RÉGIONS SANS PLUIES
les cèles occidentales du Mexique ainsi que les déserts de l’Afrique, d’Asie, de l’Amérique du nord et. de l’Australie. Les vents qui passent sur ces déserts ont auparavant été dépouillés de leur humidité, ou du moins ils en ont perdu une assez grande quantité pour que leur point de rosée soit inférieur à la température du désert, car l’air ne peut abandonner son humidité lorsque sa température est supérieure à son point de rosée ou de condensation. Nous avons encore une région sans pluie, dans la Mer Rouge ; cette mer se trouve en effet en grande partie dans les alizés de nord-est, et ces vents sont secs en arrivant, car leur trajet ne leur a encore fait parcourir aucune surface liquide assez considérable pour s’y charger de vapeur.
Comme dans les Cordillières, dans l’Inde intertropicale, par suite des changements de direction du vent, chaque versant est alternativement sec et pluvieux. L’Inde se trouve dans la région des moussons par excellence ; les alizés nord-est y régnent d’octobre en avril, et pendant cette saison ils enlèvent à la haie du Bengale assez d’eau sous forme de vapeur pour alimenter de pluies les côtes occidentales de cette haie, ainsi que les montagnes des Gauths. Cette chaîné joue vis-à-vis de ces vents le même rôle que les Cordillières vis-à-vis des alizés du nord-est, elle est refroidie etleur enlève leur humidité; de sorte qu’ils sont relativement froids et secs en descendant le long de son versant occidental. De là résulterait que l’étroite bande comprise entre les Gauths et la mer d’Arabie serait perpétuellement privée de pluie, comme le Pérou entre les Andes et le Pacifique s’il ne se trouvait ici un autre agent atmosphérique qui n’existe pas au Pérou; nous voulons parler des moussons.
La saison des alizés du nord-est finit dans l’Inde au mois d’avril, c’est, alors que les immenses déserts de l’Arabie centrale, delà Tartarie,du Thibet et de la Mongolie, échauffés par l’action du soleil, commencent à faire sentir leur influence aux alizés du nord -est, à exercer une sorte d’aspiration sur eux et à les transformer pendant l’été et au commencement de l’automne en moussons de sud-ouest. Ces vents de sud-ouest tout chargés de vapeurs de l’Océan indien et de la mer d’Arabie, viennent alors rencontrer normalement les Gauths et déposent sous forme de pluie, sur cette étroite bande de terre, une quantité d’eau extraordinaire. Les observations des météréologistes nous apprennent que la quantité depluietombée surle versant ouest des Gauths atteint, parfois au pluviomètre, le chiffre énorme de 50 et même de 57 centimètres par jour (Johnston, Keith). Ces vents se dirigent ensuite vers l’Himalaya où ils trouvent une température plus basse que celle des sommets des Gauths; ils y abandonnent donc sous forme de pluie et de neige, àpeu près toute l’humidité dont ils sont encore chargés, si bien qu’en arrivant dans les déserts arides situés au-delà de ces montagnes, il leur reste à peine assez de vapeur d’eau pour donner naissance à un nuage, et c’est alors que par suite de l’intensité de l’action solaire, ils montent dans les régions supérieures de l’atmosphère pour y devenir contre-courants, dans le système général de la circulation atmosphérique.
LA MF.I\ Et L'ATMOSPHÈRE.
Précipitation maximum. ■ — D’après ce qui précède, les points de la terre exposés à recevoir la plus grande quanté de pluie, seront sur le versant des montagnes qui s’offrent les premières aux vents alizés, après que ces vents auront parcouru le plus long trajet possible à la surface de l’Océan, et la précipitation sera d’autant plus considérable que ces montagnes seront plus escarpées, plus hautes et plus rapprochées de la mer.
Eau évaporée. — On estime à environ 1 mètre b, la hauteur de la pluie qui tombe par année moyenne à la surface du globe. L’eau vaporisée étant principalement enlevée à la zone torride, l’atmosphère devra dans cette seule zone absorber une masse de liquide de près de o mètres d’épaisseur.
Emîmes rousses. Pluies de poussières. — 11 n’est pas de marin qui ne connaisse ce qu’on appelle poussière de sirocco dans la Méditerranée, poussière d’Afrique dans l’Atlantique ou encore brumes rousses, pluies de sang près des îles du Cap-Vert, et l’on sait que cette poussière, de couleur rouge brique ou cannelle, tombe parfois en assez grande abondance pour couvrir entièrement les voiles et le gréement d’un navire, à des centaines de mille de toute terre. On l’avait jusqu’ici, comme l’indiquentses diverses dénominations, supposée originaire d’Afrique; les expériences microscopiques d’Ehrenberg ont au contraire démontré qu’elle se composait d’infusoires, de poussières végétales et animales, de pollens surtout, en un mot de débris organiques provenant de l’Amérique du sud et de la partie de ce continent balayés par les alizés sud-est. Ces expériences ont porté sur des échantillons recueillis au Cap-Vert, à Malte, à Gènes, à Lyon et dans le Tyrol.
