CI.IMAT DU MEXIQUE
ulcères se révèlent, mais encore au Mexique et dans tous les pays inlerlropicaux.
L’hépatite et la dyssenterie sont rares.
La maladie dominante est la fièvre jaune, pour les étrangers, etles fièvres intermittentes pour toutes les autres catégories d’habitants.
Les fièvres intermittentes donnent lieu quelquefois à des accès pernicieux. En 1805 sur 500 cas de fièvre d’accès reçus à l’hôpital de la marine, 50 avaient le caractère pernicieux. La forme algide, dit M. Bouffier, est de beaucoup la plus fréquente.
La fièvre jaune sévit surtout dans les ports de mer et sur le littoral; la limite dans l’intérieur des terres est très variable. Cependant elle a régné à Cordova, à 24 lieues de Vera-Cruz. Il y a eu des cas à Orizaba, à 50 lieues du littoral et à une altitude de 1220 mètres. D’un autre côté, à la Guadeloupe, le cap Jacob, situé à 550 mètres d'élévation, n’a jamais été visité par l’épidémie.
Il faut, dit M. Bouffier, comme le recommande M. Dutrouleau, bien distinguer la fièvre jaune légère de la fièvre jaune grave. On ne sait trop parfois si on a affaire à un cas de vomito, de fièvre jaune légère ou d’une fièvre rémittente bilieuse.
Nous dirons à ce sujet que ces distinctions sont subtiles : on a toujours affaire à une fièvre rémittente bilieuse à un certain degré; il est passé en usage de dire que c’est la fièvre jaune légère, à un degré plus grave que c’est la fièvre jaune grave ou le vomito, mais évidemment tout cela ne constate que les divers degrés de la même maladie.
Les opinions sont très divergentes quant aux récidives : les uns les nient, les autres les croient fréquentes.
Les médecins qui croient à l’immunité consécutive à une première atteinte de fièvre jaune, prétendent que ceux qui ne partagent pas leur manière de voir ont pris, pour des cas de fièvre jaune, des cas qui n’en étaient pas. L’argument est leste pour des praticiens également dignes d’égards. Voilà pourtant où on en arrive, pour vouloir faire des maladies différentes et distinctes de divers états morbides, qui ne diffèrent au fond que par leur degré d’intensité ou de gravité. En adoptant cette dernière manière de voir, qui nous paraît être la bonne ou la vraie, on évite de donner bien à tort des démentis et aux faits et à ceux qui les observent.
En 1805 on employa contre le vomito l’huile d’olive à l’intérieur, et en friction à l’extérieur. En 1 809 on expérimenta le quinquina concurremment.
Après l’abus des émissions sanguines, les praticiens aujourd’hui, s’en abstiennent complètement. Le traitement est encore à trouver.
En 1855 il n’y eut pas de cas de vomito, mais beaucoup de cas de typhus, quelques cas de choléra. Sa première apparition fut en août 1855.
La petite vérole, qui faisait de grands ravages autrefois, a diminué beaucoup depuis la propagation de la vaccine.
L'a rougeole, quoiqu’épidémique, est bénigne, en juillet 1854 la fièvre jaune et le choléra marchent de pair.
MALADIES CLIMATÉRIQUES
Il est bon de noter que les écologistes commencent enfin, à s’accordera dire que la fièvre jaune n’est pas due à l’influence palustre, mais à l’influence climatérique et surtout à l’élément chaleur.
Le typhus américain, le typhus amarille, la fièvre ictérode, la fièvre jaune enfin, n’est pas non plus un fait d’acclimatement, car son apparition est inconstante et capricieuse. Le principal foyer d’élection et de rayonnement est dans le golfe des Antilles, et particulièrement du Mexique.
La maladie ne se rencontre pas avec une égale intensité sur le littoral indien.
Épidémie de fièvre jaune à Tampico. — * M. Jaspard a observé la fièvre jaune sur des hommes de l’infanterie de marine, ayant séjourné dans les terres chaudes au Mexique, et ayant eu la fièvre jaune dès le lendemain de leur arrivée à Tampico. Les premiers cas furent très graves, la dissémination par altitude fut très salutaire.
La question de la contagion de la fièvre jaune est ardemment débattue depuis vingt ans. Les faits de Saint Nazaire prouveraient la contagiosité, donnant un démenti aux travaux si noblement persévérants de Chervin, et cependant, on l’avoue, Chervin observait bien. Cela voudrait-il dire que toutes les épidémies, même pour les contagionistes ne sont ni également graves, ni évidemment contagieuses? Ce qui amène ces contagionistes à dire que la contagiosité n’est pas un attribut constant, ni nécessaire du typhus amaril. Les mains pleines de faits, les anti-contagionistes nient formellement. Les contagionistes cèdent pour bien des cas, il ne leur reste que de prétendues exceptions, et encore à leur point de vue systématique. Là en est la question, bien près de la négative on le voit. Nous sommes pour notre part de l’avis de l’hygiéniste qui a dit avec juste raison : « L’édL fice vermoulu des quarantaines craque de toutes parts. »
Il y a ici un rapprochement à faire de la plus haute signification : à Yera-Cruz nul ne croit à la contagion de la fièvre jaune. D’autre part, au Caire, nul ne croit à la contagion de la peste, et Clot-Bey l’a bien prouvé.
N’empêche les Européens de rester à cet égard sous le coup des préventions et des terreurs du moyen-âge !
