‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 21 sur 215 · MERS POLAIRES · texte numérisé non relu

MERS POLAIRES

nous avions parfois rencontrés. Le chef du détachement, préoccupé de la responsabilité du commandement, voyait de son côté très nettement, avec une lunette dont il vantait la portée, des groupes de cavaliers qu’il supposait ennemis. En avançant l’œil en arrêt, les groupes ressemblaient à des arbres et nous savions cependant qu’il n’y en avait pas dans la plaine. On approche toujours et nous constatons que ce sont tout simplement, au bord d’un petit marais que nous avions à contourner, des touffes de dys et de joncs, quelques ronces de jujubier épineux dont les proportions exagérées au soleil couchant par une illusion d’optique, avaient revêtu des formes démesurés et différentes au gré des imaginations. Voilà comment on croit voir animaux, personnages ou paysages là même où ne se trouve rien moins que tout celà ; mais toujours y a-t-il un sujet réel transformé ou dénaturé par l’illusion. Mais il ne nous a pas été donné de voir à la surface des nappes vaporeuses du vrai mirage, et réfléchies comme par une glace les images d’aucune réalité, pas plus dans le Sahara que dans les plaines du Pe-Tchi-Li, ni même sur les sables où surgissent les pyramides.

Désert de Gobi. — Le désert de Gobi s’étend à travers l’empire chinois sur une longueur de 2000 kilomètres.

La partie orientale est appelée par les chinois GHAMO, merde sable. C’est un terrain ondulé où des niasses de granit alternent avec des buttes de sable. Quelques oasis offrent une maigre végétation au bords de rares ruisseaux. Au cœur de l’été le sol de ce désert est brûlé par les feux du soleil, mais l’hiver y est très long et très froid.

Mers polaires. — On peut dire que les régions polaires forment une transition entre la mer et les continents, car l’eau s’y présente toujours à l’état solide, du moins depuis la limite des glaceg flottantes jusqu’à la prétendue mer intérieure libre du pôle, où il n’y aurait plus de glaces et dont la température serait celle d’Amsterdam !

Dans les régions circumpolaires la surface de l’eau se trouvant pendant la plus grande partie de l’année à une température très basse, la neige qui tombe ne fond point, et la mer se couvre ainsi tantôt d’une nappe continue de glace, tantôt d’énormes glaçons llotlants qui vont à la dérive des courants. La rencontre des masses considérables de glaces flottantes qui couvrent ces mers fait le grand danger de la navigation polaire. Les blocs de glace peuvent acquérir un volume d’autant plus considérable que la congélation s’opère progressivement par leur base.

Le baleinier Scoresly nomme iccfield ce que nous appelons la banquise ou champ de glace. On en a vu de 150 kilomètres de longueur sur 40 de largeur et 25 d’épaisseur. Mais ordinairement les banquises ne s’élèvent que de 1 à 2 mètres au-dessus du niveau de l’eau, et s’enfoncent environ à 0 mètres au-dessous.

L’eau provenant de la fonte de la glace est douce. C’est la conséquence d’un phénomène physique en vertu duquel une dissolution saline se con-

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gelant l’eau pure passe seule à l’état solide. La dissolution saline plus concentrée demeure liquide. L’eau provenant de la glace fondue des iners polaires est donc potable. La glace dite d’eau douce se reconnaît à sa teinte verte et à sa limpidité. Car il y a aussi dans les banquises des glaçons salés opaques et d’une blancheur éclatante, la salure est due à l’eau de mer retenue dans ses interstices.

Les banquises qui se forment sous les plus hautes latitudes, sont poussées vers le sud par les vents et par les courants, mais tôt ou tard l’action des vagues les brise et les morcelle. Au printemps quand le dégel arrive et que la débâcle commence les pièces de glace légères qui soudaient les gros blocs se fondent les premières; les glaçons se séparent alors, et le mouvement des eaux les disperse en peu de temps, de sorte que les navires trouvent passage libre. Cependant un jour de calme suffit, quelquefois, pour rapprocher de nouveau ces tronçons flottants, qui oscillent et se heurtent avec des grincements sinistres. Des navires emprisonnés par les glaces, ont été entraînés à la dérive tout comme les ours blancs qui font de longs voyages de mer, sur ces immenses véhicules. En 1777, le vaisseau hollandais le Wilhelmine fut emporté, avec 9 autres navires baleiniers, depuis le 80° jusqu’au 62e degré, en vue de la côte d’Islande. Ces vaisseaux furent écrasés l’un après l’autre pendant le trajet; plus de 200 hommes périrent, le reste put gagner la terre ferme. Le lieutenant Haven, naviguant à la recherche de Sir John Franklin, fut pris dans les glaces au milieu du chenal dans le détroit de Wellington; pendant neuf mois qu’il y resta emprisonné, il dériva de plus de 2000 kilomètres vers le sud. Le navire le Resolute, que le capitaine Kelley dut abandonner dans une banquise immense, fut entraîné avec cette masse énorme en dérive vers le sud.

Les banquises et les glaces flottantes ne proviennent pas exclusivement de la congélation de l’eau de la mer, une partie descend des glaciers qui bordent les rivages. Les montagnes de glace se forment sur les îles ou les continents, elles bouchent l’ouverture des vallées et s’enfoncent dans les terres. De là elles glissent par le dégel dans la mer et flottent au gré des courants. Dans les environs du Spitzberg, les Icebergs (montagnes de glace) sont rares et peu considérables, mais dans le détroit de Davis on en a vu qui avaient 5 kilomètres de longueur, et dont le sommet s’élevait à plus de 50 mètres au-dessus de l’eau, d’où il suit qu’ils s’enfoncaient de plus de 200 mètres, car la proportion entre la partie libre et la partie submergée est comme 1 est à 4 ou 7.

Quand ces blocs arrivent au sud du Groenland, les eaux chaudes du Gulfstream achèvent de les désagréger. Aussi quand l’ice-master, ou pilote des glaces, signale une banquise arrivant des profondeurs du nord, le vaisseau doit fuir pour éviter une destruction imminente. Ces blocs éclatent souvent en partie par le moindre choc, ou chavirent. On a vu des matelots écrasés par une rupture de bloc qui se fendit au premier coup de hache pour y poser une amarre, à plus forte raison des blocs ont éclaté quand on a essayé du choc du boulet.

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