M A L A D I E S U L 1 M A T É RI Q UES
de la Nouvelle-Calédonie, de Moka, de Mayotte, de la Guyane, de la Guadeloupe, des noirs de Bornou, etc.
Maladies parasitaires. — Elles sont produites on par des parasites cutanés, ou par des entozoaires.
Parmi ces derniers, les plus répandus sont le tœnia solium,, ou à longs anneaux, et le tœnia lato ou bothirocéphale. Le premier est plus spécial aux contrées du nord de l’Europe, le second est endémique dans les contrées méridionales, en Afrique et surtout en Abyssinie. On le trouve aussi dans l’Inde, dans les îles de la Sonde et dans les deux Amériques, notamment au Brésil.
Les écliinoques constituent la maladie hydatique des Islandais; on les trouve surtout dans le foie, les poumons, la plèvre, le péritoine, la rate, les reins, le tissu cellulaire. Le mal est héréditaire. Plus que l’homme encore les moutons en sont envahis.
Le distomum haematobium serait cause, en Egypte, de la grande fréquence du catarrhe vésical, souvent suivi de cystite calculeuse.
Les vers nématoïdes (ankylostome duodénal), occasionnent chez les nègres cette perversion gastrique qu’on appelle le mal de cœur.
La trichine, en Allemagne notamment, se communique du porc à l’homme, surtout par l’usage de la charcuterie crue.
Pour le règne animal, les parasites cutanés sont les épizoaires, parmi lesquels le dragonneau, la chique, l’acarus de la gale sont endémiques a certaines contrées. Le dragonneau, ver de Médine, ver de Guinée, nernatoïde des régions tropicales, est commun à l’Afrique et à l’Inde. On le trouve aussi au Brésil et aux Antilles. Il proviendrait des eaux stagnantes, et se loge dans le tissu cellulaire.
La chique se rencontre dans toutes les contrées tropicales, mais plus particulièrement dans celles de l’Amérique.
Les parasites de nature végétale sont des cryptogames; il n’y a guère (jue la plique qui soit endémique. Elle est produite par le trycopliiton ; s’étend de la Vistule aux monts Carpathes.
Hématurie endémique des régions intertropicales. — Le sang dans les urines est mélé à une émulsion alhumino-graisseuse, avec couche d’un hlanc latescent opaque à la surface du liquide, à mesure qu’il se refroidit. Ges symptômes de piarrhémie proviennent d’une exagération des fonctions du foie.
L’excès des matières grasses qu’il a isolées et qu’il sécrète, dans les régions torrides, se mêle au sang et au pus éliminés par les urines. Les femmes surtout et les enfants en sont affectés.
L’hématurie dure longtemps, diminue progressivement, surtout sous l’influence des toniques et des ferrugineux. D’autres fois elle conduit a l’état cachectique et à la mort. Elle s’améliore et guérit le plus ordinairement, par le passage et le séjour dans les pays tempérés et froids. Elle est très fréquente à Bourbon, à Maurice, à Mayotte, au Sénégal, au Brésil.
ACCLIMATEMENT ET COLONISATION
Si le mot acclimatement. , de nouvelle création, néologisme de notre époque, ne permet pas aux lexicographes de s'entendre sur sa signification et son acception, il ne faut pas s’étonner si les médecins hygiénistes et climatologistes ont émis, à leur tour, une si grande et si singulière variété d’opinions sur le fait de l’acclimatation.
Si un profane ( profanum viilgus ) demandait à son médecin : « pourrais-je aller vivre autre part que dans mon pays natal ! Certainement, lui répondrait l’homme de l’art, mais.... il y a plusieurs mais.
Ldiomme est cosmopolite, il vit partout à la surface du globe, même sur les glaces polaires comme l’Esquimeau. ... Mais celui qui passe brusquement d’un climat à un autre extrêmement opposé, peut bien rencontrer quelques inconvénients.
Le cosmopoli te par excellence, c’est le marin, il va de l équateur aux mers polaires et réciproquement, et pourtant l’état sanitaire'des équipages qui font le tour du monde se maintient généralement, ou relativement satisfaisant. C’est que le navire est une coque isolante, dans laquelle on peut aller partout, avec une hygiène bien entendue et bien réglée à bord. Ainsi donc le marin bien muni peut passer par tous les climats extremes, et vivie à l’état de santé. Nous citerons, par exemple, un marin explorateur, Dumont d’Urville, dont les navires l’Astrolabe et la Zélée ont passé par tous les climats, pour aller jusque dans les glaces des mers du pôle austral.
Un yacht de plaisance part du Havre ou de Liverpool, vogue sur l’Océan, touche à Rio de Janeiro, double le Cap de Bonne-Espérance, va dans l’indo-Chine, revient par la mer des Indes et la mer Rouge, traverse l’isthme de Suez, et relâche à Naples, sans avoir perdu un homme d’équipage, malgré la diversité des climats qu’il a traversés. C’est qu’il offrait tout à la fois abri et confortable. Aussi à Rio-Janeiro il na pas pris la fièvre jaune, dans les mers de Chine et de l’Inde il n a pas eu le choléra, et à Suez il n’a pas pris la peste.