Il faut dire cependant que le conseil général de santé d’Angletere, est pour la non-transmissibilité, voici son opinion dans le rapport de 1855 : « Les épidémies de fièvre jaune éclatent simultanément dans les villes éloignées les unes des autres, et dans des parties différentes et éloignées de la même ville, souvent dans des circonstances où la communication avec les personnes malades était impossible. Les épidémies sont ordinairement précédées par des cas isolés, individuels ou sporadiques, qui ne sont pas moins communs pendant les saisons où ne règne aucune épidémie. Souvent les épidémies sont restreintes à une portion d’un district ou d’un village. Les épidémies de fièvre jaune ne s’étendent pas d’un quartier à un autre, d’après une règle de progression graduelle, mais elles ravagent souvent certaines localités très rapprochées, avec lesquelles les
CLIMAT DU MEXIQUE
habitants sont en communication constante. Lorsque les épidémies de fièvre jaune envahissent un district, elles ne se répandent point des premières maisons aux plus voisines, les cas se représentent dans certaines maisons d'une rue, dans certaines chambres de la même maison. En général lorsque la fièvre jaune éclate dans une famille, un ou deux individus seulement en sont attaqués, ceux qui soignent les malades y échappent ordinairement, à moins que l’épidémie ne soit tout à fait généralisée- Lorsque la fièvre jaune règne dans une localité, l’isolement le plus sévère dans cette localité n’assure aucune protection contre la maladie. La dispersion des malades dans un district salubre, n’est suivie d’aucune transmission de la maladie, pas même lorsque les malades sont placés dans les salles d’un hôpital, au milieu d’individus souffrant d’autres affections. — Donc, quelle que soit la cause existante de la fièvre jaune, elle est locale ou endémique dans son origine. Comme dans toutes les autres maladies épidémiques, à mesure qu’on éloigne ou qu’on diminue les causes localisantes la fièvre jaune cesse de paraître. Il y a surtout une cause constitutionnelle prédisposante, c’est la non acclimation, voilà pourquoi il faut éloigner les nouveaux débarqués de la zone où règne la fièvre jaune. Il ii y a pas de preuve que la fièvre jaune ait été jamais importée . Par conséquent, les moyens de protection contre la fièvre jaune, ne sont pas dans les quarantaines et les cordons sanitaires, mais dans les précautions hygiéniques, pour éloigner les causes localisantes et la dispersion temporaire des individus. »
Mis à part le pathos de la rédaction anglaise, nous partageons cette manière de voir, ajoutons, comme note à vérifier, que le consul anglais à Ciudad Bolivar (Venezuela), vient d’informer son gouvernement, qu’on a découvert, par un singulier hasard , un spécifique très efficace contre la fièvre jaune : c’est le jus de la plante femelle de la verveine (avril 1872).
Épidémie de fièvre jaune , en 1862, à la Vera-Cruz l1). — Description de la ville et du port de Vera-Cruz : la seule cause saisissable d’insalubrité dans la ville, ce sont les égouts découverts, auxquels aboutissent les eaux ménagères devenues bourbeuses et infectes : ce ne peut être là la vraie cause de la fièvre jaune. L’air est constamment chaud et humide, le climat est celui des régions intertropicales; la fièvre jaune atteint son maximum pendant la saison d’hivernage. Les vents du nord (hiver et printemps), sont funestes pour les non-acclimatés. La formation des dunes a donné, aux eaux pluviales, un cadre qui les rend stagnantes et constitue les marais qui entourent la ville. De Vera-Cruz à Mexico, le pays est divisé en trois zones, que l’on appelle terres chaudes, terres tempérées, terres froides, dont la température est subordonnée à l’élévation, la nature et la configuration du sol. La dvssenterie, les fièvres palustres se rencontrent surtout dans les terres chaudes; la fièvre jaune ne se rencontre que là.
La dénomination de fièvre jaune est défectueuse; elle exprime un sym-
1) D’après M. Crouillcbois. Me, un. de med . mil., T. X.
756 MALADIES CLIMATÉRIQUES
ptômo qui n’est pas constant , il en est de même des noms de vomito negro, de vomito pricto. Quoique très variable dans ses manifestations, la fièvre jaune peut être définie : une maladie générale, endémique sur les bords du golfe de Mexique, susceptible de s’étendre sous forme d’épidémie dans les villes situées sur le bord de la mer ou sur de grands fleuves, dans certaines conditions de température ; caractérisée par une fièvre intense et une altération du sang, qui se manifeste souvent par l’ictère et des hémorrhagies.
Les prodromes de la fièvre jaune consistent en une céphalalgie intense, des douleurs dans les membres, surtout aux genoux, quelques légers frissons perçus le long du rachis. Puis la céphalalgie augmente, se localise à la région frontale, la peau est sèche, chaude, la face injectée, douleur vive à la région lombaire (coup de barre), la douleur des genoux augmente et ressemble à celle de rhumatisme articulaire. Le pouls, petit, serré, bat de 100 à 120 ; se relève à mesure que la transpiration reparaît : la respiration subit la même accélération que le pouls. La langue présente des teintes variées; la bouche est amère, l’haleine fétide, l’urine albumineuse et peu stable. Vers le troisième jour commencent les vomissements bilieux; un symptôme caractéristique est l’érythème des bourses. Vers le quatrième jour, la turgescence de la face et l’éclat des yeux diminuent ou disparaissent.
La face est plaquée de rouge foncé, comme chez les malades qui succombent à une maladie organique du cœur. La peau, moins chaude, prend un reflet jaunâtre : la prostration est complète. A cette période, les diverses formes de la fièvre jaune se dessinent.
1° Forme adynamique. C’est la forme la plus commune, à la seconde .période de la maladie, celle où la rémission du troisième jour est la plus franche. La constipation, l’anorexie, la douleur épigastrique, l’exacerbation du soir ne manquent jamais.
2" Forme congestive. On pourrait aussi lui donner le nom d’asphyxique, avec engouement pulmonaire, face d’un rouge livide et adynamie profonde.
5° Forme typhoïde. Elle est la plus fréquente au début de l’épidémie; elle se reconnaît à la stupeur, la somnolence, le subdélire, le météorisme abdominal, sécheresse et fuliginosités de la langue, qui tremble; plaies de position; mort du 5° au 8° jour.
4° Forme gastrique. Caractérisée par la persistance des nausées, des vomissements et de la douleur à l’épigastre, qui devient aussi sensible que dans la péritonite.
5° Forme ataxique. Elle résulte de l’atteinte portée à l’organisme, atteinte dont les effets se manifestent sur des organes divers, suivant les prédispositions individuelles; le tremblement domine; la volonté ne peut avoir d’action de quelque durée sur aucun organe. Quelquefois le malade succombe à des convulsions violentes.
(i° Forme hémorrhagique. Elle indique toujours une altération profonde
CLIMAT DU MEXIQUE, 757
du sang; l’hémorrhagie est la conséquence de la diminution de la plasticité du sang; elle peut avoir lieu dans toutes les régions et dans tous les tissus du corps. Celle de la bouche est d’un pronostic grave, en ce qu’elle en annonce d’autres. La quantité de sang est très variable. L’hémorrhagie de 1 estomac est suivie de la mort; c’est elle qui produit le vomito pricio. e sang vomi varie d’aspect et de consistance. L’écoulement sanguin n’a
jamais lieu par les bronches. Dans cette forme, l’ictère est toujours bien marqué.
