‹ Traité de climatologie geńeŕale du globeChapitre 22 sur 215 · MERS POLAIRES · texte numérisé non relu

MERS POLAIRES

La neige qui s’amasse sur ces îles flottantes fond au printemps, en partie, et elle forme dans les creux des blocs, des masses d’eau douce qui sont d’un grand secours aux pêcheurs de baleines.

Les vents des mers arctiques sont faibles et inconstants. Les brises chaudes du sud se refroidissent, en passant au-dessus des glaces, et abandonnent leur humidité sous forme de neige. Les nuages ne peuvent pa*s se former dans ces contrées glacées, les vapeurs de l’atmosphère s’y concentrant en neige sans autre transition.

Les tourmentes de neiges sont terribles, pour les marins qui sont obligés de traverser les glaces à pied, ou dans des traîneaux attelés de chiens esquimaux. D’épais tourbillons fouettent le visage du malheureux voyageur, pénètrent dans sa bouche et ses narines, soudent ses paupières et l’aveuglent. La bise bleuit sa peau et lui cingle le visage. Dans ces latitudes la température descend parfois à pjus de 50 degrés au-dessous de zéro, et elle ne s’élève jamais à plus de 10 degrés au-dessus. L’éclat de la blanche enveloppe de glace qui couvre partout le sol, est tel dans les régions polaires que l’on est forcé de porter des lunettes bleues ou des masques à grillages, lorsqu’on veut traverser ces plaines de neiges perpétuelles.

Une illusion d’optique très fréquente dans les parages polaires fait paraître les objets plus grands qu’ils ne sont en réalité. Un renard prend les proportions d’un ours ; des bancs de glace peu élevés semblent de hautes montagnes, on croit voir à l’horizon des terres dont on n’approche jamais. Les distances des objets réels semblent diminuer; comme il arrive dans le désert, on marche, on marche et l’on n’arrive pas.

Une autre source d’erreur c’est le mirage qui fait paraître suspendue en l’air, l’image d’objets éloignés et donne ainsi lieu aux illusions d’optique les plus bizarres.

Ce qui distingue le plus les régions polaires des autres contrées de la terre, c’est leur long jour et leur longue nuit. Décrivant une immense spirale autour de l’horizon, le soleil monte peu à peu jusqu’au plus haut point de sa course à une trentaine de degrés, puis il revient de la même manière vers l’horizon, et disparait dans un morne crépuscule ; pendant près de six mois le soleil reste invisible. On peut donc dire que dans les régions polaires, la durée du jour comme celle de la nuit est d’environ six mois. Pendant les six mois de jour le soleil ne cesse pas d’être visible, un peu plus bas seulement à minuit qu’à midi. Si cet astre, prive pendant six autres mois de sa lumière les contrées circumpolaires, un imposant phénomène illumine fréquemment leur longue nuit de splendides lueurs. La nuit polaire en effet est presque toujours éclairée par les feux resplendissants des aurores boréales ou australes, selon qu’il s’agit du pôle nord ou du pôle sud. Voici à peu près la gradation de ce phénomène. Le ciel commence par se rembrunir. Il s’y forme un segment nébuleux bordé d’un arc plus large, d’une blancheur éclatante et qui semble agité par une sorte d’effervescence. De cet arc s’élancent des rayons et des colonnes de lumière qui montent jusqu’au Zenith, ces gerbes lumineuses passent par toutes les

GÉOLOGIE

couleurs du prisme, du violet et du bleu bleuâtre jusqu’au vert et au rayon purpurin. Tantôt les colonnes delumière sortent de l’arc brillant mélangées de rayons noirâtres. Tantôt elles s’élèvent simultanément en différents points de l’horizon, et se réunissent en une mer de flammes agitée par de rapides ondulations. D’autrefois ce sont des étendards flamboyants qui se déroulent et flottent dans l’air. Une sorte de dais formé d’une lumière douce que l’on appelle couronne annonce la fin du phénomène. Alors les rayons lumineux commencent à perdre leur éclat, les arcs colorés se dissolvent, et bientôt on ne voit plus qu’un faible nuage blanchâtre dans les points du ciel, où se jouaient les mille feux brillamment colorés de l’aurore polaire.

Quand le soleil et la lune sont visibles dans les régions polaires, ils paraissent très souvent entourés de halos ou accompagnés de parhélies, d’anlhélies, etc.

Le pôle arctique ou boréal est le seul qui ait été exploré avec quelque suite, car les intérêts du commerce ont forcé d’étudier avec obstination ces parages, tandis que les mers antarctiques ou australes n’avaient rien qui put attirer les entreprises des navigateurs, si ce n’est la curiosité comme explorateurs.