D’autre part, des ambassadeurs et leur suite plus ou moins nombreuse, vont en mission ou en résidence dans tous les climats du monde, et généralement ils n’v meurent point, grâce à une aisance qu on peut appelei luxueuse. De même de riches négociants ou banquiers s en vont tenii comptoirs dans tous les climats du monde, notamment dans les contrées ti opicales et équatoriales, ils restent 5, 10, la ans à décupler ou cenluplei leui loi — tune, et reviennent d’ordinaire avec de belles et nombreuses familles, goûter en Europe les douceurs d’une existence, qui n’a guère varié dans le dynamomètre de leur état sanitaire.
Mais un pauvre alsacien ruiné, chargé de famille, passe en Algérie ou en Amérique pour coloniser : accablé de soucis, plonge dans le dénue-
.MALADIES CLIMATÉIIIQUES.
ment, obligé à un travail excessif, vivant mal, reposant mal, fatiguant trop sous un soleil qui n’est pas le sien, il tombe bientôt sous les étreintes de la lièvre et meurt. Est-ce bien le climat qui l’a tué? — Mille fois non!
La question de l’émigration vers un autre climat que le climat natal est donc une question complexe. La transition vers un pays plus chaud, se fera généralement sans encombre, si l’émigrant est dans de bonnes conditions de vivre et de couvert, c’est-à-dire d’aisance et de bien-être d’un citadin sédentaire; elle sera désastreuse, mortelle même, pour celui qui sera dans la misère et condamné aux travaux des champs, c’est-à-dire sous l’influence ardente et nocive du climat.
Cela dit en thèse générale, suivons de plus près la question de l’acclimatement pour les individus que leur position expose, forcément, à toute l’intensité et à la variabilité des influences climatériques.
Il faut aller droit au but, et choisir un exemple parmi les climats réputés nuisibles pour l’Européen, c’est-à-dire chauds, humides, débilitants, et hantés par des endémo-épidémies graves, telles que les fièvres intermittentes et rémittentes pernicieuses, la cachexie fébrile, la dyssenterie, les maladies du foie, le choléra, la fièvre typhoïde, le typhus.
L’Algérie a offert et offre encore toute cette désolante variété pathologique.
A l’article pathogénie (C, influences du climat, nous avons exposé l’action synthétique des influences atmosphériques et des modifications physiologiques opérées chez le nouveau débarqué, nous ne répéterons pas ce chapitre, qui pourrait avoir sa place ici, nous nous bornons à le rappeler à l’attention du lecteur.
Comme pour tant d’autres contrées, la question de l’acclimatement en Algérie a été des plus controversées.
Si par acclimatement on entend l’immunité absolue contre les influences du climat, ce serait exiger plus de clémence du climat algérien, que n’en a notre climat natal, où certes le tribut ne laisse pas d’être très lourd, pour
toutes les populations et notamment pour la population ouvrière ou pour l’armée.
En Algérie, comme pays chaud, les fièvres et la dyssenterie, mais les fièvres surtout sont prédominantes, et cela bien entendu non pas seulement pour les Européens, mais aussi pour les indigènes.
Ainsi aux bataillons de tirailleurs indigènes (Turcos), les hommes subissent, quoique en proportions relativement un peu moindre que nos soldats, les influences de la saison endémo-épidémique, en raison de la progression des chaleurs.
Il est vrai de dire toutefois, qu’en thèse générale, les maladies franchement inflammatoires y sont en raison inverse des maladies endémoépidémiques.
Il } a donc en Algérie pour l’Européen une sorte de compensation, mais
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ACCLIMATEMENT ET COLONISATION
il n’y a pas immunité. Du reste, qui pourrait compter nulle part sur 1 immunité absolue? La vie même, pour ceux auxquels il est donne d en suivie le cours naturel, a partout des limites infranchissables ; partout au contact môme des agents qui l’alimentent, elle finit par s’user a la longue .
les climats qui nous voient naître nous font mourir. .
Si par l’acclimatement en Algérie on entend la possibilité d y vivre en colonisant, de façon que la population émigrante et creole, maigre les fatigues et les maladies du climat, auxquelles elle sera plus ou moins exposée, y prenne néanmoins un essor progressivement prospéré, en raison des conditions matérielles d’existence, la question nous parait n 'être pas douteuse.
Mais encore, dira-t-on, n’est-il pas vrai que par le passage d un climat plus tempéré dans un climat plus chaud, l'organisme, maigre la faculté qu’il possède de s’équilibrer, jusqu’à un certain point, avec les influences d’un nouveau milieu, subit plus activement ses effets débilitants, de te e sorte qu’à fin de compte l’émigrant courra la chance d’abréger plus ou moins la durée probable de son existence. Assurément il faut reconnaître que la faculté du cosmopolitisme ne s’exerce, pour l’homme, qu’a la condition de vivre plus vite en moyenne générale; mais celte condition na
jamais arrêté personne : panis sacra famés!
