‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 19 sur 215 · PLAINES, STEPPES ET DÉSERTS · texte numérisé non relu

PLAINES, STEPPES ET DÉSERTS

dessication solaire, donnent une blancheur qui ferait paraître jaunes les squelettes les mieux préparées de nos amphithéâtres, d’où est venue cette expression caractéristique du soldat : être nettoyé, pour : laisser ses os en Afrique.

Nous avons dit comment devait s’interpréter la destruction du corps d’armée de Cambyse dans la Libye; quant aux caravanes qui quelquefois périssent dans le désert, ce peut être par les mêmes causes, mais c’est surtout, comme nous disait un bachamar de notre expédition du sud (Lagouoth 1847), qui, en sa qualité de chef chamelier, avait faille voyage de Gardeiah à Timbokton, que surprises et trop faibles elles sont massacrées par les pillards desTouaregs. 11 n’est pas nécessaire d’invoquer le surnaturel pour se rendre compte des dangers qu’on court dans le désert. La nature prise dans ses horreurs ou dans ses beautés n’est-elle donc pas assez majestueuse dans la réalité de ses phénomènes, qu’il soit besoin sans cesse de la masquer par l’exagération, cette loupe aberratique dont s’affuble trop souvent l’œil du voyageur?

Mais fuyons le Falat et les Touaregs, et revenons dans le Sahara algérien pour y étudier deux phénomènes aux noms magiques, dont l’un rappelle la nourriture céleste des Hébreux dans le désert, d’après la tradition biblique, et dont l’autre par ses décevantes fantasmagories à toujours dupé les voyageurs et vivement piqué la curiosité des physiciens. Le lecteur les a nommés : la manne et le mirage.

Le désert, nous l’avons dit, ne doit pas être pris dans le sens absolu, il n’est désert que relativement et si l’on ne peut songer à y implanter des colonies agricoles proprement dites, il est du moins utile aux intérêts de la colonie, nécessaire même à sa sécurité, d’étendre la domination française sur les populations nomades qui errent dans ses immenses steppes de parcours, ou qui sont fixées dans ses oasis; l’expérience l'a démontré. L’ennemi était-il refoulé du Tell, il allait se réfugier et se refaire dans le Sahara, bravant ainsi la tactique la plus habile. Force a été de l’y poursuivre. On sait que c’est par une pointe hardie dans le sud, en 1845, que la Smala fut prise aux sources de Taguin (Nac-Ouassel), et que dans une circonstance, après nous avoir échappé dans le Djebel Amour par l’infidélité de notre Agha, Abdel-lvader fut contraint de faire sa soumission à Sidi-Brahim, sur l.e lieu même du guet-à-pens où avait été massacré le 8 bataillon de chasseurs à pied. Ce n’est pas tout, un grand commerce se fait du littoral nord au centre de l’Afrique et vice-versci. Alger autrefois était le principal aboutissant de ces courants de caravanes qui aujourd’hui se dirigent sur Tunis et Maroc, et il importe de rétablir dans le Tell ce flux et reflux commercial. Tel est le double motif pour lequel des colonnes parties des trois provinces ont, à diverses reprises, rayonné dans le sud et avec l’une desquelles nous avons exploré une partie du Sahara algérien en 1847 H).

(1 Colonne du général Juusouf.

GÉOLOGIE

Prétendue manne du désert. — En arrivant dans le vaste plateau qui se trouve entre les Ouled-Chaïb et Taguin, et dont la surface est beaucoup plus recouverte d’argile et d’humus qu’elle n’est sablonneuse, on rencontre en abondance soit sur des espaces nus, soit autour des touffes d’Halfa et de thym de petit grumeaux de la grosseur moyenne d’un noyau de datte, d’un gris terreux, à surface chagrinée, légèrement convexe d’un côté, froncée et irrégulièrement déprimée du côté opposé. Leur dureté dépasse celle d’un morceau d’écorce d’orange roulé et desséché; la cassure est blanchâtre et donne une saveur amère. Ces grumeaux sont répandus çà et là sur le sol avec lequel ils n’ont d’adhérence d’aucune espèce. Cette particularité a fait croire généralement que cette singulière production ne pouvait tomber que du ciel. D’où l’a-t-on appelée manne du désert, lichen comestible, lichen esculentus des Tarlares, tout cela bien à tort. Une certaine quantité de ce lichen, recueillie pendant une halte de la colonne sur une zone abondamment fournie, ayant été pulvérisée à notre retour sous Boghar, il fallut pour en faire une pâte liante, y ajouter de la farine de froment. L’espèce de gâteau qui en résulta, cuit au four, était grossier, noir, détestable au goût par une saveur amère et donnant sous la dent cette sensation désagréable, éprouvée quand par accident on mâche lin morceau de pain, contenant des impuretés terreuses comme certaines galettes arabes. Coupé en tranches il offrait une foule de petit grains blanchâtres, représentant le lichen intercalé dans le froment, comme des parcelles d’amandes dans un croquet. Autre objection : les chevaux auxquels on l’offrait seul le refusaient ; si l’on en mêlait une poignée dans l’orge de leur musette, ils mangeaient l’orge mais ils laissaient le lichen au fond comme tout autre corps étranger à leur nourriture. Enfin les mêmes chevaux si l’on mettait parties égales d’orge et de lichen refusaient le tout.

Mais en fait de substances alimentaires il y a un appréciateur, un juge infaillible dont nous pouvons tenir la décision pour valable, c’est l’Arabe. Soit économie, plus souvent pauvreté que sobriété, on le voit partant même pour de longues courses avec un approvisionnement d’une exiguité surprenante, mais aussi on le voit à la piste de tout ce dont il peut faire bouchée. Outre les plantes alimentaires éparses dans le Tell, comme les asperges, les artichauts, l’oseille, la doucette, le cresson et autres espèces dont il tire parti pour lui; un chardon même est une bonne aubaine, une racine de palmier nain un régal; les baies de myrtes et de jujubiers une nourriture presque habituelle. Dans le désert il arrache en marchant des tiges d'halfa, grande graminée dont il est content de succer l’extrémité blanche, tendre et légèrement sucrée; il est heureux de trouver quelques racines de danoum, aussi bon que le navet, et si à dix pas, il pointe une petite voussure à terre un peu crévassée, il fond dessus son grossier yatagan à la main, l’enfonce et soulève avidement des turfés. Ce sont des tubercules ordinairement isolés, sans lige ni racine, à surface lisse analogues à nos truffes; coupés il ressemblent à la patate : ce sont des truffes

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