la même loi. Ainsi il y a eu pour cette même période de dix années indiquées au tableau qui précède :
en 1802
90 décès dont
soit au total
1333 décès dont
87 pendant les mois chauds.
1162 en été.
Près des douze treizièmes entrées du printemps à l’automne, c’est-à-dire dans les mois chauds de l’année. La gravité a varié selon les années : en 1811 il est mort 3 malades sur 4; en 1850 5 sur 4 ; en 1805 1 sur 2;
en 1850 et 1840 un sur 10.
La race blanche comme la race américaine payent un fort tribut à la fièvre jaune. Les Chinois n’en sont pas exempts. Il y a une immunité relative pour les noirs, mais il y a eu des épidémies à Gorée et à Cayenne ou des noirs ont succombé.
En 18G2 la proportion des décès, dans le service de M. Ganthelme, médecin principal chargé du service de l’hôpital de la marine à Vera- Cruz, aurait été de près du tiers. Du mois de février au 10 septembre l’hôpital a reçu 1705 cas de fièvre jaune, sur lesquels G55 ont été mortels.
Dans l’épidémie de 1 865, au même hôpital, M. Boulfier eut G5 décès sur
159 cas, soit près de 40 n/„.
A la.Guadeloupe, en I85G, la mortalité atteignit 50 pour 100 des cas.
Les Mexicains de l’intérieur payent leur tribut à la fièvre jaune, mais le fait d’être né à Vera-Cruz, et d’y avoir passé ses premières années, est regardé comme une garantie de préservation.
Aussi on cite, comme surprenant, un cas de mort de vomilo, chez un natif de Vera-Cruz.
752 MALADIES CLIMATÉRIQUES
Causes de décès en 1 840 et 1 841 , à l'hôpital de St-Sébastien à Vera-Cruz.
Fièvre jaune .
•*» Ci
Typhus
Consomption, cachexie fébrile . .
Gastrite
Anévrysme
Hydropisie
Tétanos
Scorbut
Asphyxie
Apoplexie
Diarrhée ...
Syphilis
Petite vérole
Anasarque
Choléra glacial
Fièvre amarille
Fièvre maligne
Ulcères gangréneux
Blessures. .
Cadavres apportés. . ...
Dans ce tableau, dit avec raison M. Boufïier, il y a certaines désignations de maladies qui ont besoin d’explication. Ainsi le mot consomption est appliqué, à Vera-Cruz, à l’état cachectique dans lequel tombent les individus profondément anémiés par les fièvres intermittentes surtout.
On s’explique peu les caractères différentiels de la fièvre jaune et de la maladie appelée fièvre amarille.
Le typhus à la Vera-Cruz, c’est la fièvre jaune, dont la dernière période est transformée en état typhique ; mais tout se passe du côté des centres nerveux, c’est de la stupeur, de l’ataxo-adynamie, mais il n’y a pas de fuliginosités, ni même de sécheresse à la langue, ni météorisme, ni sudamina,ni pétéchies, ni vomissement noir, ni hémorrhagie. A l’autopsie les plaques
de Peyer n’ont que l’aspect d’une barbe fraîchement rasée c’est peu, on
l’avouera pour appeler typhus cette dernière période de la fièvre jaune.
On le voit le travers de la dichotomie nosologique faisant varier à l’infini, selon les climats et le bon plaisir des praticiens, la nomenclature clinique, nous arriverons bientôt à la confusion du langage médical, ou plutôt nous l’avons déjà.
Nous n’en voudrions pour preuve que ce qui se débite sous le titre de béribéri, au sujet duquel, pour toute rectification, nous nous bornons à conseiller la lecture de deux pages de Bontius.
Les ulcères gangréneux sont en proportion notable dans les causes de tnort. Ce n’est donc pas seulement à Cayenne, à Madagascar, que de pareils