Il n’est pas même besoin de déplacement pour voir varier les moyennes de la durée de la vie, selon les positions ou professions diverses. Sous un même climat, dans un même lieu, dans la même ville, que d’individus vivent plus ou moins vite selon leurs habitudes imposées par la nécessite . Le jeune soldat qui passe de son village sous les drapeaux, de la vie de garnison à la vie des camps, à la guerre, à la bataille, à l’assaut, vit plus vite que son cadet resté au foyer paternel : l’inverse narnve que par exception, et cependant cette loi bien connue de tous, n’empêche pas les volontaires d’affluer. De même le colon qui va à l’assaut d’une terre a coloniser, dans quelque latitude que ce soit, vivra plus vite en moyenne aussi que celui qui ne se déplace pas du milieu où il a des conditions normales d’existence. Et encore ici : ravagez les campagnes, brûlez villes et villages, errez à travers champs, dans la boue et le froid, suivis par a famine, et dites nous alors ce que deviendra l’assuétude du climat natal :
il vous dévorera. . ,
Ce qui est vrai en général l’est pour l’Algérie en particulier, mais n em-
pêche pas non plus les colons d’affluer.
Ceci accordé que l’Européen émigrant en Algérie, court le risque de
diminuer plus ou moins ses chances probables de longévité, il n’en est pas moins vrai toutefois qu’il peut, là, comme partout ailleurs, se soustraire aux atteintes du climat, en raison du degré de protection qu’il saura se créer, et qu’en définitive il peut y vivre, s’y implanter et y prospérer lui et sa race. Ceci ne serait-il pas en voie d’être prouvé par l’expérience de nos jours, qu’on aurait pu l’affirmer en jetant un coup-d’œil rétrospectif sur l’histoire des différents peuples qui s’y sont fixés tour à tour, et s’y sont
MALADIES CLIMATÉRIQUES
tellement acclimatés que, malgré des guerres d’extermination de race à race, des types de chacune de ces races se retrouvent encore aujourd’hui parmi les indigènes, provenant de leurs mélanges ou de leur juxtaposition.
Les Garamantes occupaient la région qui est au sud de Tripoli et de Tunis, comme les Gélules, occupaient la région placée au sud de la Numidie et de la Mauritanie. Tous les peuples aborigènes qui habitaient ces contrées étaient désignés sous le nom de Libyens.
Des peuplades Asiatiques, Perses, Mèdes, Arméniennes, envahirent l’Atlas. Les populations mixtes qui résultèrent de la fusion des Perses avec les Libyens du littoral, prirent le nom de Numides (Constantine et Tunis), tandis que les Maures proviendraient des Arméniens et des Mèdes qui s’allièrent aux Libyens, plus rapprochés de Gibraltar (Mauritanie).
Ceux des Libyens qui confinés dans le Haut-Atlas, restèrent étrangers au contact des conquérants, furent regardés comme des Barbares, d’où le nom de Berbères, dont les descendants sont plus communément désignés aujourd hui sous le nom de Kabayles (1) ou Kabyles, habitants des montagnes.
D après Procope, les débris de la race de Chanaam, chassés par les Hébreux, passèrent d’Asie en Afrique, d’où l’origine de nouvelles tribus, telles que celles des Maxyes, des Macseens, des Marusiens, des Lotophages, des Psylles, des Nasamons etc.
Domination carthaginoise . — La chronologie la plus probable place vers 1 an 8G0 avant J -C., la fondation de Carthage par Didon, princesse émigrée de Tyr. Les Carthaginois devenus puissants par leur commerce maritime, ne tardèrent pas à faire des conquêtes, non seulement sur toute la côte septentrionale de l’Afrique, mais sur celle d’Espagne, en Sardaigne, en Corse, aux îles Baléares. Leurs armées, composées de mercenaires venant tant de 1 Afrique que de l’Europe, constituèrent un inextricable mélange de toutes races. Borne, jalouse du développement de Carthage, vint lui disputer la Sicile, et commença cette série de guerres qui devaient se terminer par la ruine de la ville phénicienne.
Domination romaine . — Dès ce moment Borne exerça sa suprématie sur les provinces africaines. La Carthage phénicienne avait durée 600 ans, la Carthage romaine, relevée par Auguste, subsista sept siècles. Tunis,
éle\ée sur leurs ruines, est encore la ville la plus florissante des côtes barbaresques après Alger.
Lors de la destruction de Jérusalem par Titus (70), les juifs se répandirent dans 1 Afrique. Plus tard (251), lorsque les hordes leutoniques eurent pénétre dans l’empire romain, l’Afrique s’en ressentit aussi. Des
(Ç Au jioini de Mie de la linguistique nous dirons que les pâtres provençaux qui, en été, conduisent les troupeaux de bêles ovines de la Crâu et de la Camargue, sur les pelouses des montagnes en Dauphiné, s’appellent Bayles.
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bandes errantes de Francs, après avoir ravagé la Gaule et la Catalogne, portèrent pendant douze ans la dévastation sur la côte africaine.
Domination vandale (429-555). — Les Vandales ayant envahi l’Espagne, n’y laissèrent que leur nom (Vandalousie), et conduitspar Genseric, firent, au nombre de 800,000, irruption en Afrique. Bélisaire dispersa cette race envahissante, en 555.