Les rechutes sont d'une gravité extrême, dans la fièvre jaune.
La convalescence est lente, souvent troublée par des récidives; elle se complique d une véritable diathèse furonculeuse.
Diagnostic. Le début ressemble à celui des fièvres éruptives; les formes typhoïdes, ataxiques, hémorrhagiques sont faciles à reconnaître; l’erreur est facile pour les autres formes; il faut, pour éviter l’erreur, que le médecin remonte a des considérations étrangères au malade, comme la saison, le lieu, les conditions climatériques, etc.
pronostic. Il doit toujours être réservé, car la fièvre jaune a une marche insidieuse. Le moral du malade a une influence puissante sur l’issue de la maladie. L’injection excessive des yeux et de la face annonce une forme grave ; la forme adynamique a souvent une issue favorable ; le vomissement noir indique un pronostic toujours mortel; les récidives sont très dange- Anatomie pathologique. La coloration ictérique augmente après la mort • les parties déclives sont ecchymosées, la rigidité commence quatre ou cinq heures apres la mort. L’encéphale est fortement gorgé de san» et de sérosité; il en est de même dans les poumons. Les membres sont le siège de suffusions sanguines; le cœur ne présente rien de spécial. De petites ecchymoses, formées de taches rouges, se voient le long des vaisseaux sanguins. Le foie a rarement augmenté de volume; il ne se déprime pas sous le doigt; il est exsangue; sa déchirure est sèche. La muqueuse intestinale est habituellement intacte. La plasticité du sang est toujours amoindrie. ^ J
Etiologie. La cause essentielle de la fièvre jaune, en 1802, a été I’inlluence épidémique. La cause de l’endémie résulte de l’ensemble même Jes circonstances telluriques et climatériques, propres à la Yera-Cruz nais la cause première est encore à trouver. Parmi les causes prédisposantes, il laut noter la période annuelle comprise entre avril et octobre ï’est-à-dire deux mois de sécheresse et la saison des pluies. La chaleur solaire et l’absence des vents du nord, favorisent l'apparition de la maladie {ui a besoin de chaleur pour se développer.
L exposition aux rayons du soleil est une cause fréquente de fièvre aune; il en est de même de tous les changements brusques dans les habites. L’action de la chaleur solaire et l’ivresse agissent promptement somme causes occasionnelles; pour les autres causes, il v a une période incubation dont la durée varie suivant une foule de circonstances.
7“g maladies climatériques.
mais elle ne dépasse jamais quatre jours. Il y a une variété de fievre jaune que l’on nomme bénigne; elle survient dans les mômes conditions que la fièvre jaune commune, et n’existe pas en l’absence de celle-ci; elle ressemble à la première période de la lièvre jaune; elle préserve de la lièvre jaune ordinaire et permet, le plus souvent , à ceux (iui l’ont eue de traverser impunément une période épidémique.
Il y a aussi une fièvre jaune foudroyante : elle a une marche rapide, et
se termine toujours par la mort.
On ne sait rien de positif sur la nature de la fièvre jaune. Le traitement de la fièvre jaune est resté à peu près empirique : a Vera-Cruz, on administre, comme spécifique, l’huile d’olive mélangée au suc de citron; on a recours à la sudation forcée et aux diurétiques. Les purgatifs huileux ont l’inconvénient d’être rejetés parle vomissement, l’estomac supportant mal l’action des médicaments. En général les médecins font la médecine des symptômes, parce que c’est elle qui réussit le mieux; dans la plupart des cas, la saignée ne peut être employée qu’avec beaucoup de circonspection, et en tenant compte de la période de la maladie. Il ne faut pas trop se hâter de prescrire des aliments solides : les boissons acidulés sont bien accueillies. Les exacerbations ont fait songer à la rémittence et au sulfate de quinine, qui n’a donné que des résultats contestables
Les neuf dixièmes de la garnison, passant une période epidemique à Vera-Cruz, ont été atteints. Un peu plus du tiers des malades a
succombé.
Prophylaxie. La fièvre jaune régnant à Vera-Cruz d avril a octobre, il faut choisit une autre saison pour aborder cette ville. Il n’y a aucun preservatif contre la fièvre jaune.
Les personnes qui doivent habiter Vera-Cruz, pourraient s y préparer
par un, séjour préalable sur la côte occidentale de Tabasco, ou il ne règne jamais que la fièvre bénigne , laquelle est souvent un preservati .
Situation sanitaire de l’armée du Mexique, pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre 1862. —Pendant le premier mois de cette période, dit M. Ehrmann, il a été traité, à Mexico, 71 hommes atteints de tvpius, qui ont donné 10 décès. Dans les mois suivants, le nombre des typhiques a diminué sans s’éteindre jamais. Tous les cas de typhus ont ete traites par les purgatifs; la révulsion cutanée a donné de bons résultats contre les congestions et les inflammations pulmonaires, les sudorifiques, contre l’ataxie et l’adynamie, les boissons aqueuses abondantes, contre eta fébrile, les excitants généraux, contre la débilité générale, le snl a e o quinine, comme névro-sténique.La saignée n’a jamais été indiquée contre cette affection. Les maladies non épidémiques les plus meurtrières on été la diarrhée et la dyssenterie ; la fièvre intermittente, quoique coin mune, n’est pas la maladie dominante à Mexico. L’accroissement du chiffre des malades, dès le lrr septembre, est dû au grand nombre e vénériens atteints d’uréthrite, plus souvent que de chancres. L ai em
CLIMAT Dl! MEXIQUE,
inguinale est aussi très commune. L’incubation de la maladie est sou\ ent très longue; les accidents secondaires se produisent très iapidement; les chancres ont une tendance marquée au phagédénisme. Le traitement mercuriel agit plus lentement qu’en France. Cordova, Tampico, Pachuca ont été visitées, en septembre, par la fièvre jaune.’ M. Fuzier, médecin-major de classe, la dyssenterie, de première invasion à Yera-Cruz, a“ souvent guéri, dit-il, par l’ipéca et le calomel; quand elle compliquait la diathèse palustre, elle était souvent mortelle. Dans les cas fréquents de fièvres rémittentes ou continues, les récidives ont été très fréquentes, et l’anémie consécutive très rapide, ce qui tenait à l’état de débilité presque générale dans l’armée française; De
Vera-Cruz, la fièvre jaune a émigré à Cordova, événement tout à fait exceptionnel. 1
Les maladies qui ont régné pendant le mois de février 1805, ont été les mêmes que celles qui se sont montrées en janvier; les cachexies ont été souvent compliquées d’anasarque ; la fièvre jaune a disparu ; l’hôpital s’est rempli de nouveau par l’entrée de malades provenant du bataillon des Egyptiens, arrivé à Vera-Cruz, le 24 février. Pendant la traversée d’Alexandrie à la Martinique, ce bataillon, composé de 400 nègres n a perdu qu’un seul homme ; mais le jour de son débarquement, il avait / / malades atteints d’une fièvre intense, céphalalgie, oppression thoracique, douleurs des lombes, langue blanche, soif vive avec dysphagie, vomissements de bile naturelle, diarrhée ou constipation, quelques’ traces d albumine dans les urines, yeux injectés et douloureux, accablement profond, anéantissement des forces, stupeur, somnolence, coma, délire dans les cas mortels, escarres au sacrum et aux ischions. L’autopsie montre toutes les lésions propres au typhus. Les causes probables de cette endémie, préparée pendant la traversée, sont la nostalgie, la viciation de l’air de la batterie basse du navire, où étaient installés ces hommes les rigueurs du Ramadan. Les hommes valides de ce bataillon furent préservés par leur éparpillement hors de la ville.