On a noté au pôle arctique un fait géologique d’un grand intérêt: quand on a pu explorer la nature des terrains des régions avoisinant le pôle nord (80t‘ et 82 degré), on a trouvé qu’un grand nombre appartiennent aux terrains houilliers; tel est le cas de l’île Melville, de l’île St. Patrick, etc. Sous la glace qui couvre en permanence le sol de ces îles, le terrain houillier reste avec tous les débris des végétaux fossiles qui le composent; ainsi â des époques géologiques bien éloignées, le pôle nord de la terre était couverte de la riche et abondante végétation dont les restes constituent aujourd’hui la houille. Ce qui prouve qu’à une époque la température de ces régions était extrêmement élevée, et relativement supérieure à celle de nos pays équatoriaux actuels.

Pôle antarctique. — Le pôle austral est probablement enveloppé d’une calotte de glace de 4000 kilomètres de diamètre. On ne peut approcher des parages antarctique que pendantlesmoisd’étédecethémisphère,c’estâ-dire en décembre, janvier et février. Les glaces australes ne circulent pas dans les détroits ou passages tous formés, comme celles du pôle nord. Elles sont en ceintres parallèles au frontdes falaises, ce que les navigateurs ont appelé glaces étagées.

En 1858 Dumont-d'Urville découvrit les terres Louis-Philippe et Joinville, recouvertes d’énormes glaciers qui s’élèvent â 800 mètres.

Ross y aperçut plus tard deux pitons plus élevés appartenant â une île voisine.

Enfin, en 1859, Dumont-d’Urville arriva jusque sous le cercle antarctique, et découvrit la terre d’Adélie (île ou continent?), formée de quartzites et gneiss. Le continent austral appartient donc aux terrains primitifs,

LA MER F/r L’ATMOSPHÈRE. o5

tandis que le continent boréal appartient aux terrains de transition, (terrain houillier).

D’autre part, Ross découvrit sous le 76" degré de latitude, une montagne volcanique de 5750 mètres d’élévation et en éruption, vomissant flamme et fumée dans la terre Victoria. La neige en couvrait le sommet en descendant à plus de 700 mètres.

Ross s’était avancé jusqu’à 79 degrés de latitude australe.

La mer et l’atmosphère.

Pour arriver à l’étude spéciale des climats et de leurs influences, nous avons à exposer d’abord quelques généralités sur la mer et l’atmosphère, avec les données météorologiques qui s’y rattachent.

L’étude de la mer est une des plus importantes parties de la géographie physique. Sans l’influence bienfaisante des vapeurs qui s’élèvent incessamment de la surface des mers, toute la terre languirait aride et inanimée, sa solidification entière amènerait très probablement la mort de toute la nature organisée.

La superficie des mers est trois fois plus considérable que celle des terres. On pourrait dire qu’il n’y a qu’une seule mer répandue autour de la terre et qui s’étend d’un pôle à l’autre.

La détermination de la profondeur moyenne des mers a beaucoup occupé les savants. Laplace a trouvé par des considérations astronomiques qu’elle ne peut dépasser 7000 mètres. En effet, dans ces# derniers temps on est; parvenu avec des lignes à boulet à faire des sondes donnant des profondeurs assez exactes. L’Océan atlantique septentrional a été sondé d’une manière plus suivie, et ces sondes n’onlpasdonné deprofondeursupérieure à 7600 mètres. La plus grande profondeur de cet océan, qui sépare en une immense vallée d’un pôle à l'autre, le Nouveau-Monde de l’ancien, est on suppose entre les parallèles 55 et 40" nord, immédiatement au sud de Terre-Neuve. On ne possède encore, dit M. Maury, aucune grande sonde véritablement satisfaisante dans le Pacifique, ni dans la mer des Indes où pourtant on aurait trouvé une profondeur de 15000 mètres, soit un peu plus de trois lieues.

Quant à l’Atlantique méridional, quelques sondes ont été faites, mais en trop petit nombre pour en pouvoir conclure quelque chose sur la structure du fond. La terre du fond de l’Océan atlantique nord, d’après les échantillons examinés, serait formée de coquillages calcaires microscopiques et d’un petit nombre de coquilles siliceuses.

L’étude des diverses profondeurs des mers est particulièrement importante pour l’établissement des lignes télégraphiques sous-marines. Le capitaine Dupetit-Thouars, pendant son voyage scientifique sur la frégate la Vénus , de 1856 à 1859, a exécuté deux sondages très remarquables.

L’un dans le grand Océan méridional par 57" de latitude australe, 55" de longitude occidentale, à 185 lieues marines dans l’ouest et 8" sud

Page 1