Domination arabe. — En moins d’un siècle la dénomination byzantine lit place à la domination arabe. Les Arabes, le glaive d’une main et le coran de l'autre, ayant envahi la Syrie et l’Égypte, s’emparèrent, sous Abou-Beker, successeur de Mahomet, de Carthage et de toutes les provinces romaines, et envahirent l’Espagne d’où ils furent refoulés en 1492. A son tour, l’Espagne, pour réprimer les Maures des côtes barbaresques, s’établit à Oran, au Pennon d’Alger, «à Bougie, à Tripoli. — Barberousse, qui chassa les Espagnols, se plaça sous la suzeraineté de la Turquie, qui bientôt domina le littoral par ses janissaires, dont les Deys étaient les chefs. Dès lors les ports des villes du littoral de l’Algérie ne furent plus que des nids de pirates. Il était donné à l’expédition française de 1850 de les châtier, et de substituer la civilisation à la barbarie.
Cette courte esquisse historique montre combien, à diverses époques, les populations du nord de l’Afrique se sont mélangées. Eh bien, parmi la population actuelle on retrouve les types provenant de tous ces peuples. Le type maure avec ses formes arrondies, courtes et obèses, son teint blanc pâle, sa physionomie régulière et grave, ses grands yeux noirs et sa chévelure d’ébène est évidemment asiatique. Les descendants des noirs Éthiopiens circulent en très grand nombre dans les rues d’Alger, de même que leurs métis. Les Arabes et les Kabyles sont les types dominants.
Le type israëlite a prospéré en Algérie où il reste quelques Turcs, et où le type espagnol est commun. Le type romain s’y trouve encore, mais un type qui s’est parfaitement conservé distinct de tous les précédents, c’est le type franc et vandale, point capital pour la question de l’acclimatement des Européens. Il est vrai de dire que ce n’est point parmi les Arabes des plaines qu’on les rencontre, mais dans les montagnes de la Kabylie.
Nous en avons remarqué surtout aux jours de marché, à Bougie en 1848. En effet, les familles blondes à type germanique sont encore nombreuses dans la petite Kabylie. — Pareillement dans les monts Aurès il y a notamment parmi les tribus des Chaouia, grand nombre d’individus à taille élancée, à cheveux blonds, à peau blanche, ayant en un mot toute la physionomie des descendants des Vandales.
L’acclimatement d’anciens peuples garantit celui des populations nouvelles en Algérie. Le type éthiopien, sans cesse reproduit par les nègres non mélangés d’une part; de l’autre, le teint blanc que conservent au milieu des noirs, les familles juives ne s’alliant qu’entre elles dans le Sahara algérien ; la couleur des cheveux et de la barbe, le teint blancroux quelquefois marqué de taches de rousseur, tout l’ensemble de la physionomie du type vandale de certaines familles Kabyles, dont les
premiers ancêtres se fixèrent sur le sol africain, il y a plus de quatorze siècles, sont autant de témoignages déposant contre les transformations des races beaucoup trop facilement admises par certains ethnologistes, et attribuées par eux à l’influence de latitudes autres ({ue celles du climat natal. Les Vandales surtout ont gardé tous les attributs de leur physionomie en Algérie, comme les nègres conservent les leurs. Celte perpétuité des deux extrêmes de l’échelle ethnographique, conservant sous le même climat couleur, formes et caractères anatomiques distinctifs, prouvent donc que les races les plus opposées ont pu et peuvent s’y implanter. La prospérité de la race juive notamment, reste en procédant par voie d’analogie, comme une garantie assurée, pourrait-on dire, quant à la possibilité de l’acclimatement des Européens et des Syriens. Que si au contraire on envisage la question en prenant comme point de départ l’unicité plus que douteuse de l’espèce humaine, l’acclimatement est bien plus péremptoirement démontrée par toutes les variétés qu’aurait occasionnées l’influence prolongée des climats de toutes les contrées du monde. Mais combien de temps, dira-t-on, a-t-il fallu pour en arriver là? Nous ne savous, mais ce que nous savons incontestablement c’est que, quel que soit le point initial d’où l’on parte, des populations se sont implantées en Algérie et s’y sont perpétuées. Or, ce qui a pu avoir lieu antérieurement, peut se réaliser de nos jours et à l’avenir. Donc, à tous ces titres, la question de l’acclimatement, telle que nous l’envisageons, aurait pu se résoudre a priori, si les documents statistiques, bien que ne s’exerçant jusqu’ici que sur les mouvements d’une population encore bien flottante, il est vrai, depuis notre occupation, ne permettaient déjà de le regarder comme un fait sinon accompli, du moins s’accomplissant.
Dans leur Histoire statistique de l’Algérie, au point de vue du peuplement et de l’hygiène, M. Martin et Foley ont donné la preuve de l’aptitude de l’Européen à vivre dans celte contrée. Mais, disent-ils avec raison : l’immigration n’est qu’un moyen transitoire et anormal du peuplement, et c’est de la viabilité des créoles ou enfants européens, nés dans la colonie que dépend essentiellement le succès de la colonisation, qui n’est possible qu’autant que l’homme né sur le sol, peut y vivre du sol comme individu et comme race.
La proportion annuelle des naissances, calculée en 1851 sur 1000 liabitantsFrançais en Algérie, a été de 45, pendant qu’en France celte moyenne était de 27. Il est vrai que la mortalité européenne à Alger était de 51 sur 1000 individus, tandis qu’elle était de 25 en France. Assurément la différence n’était pas très considérable, pour les vingt premières années d’occupation d’un pays où tout était à créer. Depuis bientôt une période égale, tout est allé progressant et s’améliorant.