Altitudes. Leur influence sur les fièvres intermittentes , les diarrhées les dyssenteries contractées dans les terres chaudes du Mexique (I). — Après un long dépouillement du mouvement des hôpitaux et ambulances de 1 armée française, au Mexique, l’auteur pose les conclusions suivantes en’ce qui concerne les fièvres : 4° que tout en ne se montrant plus guère que que chez les hommes qui en avaient été atteints à Tampico, à Tanquasneque, a Santa-Barbara, etc., elles conservaient, dans le principe leur type et leurs caractères; 2» que les accès devenaient ensuite moins graves, plus complets, plus franchement intermittents dans les récidives qm furent très nombreuses, mais qui s’éloignèrent de plus en plus- •>■ que tout cachet de perniciosité disparaissait, au fur et à mesure de là
'J D’après Coindel, Mém. de méd. mil., f. XVfi
M AL A DI ES C L I M ATÊ1U Ql'ES.
prolongation du séjour sur les hauts plateaux; 4° que la congestion de la rate ne faisait pas défaut aux accès, mais que les attaques nouvelles n entraînaient plus d’engorgements viscéraux; h" que souvent, au début, les accès se manifestaient sous forme diarrhéique, dyssenlénque et n en guérissaient pas moins, comme les autres accès, à l’aide de quelques doses de sulfale de quinine; G" (pie ces fièvres intermittentes a forme diarrhéique, dyssentérique, surtout les dernières, quand elles s’accompagnaient d un état bilieux général, avec coloration jaune de la peau et des conjonctnes, pouvaient stimuler, jusqu’à un certain point, le vomilo , mais guérissaient encore sous l’influence du sulfate de quinine aidé de l’ipéca; /" que les phénomènes bilieux, entre autres, les vomissements violents qui compliquaient les fièvres à l’origine, devenaient de plus en plus rares ; 8* que a cachexie consécutive aux rechutes n’était pas plus profonde ni plus durable que celle qui se serait produite au niveau des mers, et qu’elle s améliorait assez rapidement sous l’influence d’un régime approprie ; 9° que quan cette cachexie était profonde et qu’elle existait à l’arrivée, l’economie, en lutte avec des conditions nouvelles, s’épuisait alors en efforts impuissants pour se mettre en équilibre avec ces conditions et pour sortir de son anéantissement; 10° que, dans ce dernier cas, la convalescence était longue et difficile, par défaut de force et de réaction nécessaires pour combattre la faiblesse, en même temps que les effets de 1 acclimatement.
Relativement aux diarrhées et aux dyssenteries : 1° que les affections récentes chez des hommes valides guérissaient bien; 2° qu’alors la reaction quelles suscitaient était atténuée par l’influence première du climat des altitudes; 5° que, dans les conditions opposées, cette reaction faisait défaut, l’organisme restait dans la langueur, que l’anémie augmentait par suite de la difficulté des digestions, que les sujets succombaient au marasme, malgré le bon état des intestins; 4° que, dans plusieurs cas, les diarrhées simples devenaient dyssentériques et des dyssenteries hémorrhagiques; 5° qu’à leur arrivée, les diarrhées et les dyssenteries etaien accompagnées d’état bilieux ; G° que, dans les rechutes, les complications du coté du foie manquaient d’habitude; 7° que, dans ces affections, les pilules de Segond, l’ipéca à dose vomitive d’abord, puis à dose fractionnée, ont été très efficaces; 8° que, dans les diarrhées et les dyssenteries chroniques, il faut prescrire une alimentation nutritive et digesti ) e, * toniques opiacés, des astringents et des frictions sèches sur toute la peau.
Conclusions générales. 4“ Les fièvres intermittentes se trouvent mieux (me les diarrhées et les dvssenteries contractées dans les terres chaudes i u Mexique, du séjour des'hauts plateaux; 2° Toutes les affections prises dans les terres chaudes s’améliorent, quand elles sont encore a 1 état aigu, et que les forces du sujet ne sont pas très affaiblies; 5° L’influence e l’altitude est moins prononcée, quand ces maladies révèlent déjà un earac 1ère chronique, et (pic l’état cachectique est plus prononcé.
Renseignements divers. — ha correspondance des officiers de santé hl
corps expéditionnaire au Mexique comprend un grand nombre de lettres, dont voici les principaux extraits (*) :
M. Cavaroz donne des renseignements topographiques sur le territoire situé entre Zamora et Mexico; il signale en même temps la présence du typhus sur les plateaux de l’Anahuac.