Anneau formé par les nuages équatoriaux. — Les navigateurs ont d’un commun accord, partagé l’océan en régions définies par les vents dominants. Telles sont les régions alizées, celles des vents variables, celles des calmes des Tropiques et de l’équateur, etc. La région des calmes équatoriaux remarquable par ses pluies presque continues, par sa voûte de nuages perpétuels, par ses orages fortement électriques, doit être rangée au nombre des parages les plus désagréables qu’on puisse rencontrer à la mer, surtout si on n’a pas un navire à vapeur pour se hâter d’en sortir. Aussi son inclémence est-elle redoutée des navires chargés d’émigrants australiens ou californiens qui y laissent souvent plus d’une victime de cette chaleur humide excessive. La zone des calmes du cancer a reçu des Anglais le nom de horse-latitudes (cheval-latitudes), parce que les navires employés, anciennement, à la navigation de la Nouvelle Angleterre aux Indes occidentales, étaient fréquemment retardés dans ces parages de calmes, et obligés de jeter à la mer, faute d’eau pour les abreuver, les chevaux qui encombraient leur pont. Les anglais ont aussi donné à la zône des calmes équatoriaux le nom de dol drains (pot au noir), par allusion aux grains fréquents qui assombrissent l’horizon.
Lorsque le navigateur quitte nos ports pour se diriger, Arers l'hémisphère sud, il trouve d’abord en entrant dans les alizés du nord-est un ciel généralement clair ou semé de légers nuages, puis à mesure qu’il approche
MARÉfiS.
de la ligne, il voit son thermomètre monter jusqu’à ce que le navire soit entré dans la zone des calmes équatoriaux. Là l’atmosphère est chaude, humide, lourde, électrique. Le thermomètre à l’ombre, en chambre (1) fraîche et aérée marquait 27" centigrades, pendant que la température de la mer était de 27l,,5. Sous l’équateur, ce n’est plus l’air vivifiant qu’apportait la brise régulière de l’alizé, on éprouve un profond sentiment de lassitude qui ne s’est allégé qu’à mesure que nous avons pénétré dans l’alizé du sud-est. Si après avoir franchi cette zone où il s’est senti si oppressé parla chaleur et surtout le manque d’air, le marin jette les yeux sur son journal, il est surpris de voir que le baromètre et le thermomètre s’y sont maintenus plus bas que dans les alizés, et qu’avant d’y entrer comme après en être sorti, ces instruments indiquaient une température et une pression plus élevée même dans le cas ou l’équateur est compris dans cette zone. Le navire a passé sous un véritable anneau de nuages entourant complètement la terre. Cet anneau en voyageant avec la zone des calmes équatoriaux protège alternativement contre les ardeurs du soleil, les divers parallèles qu’il couvre et y amène la pluie à des époques déterminées. Lorsqu’il s’est transporté au sud ou au nord de l’équateur, nous y voyons le soleil darder ses rayons verticaux sur la surface que l’ombre vient d’abandonner, et la température y devenir insupportable; il semble que l’atmosphère tremble et que l’on voie s’élever l’air échauffé en colonnes ascendantes. Peu à peu la terre dessèche, les plantes dépérissent, les animaux languissent, la chaleur s’accumule de plus en plus, c’est alors qu’arrive l’anneau modérateur pour intercepter les rayons brûlants du soleil. Ce n’est plus à la surface équatoriale du globe que ces rayons viennent s’absorber ou se réfléchir, c’est à la surface supérieure de cet anneau. Le rayonnement solaire est alors sinon suspendu, du moins atténué sous cette ceinture; l’excès de chaleur de surface est enlevé par l’air et transporté aux nuages; les alizés du nord et du sud amènent incessamment dans le récipient formé par cette zone de calmes de nouvelles masses d’air saturées de vapeur d’eau, lesquelles doivent s’élever au-dessus de la ceinture de nuages avant de commencer à se refroidir. A la surface de la terre dans cette zone et surtout dans son milieu, la température et la pression atmosphérique sont à peu près constantes d’un bout à l’autre de l’année,
Si l’anneau des nuages qui nous occupe était lumineux, il devrait présenter à un observateur qui serait placé dans une autre planète, une apparence assez semblable à celle que nous offre l’anneau de Saturne.
Marées. — Le niveau de l’Océan est sujet à des changements ou oscillations régulières dues à l’attraction du soleil et de la lune; l’influence de ce dernier astre est triple suivant la place de celle du premier. La mer s’élève et s abaisse deux fois en un jour. Pendant les six heures où la mer monte c’est le flux ou flot, et lorsqu’elle atteint son niveau leplus élevé on le nomme la haute mer; puis c’est pendant six autres heures le reflux
(1) Notre cabine à bord de la Dryade.