L’est surtout parmi la population juive (pie la mortalité est beaucoup inférieure a celle de la population européenne. Cette race, éparpillée a tant de latitudes différentes sur la surface du globe, prouverait à elle seule la possibilité du cosmopolitisme et de l’acclimatement , lorsque les
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individus sont placés dans des conditions à milieux suffisamment protecteurs. Or, en Algérie, comme dans tous les pays chauds, la meilleure garantie de protection contre l’intensité de la chaleur, c’est Y habitat permanent dans les centres constitués, dans les villes principalement où les professions sont en général bien moins fatigantes que celle d’agriculteur; où le vivre est plus régulièrement assuré, mais surtout où l’on n’est pas en butte à l’action du climat, surtout à Y insolation comme en rase campagne.
C’est toujours, comme on le voit, l’histore du vivre et du couvert, aussi est-ce aux progrès de la colonisation à rétablir la vieille réputation du nord de l’Afrique, dont Sénèque disait qu’on n’y mourait que de vieillesse ou par aventure.
La possibilité pour la population européenne de vivre et de prospérer en Algérie, ne peut plus être mise en doute, quelque puisse être d’ailleurs l’escompte qu’ont à faire sur leur longévité, les premiers occupants, en raison des conditions plus ou moins défavorables où ils se trouvent placés, dès leur arrivée sous un climat nouveau où il a fallu mener de front la conquête et la colonisation. Terminons en résumant ce que nous avons a dire de l’acclimatement en général.
Acclimater , v. a., radical climat , du grec xO.î/ua. — Les lexicographes donnent les détails ci-après : accoutumer une personne, un animal, une plante, à la température et aux influences d’un nouveau climat. Ce mot a été employé pour la première fois par Raynal. Ce n’est qu’a force de soins qu’on acclimate, dans le nord de l’Europe, les races de brebis espagnoles. Il faut du temps pour acclimater une plante étrangère. Lorsqu’il est possible d’acclimater dans un pays nouveau certaines espèces animales, il s’opère dans les races des changements durables qui mettent leur organisation en harmonie avec les climats où elles sont destinées à vivre. On commence à acclimater nos soldats en Afrique.
S’acclimater, \. pron. , se faire, s’habituer à un nouveau climat. Les peuples du nord s’acclimatent facilement dans l’Italie. On n a pas a craindre la fièvre jaune lorsque l’ayant eue ou non, on ne quitte plus les lieux où elle règne habituellement après les avoir habités, pendant deux ans, c’est-à-dire après s’y être acclimaté (Ro choux).
La vigne importée directement de France dans nos colonies des Antilles a eu bien de la peine à s’y acclimater ( D’Orbigny ). — Il résulte des observations de M. Roui in que les animaux domestiques, transportés en Amérique lors de sa découverte, ont fini par s’y acclimater. Pourquoi M. Landais ne veut-il pas qu’on dise acclimater un homme, puisqu’il dit bien un homme s’acclimate.
Acclimatation.— Action d’acclimater. Les lexicographes confondent à tort ce mot avec celui d’acclimatement qui ne marque que le résultat de l’acclimatation (Bescherelle) .
Acclimatement. — Résultat de l'acclimatation ; état de ce qui est acclimaté. Changement profond produit dans l’organisation, par un séjour pro-
MALADIES CMMATÉlUÿUES.
longé dans un lieu dont le climat est notablement différent de celui auquel on est accoutumé, cl qui a pour effet de rendre le sujet qui l’a subi semblable, sous beaucoup de rapports, aux naturels du pays qu’il est venu habiter. La nécessité et l’usage ont déjà consacré, dans les sciences, ce mol dont l’Académie n’a pas encore sanctionné l’emploi. Acclimatement se dit en parlant des animaux et principalement de l’homme. Le phénomène de l’acclimatement. Les difficultés de l’acclimatement. Maladies d’acclimatement. Favoriser l’acclimatement. Petit acclimatement. Grand acclimatement. Acclimatement réel. L’acclimatement s’opère quelquefois sans secousse, sans maladie, ce qui est extrêmement rare ( Rochoux ). — L’acclimatement s’acquiert, il doit par conséquent se perdre ( Rochoux ). — L’acclimatement préserve de la fièvre jaune, bien que quelques médecins aient prétendu le contraire (Rochoux).
Petit acclimatement . — Changement produit dans l’organisation par des déplacements à de très petites distances.
Grand acclimatement. — Changement produit, dans l’organiantion, par un séjour prolongé dans des régions où règne une température entièrement différente de celle du pays où l’on est né.
Acclimaté. — Qui a subi l’acclimatement. Que l’être acclimaté et dont les générations ont subi l’empreinte du nouveau climat, soit replacé dans son milieu primitif, aussitôt même lutte, même résistance, même difficulté pour ce nouvel acclimatement ( D'Orhigny ).
Le Français qui débarque pour la première fois dans une des îles de l’archipel américain change peu à peu; il perd cette vivacité, cette alacrité qui nous est si familière; déjà ses traits ne sont plus ce qu’ils étaient. On dit alors qu’il est acclimaté, que son sang est appauvri (Rochoux).