M. Coindet rend compte de ses recherches sur l’accroissement de la population du Mexique. De 1858 à 1858, l’augmentation a été de 1,675,125 habitants; et si cette augmentation n’est pas plus considérable, cela tient à la fréquence des guerres civiles au Mexique. La population de la ville de Mexico est de 200,000 âmes, et celle du district, de 19,961. La saison froide est celle pendant laquelle il y a le plus de mariages et de naissances, et le moins de décès. La phthisie est une des causes principales des décès; elle est rare dans les campagnes et chez les Indiens. Il fait connaître les rapports qui existent entre l’altitude, la constitution humaine et les maladies ; il trace ensuite la topographie de la vallée de Mexico, et donne l’analyse des eaux potables de celte contrée. Sa lettre termine par quelques mots sur les maladies inflammatoires de l’Anahuac. Ses recherches concernent les phlegmasies pulmonaires et leur traitement.
Dans une autre correspondance, il fait connaître la structure géologique de la vallée de Mexico, dont il attribue la formation à un vaste cratère comblé de terres végétales. Revenant sur la pathologie de Mexico, il signale la fréquence et la gravité des pneumonies et des pleurites, des maladies du foie et de la cachexie palustre; il remarque que l’hiver et le printemps sont les deux saisons les moins meurtrières pour les phthisiques; étudiant les causes de mortalité à Mexico, il signale l’éclampsie comme fréquente et très grave chez les enfants; l’épilepsie, la chorée, les convulsions hystériques ne sont pas rares; l’aliénation mentale et le suicide sont peu communs ; le tétanos, presque toujours mortel, ne se déclare qu’à la suite de quelque traumatisme ; sous l’influence de l’altitude, le cerveau devient le siège de congestions et d’hémorrhagies suivies de paralysie. C’est pendant la saison chaude que l’on rencontre surtout les affections éruptives et le typhus. Les angines sont fréquentes, en hiver et au printemps; elles tiennent aux variations de température. La maladie la plus commune et la plus meurtrière, est la diarrhée. La durée moyenne de de la vie à Mexico est de 29 ans. M. Coindet répond à la question suivante : la respiration est-elle ralentie sur les altitudes du Mexique? Dans les expériences qu’il a faites à celle occasion, sur des hommes de même âge, Français et Mexicains, sans états morbides de l’appareil respiratoire, il a choisi des sujets de même taille et mis au repos. Les tableaux indiquant le résultat des expériences montrent que les Français, établis depuis longtemps sur les hauts plateaux, respirent aussi souvent que les Mexicains; à Mexico, la quantité d'acide carbonique exhalé est la même qu’au niveau des mers; l’accélération du pouls n’est pas proportionnelle à l’élévation des lieux. D’autres recherches montrent qu’à stature égale, le thorax est moins déve-
(\)Mém. demed. millUairc , I. XI, XII, XIII.
MALADIES CLIMATERIQUES.
loppé chez les Mexicains que chez les Français. Après avoir examiné les
caractères physiologiques de la population de l’Anahuac, il donne le tableau des observations météorologiques recueillies sur les hauts plateaux du Mexique, du l<r décembre 1802 à la fin d’octobre 1805. Sous le rapport de la température propre du corps humain, l’analyse des observations faites par M. Coindet l’a conduit aux conclusions suivantes :
l°Chez les Mexicains et chez les étrangers habitant depuis longtemps les hauts plateaux, la respiration est plus active qu’au niveau de la mer; 2" la circulation est en relation presque exacte avec la respiration ::1:4; 5° la température de leur corps est la même que chez les hommes qui habitent au niveau de la mer, parce qu’ils ne consomment pas plus d’oxygène, en raison de la composition de l’air à l’altitude où ils se trouvent; 4° l’étranger qui arrive sur l’Anahuac subit, peu à peu, un acclimatement en vertu duquel ses appareils se mettent, après un temps donné, en rapport avec le milieu dans lequel il est appelé à vivre ; il signale de nouveau la fréquence de la diarrhée et de la dyssenterie spontanées sur les plateaux de l’Anahuac; ces deux maladies guérissent assez facilement avec les secours de la médecine; il est bon que les nouveaux venus' en soient instruits. Les bains sont très estimés des Mexicains; les bains frais favorisent l’acclimatement dans les terres chaudes. L’air chaud et sec, la poussière irritent les yeux ainsi que l’intensité de la lumière solaire; de là, chez les indigènes, l’usage du chapeau à larges bords. La raréfaction de l’air affaiblit assez le son pour amener de la dysécée. L’évaporation exerce son action sur la surface olfactive comme sur la peau, ce qui congestionne la muqueuse nasale et la dispose à l’irritation, sous l'influence du refroidis" sement. La chloroformisation est lente à cause de la facile et rapide évaporation du liquide. L’alcoolisme, assez commun, présente la forme abdominale et la forme cérébro-spinale. L’ictère idiopathique se montre quelquefois sur les hauts plateaux; on y rencontre rarement l’ictère grave, mais les congestions du foie y sont très communes. L’hépatite aiguë est caractérisée par ^augmentation de volume du foie, par la douleur du côté ,v- ' ’orane; par (]e gêne de la respiration, des vomissements, de la soif,
quant aux races et aux professions. Le.1 1 .... . . v scure, mais
la maladie éclate. L étiologie est assez om
u . , 'CC * C GSl
des boissons alcooliques est bien démon ti-
niionlo îinrès l’hérédité.
. Jlemcnt sur la garni- «w.i/'re bénin ; c’est là la
CLIMAT DU MEXIQUE
lièvre jaune des années ordinaires, celle qui guérit par les moyens les plus simples, celle qui a fait la vogue de bien des médications qui échouent contre la fièvre jaune grave.
M. Cavaroz signale comme dominant toute la pathologie de Guàdalajara, ville de 100,000 habitants, située à 15,000 mètres d’altitude, l’affaissement de l’organisme, la dépression des forces, un état adynamique bien marqué, puis une anémie qui se prolonge plus ou moins longtemps, suivant la gravité de la maladie qui l’a précédée. Dans cet état, les saignées seraient funestes; il faut administrer aux malades, le fer, le quinquina et les analeptiques.
M. Coindet fait connaître le résultat de ses études sur les mœurs et les maladies des Indiens purs; il signale l’existence du typhus parmi les villages placés dans les meilleures conditions d’aération et de salubrité. Après avoir inscrit, dans un tableau spécial le résultat des mensurations et des pesées, faites sur des Indiens adultes de Tambaya,il conclut que, entre la taille et l’ampleur de la cage thoracique, chez les Indiens, il y a un rapport à peu près constant ; que le poids augmente constamment avec la circonférence, malgré les différences de taille. Suivent des études sur la respiration et la circulation, chez le cheval, sous ces altitudes. Revenant sur la queston du goitre, il en signale l’endémicité pour l’État de Tabasco. L’étiologie lui fournit les données suivantes : les femmes sont plus disposées au goitre que les hommes, les mulâtres plus que les blancs; la maladie n’est pas héréditaire, elle apparaît avec la puberté, sans complication scrofule ou de crétinisme. La cause directe parait être l’eau potable désoxygénée par son séjour sur la tourbe.