....L’étranger qui possède l’acclimatement, rentre dans la classe des créoles ou acclimatés de naissance, qui ne sont jamais atteints de la fièvre jaune (Rochoux) . Mais aussi il devient sujet aux maladies habituelles des acclimatés, qu’il avait évitées pour la plupart jusque-là (Rochoux).
En résumé, s’acclimater c’est se faire à un climat.
D’après Nyten, l’acclimatation ou l’acclimatement, c’est la modification plus ou moins profonde produite, dans l’organisation, par un séjour prolongé dans un climat qui diffère, notablement, de celui que l’on a jusqu’alors habité.
On a défini l’acclimatement : l’ensemble des modifications que subit l’organisme pour s’adapter un climat nouveau (Rochard).
C’est l’évolution spontanée par laquelle l’organisme se met en harmonie avec de nouvelles conditions fonctionnelles (Bertillon).
L’acclimatement : c’est le fait par lequel l’organisme humain, transporté dans un milieu diffèrent de celui où il a pris naissance, acquiert comme individu et comme espèce une aptitude égale à vivre. Il y a acclimatement quand il y a adaptation (Bertillon).
Pour Boudin l’acclimatement est la faculté que possèdent les êtres organisés à s’adapter, dans une certaine mesure, à un climat autre que celui dans lequel ces êtres ont pris naissance.
ACCLIMATEMENT ET COLONISATION
Pour nous, nous dirons : l’acclimatement, c’cst l’accoutumance, X assuétude aux climats, autres que le climat natal. Cette assuétude est plus ou moins complète, mais jamais l’étranger ne l’acquiert à l’égal de l’aborigène ou indigène.
Il n’est nullement nécessaire que l’harmonié des fonctions soit troublée pour qu’il y ait acclimatement; moins l’organisme à témoigné de souffrances en changeant de milieu, plus les chances d adaptation sont favorables. Nous dirons donc avec un judicieux critique (') :
« La croyance aux maladies d’acclimatement esterronée, nous n ajoutons pas foi à ces sortes de crises qui auraient une vertu préservatrice, et donneraient à l’organisation qui en sort victorieuse une immunité définitive. » N’empêche de subir, plus ou moins, l’influence d un nouveau climat, nous en avons parlé, notamment à propos de l’étiologie des fièvres en Algéiie.
L’acclimatement doit s’entendre et pour l’individu et pour la race.
La prospérité de cette dernière surtout, prouve et démontre le véritable acclimatement, qui est de beaucoup favorisé par le croisement des émigrants avec les indigènes.
Quant à l’individu, l’art de l’acclimatation n’est que l’application des préceptes de l’hygiène aux changements de milieux, selon les latitudes et
les altitudes.
L’acclimatation dans les pays froids est démontrée par 1 adaptation de la race Aryenne jusqu’au voisinage du pôle nord. Les abaissements de température que l’homme peut supporter sont énormes, cependant cette force de réaction a ses limites, car, depuis un certain nombre d’années, la dépopulation se fait parmi les- Esquimaux, qui abandonnent progressivement les points extrêmes où ils vivaient autrefois, et où ils meurent aujourd’hui. La continuation du même fait s’observe en Islande, dont la dépopulation graduelle n’est pas un fait isolé.
L’acclimatement dans les pays chauds olfre plus d intérêt, car c est presque toujours du nord au sud que se sont opérés les mouvements démigration.
Médicalement parlant le point capital et primordial de l’acclimatement, l’intérêt pratique, est de connaître tout d’abord le degré d’aptitude, de résistance de l’émigrant adulte sur les diverses régions du globe, avant
de s’occuper de la question de descendance.
Les endémies qui déciment les Européens dans les pays chauds sont les fièvres, la dyssenterie, l’anémie, l’hépatite, la fièvre jaune, le choléra.
Il est unanimement reconnu, dit M. Le Roy de Mericouit, qu il n y a pas d'assuétude contre le choléra.
Dans l’Inde, les indigènes sont souvent éprouvés en plus forte proportion que les étrangers. L’expérience a démontré qu’une première atteinte de fièvre jaune, surtout en temps d’épidémie, préserve le plus habituellement l’Européen, s’il ne quitte pas le pays où elle est endémique, ou s’il n’a
M ) M. I.o Roy do Mériconrl, Archives de médecine navale , t IL
MALADIES CLIMATÉRIQUES
pas habité pendant trop longtemps des localités exemples de ce typhus grâce à leur altitude.
Cette première atteinte joue le rôle d’une première atteinte de fièvre typhoïde dans les climats tempérés, mais elle ne confère pas une immunité absolue, encore moins elle ne garantit d’aucune autre endémie des pays chauds. Loin delà, les convalescents de la fièvre jaune restent, souvent, dans un état de faiblesse qui les expose à une foule d’accidents, elle changement de climat devient nécessaire pour raffermir leur santé profondément ébranlée. Un long séjour aux Antilles, par exemple, ne garantit pas, dit M. Dutrouleau, du typhus amaril, qu’on ait eu ou non des fièvres d’accès.