M. Coindet communique de nouveaux détails sur la vallée de Mexico, et résume ses opinions relativement à la fièvre typhoïde et à la syphilis observées sur les hauts plateaux. La fièvre typhoïde ne diffère pas sensiblement, sur les hauts plateaux, de la fièvre typhoïde ordinaire, sinon que l’élément intermittent semble se joindre à l’élément essentiel; les formes adynamiques et ataxiques sont les plus communes. Il y a dans la question de la syphilis, à signaler la fréquence du chancre induré, comparativement à celle du chancre mou.
Le mal de Saint-Lazare ou éléphantiasis des Grecs ('). — La maladie qui porte ce nom sc présente sous trois formes principales : l’éléphantiasis tacheté , tuberculeux et anesthésique. Le premier est particulier au Mexique; il consiste en taches rouges, douloureuses surles membres, et susceptibles de s’ulcérer; le second a pour siège principal la face, le troisième est remarquable par l’insensibilité des pieds et des mains. Le prodrome de l’éléphantiasis du Mexique, c’est la chute de tous les poils, les cheveux exceptés. Les taches finissent par les escarres, suivies d’ulcères qui se terminent par une cicatrice annulaire, de teinte brun et qui est la marque de
(1) D’après MM. Lucio dAlvarado, v. Archivas de la commission scientifique du Mexique.
MALADIES CLIMATERIQUES.
réUVphantiasis tacheté. Les os se détruisent par carie ou nécrose; les ongles disparaissent; les muscles s’atrophient et déforment les membres; le tissu cellulaire s’œdématie; la fièvre est plus commune dans la première espèce que dans les deux autres. La cause la plus évidente est l’hérédité; la misère, la malpropreté et le froid humide viennent ensuite. L’anatomie pathologique révèle des coagulations du sang, des rétrécissements artériels et des altérations profondes du tissu osseux.
Le traitement comporte des médications prétendues spécifiques. L’iode a souvent réussi, surtout contre l’éléphanliasis tuberculeux. L’arsenic, préconisé par quelques médecins, semble n’ètre qu’un médicament infidèle. Le mercure, employé sagement, aurait donné de bons résultats. On peut dire cependant, sans craindre de se tromper, que la méthode curative de l’éléphantiasis est encore inconnue.
Acclimatement des différentes races humaines qui habitent le Mexique (l). — Son expérience des climats du Mexique a permis à l’auteur d’émettre des convictions qui ne s’accordent pas toujours avec celles que des idées préconçues ont enracinés, depuis longtemps, dans les esprits. 11 croit pouvoir affirmer que les localités des côtes, dont le sol n’est pas marécageux, se prêtent à l’acclimatement des hommes d’Europe; ils y prospèrent et y présentent les meilleurs types d’une santé robuste et d’un développement organique des plus satisfaisants. Les régions intermédiaires, dont l’élévation est inférieure à 2,000 mètres, offrent les meilleures conditions au progrès de l’espèce humaine, tand:s que l’atmosphère pure et la température uniformément douce, des hauteurs qui dépassent 2,000 mètres, ne paraissent pas garantir, au même degré, aux descendants des races européennes, la vie longue, la santé robuste et le développement constitutionnel (pii distinguent cette race dans les pays de son origine. Au point de vue de l’augmentation de la population, on peut presque assurer que, dans des temps à peu près normaux, le Mexique, tel qu’il est depuis le début du siècle, avec les coutumes établies parmi ces habitants, avec les éléments dont il dispose, avec son hygiène habituelle, présente un accroissement annuel de 1 pour 100. En 1858, la population du pays était de 8,604,000.11 résulterait d’une étude faite avec soin, que la population des hauts plateaux, au-delà de 2,000 mètres, a augmenté d’une moyenne annuelle de 5,80 pour 1.000 de 1810 à 1857, tandis que l'accroissement a été de 0 pour 1,000, dans les localités situées sur les hauteurs intermédiaires et au niveau de la mer. lin consultant encore d’autres documents,
fournis par le ministère di fomento , on trouve que pendant les 10 années qui se sont écoulées, entre 1858 et 1857, le progrès pour les hauts plateaux a été de 562,177 habitants, pour une population moyenne de 5,570,784 sujets, ce qui indique une augmentation annuelle de 8,75 pour 1,000. Dans ce même intervalle de temps, pour les localités intermédiaires, et
(1) I) après lo Dr Jourdancl, Môm. de môri. mil., I XII.
CLIMAT UE l’aMÉUIQUE CENTKXLE.
pour le niveau des mers, un progrès de 577, G52 sujets, pour une population de 5,220,125 habitants, ce qui équivaut à 9,42 pour 1,000. Ainsi donc, de quelque manière que l’on soumette cette question aux calculsdela statistique, il n’y a pas de raison qui puisse appuyer les croyances généralement acceptées, sur la supériorité des plus hauts plateaux au point de vue des progrès de la population. Lorsque l’on considère séparément les localités qui se trouvent au sud. des tropiques, on arrive à se convaincre de ces choses que l’esprit s'habitue à considérer comme des vérités :
1° La faiblesse physique de la race indienne des hauts plateaux ;
2° La décadence de la race espagnole pure dans ces mômes localités ;
5" Les progrès sensibles de la race du métis.
Il n’est pas de pays au monde, dit M. Dreyer, plus intéressant que le Mexique, au point de vue de l’histoire naturelle médicale. On y rencontre les animaux et les plantes de presque toutes les régions. du globe. Les peupliers et les pins y poussent à quelques lieues à peine des fougères arborescentes et des palmiers ; le blé dispute le terrain à la canne à sucre; les cactus et les agaves y entourent des plantations de coton et des champs de pomme de terre. Suivant M. Dreyer, l’histoire naturelle médicale n’a pas été étudiée comme elle aurait dû l’être. Le meilleur traité sur ce sujet est certainement une petite brochure publiée en 1852, à Puebla, par une commission nommée par l’Académie médico-chirurgicale de cette ville. Cette brochure a pour titre : Ensayo para la materia meclica mexicanci. L’auteur mentionne, dans son travail, un grand nombre de plantes décrites dans ce petit traité de matière médicale, et donne des indications spéciales sur le jalap et la vanille (1).
Climat de l’Amérique centrale. (Guatemala, San-Salvador,
Nicaragua (2).
L’Amérique centrale, au point de vue climatologique, offre, dans les différents points de son étendue, une ressemblance manifeste qui lient probablement aux inégalités de la grande chaîne des Cordillières, qui trèsélévées en quelques endroits, sont interrompues dans d’autres. Trois points se font remarquer par leur altitude et leur forme : Guatemala, Honduras et Costarica (volcan Cartago).
La végétation est très riche et le climat malsain. Les pluies sont fréquentes, principalement dans les régions situées à l’est des Andes. La côte occidentale est plus saine, mais aussi plus stérile, les intérêts commerciaux plus que le climat y ont attiré les Européens, tandis que dans la partie orientale, couverte de forêts vierges, on ne trouve que quelques tribus indiennes, qui vivent à l’état sauvage.
(t) Mèm. de mërf. mil., t. XIII.
(-) Srjtiicr. Étals do t' Amérique centrale,.
y/f(J MALADIES CLIMATÉRIQUES.
On peut distinguer trois régions : la région occidentale, aride et chaude, sur l’Océan pacifique; le haut pays dont l’altitude est de 5 à 4000 pieds; la région orientale ou région des pluies, sur l’Océan atlantique.
Le temps de la sécheresse commence en décembre et finit en juin, mais pendant ce temps il y a beaucoup de rosée sur les côtes.
La population de l’Amérique centrale est ainsi composée :
Blancs 100,000
Indiens 1 ,200,000
Nègres 13,000
Mulâtres 800,000
Si la population de l’Amérique centrale s’accroît de jour en jour, on constate cependant une diminution notable de l’élément européen, qui est exposé sans cesse à des pertes considérables, et qui sera probablement absorbé par l’élément indigène. Les métis qui, après les Indiens, forment la proportion la plus importante de la population, sont affaiblis au physique et au moral (t). Cette opinion, un peu trop pessimiste, nous paraît prématurément émise.
État de Costarica (8° lat. N.), sur la côte du Pacifique. L hivernage y dure du mois d’avril au mois de novembre, avec une interruption au mois
de juillet.
Punta-Arenas est située au fond du golfe de Nicoya.
D’après M. Duplouy, la température maximum notée sur rade, a été de 50”; la température minimum de 24°. Exposé au soleil, le thermomètre est monté à 46° centigrades.
La température moyenne a été de 27° ; celle de la mer à la surface a été de 27°
Le baromètre est demeuré (du 2 juin au 51 juilet), entre 756 et 758; ses oscillations diurnes n’ont jamais dépassé 2 millimètres. L’humidité a toujours été extrême; il ne s’est pas passé un seul jour sans pluie, jusqu’à la fin de juillet, époque à laquelle on peut jouir de quelques belles journées.
La saison sèche ou verano, dure du mois de novembre à la fin d’avril.
La saison humide, invierno (hivernage), commence en mai et comprend le reste de l’année. Ces deux saisons ne durent cependant pas sans interruption : il y a un petit hivernage dans la saison sèche, pendant un mois environ, de même dans la saison humide, il y a une sorte d’été intermediaire ou veranito, du 15 juin au 15 juillet.
La saison sèche est marquée par des brises de large, pendant le jour, et des brises de terre, pendant la nuit.
La saison humide, au contraire, est caractérisée par des brises irrégulières, des calmes, des orages et des pluies abondantes.
Les fièvres d’accès sont dominantes , et parfois pernicieuses. L.»
(I) Muhry. Trad. de M. L. Vincent.
climat de l’amériqije centrale.
cachexie fébrile s’observe fréquemment. La fièvre rémittente bilieuse y est souvent assez grave pour avoir été considérée, avec raison-, comme étant la fièvre jaune.
Il y a eu aussi des épidémies de fièvre typhoïde. Le choléra aurait épargné Punta-Arénas. La dyssenterie règne plutôt à l’état chronique qu’à l’état aigu, et se complique souvent d’hépatite. La syphilis est rare, mais on observe un grand nombre de cas d’éléphantiasis des Arabes et le pian.
Saint Jean de Nicaragua (à 11° lat. N.), dans la baie de Satnias, sera un jour l’aboutissant du canal qui reliera les deux Océans.
Le climat y est analogue à celui dePunta Arenas. Le maximum de température, noté à bord de la Constantin e , a été de 50°, le minimum 22u; la température moyenne a été de 29° centigrades, à l’époque du Veranito.
La baie est entourée et dominée par des colljnes et des montagnes couvertes d’une végétation tropicale laxuriante. Cependant Saint Jean n’est pas une ville salubre; l’engorgement des viscères abdominaux y dénote la cachexie fébrile, sur un grand nombre d’habitants et d’enfants surtout.
Realjo et L’Union, située au fond d’une baie profonde, ont des climats analogues aux localités précédentes, de même que Acajutla (Etat de Guatemala). C’est sur cette côte qu’apparaît une colline couverte des arbres qui produisent le baume improprement appelé baume du Pérou (Myroxylum Peruiferum) (1).
Dans ces parages, Istapa est fort insalubre : les maladies dominantes sont les affections des poumons, du foie, la dyssenterie, les fièvres intermittentes ou pseudo-continues, avec tendance à la perniciosité.
Mexique. — La côte occidentale du Mexique offre, avec celle des centres de l’Amérique, à laquelle elle fait suite, une grande analogie, sous le rapport delà température, de la disposition géologique, et des affections endémiques. On y reconnaît aussi deux saisons, la saison sèche, fort courte, qui dure du mois d’octobre au commencement de février, et la mauvaise saison, chaude et pluvieuse, qui comprend le reste de l’année (2).
Acapulco (à 16° lat. N.), a une rade ouverte au sud. C’était autrefois le rendez-vous des galions espagnols. Les fièvres y sont dominantes, intermittentes et rémittentes, à forme bilieuse (3).
Sàn-Blas, au pied du mont Saint Juan, qui s’élève à 6,000 pieds, est très insalubre.