Fort souvent les convalescents de fièvre jaune sont pris d’accidents intermittents rebelles, et succombent plus tard à des accès pernicieux, c’est là un des arguments les plus puissants en faveur de l’identité de nature du typhus amaril et des fièvres rémittentes bilieuses pernicieuses. Il n’y a aucun antagonisme entre la dyssenterie, l’hépatite et la cachexie fébrile. Loin delà ces maladies peuvent successivement etsimultanémentse développer chez les mêmes individus, et les entraîner vers une issue fatale. L’anémie, en dehors de toute maladie aiguë, est une cause de dépérissement graduel, par le seul fait de séjour dans les pays chauds.
Il n’y a pas de fièvre d’acclimatement préservatrice : deux ou trois ans de séjour dans les pays chauds, dans un état normal de santé, sont une garantie pour l’avenir mais non point une immunité.
Aous citerons à l’appui un fait bien remarquable, et qui est resté gravé dans notre souvenir. En 1845, un des médecins-majors de l’armée d’Afrique depuis la conquête, avait passé douze années révolues, sans aucune atteinte de fièvre ni de dyssenterie. Il vantait son invulnérabilité climatérique.La. 13 lui fut fatale, car il fut emporté par un accès pernicieux dans la province d’Oran. On le voit l’assuétude au climat n’est jamais l’iminunilé contre ses influences.
Que dire aux gens à idées systématiques, basées sur un physiologisme fini a régné trop longtemps, à savoir : que dans les pays chauds l’homme du nord trop pléthorique, aurait besoin de saignées préventives?
II faut leur dire ce qui est, ce qui se fait, à savoir encore que les praticiens judicieux se gardent bien de déterminer préventivement une débilité, dit M. Le Roy de Méricourl, qui n’arrivera hélas que trop rapidement, et contre laquelle ils ne luttent que trop souvent en vain.
Jous les pays chauds ne sont pas uniformément nuisibles à l’Européen, il y a des différences de salubrité relative. Selon la latitude, l’exposition et surtout 1 altitude. Enfin, a conditions climatériques égales, la topographie des milieux influe spécialement sur le mode d’action du climat.
Les îles Maurice, la Réunion en sont des exemples à citer. Non-seulement cette dernière est exempte de fièvres intermittentes sérieuses, mais elle possède des élévations qui n’ont plus le climat tropical. Les Seychelles forment un groupe d’iles dont le climat est agréable et salubre, bien que situées entre le 31 et le 3° degrés de latitude sud. Les Européens épuisés
ACCLIMATEMENT ET COLONISATION
par les maladies de la cote de Madagascar ou de Mozambique, viennent s’y rétablir ; les Anglais y prospèrent, et la mortalité de la première enfance est beaucoup moindre qu’à Bourbon et à Maurice.
En Algérie, les Kabyles blonds provenant des Vandales, avec leur physionomie du nord, leurs barbes rousses et la peau blanche, sont une preuve irréfragable d’acclimatement dans le sens absolu du mot.
Nous les avons vus notamment à Bougie et leur physionomie était tellement la physionomie germaine, qu’il arrivait parfois qu on en arrêtait croyant avoir affaire à des déserteurs de la légion étrangère déguisés en Arabes. — Avis aux ethnographes fantaisistes qui, n’ayant pas mis les pieds en Algérie, déclarent avec une superbe pédanterie que ces Kabyles n’auraient pas les caractères ethniques des races gothiques.
L’acclimatement des Européens en Algérie, s’il n’était pas déjà démontré par les Français, le serait par les Italiens, particulièrement les Provençaux, les Maltais et surtout les Espagnols. Quant à ces derniers le lait est d autant plus explicable qu’il y a, en Espagne, plus de sang maure que de sang européen. Quoi d’élonnant quel Espagnol prospère en îetournant dans son pays natal, ou du moins dans son pays originaire ou originel. L’étonnant serait qu’ils ne fussent pas tout d abord acclimatés. M. Le Roy de Méricourt, résume fort bien ce point de la question en ces termes :
« On ne doit pas être surpris de voir les habitants des contrées, dont le climat se rapproche sensiblement de celui de 1 Algérie, s y adaptei plus facilement que ne le font ceux des régions beaucoup plus froides. »
L’Espagnol, le Maltais, l’Italien sont donc infiniment plus aptes à prospérer dans la province de Constantine, par exemple, que le Danois, le Russe ou le Suédois, en faisant même abstraction de la question de race. Or il n’y a pas une race française. Cette unité politique, qu’on appelle la France, offre du sud au nord des différences de climat très marquées. Il existe moins d’analogie entre le Basque, le Flamand* 1 Alsacien, le Breton, qu’entre les habitants des différentes provinces de l’Espagne. Dans le tableau de mouvement par nationalité, de la population civile Européenne en Algérie, que produit M. Bertillon, ce ne sont pas les fiançais en général qu’il eut fallu rapprocher des Espagnols, des Maltais et des Italiens, mais bien pour grouper des éléments de même valeur, seulement des Français habitant la zone méditerranéenne. M. le professeur Ch. Martins a parfaitement fait ressortir tous les arguments que fournissent la météorologie, la géologie, la botanique en faveur de l’analogie évidente entre la zone méditerranéenne du midi de la f rance et le littoral africain qui est en regard. A Montpellier, on retrouve souvent le tableau exact des états morbides tracés par Hippocrate, sous le ciel de la Grèce, tableau qu’il n’est pas donné de voir ni à Paris ni à Strasbourg. Nous sommes donc convaincu que, s’il était possible de constituer 1 émigration africaine uniquement de sujets provenant de cette zone de la France, dite des Oliviers , l’écartement des résultats de mortalité et de natalité qu’ils fourniraient, comparés à ceux des colons Espagnols serait sensiblement
MALADIES CLIMATKRIQUFS.