Mazatlan, d’origine récente, est une des principales villes du Mexique, sur le Pacifique, baigné au nord-ouest par la mer, et au voisinage de plaines marécageuses, « ce sont là certes, dit M. Brilland, les plus mauvaises conditions hygiéniques auxquelles une ville puisse être condamnée, par la mauvaise disposition des lieux; cependant, s’il faut en croire les quelques personnesque nous avons pu consulter sur la salubrité générale
(1) M. Gras. Brilland.
(2) M. Coullbn.
(3; M. Dclioux.
.MALADIES CLIMATERIQUES.
üe la ville, ces causes n’auraient pas une influence aussi lâcheuse qu’on serait tenté de le supposer tout d’abord. »
C’est que Mazatlan était en pleine voie de prospérité commerciale; il y a parmi les habitants plus négociants qu’agriculteurs, une aisance générale, qui est le moyen préservatif le plus efficace contre les influences climatériques.
11 y a deux saisons distinctes à Mazatlan, la saison sèche, la plus favorable, commence en janvier et se termine en juillet. Deux mois jouissent d’une salubrité relative : mai et juin, à cette époque la chaleur est exces-
sive (5G et 58° cent.).
L’autre, la saison des pluies, qui est celle de la plus grande fréquence des maladies, commence à juillet et finit à janvier. Cest pendant cette saison que la rade devient dangereuse, par des ouragans venant du sud, et appelés Cordonazos.
Les vivres abondent à Mazatlan et dans les campagnes environnantes. On s’y procure facilement des bœufs, des moutons, des porcs, du gibier en abondance, chevreuils, lièvres, faisans et quantité de canards sauvages. Non loin delà ville, on trouve des tortues et des tatous. L eau de pluie, recueillie dans les citernes, sert de boisson. Le manque d’eau potable est le trait caractéristique de la côte occidentale de l’Amérique.
La température varie à Mazatlan de 21 a 50'’ centigrades. Les maladies régnantes dans ce pays sont : les fièvres intermittentes, les fièvres pernicieuses, la dyssenterie, l’hépatite.
San- Francisco. — La Californie, ditM. Quémar, est un des pays les plus salubres de la terre. Elle jouit d’un climat tempéré, délicieux dans les plaines, il ne devient froid que sur les pentes de la Sierra, mais ce nest qu'au-dessous de ces plateaux que l’homme vit et travaille. L’hiver, de novembre à février, en Californie, c’est le temps doux, sans grands vents, sans grandes pluies, c’est l’époque la plus agréable de l’année. Les sept autres mois forment l’été : dans cette saison, il ne pleut plus, la chaleur est intense, le vent du large devient plus fort, il s’élève vers dix heures du matin, et tombe vers cinq ou six heures du soir; les orages sont très rares.
Les nuits sont toujours magnifiques. C’est au vent du large, qui souffle sur la côte de la Californie, qu’il faut attribuer la salubrité de Saû-Francisco. Il y a eu des cas sporadiques de choiera et de fièvre jaune, mais ces deux fléaux n’y ont jamais été ni endémiques, ni épidémiques. Le vent très vif du large, occasionne de nombreuses affections pulmonaires, chez
les équipages des navires.
L’eau est rare dans l’intérieur de la Californie. Le manque d cause fait aussi sentir aux mines, et il arrive que des placers productifs sont
abandonnés, faute de moyens de lavage.
Les maladies dominantes sont celles des voies respiratoires, a 1 état aigu ou à l'état chronique, les affections cérébrales, celles des voies digestives! le rhumatisme, le scorbut, les ophthalmies, les fièvres intermittentes.
CLIMAT !)!•' I.' AM KH i QUE CEiNTltAt.E. 749
Les maladies vénériennes sont très nombreuses et très graves, à San- ■ Francisco.
République de l’Équateub. — L’ile de Puna offre cette particularité que, comme les cases des Malais à Singapore, les maisons de chaume, des indigènes, sont élevées sur pilotis, tant pour se garantir des inondations des pluies de l’iiivernage, que pour se garantir des animaux vénimeux qui y pullulent.
Cependant, dit M. Dubois, cette localité passe pour être saine, et les habitants de Guayaquil y viennent, en grand nombre, pour changer d’air, pendant la saison chaude.
La ville de Guayaquil est située sur la rive occidentale de la rivière Guayas, à 90 milles de son embouchure, adossée à des mornes élevés qui lui forment ceinture. La ville est traversée par cinq cours d’eau, qui découvrent à marée basse, et concourent, par leur humidité chaude, à rendre la ville insalubre. A Guayaquil, comme dans presque toutes les villes de l’Amérique du sud, les gallinasos (*) débarrassent les rues des immondices. La population de Guayaquil est d’environ 22,000 âmes, elle se compose de blancs, d’Africains, d’Américains. De leurs croisements naissent des variétés désignées dans le pays sous le nom de mulatos , zembos , mestizos ou chulos. Les premiers viennent de l’union des nègres et des indiens; les seconds des nègres et des blancs; les troisièmes des blancs et des indiens, enfin des croisements secondaires donnent les quitus, les colorados, les sivaros, etc.
On a, à Guayaquil, les produits des régions intertropicales : cacao, café, canne à sucre, melons, citrons, oranges, ananas, bananes, sapotilles, mangues, pomme cannelle, etc. La pomme de terre y abonde.
Parmi les substances pharmaceutiques ou médicamenteuses, on peut citer l’écorce de quinquina, apportée de l’intérieur, la salsepareille, l’ipécacuanha, le ratanhia, les fruits de tamarin, le baume de tolu, la vanille, la canelle, le copahu, la casse, les huiles de ricin, de croton tiglium, le sang-dragon, la gomme-gutte, le caoutchouc, l’eau de coco employée comme diurétique.
La température moyenne de Guayaquil est de 2G degrés centigrades, d’après les observations de M. Villa-Vicieuse.
Il y a deux périodes bien tranchées dans l’année : la saison des pluies, qui dure de décembre à mai, a des brumes constantes, des pluies torrentielles, une humidité chaude excessive, prédisposant aux affections graves. Pendant la saison sèche, la plus agréable, les brises fraîches soufflent du sud, du mois de juin au mois de novembre; il y a pourtant quelques jours de pluie vers l’équinoxe de septembre.
Les maladies du pays sont les fièvres intermittentes, compliquées de diarrhée.
(\) Vautours