nul. Les chiffres de naissances et de décès des colons Allemands, prouvent d’ailleurs combien la prospérité des émigrants décroit, à mesure qu’ils viennent de régions plus froides. »
Si l’altitude de certaines parties de l’Abyssinie permet à l’Européen de s’y adapter facilement, les fièvres pernicieuses, la dyssenterie, l’hépatite endémiques dans d’autres localités de la contrée, n’autorisent pas à laisser
à ce pays une réputation de salubrité irréprochable l’extrémité sud de
l’Afrique, offre une telle douceur de climat, que la race européenne y prospère et s’indigénise facilement.
On ne peut rien dire encore de l’acclimatement de l’Européen dans PIndo-Chine, ces contrées sont trop vastes, les climats trop variés et les points occupés ne sont guère que quelques stations du littoral.
....En Amérique, aux Antilles, à la Havane notamment, la race espagnole s’adapte aisément au climat. Les créoles de cette nationnalité y ont une prospérité croissante. Cependant les Espagnols fournissent un lourd tribut à la fièvre jaune. Pour les troupes indigènes d’Afrique, il en a été de même au Mexique, où elles ont eu une mortalité plus grande que les troupes françaises. En Cochinchine encore il en a été de même pour la proportion des maladies : les tirailleurs algériens étaient plus atteints que les français.
Le facile acclimatement des juifs n’est pas uniquement un privilège de race, leur croisement avec les indigènes, leur prédilection pour le commerce et surtout leur éloignement pour l’agriculture, leur séjour presque constant dans les villes, leur mode de migration lente à la suite des Aryens qui leur ont servi de pionniers, sont pour beaucoup dans la facilité de leur cosmopolitisme, qui d’ailleurs ne s’étend que par exception aux contrées tropicales, et n’atteint pas les climats polaires.
La question de l’acclimatement des nègres est beaucoup plus compliquée, elle est même réfractaire à l’analyse, tant les faits sont contradictoires. Cependant la facilité d’acclimatement pour le nègre, si nous en exceptons les climats froids, serait considérable, n’étaient les misères qu’il endure.
Quant à ce dernier point il en est de même pour les Européens, allant chercher fortune, sous les Tropiques surtout. La mortalité desclasses aisées, des fonctionnaires, des commerçants des comptoirs, est faible, à côté de celle des malheureux émigrants accablés de misères physiques et morales, d’où l’on peut conclure qu’avant tout l’aisance est la base de l’acclimatation de l’homme, et nous pensons, nous aussi, qu’il faut se défendre, comme conditions préalables d’acclimatement, d’espérances exagérées et chimériques sur ce qu’on a trop facilement qualifié d'assainissement, quand il s’agit d’immenses contrées, dont il est incontestable pourtant qu’à la longue on atténuera la nocivité climatérique, par de grandes canalisations des eaux stagnantes, par l’extension des cultures ombreuses et de centres d’habitations confortables.
Nous ne saurions mieux penser à cet égard que M. Le Roy de Mericourt : lorsque la misère seule ne poussera plus certaines nationalités à l'émigra-
tion, on ne sera plus attristé par les résultats désastreux de ces essais de colonisation, dont I histoire enregistre le triste souvenir.
CONCLUSIONS GÉNÉRA LES .
Le Mexique, la Plata, l’Australie, Madagascar, la Nouvelle-Calédonie, offrent de vastes espaces à l’industrie intelligente de l’Européen. C’est dans les applications infiniment fécondes de la vapeur, de l’électricité, secondant le travail de l’homme, dans le progrès sur toutes les directions, que réside incontestablement l’avenir des colonies modernes.
Salubrité relative des contrées tropicales de l'hémisphère sud. — En comparant les chiffres de mortalité des Européens, dans les pays chauds des deux hémisphères, on constate des différences notables en faveur de la salubrité de l’hémisphère sud. Cette proposition est confirmée par les tableaux dressés par Boudin, et par les nombreux documents qu’il a empruntés aux médecins anglais, américains et français. De ces recherches, il résulte que la mortalité des Européens, dans les régions tropicales de 1 hémisphère sud, est non seulement inférieure à la mortalité des régions tropicales de l’hémisphère nord, mais même à celle des régions tempérées de l’Europe, et que les fièvres paludéennes, les dyssenteries, les maladies du foie, qui constituent les causes principales de mortalité dans les pays chauds le l'hémisphère nord, sont relativement rares, et font souvent complètement défaut, même dans les localités essentiellement palustres de l’hémisphère sud.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Il est très difficile de résumer un livre aussi complexe que le notre. Il faudrait ou se répéter, ou tronquer l'œuvre.
Placé entre ces deux écueils, nous nous bornerons à mettre en relief l'idée principale des diverses parties, savoir : aux points de vue climatérique, étiologique, thérapeutique, prophylactique et de l’acclimatement.